CHAPITRE V
L'Agenais au xvne siècle (Suite) — Les guerres de la Fronde Condé à Agen — La peste en Agenais — Louis XIV.
e maréchal d'Harcourt1 chassa les ennemis de la Champagne et reprit les places de l'Escaut, mais il échoua devant Cambrai. Condé avait refusé le commandement de l'armée et se drapait dans le rôle de chef d'une nouvelle Fronde. Un coup de vigueur était indispensable. Le 18 janvier 1650, Condé, Conti et Longueville furent arrêtés et conduits à Vincennes. Leurs partisans se répandirent dans les provinces. La duchesse de Longueville s'enfuit en Normandie, puis en Hollande, et à Stenay vint à bout de Turenne qui leva une armée, obtint des subsides de l'Espagne et se déclara lieutenant général pour le roi.
1 Henri de Lorraine, comte d'Harcourt, né en 1601, mort en 1666. Ce fut un des meilleurs généraux de Louis XIII, après la mort duquel il s'attacha à Mazarin qui le nomma vice-roi de Catalogne en 1645. En août 1652, étant lieutenant général en Guyenne, nous le verrons rompre brusquement avec ce ministre et abandonner son armée.
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 151
La Normandie, la Bourgogne, la Guyenne se soulevaient. L'armée royale eut promptement raison des deux premières de ces provinces ; mais il n'en fut pas ainsi de la troisième, où s'était réfugiée presque toute la Noblesse insurgée.
Nous avons vu ce qu'avait déjà fait Bordeaux contre d'Epernon. La princesse de Condé, s'échappant de Chantilly avec son jeune fils, vint se jeter dans cette ville où elle fut accueillie d'enthousiasme. Elle y fit entrer Bouillon * et La Rochefoucauld avec leurs troupes; les seigneurs agenais Duras2, Lauzun3, Castelmoron4 et La Gapelle-Biron 5 vinrent la rejoindre.
1 Frédéric-Maurice de La Tour et de Sedan, duc de Bouillon (1605-1651), fils de Robert IV de La Mark, duc de Sedan. Arrêté en mai 1642 comme complice de Cinq-Mars, il dut céder au roi ses principautés de Sedan et de Raucourt, en échange desquelles il reçut en 1651, lors de sa soumission, les comtés d'Auvergne et d'Evreux et les duchés de Château-Thierry et d'Albret.
2 Guy-Aldonce de Durfort, marquis de Duras, comte de Rozan, etc. (Duras, 1605-1665), fils de Jacques de Durfort et de Duras, baron de Blanquefort et de Pujols (1545-1626), créé marquis de Duras par Henri IV en 1609.
Il était maréchal de camp en 1637, et fut le père de Jacques-Henry de Durfort, duc de Duras, maréchal de France (Duras, 1625-Paris, 1704).
3 Gabriel-Nompar de Caumont, 2e du nom, marquis de Puyguilhem, comte de Lauzun, mort en 1660, fils de François-Nompar II de Caumont, comte de Lauzun, député de la Noblesse d'Agenais aux Etats de 1614. Il était devenu en 1616, par la démission de ce dernier, capitaine des cent gentilshommes au bec de corbin, et avait épousé en 1630 Charlotte de Caumont- La Force, fille de Henry-Nompar de Caumont, marquis de Castelnau, puis duc de La Force.
Son fils fut le fameux duc de Lauzun, Antoine-Nompar de Caumont, marquis de Puyguilhem, comte de Saint-Fargeau, gouverneur du Berry, maréchal de camp, capitaine des cent gentilshommes au bec de corbin (après son père), chevalier de la Jarretière, etc. Disgracié et emprisonné de 1672 à 1682, fait duc en 1692, il mourut en 1723, âgé de 90 ans.
On sait la vive passion qu'il inspira à la duchesse de Montpensier. Après la mort de cette princesse, en 1695, il épousa Geneviève-Marie de Durfort, fille du maréchal de Lorges.
4 François de. Caumont, marquis de Castelmoron et seigneur de Montpouillan, huitième fils du duc de La Force.
Il fut maréchal de camp et gouverneur des comtés de Montbéliard et de Belfort.
5 Jean de Carbonnières, seigneur de La Capelle-Biron, du Pin, de Fraisse, etc., maréchal de camp, tué en septembre 1650 à Bordeaux, au combat de la
Mais la querelle des Epernonistes se réveilla bientôt. Bouillon prit Castelneau-de-Médoc et le vicomte de Meilles1 s'empara de La Teste et du port d'Arcachon, pendant que se complétaient au mieux les travaux de défense de la ville. Le Parlement de Toulouse se rallia à celui de Bordeaux; Agen fit des offres de service à la princesse; le Mas-d'Agenais lui envoya 10.000 livres et Gasteljaloux son adhésion, tandis que Nérac et Mézin restaient fidèles à d'Epernon. Port-Sainte- Marie sut éviter une surprise, grâce à l'énergie de son gouverneur, Georges Imbert2.
Le 1er août 4650, le roi vint à Libourne, reçut très froidement les doléances du Parlement et décida le siège de Bordeaux. Le 23, l'armée royale, commandée par le maréchal de La Meilleraye3, se montra sur les hauteurs de Genon, et dès dix heures du matin prit position en face de La Bastide. Son camp s'étendait des Queyries à Floirac. Après trois jours d'escarmouches, une attaque fut tentée le 25, sous les yeux de Mazarin lui-même ; mais, vigoureusement repoussés, les assaillants durent se replier dans la nuit sur Libourne.
Bordeaux fut assiégé dans les premiers jours de septembre. La porte Dijeaux résista douze jours à tous les
Porte-Dijeaux. Il avait épousé en 1632, à Agen, Henriette d'Estrades, sa parente, fille de François d'Estrades, sieur de Bonel, et de Suzanne de Secondât de Roques, et sœur du maréchal Godefroy d'Estrades. Son fils aîné, Philibert de Carbonnières, fut seigneur de La Capelle-Biron en 1659.
1 Henri de Foix, vicomte de Meilles, maréchal de camp, fils de Frédéric de Foix, comte de Gurson et de Fleix, sénéohal de Guyenne.
Il mourut en 1658 d'une blessure reçue à la bataille des Dunes, près de Dunkerquc.
2 Ce Georges Imbert avait été quatre fois consul d'Agen. A cette occasion, il fut élu consul de Port-Sainte-Marie, et peu après anobli par Louis XIV, en janvier 1650.
3 Charles de La Porte, duc de La Meilleraye, parent de Richelieu, maréchal de France en 1635, duc et pair en 1642. Il mourut en 1664.
LAGENAIS AU XVIIe SIÈCLE
assauts; et le 13 septembre, le roi, qui était à Bourg,
accorda une trêve de dix-huit jours, prolongée le 25
et transformée en paix le 26. Le traité portait amnistie
ntière pour les Bordelais, faculté pour la princesse
se retirer en Anjou et révocation définitive de
pernon.
maître des cérémonies, Nicolas de Saintot, sieur
deMVimars, fut charger de notifier les instructions du
t reçut de la princesse une déclaration que signè-
plus de cent gentilshommes, parmi lesquels
)om de Lusignan, Jules-César de Nort1, etc.
[princesse de Gondé quitta Bordeaux le 3 octobre.
XIV et sa mère y firent leur entrée le 5 et en
[tirent le 24 par la Garonne2.
Izarin, cédant à l'orage, se retira à Bruhl (élec-
de Cologne), et les princes, remis en liberté,
[èrent à Paris en triomphateurs. De plus en plus
[lieux, Condé accepta le 20 mai 1651 le gouverne-
de Guyenne en échange de celui de Bourgogne
Lé à d'Epernon, et partit pour Bordeaux avec des
prjjets étranges. Il y fut bien reçu le 22 septembre et
icupa aussitôt de dresser ses batteries contre Maza-
qu'on voulait rappeler. C'était la préparation d'une
[Jules-César de Nort, écuyer, baron de Savignac et coseigneur de Fatiguées, de la vieille famille agenaise dont j'ai cité plusieurs membres au xvie siècle Te de Nort, consul; Antoine de Nort, juge mage, etc.). et dont plusieurs
îs firent partie du Parlement de Bordeaux.
Iles-César était fils de Jules de Nort, sieur de La Mothe-Ferrand, conseiller loi, procureur général près la Cbambre de l'Edit de Guyenne et petit-fils ftoine de Nort.
ibord colonel au régiment d'Enghien, il devint en 1651 maréchal de
dans l'armée de La Meilleraye. En 1652, il servit de nouveau Condé et fut
[prisonnier à Cognac par d'Harcourt. Il était maréchal de camp en 1655,
siège de Berga. Par sa valeur et son habilité dans diverses missions, il
it une haute réputation et mérita les éloges du roi.
La Cour des Aides avait été transférée à Libourne le 30 septembre 1650 f Archives Historiques de la Gironde, t. iv, p. 553).
154 HISTOIRE DE LAGENAIS
nouvelle guerre civile dont la duchesse de Ghevreuse était l'âme, et qui ne visait à rien moins qu'à substituer à la récente et à son ministre le gouvernement du duc d'Orléans et du prince.
On connaît les intrigues qui avaient conduit Condé dans cette voie ; la rupture du mariage projeté entre son frère Gonti et mademoiselle de Ghevreuse à l'instigation de la reine.
Le Parlement de Bordeaux se déclara solidaire de Gondé et rendit un arrêt d'Union. La plupart des villes de l'Agenais adhérèrent à la déclaration de Bordeaux. La vallée de la Garonne fut toute frondeuse, sauf Mézin et Langon qui restèrent fidèles au roi.
Le Marquis de Saint-Luc1, nommé lieutenant général des armées du roi en Guyenne, vint à Agen le 2 mai 1651. Il entra par la porte Saint-Antoine, fut cérémonieusement reçu par les consuls et ne quitta la ville que le 15 juin. Il prêta le serment d'usage le 26 mai et présida aux réjouissances publiques qui accueillirent la nomination de Gondé comme gouverneur de la province2.
Gondé frondeur, Gondé ennemi de Mazarin et par conséquent de d'Epernon, ne pouvait être que fêté des Agenais. Le sénéchal Louis d'Esparbès de Lussan d'Aubeterre3, très aimé de la population, s'associa
1 François des Hayes d'Espinay, comte d'Estelau, marquis de Saint-Luc, gouverneur du Périgord, mort en 1670. Il était fils de Timoléon d'Espinay, marquis de Saint-Luc, lieutenant général en Guyenne en 1627, mort en 1646.
2 La relation du séjour du marquis de Saint-Luc à Agen, extraite du Journal des Consuls de 1649 à 1652, a été publiée par M. Ad. Magen dans la Revue de VAgenais, en 1878 (t. v, p. 470), avec tirage à part.
3 Louis Bouchard d'Esparbès de Lussan d'Aubeterre, comte de La Serre, coseigneur de Francescas et de Ligardes, lieutenant général des armées du roi et de la Haute-Guyenne, sénéchal d'Agenais et Condomois de 1657 à 1688, né en 1616, mort en juin 1693.
Il était le quatrième enfant du maréchal François d'Esparbès de Lussan,
l'agenais AU XVIIe SIÈCLE 155
aux consuls pour donner le plus d'éclat possible aux joyeuses manifestations qui eurent lieu du 29 mai au 1er juin 1651 d.
Le prince de Gondé lui-même vint à Agen le 6 octobre. Il arriva par Port-Sainte-Marie, fut reçu par les consuls à la porte Saint-Antoine et conduit à la maison de Roques (de Secondât). Le même jour, il présida à l'Hôtel de Ville une Assemblée des trois ordres, où adhésion à l'arrêt d'Union du Parlement de Bordeaux fut votée par la Noblesse et le Clergé, mais non par les consuls et les jurats, qui demaudèrent même que cette abstention fut consignée au procèsverbal. Il quitta Agen le 11 octobre, en laissant son lieutenant général de Marsin2, et se dirigea sur Villeneuve dont il recueillit l'assentiment le plus complet.
La lutte entre Anne d'Autriche et Gondé était vive. L'Espagne envoyait une Hotte dans la Gironde; Marsin avait amené au prince son armée de Catalogne; La
vicomte d'Aubeterre. Il s'était distingué à Rocroy et à Nordlingen, et fut nommé capitaine de la chàtellenie de Castelculier en 1657.
1 V. sur ces fêtes brillantes :
L'Expression de la joie publique de la Ville d'Agen et les Magnificences de la Cour presidiale d'Agenois pour la nomination de Mgr le Prince de Coudé au gouvernement de la Province de Gugenne ; Ensemble le récit du Bolet qui fut dansé publiquement dans ladite Ville le premier jour de juin, avec les stances et explications des figures et emblesmes (Agen, par Jean Fumadères, impr. ordin. du Roy, de la Ville et Pays d'Agenois, 1651, in-4o). — [Jne j?(>te et une Emeute à Agen pendant la Fronde, par Philippe Lauzun (Agen, 1875, in-8°).
Je cite aussi une curieuse note de M. Tamizey de Larroque, aux pages 249-250 de ses Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'A gênais.
2 Jean-Gaspard-Ferdinand, comte de Marsin (ou Marchin), seigneur de Modave, né en 1610. 11 participa très activement aux guerres de la Fronde en liuyenne et aux événements de Rordeaux.
Il était maréchal de camp à Fribourg en 1644 et commandait l'infanterie à Nordlingen en 1645. Attaché à Gondé dès 1646, il le suivit en Gatalogne. Il mourut en 1673.
Le nom de ce comte paraît être exactement Marchin. J'adopte ici la forme qui est le plus généralement employée.
156 HISTOIRE DE LAGENAIS
Rochefoucauld et La Trémouille opéraient en Poitou, prenaient Saintes et assiégeaient Cognac. Il s'agissait de marcher sur Paris, pendant que Turenne ferait diversion en Champagne. Mais Turenne et Bouillon se rallièrent 'à la reine, et trois armées mises sur pied entrèrent en ligne. Une, avec le duc de La Ferté4, marcha vers la Champagne; une autre, levée par Mazarin lui-même et sous les ordres du maréchal d'Hocquincourt2, se dirigea vers la Loire; la troisième, commandée par d'Harcourt, se porta au devant de Condé refoulé derrière la Charente.
Le retour de Mazarin, le 28 février 1652, donna une plus forte impulsion à la guerre. Les troupes de Condé furent rejetées au delà de la Garonne et Orléans fut assiégé par Turenne, tandis que l'armée du duc de Nemours s'avançait pour combattre. Excité par la duchesse de Montpensier, Orléans s'était ouvertement déclaré contre le roi.
Condé, alors à Agen, laissa Conti dans cette ville le 14 mars, fit cent vingt lieues sous un déguisement, rallia Nemours à Chàtillon-sur-Loing, prit Montargis et mit d'Hocquincourt en déroute le 7 avril. La cour était à Gien; Turenne à Briare. La situation était grave et le roi en danger. Turenne soutint pendant 24 heures les attaques de Condé, donnant à la cour le temps de marcher sur Paris, alors objectif commun des deux armées ennemies.
1 Henri de Saint-Nectaire, 2e du nom, dit Senneterre, baron, puis en 1655 duc de La Ferté (La Ferté-Nabert), né en 1600, nommé maréchal de France en 1651. Il s'était distingué à La Rochelle en 1628, en Piémont en 1630, à Rocroy en 1642, etc. Il eut le gouvernement de Lorraine en 1643, celui de Metz en 1651 et mourut au châleau de La Ferté, près d'Orléans, en 1681.
2 Charles de Monchy, marquis d'Hocquincourt, maréchal de France en 1651. Il quitta le service du roi en 1653 et fut tué le 13 juin de la même année à Dunkerque, dans une reconnaissance des lignes françaises.
Après s'être cantonné près d'Etampes, Condé accourut à Paris, où il ne put d'abord rien obtenir, et, pendant son absence, Turenne battit ses troupes et les enferma dans Etampes. On sait la vivacité du combat de la Porte Saint-Antoine entre les deux grands capitaines le 2 juillet 1651, le salut de Condé pénétrant dans Paris, les prouesses de Mademoiselle tirant le canon de la Bastille. Turenne se replia sur Saint-Denis.
Les massacres de l'Hôtel de Ville du 4 juillet, l'anarchie qui suivit, la seconde retraite de Mazarin et l'avortement des négociations de Condé avec la cour; puis la rentrée du roi dans sa capitale le 21 octobre ; la réaction contre la Fronde, et enfin le retour triomphal du ministre chansonné, le 7 février 1653, résument les grandes lignes de cette période si profondément agitée.
Parallèlement aux faits considérables qui viennent d'être rappelés et qui relèvent de notre Histoire nationale se déroulaient alors en Agenais une foule d'événements dont je vais maintenant m'occuper.
En septembre 1651, les hostilités débutèrent en Saintonge et en Angoumois entre les troupes du comte d'Harcourt et celles de Condé, que Marsin avait ralliées à La Bergerie. En se rendant à Bordeaux, d'où il devait bientôt revenir à Agen, Condé eût été sûrement pris à Saint-André-de-Cubzac, sans la bravoure et l'habileté du colonel Baltazar de Gâches 1
1 Jean Baltazar (ou Balthazar) de Gâches (Gacheo), né à Simmcren vers 1600, appartenait à une famille originaire de Bohême. Il était fils de Jean Baltazar de Gacheo, capitaine des Gardes de l'électeur palatin Frédéric V, et épousa en 1648 Madeleine de Brignac, fille du baron de Montarnaud. Il fut naturalisé Suisse et devint par acquisition baron de Prangins et seigneur de Vesancy. La date de sa mort est inconnue. On l'indique vaguement aux environs de 1688.
qui parvint à repousser le chevalier d'Aubeterre*. Le marquis de Saint-Luc occupait l'Agenais avec une petite armée récemment formée. Il se proposait de marcher sur Bordeaux, en combinant ses opérations avec celles du maréchal de Gramont2, venant de Bayonne, et du comte d'Harcourt, arrivant de Saintonge, dès qu'il aurait eu raison du prince de Gonti. Celui-ci, qui était resté à Agen du 28 décembre 1651 au 8 janvier 1652, se trouvait alors du côté d'Astaffort avec 2.500 hommes. En sortant d'Agen, où il n'avait
Après avoir servi Adolphe de Suède, Baltazar était venu au service de la France à la suite de la première bataille de Nordlingen, en 1634.
Le colonel Baltazar laissa une relation curieuse et très personnelle de la guerre de Guyenne de 1651 à 1653, relation qui dut être imprimée à petit nombre vers 1656 et dont on ne connaît qu'un seul exemplaire. Une mauvaise reproduction en fut faite en 1694 : Histoire de la Guerre de Guyenne commencée sur la fin du mois de septembre 1651 et continuée jusqu'à Vannée 1653, divisée en trois parties (Cologne, Corneille Egmond, 169-4, pet. in-12).
Cette leçon de 1694-, reproduite par le marquis d'Aubais au t. m de ses Pièces fugitives (1759, in-4°), a été adoptée de nos jours par C. Moreau : Histoire de la Guerre de Guyenne, par Baltlia&ar, à la suite des Mémoires de Jacques de Saulx (Bibliothèque Elzévirienne. Paris, 1858, in-16).
Le texte primitif, découvert par M. Ch. Barry, a été réimprimé seulement en 1876 : Histoire de la Guerre de Guyenne, par le colonel Baltazar. Réimpression textuelle faite sur l'unique exemplaire de Vèd. originale et accompagnée d'une Notice et de notes (Bordeaux, 1876, in-8°). Cette édition bien traitée et tirée à 300 exemplaires est incontestablement la meilleure.
1 Léon d'Esparbès de Lussan, dit le chevalier d'Aubeterre, cinquième fils de François d'Esparbès de Lussan, maréchal de France.
ïl était chevalier de Malte, devint maréchal de camp en 1650, lieutenant général en 1655, puis gouverneur de Collioure, et mourut en 1707, âgé de 88 ans, doyen des lieutenants généraux de France.
2 Antoine de Gramont, nommé d'abord de Guiche, né en 1604, maréchal de France en 1641, duc et pair en 1648, mort en 1678. Il était fils d'Antoine, comte de Gramont, à qui il avait succédé dans le gouvernement de Navarre, de Béarnet de Bayonne. Ses Mémoires ont été publiés par son fils (Paris, 1716, 2 vol. in-12) et sont reproduits dans la collection Petitot, 2e série, t. lvii.
Le frère de ce maréchal, Philibert de Gramont (1621-1707), est le héros des célèbres Mémoires du Chevalier de Gramont (Paris, 1713, in-12 et éd. nombreuses), écrits par son beau-frère, le comte Antoine Hamilton.
M. Tamizey de Larroque a publié Une demi-douzaine de Lettres inédites adressées par des hommes célèbres au maréchal de Gramont (Auch, 1884, gr. in-8°).
LAGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 159
été admis que sans troupes, il avait attaqué Caudecoste le 28 janvier et l'avait pris le 2 février1.
Du 19 au 21 de ce mois, quelques combats d'avantpostes avaient encore eu lieu. Gondé, prévenu à Libourne, accourut le 18 par Duras, Marmande et Aiguillon, passa le 21 à Agen, traversa la Garonne à Boé et arriva le soir devant Astaffort ; puis dans la nuit, par une marche hardie, il surprit Saint-Luc à Gimbrède et lui enleva plusieurs postes. Le lendemain, 22 février, il mit son adversaire en déroute et le poursuivit jusqu'à Miradoux.
Peu confiant en la solidité de Miradoux, Saint-Luc voulait se replier sur Lectoure. Le 23, ses troupes, rangées en bataille devant la ville, attendaient l'attaque de Condé, que son frère venait de rejoindre. Les mousquetaires qui défendaient cette place furent bousculés et refoulés à l'intérieur ; mais il ne s'engagea pas dans la journée d'action décisive. Le soir venu, quand Saint-Luc dessina son mouvement de retraite, Gondé s'élança, défit complètement les régiments de Lorraine et de Champagne, qui durent se renfermer, et revint ensuite harceler le reste de l'armée royale qui précipitait sa marche vers Lectoure.
Miradoux exigea, du reste, un siège en règle et résista dix jours à Gondé. Celui-ci avait cependant reçu d'Agen deux canons qu'il avait fait demander par
1 La prise de Caudecoste fit l'objet de plusieurs Mazarinades : Relation véritable de la Réduction de la Ville de Caudecoste, suivie de la Capitulation faicte avec M. le Prince de Conti (Jouxte la copie imprimée à Bourdeaux, Paris, 1652, in-4° de 8 pp.). — La Prise de la Ville de Caudecoste par S. A. Monseigneur le Prince de Conti. Avec les particularités du Siège (Bordeaux, 1652, pet. in-4° de 7 pp.).
On ne saurait évidemment accorder pleine créance à ces pamphlets où l'esprit de parti se donne par trop libre carrière. Les Mazarinades, précieuses à divers égards, ne sont que des documents très suspects au point de vue historique. Elles rapetissent ou exagèrent sans cesse les événements, selon l'intérêt de leur cause.
Gonti et qui lui étaient arrivés accompagnés de 200 hommes. La garnison de Miradoux était commandée par Marin1 et Lamothe-Vedel2, à qui fut refusée toute capitulation honorable. Malgré deux vigoureuses sorties, une brèche fut pratiquée; mais quand les assaillants s'y présentèrent pour l'assaut, ils se trouvèrent devant un immense brasier allumé par les assiégés. Alors les batteries furent déplacées, une nouvelle brèche fut ouverte, et, au moment de pénétrer dans la ville, l'approche de d'Harcourt força encore Condé à reculer, le 5 mars 16523.
1 Michel Du Bouzet, chevalier, seigneur de Marin, de Sainte-Colombe, de La Montjoie, etc., fils aîné de Jean Du Bouzet, mestre de camp, maréchal de bataille pendant la campagne de Catalogne et gouverneur du château de Ham, en Picardie. Ce Jean avait épousé en 1600 Marthe de Lard de Galard.
Michel Du Bouzet fut lieutenant général en Guyenne et gouverneur du château Trompette, à Bordeaux. Son fils fut créé marquis par Louis XIV.
2 Pierre de Lamothe-Vedel, né à Auvillars le 15 mars 1600.
Blessé au siège de Montauban en 1621, il était entré dans les Gardes, puis aux Mousquetaires, qu'il quittait en 1636 pour une lieutenance du régiment de Champagne où il devint capitaine en 1637 et lieutenant-colonel en 1643 en récompense de sa belle conduite au siège de Collioure.
Après le siège de Leyde, où il avait été encore grièvement blessé, Lamothe- Vedel avait été mis par d'Epernon, en 1649, à la tête du régiment de Guyenne pour défendre les places et châteaux de Cadillac, de Podensacetde Bionset le comté de Benauges (Archives Historiques de la Gironde, t. vi, p. 346). Il avait reçu ensuite l'ordre de se jeter dans Blaye menacé et que défendait le duc Claude de Saint-Simon, le père du célèbre mémorialiste.
Revenu au régiment de Champagne, alors à Moissac, il avait repris la campagne sous Saint-Luc en 1651. Son héroïsme à Miradoiix lui valut le brevet de maréchal de camp le 6 janvier 1652 et une lettre élogieuse de Mazarin. Cette lettre a été reproduite par dom A. Coudroy, prieur de l'abbaye d'Eysses en 1688, dans une Notice biographique publiée, d'après un ms. de la Bibliothèque nationale, par A. de Lanteuay, en Appendice à son curieux Mémoire pour l'Histoire de l'Abbaye lès Villeneuve- d'Agenois (Revue de l'Agenais, 1892, p. 401).
Nous verrons que Lamothe-Vedel fut tué au siège de Villeneuve en 1652. Il fut inhumé dans l'église de l'abbaye d'Eysses.
3 V. ces Mazarinades : Relation de la Defaicte du marquis de Saint-Luc devant Miradoux (Bordeaux et Paris, 1652, in-4° de 8 et 12 pp.). — Relation véritable contenant la Defaicte de l'arrière -garde de l'armée de M. le comte d'Harcourt par les troupes de Mgr le Prince commandées par le sieur Marsin-, avec la prise de la Ville de Miradoux, où il a esté faict 1 .200 prisonniers de
LAGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 161
En venant du Quercy, d'Harcourt était passé par Auvillars, que Gondé avait menacé1 ; il reprit la même route après avoir dégagé Miradoux.
Sur ces entrefaites, Baltazar, parti du Périgord, arrivait à Larroumieu, et Marsin, qui venait de battre le marquis de Biron2 près de Villeréal, passait par Villeneuve, traversait la Garonne au-dessus d'Agen, et rejoignait à Astaffort3 le prince qui s'y était placé en observation, dispersant ses troupes aux alentours, à Layrac, Laplume, Gaudecoste, Sauveterre et Moirax. Le marquis de Ghouppes4 s'était arrêté à Glairac.
D'Harcourt fut rejoint en Lomagne par la garnison de Miradoux, prit Beaumont et rallia Saint-Luc près de Lectoure,
De Fleurance, le 11 mars, il marcha sur Gondé,
guerre (Paris, 1652, pet. in-<£°), etc. — V. aussi : Histoire des Princes de Condé, par M. le duc d'Aumale (Paris, 1869-92, 6 vol. in-8°), t. vi, p. 118. — De Miradoux, le 9 mars 1652, Lamothe-Vedel écrivit à Mazarin une lettre qui se trouve aux Archives nationales (KK. 1.219).
1 V. La Justice au xvn« siècle. Episode de V Histoire de la ville d' Auvillars, par F. Moulenq {Recueil des Travaux de la Soc. des Se, etc. d'Agen, 2e série, t. iv [1875], pp. 1-90).
2 François de Gontaud, marquis de Biron, meslre de camp du régiment de Périgord, mort en 1700.
C'était le neveu du maréchal de Biron décapité en 1602.
Le marquis de Biron avait voulu combattre Condé, qui envoya Marsin contre lui. Il fut mis en déroute le 5 lévrier 1652 entre Villeréal et son château..
V. un pamphlet publié en 1652 : Defaicte des troupes du sieur de Biron par celles de M. le Prince, sous la conduite du comte de Marchin (Paris, 1652, pet. in-4°).
3 V. Astaffort en Agenais (Gascogne agenaise). Notice historique et Coutumes, par Ch. Baradat de Lacaze, cité p. 91 du t. I.
V. aussi : Journal de tout ce qui s est passé entre l'armée du Roy commandée par M. le comte d'Harcourt et celle de M. le Prince, depuis le 22 febvrier jusques à présent, etc. (Paris, 1652, pet. in4°).
4 Aymar, marquis de Chouppes, né vers 1612. Il était commandant général de l'artillerie quand il s'attacha à Condé. Il fut plus tard lieutenant général du Boussillon et mourut en 1673.
Ses Mémoires, publiés en 1753 (in-12), ont été réimprimés, notamment par C. Moreau (Paris, 1861, in-8°).
que Sauvebeuf surprit le 15 près d'Astaffort et manqua même de faire prisonnier. Toutefois ce capitaine profita peu des circonstances: il laissa le temps au prince de réunir ses postes et de traverser la Garonne en désordre à JBoé. La poursuite fut très tardive ; c'est à peine si un détachement de cavalerie atteignit quelques troupes vers le Passage-d'Agen.
En même temps, Saint-Luc, concentré à Auvillars, investissait le Pergain, dont le siège dura huit jours. La garnison, commandée par le capitaine La Roche * et composée de 1.100 gardes de Condé, de Conti et de Marsin, fut affamée et dut se rendre à discrétion le 21 mars2. Elle fut internée pendant plusieurs mois à Fleurance et à Lectoure.
Gondé envoya à Nérac le régiment de Montpouillan; sa cavalerie et ses bagages suivirent Baltazar à Port- Sainte-Marie.
De Boé, où il laissa sur la rive droite une partie de son infanterie, le prince vint à Agen le 13 mars au matin, fut correctement reçu et logé à l'évêché. Il y séjourna peu. Ralliant Baltazar à Port-Sainte-Marie, il alla à Tonneins, força le Mas à recevoir une garnison et poussa jusqu'à Marmande.
Il était sûrement à Marmande le 18 Mars, puisqu'il
1 Sur ce La Roche, capitaine des Gardes de Condé, tout renseignement précis fait défaut. Le nom de La Roche était porté par un grand nombre de gentilshommes du xvne siècle. Il se pourrait bien que celui-ci fut un La Roche- Fontenilles, de la famille à laquelle appartenait précisément le Pergain.
2 Sur le siège du Pergain, V., outre les Mémoires du marquis de Chouppes, la relation publiée par Samazeuilh, d'après un document signé : Labadie et conservé au Pergain (Histoire de l'Agenais, t. il, p. 419).
Le Pergain, haute justice du Rruilhois, avait reçu en 1298 les Coutumes de de La Montjoie.
Au sujet de La Montjoie, je rectifie ici une fausse indication donnée dans une référence de la p. 96 du t. 1er (note 3) : la Notice sur La Montjoie, par E. Crozet, se trouve, non à la p. 214, mais à la p. 331 et suiv. du t. ix (lre série) du Recueil des Travaux de la Soc... d'Agen.
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 163
y apprenait la reddition de Saintes et y écrivait une lettre à cette date1.
Pendant ce temps, d'Harcourt, après la surprise d'Astaffort, s'était porté sur Laplume et Galignac avec l'intention d'envahir le duché d'Albret2. Sauvebeuf et le comte de Lillebonne3 firent le blocus de Nérac, où commandait pour Condé le capitaine Saint- Amans4. Il y eut quelques vives escarmouches; les troupes de la place s'enfuirent, et il fut convenu que, le château étant évacué, sa garnison se retirerait et que le territoire de Nérac deviendrait neutre5. Les châteaux du Frandat et de Séguinot furent pillés ; Casteljaloux fut occupé et son château, assiégé le 21 avril, fut pris le 29.
Revenons à Condé. De Marmande, il réintégra Agen le 20 mars et trouva la population en armes. La majorité voulait rester fidèle au roi et ne voyait guère plus dans le prince qu'un factieux dont l'ambition et les intrigues menaçaient le pays des désastres d'une guerre civile. Lui, cependant, projetait de s'enfermer dans la ville pour s'y défendre. Le 21 mars, il convoqua les consuls et la Jurade, espérant obtenir de mettre garnison ; mais les avis furent très partagés et il ren-
1 Notice sur la Ville de Marmande, par Tamizey de Larroque, p. 106.
2 J'ai déjà constaté dans une note de la p. 151 que c'est en 1651 (20 mars) que le duché d'Albret fut donné, avec d'autres seigneuries, à Frédéric-Maurice de La Tour, duc de Bouillon, en échange des principautés de Sedan et de Raucourt.
3 François-Marie de Lorraine, comte de Lillebonne, troisième fils du duc d'Elbeuf, lieutenant général.
4 'François Boudon, écuyer, seigneur de Saint-Amans. Blessé d'un coup de mousquet dans un combat, il mourut peu après au château de Nérac.
5 V. l'écrit frondeur portant ce titre : La Levée du Siège de la Ville et Chasteau de Nerac, et la Defaicte de quatre cens chevaux et six cens prisonniers de l'année du comte d'Harcourt, etc. (Paris, 1652, in-4° de 8 ff.).
contra la plus énergique opposition. Alors, il se fâcha. Avec La Rochefoucauld, Guy de Lusignan1 et quelques autres gentilshommes, il parcourut sans succès les rues de la ville pour recruter des adhérents.
A ce moment, on apprend que le comte d'Harcourt informé de la présence du prince à Agen se met en marche. Aussitôt, celui-ci donne à son frère l'ordre de faire avancer son régiment cantonné près de Boé et veut aller le recevoir hors des murs avec ses amis. Arrivé à la porte de Grave ou de Saint-Antoine, il trouve le pont levé par ordre des consuls et les clefs lui sont refusées par le commandant du poste ; cependant le portier les lui remet, et Lusignan est adressé à Conti, dont les hommes sont déjà rangés en bataille devant la ville, vers le pont des Oies2.
Les Agenais prennent les armes. Gondé se dirigeant vers l'Hôtel de Ville et ayant ordonné à Marsin de le suivre avec deux compagnies, un vrai soulèvement se produit, les postes se forment, et celui de la rue Saint- Antoine, commandé par le sergent Bru3, barre le che-
1 Guy, baron de Lusignan, second fils de François, premier marquis de Lusignan. Il fut un des principaux capitaines de l'armée de Rohan et mourut en 1657. En 1625, quand d'Epernon faisait le dégât autour de Montauban, où se trouvait alors le baron Guy, celui-ci fut pris dans une sortie et conduit au château de Cadillac.
V. à ce sujet une curieuse plaquette de 1625 : La Prise du baron de Lusignan, conducteur de l 'armée du duc de Rohan, mené prisonnier dans le Cltasteau de Cadillac, avec la Defaicte de six cens rebelles, taillez, en pièces par Mgr le duc d'Espernon (Lyon et Paris, in-8°). Cette plaquette a été reproduite par M. Tamizey de Larroque : Une Aventure du baron de Lusignan. Récit de 1625 (Nérac, 1886, in-16).
Nous avons déjà rencontré le frère aîné du baron Guy, François II, marquis de Lusignan. Il sera parlé bientôt de son puîné, Pierre, baron de Galapian.
2 Ce pont était situé sur le Gravier, vers l'emplacement occupé aujourd'hui par les arcades nommées Péristyle.
3 Antoine Bru, libraire et imprimeur, né à Brax, près d'Agen, vers 1620, mort en 1695.
Bru laissa un manuscrit intéressant : Mémoires de Bru, libraire à Agen, de
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 165
min aux soldats, que deux consuls viennent sommer de se retirer. Leur chef s'y refuse ; un coup de mousquet est tiré ; les cris d'alarmes se multiplient ; les défenseurs arrivent en masse, et la troupe est obligée de se replier sur le gros du régiment, à la porte Saint- Antoine. Puis des barricades se dressent comme par enchantement.
Gondé parcourt encore la ville pour tenter de calmer les esprits, s'arrêtantet discourant à chaque barricade. Il est partout accueilli ou par un silence glacial, ou par des cris et des menaces.
Sa situation devenait de plus en plus difficile1. Il ne lui restait guère que le choix entre une sortie honteuse et une mise à sac de la ville. La Rochefoucauld fut tout de suite envoyé aux notables pour les inviter à se réunir à l'Hôtel de Ville. Le prince s'y rendit bientôt lui-même et y trouva les trois ordres en séance.
Après qu'il eut déclaré ne vouloir introduire le régiment de Gonti que dans un but honnête et pour éviter aux habitants trop de fatigues, les consuls demandèrent qu'il se bornât à nommer les officiers d'un régiment de troupes bourgeoises qu'on formerait immédiatement. La proposition étant admise et les officiers désignés, les soldats sortirent de la ville, se cantonnèrent dans le faubourg Saint-Antoine où des vivres leur furent distribués, et le lendemain, 22 mars, ils partirent pour Clermont-Dessous.
Dans cette même journée du 22, des excuses pour
1652 à 1663, manuscrit qu'une copie faite par le Frère Hélie dans ses Chroniques nous a conservé, et qui a été imprimé en 1885 par M. G. Tholin dans la Revue de l'Agenais (t. xn).
1 Le Cardinal de Retz à écrit: « M. le Prince m'a dit qu'il courut plus de fortune, en cette occasion, qu'il n'en auroit couru dans une bataille » (Mémoires du cardinal de Retz, [Nancy, 1717 et éd. div.] ; éd. Aimé-Champollion- Figeac [Paris, 1859, 4 vol. in-12], t. m, p. 352).
les faits de la veille furent présentés au prince, qui consentit à confirmer les privilèges de la ville. Il mit Gonti à sa place et partit le 24 au matin avec sa suite. Ses domestiques s'embarquèrent sur la Garonne pour aller l'attendre à Marmande1.
C'est alors que, sur un message de Chavigny2, il franchit en sept jours la distance comprise entre la Garonne et la Loire, prit le commandement de l'armée et défit d'Hocquincourt le 7 avril au soir. J'ai rappelé que, dans cette circonstance, Turenne avait sauvé la cour.
Resté seul à Agen le 24 mars, Conti s'enfuit à son tour le 28 en apprenant que d'Harcourt avait traversé la Garonne à Auvillars. Il laissa le comte de Laugnac3 et le baron de Galapian4 pour le représen-
1 Ces dates, données par les Mémoires de Bru, ne concorderaient guère avec celles que produit M. Tamizey de Larroque dans sa Notice sur la Ville de Marmande, p. 106, si l'on n'admettait pas la version de Baltazar (Guerre de Guyenne, éd. Barry, p. 47), qui certainement doit être la bonne.
Baltazar dit que Condé, après un court séjour à Agen, alla à Tonneins, au Mas, à Marmande, d'où il revint à Agen. Puisque ce prince était à Marmande le 18 mars et qu'il quitta la Guyenne le 24 du même mois, on doit absolument placer sa course en aval d'Agen dans la période que nos annalistes lui font passer tout entière dans cette ville.
2 Léon Bouthillier, comte de Chavigny, cité p. 138.
Nous avons vu qu'il fit partie, avec son père Claude, du Conseil de régence de 1643. Après sa disgrâce, il avait été ambassadeur de France à Munster, puis arrêté et démissionnaire en 1648.
D'abord agent dévoué de Richelieu, Chavigny fut ensuite tout acquis à Condé et se mêla à diverses intrigues et négociations en faveur du parti des Princes. V. les Mémoires du Cardinal de Retz,.
3 Charles de Montpezat, comte de Laugnac, celui qui avait épousé à Agen Serène de Durfort de Bajamont le 18 mars 1618.
4 Pierre de Lusignan, baron de Galapian, né en 1609, troisième fils de François, premier marquis de Lusignan (mort en 1639). Il était le frère puîné de François II, marquis de Lusignan (décapité en 1656), et du baron Guy de Lusignan (mort en 1657). Il fut gouverneur de Puymirol et mourut en 1692.
Le baron de Galapian se rendit célèbre par des atrocités que j'aurai l'occasion de rappeler
V. Les Lusignan du Poitou et de l'Agenais, par Jules de Laffore.
Après la mort de ses frères et de ses deux neveux, François III (1657) et Armand (1675), fils de François II, Pierre devint le cinquième marquis
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 167
ter et se dirigea sur Clairac en ralliant Marsin à Port- Sainte-Marie.
Le 29 mars, les troupes royales se concentraient au Passage. D'Harcourt adressa une sommation à la ville, et les trois ordres, sans tenir compte des menaces, décidèrent d'obéir. Galapian tenta vainement de s'emparer de la Maison de Ville et de soulever le peuple.
Un nouvel émissaire de d'Harcourt fut introduit le lendemain dans la salle des séances qu'envahirent en armes les rebelles. La ferme attitude des consuls arrêta d'abord les violences ; mais la ville était partagée entre les deux partis : la paroisse Saint-Caprais, la rue Saint- Jean et le quartier du Pin étaient pour Gondé; les quartiers Saint-Hilaire, Porte-Neuve et de Garonne tenaient pour le roi.
Galapian étant parvenu à pénétrer dans l'Hôtel de Ville et à s'emparer d'une coulevrine et de quelques boulets vint au Pont-Long avec ses hommes menacer les troupes rangées en bataille sur la rive gauche du fleuve. Une décharge bien nourrie eut vite mis fin à cette puérile bravade.
Le 30 mars, des députés furent adressés à d'Har-
de Lusignan. Il avait épousé en 1645 Rose de Loubatéry, fille de Florimond de Loubatéry, seigneur de Bellecombe, conseiller à la Cour des Aides de Guyenne, et ne laissa qu'une fille, Anne de Lusignan, mariée en 1676 à Jean-Joseph, comte de Lau, descendant d'Antoine de Lau, grand chambellan et sénéchal de Guyenne sous Louis XI.
Ce Jean-Joseph de Lau était le petit-fils d'Hector, issu de Jacques de Lau, sénéchal d'Armagnac, dont il a été parlé à la page 51 de ce vol. et qui est cité encore à la p. 56 avec le prénom de Joseph. Le fils de Jean-Joseph de Lau, Armand-Joseph, comte de Lau et marquis de Lusignan, épousa en 1724 Jeanne de Montesquiou-Xaintraillcs.
V. Ph. Lauzun, Etude sur le Château de Xaintrailles, canton de Lavardac, arrondissement de Nérac (Lot-et-Garonne), brochure déjà citée à la p. 159 du t. 1er (note 3), et dans le titre de laquelle canton de Damazan a été substitué à canton de Lavardac, erreur de facile rectification. — Cf. aussi J. de Luffore, Notes sur des Monuments féodaux ou religieux du Département de Lot-et-Garonne, p. 121.
court établi à Bruch, et une forte barricade dressée devant l'Hôtel de Ville par Bertrand de Saint-Gilis1 fut confiée aux habitants de la rue Garonne. Laugnac protesta; il frappa même de son gant M. de Saint- Gilis, qui saisissait son pistolet quand on les sépara. Ses gens parcouraient les rues en excitant le peuple ; l'effervescence s'accentuait ; des barricades se dressaient encore.
Le lendemain, 31 mars, jour de Pâques, les partisans du roi se réunirent à l'Hôtel de Ville. De Bressoles2., de Coquet3 et Bru, fortifièrent encore la grande barricade, organisèrent la défense de la Place et attendirent de pied ferme. Laugnac n'osa pas attaquer. La journée du 1er avril ne vit pas plus d'incidents ; mais le mardi, 2 avril, Galapian, pour en finir, voulut tenter d'enlever le poste. La barricade de Saint-Hilaire, défendue par Jean de Sevin*, lui ferma le passage, et celle du Carné suivit cet exemple. En vain il essaya
1 Bertrand de Saint-Gilis, sieur de La Tour, avocat au Parlement, jurât, puis consul d'Agen, mort en 1684. Il fut anobli en décembre 1654, en récompense des services rendus en 1651 à la cause royale.
Les Saint-Gilis, sieurs de Grabe et du Bédat, appartenaient à la haute bourgeoisie agenaise.
Bertrand de Saint-Gilis était fils de Pierre, notaire d'Agen. Son nom fut donné à une rue débaptisée de nos jours (rue La Fayette).
2 Bernard de Bressoles, conseiller au Présidial d'Agen.
Les Bressoles, sieurs de La Grange, de l'Isle, etc., originaires du Bourbonnais, s'étaient fixés en Agenais au xvie siècle.
3 Gabriel de Coquet, écuyer, conseiller du roi, premier président et juge mage du Présidial d'Agen. Il avait épousé en 1633 Catherine de Nort, sœur du conseiller Antoine de Nort.
Il devint seigneur de Gueyze en 1670, par l'achat du château de ce nom, juridiction de Lavardac, à Florimond de Molère, fils de Pierre de Molère, seigneur de Gueyze, vice-sénéchal d'Agenais, et de Marie de Bedon.
Nous rencontrerons son petit-fils au xvme siècle.
4 Jean-François de Sevin, sieur de Ganet, premier baron de Ségougnac. Il avait épousé en 1646 Anne de Bedon, fille de Florimond de Bedon, seigneur des Fosses, conseiller au Présidial d'Agen.
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d'entraîner les habitants du Pin; il échoua sur tous les points, et après une manifestation ridicule devant l'Hôtel de Ville finit par se retirer.
La cause royale triomphait.
Sommés par les trois ordres de sortir de la ville, Laugnac et Galapian partirent le 3 avril. Le lendemain entrait par la porte Saint-Antoine le comte d'Harcourt, à qui était fait un chaleureux accueil, renouvelé deux jours après pour le marquis de Saint-Luc4.
D'Harcourt prit toutes les mesures que la situation réclamait, fit un court séjour à Agen et en repartit le 10 avril pour reprendre ses opérations.
J'ai dit que Gonti, fuyant d'Agen le 28 mars, s'était dirigé sur Clairac. Il avait couché à Port-Sainte- Marie, d'où il fut vivement délogé par la cavalerie de d'Harcourt. A Clairac, commandé par le chevalier de Vivens2, puis â Marmande, où était M. de Tracy3, on ne lui permit pas de franchir les murailles. Laissant alors Marsin, il rentra à Bordeaux.
En quittant Agen, d'Harcourt descendit la Garonne. Le 29 avril, il était au Mas, qu'il soumit. Il poussa jusqu'à Budos, revint vers Marmande le 7 juin, passa
1 V. la relation de Bru, produite par M. G. Tholin, dans son étude sur Coudé et La Rochefoucauld à Agen (Revue de l'Agenais, t. xri, 1885) :
Récit au vray de ce qui se passa dans la ville d'Agen le jour que Mgr le Prince de Condé y voulut eslablir garnison. L'an 1652.
V. aussi Une Fête et une Emeute à Agen pendant la Fronde, par Ph. Lauzun, p. 25 et suiv.
2 Jean-François Labat de Vivens, chevalier de Malte, capitaine d'une compagnie du régiment de Créquy. Il fut nommé en 1652 gouverneur de Clairac, d'où les habitants venaient de chasser le marquis de Castelmoron (François de Caumont, huitième fils du duc de La Force).
V. un curieux Mémoire du chevalier de Vivens sur Clairac, remontant à 1650, publié par M. Tamizey de Larroque dans ses Documents inédits relatifs à l'Histoire de VAgenais, p. 242.
3 Alexandre de lhouville, seigneur de Tracy, lieutenant général eu Guyenne.
par Eymet le 8; puis se dirigeant par Castillonnès, que le 4 mars Sauvebeuf avait confié au capitaine Du Rieu1, il franchit Casseneuil et Sainte-Livrade et se porta sur Villeneuve dont il commença le siège vers le 15 juin 1652 2. Le marquis de Théobon commandait cette place pour Gondé.
D'Harcourt s'établit au nord, plaça les quartiers de Saint-Luc sur la rive gauche, commença ses travaux d'approche et dressa ses batteries. Théobon, qui avait complété les défenses et approvisionné la place, fit la meilleure contenance. Dans quelques sorties vigoureuses, il refoula les assiégeants vers leur camp, s'empara de deux coulevrines^ d'une partie de leurs provisions et de leurs bagages.
Or le ravitaillement de l'armée royale devint bientôt très difficile. La maladie et la famine provoquèrent promptement des désertions et les environs furent dévastés. Le gouverneur de Clairac réussit à conduire sans encombre douze cents boisseaux de blé jusqu'au château de Roger; mais Théobon, prévenu, surprit ce
1 Martial Du Rieu de Maisonneuve, de vieille race du Rouergue. Il se maria à Castillonnès et fut l'auteur des branches de Maisonneuve et de Meynadié.
Son frère aîné, Pierre Du Rieu de Séverac, gentilhomme de la Chambre du roi en 1622, s'était établi au château de Ségadène, près Fumel.
Un descendant de la branche de Maisonneuve, Michel-Charles Du Rieu de Maisonneuve (Saint-Eutrope, 1796-Bordeaux, 1878), botaniste distingué, directeur du Jardin public de Bordeaux de 1853 à 1877, a publié de très importants travaux scientifiques, notamment une Flore de V Algérie (Paris 1846-67, 2 vol. in-4° et atlasj faisant partie du grand ouvrage sur Y Exploration scientifique de l'Algérie.
Un Louis Du Rieu de Meynadié, littérateur, né à Meynadié, commune de Ségalas, en 1758, mort en 1828, a laissé deux tragédies : Adélaïde de Foix (Bergerac, 1805. in-8°), et Camille, reine des Volsques (V. la Bibliographie générale de VAgenais, t. i).
2 Samazeuilh, Histoire de VAgenais, t. n, p. 434; Baltazar, Histoire de la Guerre de Guyenne, éd. Barry, p. 71, etc.
Une note de ce dernier ouvrage ne fait commencer le siège que vers le 10 août.
château dont le commandant fut tué, fit 40 prisonniers et s'empara du blé si impatiemment attendu par les assiégeants. Marsin parvint même à introduire dans la place un renfort de 200 chevaux qui franchirent le Lot en traversant le quartier de Saint- Luc.
Le découragement envahit alors le camp de d'Harcourt, dont les forces diminuaient sans cesse tandis que les assiégés redoublaient d'audace et d'énergie. Enfin, la position n'étant plus tenable et la contrée tout entière devenant hostile, un dernier effort fut tenté le 9 août. Une attaque générale eut lieu ; mais, toujours vigilant, Théobon la repoussa. Le régiment de Champagne marchait contre le bastion est, quand son colonel, Lamothe-Vedel, le défenseur de Miradoux, fut tué d'un coup de mousquet. Les soldats, hésitant et criblés par les canons de la place, reculèrent alors en désordre.
Réduite de 8 à 3.000 hommes par les combats, la misère et la désertion, l'armée royale battit en retraite dans la nuit vers Monflanquin. Théobon poursuivit et harcela son arrière-^arde1.
1 V. les écrits frondeurs publiés sur ce siège de Villeneuve : Relation de ce qui s'est passé à Villeneufve-d' 'Agenois par les généreux exploicts des habitans de ladicte Ville, sous la conduite de M. le marquis de Théobon (Sur un imprimé à Bourdeaux : Paris, Vivenay, 1652, in-4° de 8 pp.). — Relation du Secours jeté dans Villeneufve-d' A génois par M. de Marchin... (Paris, ibid., 1652, in-4°). — La Marche de l'armée de M. le prince de Conti commandée par le marquis de Lusignan pour le secours de la Ville (de Villeneuve) d' Agenois, assiégée par M. le comte d'Harcourt (Paris, 1652, in-8°). — La Defaicte de l'armée du comte d'Harcourt par celle de M. le Prince de Conti, avec la liste des morts et le nombre des prisonniers. Ensemble la prise de trois pièces de canon et des bagages (Paris, 1652, in-4° de 8 pp.). — Ordonnance de Mgr le Prince de Conti sur les offres faictes par les bourgeois et habitans de la Ville de Bourdeaux pour le secours de Villeneufve-d'Agenois assiégée par les troupes de M. le comte d'Harcourt (Bordeaux, 1652, in-4° de 4 pp.). — La Levée du Siège de Villeneufved' Agenois escrite par un gentilhomme de ladicte ville d' Agenois (Lanauze) à un bourgeois de Bourdeaux (Bordeaux, 1652, in-4° de 7 pp. ; Paris, 1652, in-4° de 8 pp.). — Relation véritable de tout ce qui s'est faict et passé au Siège de
Abandonnant ses troupes aux mains de Sauvebeuf, Lillebonne et Marin, le comte d'Harcourt partit le 11 août pour Brisach. C'était une défection à la Condé. Mécontent de la cour qui lui avait refusé le gouvernement de cette ville, il allait se l'attribuer luimême1.
Les lieutenants de d'Harcourt n'avaient pas d'instructions précises. En septembre 1652, ils marchèrent sur Marmande et furent ralliés par le marquis du Plessis-Bellières, maréchal de camp2. Le 12 octobre, ils étaient devant Sainte-Bazeille, que Galapian avait surpris le 15 août avec partie de son régiment et de celui de Montmorency3. Ils assiégèrent cette place
Villeneufve-d' Agenois, où les troupes du comte d'Harcourt ont esté defaictes par celles de M. le Prince, sous la conduite des sieurs Marsin et Baltazar (Paris, 1652, in-4° de 6 pp.).
V. aussi Y Histoire de la Guerre de Guyenne, par Baltazar, éd. Barry, p. 62 et suiv.
Cassany-Mazet {Annales de Villeneuve-sur-Lot , p. 265), et aussi M. Fernand de Mazet (Histoire de Villeneuve-sur-Lot, p. 108 et suiv.) ont fait quelques confusions de dates et exagéré la durée du siège.
Une note rectificative de Y Histoire de la Guerre de Guyenne (p. 228) fixe la levée de ce siège au 9 août, tandis que la Notice sur Lamothe-Vedel, citée p. 160, place la mort de ce colonel au 29 juin. Cela concorde peu.
J'adopte ici la date du 9 août, qui me paraît être la mieux établie, et qui précisément est donnée aussi par le Livre de raison de N. de Lidon, sieur de Savignac. 1650-1664, p. 41.
1 D'Harcourt était déjà gouverneur d'Alsace. Il arriva à Brisach le 1er septembre 1652. La garnison lui était déjà acquise et se soumit à lui.
V. Véritables motifs de la retraite du comte d'Harcourt, et les justes raisons qui l'ont obligé de quitter le commandement de l'armée Ma&arine (Paris, Chevalier, 1652, in-4°).
2 Jacques de Rougé, marquis du Plessis-Bellières (1602-1654). Il fut gouverneur d'Armentières, se signala au siège de La Rochelle et en Espagne et fut tué en Italie.
3 V. sur cette surprise une curieuse Mazarinade :
Réduction de la Ville de Saincte-Bazeille sous Vobeyssance du Roy et de Messieurs les Princes, par M. de Galapian (Bordeaux, 1652, in-4° de 8 pp.).
Cette pièce a été réimprimée avec des notes en 1884 par M. Tamizey de Larroque : Une Mazarinade inconnue (Marmande, in-8°).
Quand le baron de Galapian surprit Sainte-Bazeille, la place était com-
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 173
commandée par La Madeleine1, lequel ne put tenir que trois jours, et firent la garnison prisonnière2.
Du Plessis-Bellières, qui allait être envoyé en Catalogne, prit Saint-Pastour le même mois, pendant que le corps d'armée commandé par le chevalier de Créquy3 ravageait la rive gauche et entrait à Gasteljaloux inquiété récemment par Marsin. Marin resta cantonné à Marmande avec le marquis de Bougy4, et les trois autres lieutenants généraux se dirigèrent vers Agen, où commandait alors le capitaine Daubas5 et où se tint peu après un grand conseil de guerre6.
En même temps, le départ de d'Harcourt occasionnait une recrudescence d'hostilités des frondeurs.
mandée par Raymond de Lapeyre, écuyer, seigneur de Lalanne (près de Sainte- Bazeille), capitaine de cavalerie dans le régiment de Coudray-Montpensier.
1 Capitaine au régiment de Conti. Il avait été blessé à Fribourg étant lieutetenant au régiment d'Enghien. Il mourut d'une blessure reçue devant Candie en décembre 1668.
2 V. Histoire de la Ville et de la Baronnie de Sainte- Bazeille, par l'abbé Alis, p. 189.
3 François, sire de Créquy, marquis de Marines, appelé alors Chevalier de Créquy, né en 1624, mort en 1687, un des plus habiles capitaines du xvie siècle. Il fut nommé lieutenant général en 1655, général des galères en 1661 et maréchal de France en 1668.
4 Jean Révérend, marquis de Bougy, lieutenant général des armées du roi. Il épousa en 1654 Marie de La Chaussade, sœur de Judith de Calonges, et
mourut en 1658 au château de Calonges, près du Mas, âgé seulement de quarante ans.
Bougy assista au conseil de guerre que les lieutenants généraux du roi tinrent à Agen après la prise de Sainte^Bazeille. En revenant à Marmande, il fut pris par les soldats de Baltazar à Port-Sainte-Marie, puis échangé au commencement de 1653 contre Chavagnac, pris par Marin.
5 Peut-être Jean Daubas de Gratiolet, fils de Clément, seigneur de Terroudel, né à Agen en 1600. Il avait été nommé héraut d'armes en 1635 et mourut commandant de la place d'Abbeville.
V. Notes sur la Fa?nille Daubas de Gratiolet (Toulouse, 1854, in-8°).
6 Agen n'était pas très calme. Une lettre de Vivens à Mazarin, du 16 septembre 1652, dénonçait les habitants comme « portés pour l'ennemy » (Archives Historiques de la Gironde, t. vin, p. 411).
Marsin faisait une tentative infructueuse sur Blaye ; quelques places du Bordelais étaient prises ; Rions était assiégé, et Langon succombait après un siège meurtrier.
C'est l'armée de Conti, forte de 8.000 hommes et 6 canons, qui attaqua cette place dont la fidélité au roi avait résisté à toutes les intrigues. La ville et le château furent battus en brèche, et la plupart des habitants durent s'enfuir pour échapper surtout aux exactions du baron de Galapian qu'on y mit pour commander. Avec ce gentilhomme sans foi ni loi qui laissa un souvenir exécré, Langon se trouva livré au sort le plus affreux, au meurtre, au viol, au pillage1.
Baltazar prit le château de Castelnau-de-Mesme2, près de Bazas; puis il rallia Marsin qui l'attendait à Antagnac et marcha le 15 novembre sur Gasteljaloux. Cette ville se rendit le même jour, mais le château résista jusqu'au 21 novembre. Le maréchal de camp Du Plessis3, chargé du siège, y fut tué.
De Gasteljaloux, Baltazar et Marsin s'étaient avancés sur Condom, où se trouvaient les capitaines Gohas4 et Montcassin5 qui refusèrent toute composi-
1 V. Histoire de VAgenais, par Samazeuilh, t. il, pp. 410 et 443.
2 A Saint-Michel-de-Castelnau (Gironde). Une notice sur Castelnau-de-Mesme, par Léo Drouyn, se trouve au t. n, pp. 285-290 de la Guyenne Militaire.
3 Ce Du Plessis avait conduit le renfort que Marsin réussit à introduire dans Villeneuve le 30 juillet 1652.
4 Le Gohas de 1652 n'est pas parfaitement déterminé.
Etait-ce Louis de Biran, comte de Gohas, maréchal de camp en 1651, ou Jean-Bernard de Gohas, déjà capitaine aux Gardes en 1620 quand il épousa au château d'Aubiac Marguerite de Narbonne ?
J'ai mentionné à la date de 1569 (t. i, p. 249) un capitaine Antoine de Gohas massacré à Pau après la défaite de Terride. Un autre capitaine du même nom avait épousé la fille de Biaise de Pardaillan, seigneur de La Mothc-Gondrin, égorgé à Valence en 1562. Ce dernier Gohas (Jean de Biran) prit part au meurtre de Coligny en 1572 et fut tué l'année suivante au siège de La Bochelle.
5 Alexandre de Montcassin, lieutenant-colonel depuis 1645, fui assassiné en cette même année 1652.
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tion. Or un renfort pris dans l'armée de Catalogne était envoyé à Sauvebeuf, et, quoique peu d'accord sur la conduite à tenir, les deux lieutenants de Gondé se replièrent sur Casteljaloux pour y activer le siège du château et attendre l'armée royale.
Celle-ci occupait Fargues et Couthures ; mais elle s'éloigna bientôt, la position prise par les frondeurs étant comme inaccessible.
Le 29 novembre, Marsin, renforcé d'artillerie, quitta Casteljaloux et se porta devant le Mas qui, battu en brèche et pris d'assaut dans les premiers jours de décembre, fut mis à sac. Louis de La Barthe1, le commandant, fut fait prisonnier.
Marin avait établi en octobre son quartier général au camp de Marmande, où un pont de bateaux était construit devant la ville depuis le 8 mai, et des troupes avaient été cantonnées à Gontaud2.
C'est vers cette ville que les frondeurs, traversant la Garonne à Tonneins, se portèrent en quittant le Mas. Gontaud ne put tenir longtemps et sa garnison fut faite prisonnière ; puis, le 13 décembre, Marsin et Baltazar commencèrent le siège de Monségur, qui capitula le 17 et reçut une garnison au départ de laquelle, le 3 mai suivant, on ne retrouva guère que des ruines.
Le 13 décembre, Clermont-Dessus fut pris de nuit, par escalade. Les assaillants étaient conduits par un traître du nom de Labergerie qui avait récemment commandé la garnison de cette place, laquelle fut pillée et abandonnée quinze jours après sur l'ordre
1 Jean-Louis de La Barthe, seigneur de Giscaro. Il était lieutenant-colonel du régiment de Guyenne dont il devint colonel en 1607. Il épousa en 1G55 Catherine de Polastron.
2 V. Notice sur la Ville de Marmande, par Tamizey de Larroque, p. 107.
du duc de Candalle*, nommé à la place de d'Harcourt en Guyenne.
Mais l'armée des lieutenants de Gondé était épuisée. Marsin se dirigea vers Sarlat dont il s'empara le 1er janvier 1653 et où il plaça son quartier général avant de rentrer à Bordeaux. Baltazar passa par La Réole et Bazas le 19 décembre, à Roquefort le 21 et se saisit du château de Pujols. Il se dirigeait sur Montde-Marsan quand il apprit que le duc de Candalle était à ses trousses.
Quelques combats eurent lieu vers la fin de décembre entre Grenade et Mont-de-Marsan. Le duc de Candalle occupa ces deux villes, puis Labastide le 20 janvier 1653. Sainte-Bazeille était reprise depuis le mois d'octobre.
Le froid étant très vif, le duc rentra à Mont-de- Marsan et vint ensuite à Agen. De Tartas, Baltazar avait rejoint Gonti à Bordeaux."
Peu après, le commandant du Mas livra cette place à l'armée royale, et en mars Candalle occupa Bazas, Langon et Cadillac, et prit Saint-Macaire. La Réole se rendit à lui après quelques jours de siège; Monségur lui fut acquis par trahison le 3 mai, et Sarlat eut son tour, à la suite d'une collision sanglante entre les régiments de Marsin et d'Enghien.
A ce moment, il ne restait plus guère aux frondeurs dans notre région que Villeneuve, dont la soumission eut lieu après le départ de Théobon, le 13
1 Louis-Charles-Gaston de La Valette, duc de Candalle, fils de Bernard de Nogaret, due d'Epernon, né en 1627, gouverneur d'Auvergne. Il avait été nommé commandant de l'armée royale de Guyenne en septembre 1652, mais il n'intervint qu'en décembre. Il mourut à Lyon en 1658.
L'Histoire amoureuse des Gaules, éd. Paul Boiteau, t. i, p. 12 et suiv., donne sur lui de piquants détails.
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août 4653, entre les mains du comte de Vaillac4, commandant en Agenais pour le duc de Candalle2.
A Bordeaux, Conti, mécontent de son frère qui avait paru lui préférer Marsin et Lenet3, avait cherché à se faire lui-même un parti. Deux factions se partageaient la ville : la petite Fronde, dont était le Parlement, et la grande Fronde. Celle-ci, sous l'impulsion de Conti, prit une plus grande importance et s'organisa plus fortement. On l'appelait YOrmée, parce que ses séances avaient lieu sur une plateforme garnie d'ormeaux, entre Sainte-Eulalie et le fort du Hâ. Devenue très puissante, l'Ormée, dont le conseiller Du Mirât 4 était un des coryphées, terrorisa
1 Jean-Paul de Gourdon de Genouillac, baron de Montferrand, comte de Vaillac. De Casseneuil, qui lui appartenait, il avait très longtemps surveillé Villeneuve.
2 V. une curieuse Mazarinade : Relation de ce qui s'est passé à Villeneufved'Agenois, en la conspiration brassée par les intrigues du comte de Candalle (Bordeaux, 1653, pet. in-4°). — V. aussi : La Fin de la Fronde à Villeneuved'Agenois, par Joseph Beaune (Revue de V Agenais, t. xvi [1889], p. 511 et suiv.).
3 Pierre Lenet, chevalier, baron de Vantoux, etc. Il avait été reçu bourgeois de Bordeaux en 1550 et avait rempli les fonctions de procureur général au Parlement de Dijon.
Dévoué à Condé et un des meneurs du parti, il fut obligé de s'exiler en 1653, revint en France en 1659 et mourut à Paris en 1671.
Il a laissé des Mémoires contenant V Histoire des guerres civiles des années 1649 et suivantes, principalement celles de Guienne et autres provinces (S. 1., 1729, 2 vol. in-12). Ces importants Mémoires, auxquels on reproche cependant quelque partialité, ont été réédités par Petitot, et mieux dans la coll. Michaud et Poujoulat, t. xxvi (1838).
4 Jean-Luc Du Mirât (ou Du Myrat) appartenait à une vieille famille de l'Agenais, où son grand-père avait é^é maître des requêtes pour Marguerite de Navarre. Il était conseiller au Parlement de Bordeaux, charge qu'il céda à son fils aîné en 1676.
Du Mirât, effrayé des tendances de l'Ormée, abandonna cette faction, fut dénoncé à Condé par Lenet et chassé de Bordeaux. Il se retira alors à Agen où il servit activement la cause royale.
V. les Archives Historiques de la Gironde, t. xv, p. 451, et L'Ormée à Rordeaux, d'après le Journal inédit de J. de Filhot, par A. Communay (Bordeaux, 1887, in-8»), p. 49.
Bordeaux, remplaça les jurats, multiplia les expulsions, assiégea même le palais du Parlement et voulut incendier les hôtels des conseillers hostiles, qui s'étaient retirés à Agen par ordre du roi dès le 6 février1. Un combat eut lieu au Chapeau-Rouge, où plusieurs hommes furent tués et dans lequel s'interposèrent la princesse de Gondé et la duchesse de Longueville.
Les Ormistes rêvaient d'une république modèle et avaient fait appel à l'Espagne; Gondé cherchait à traiter avec l'Angleterre. On sait que toutes ces dangereuses extravagances avortèrent2.
Bientôt Candalle s'empara de Bergerac, pendant que Vendôme enlevait le poste de Lormont et que le comte d'Estrades3, nouvellement nommé lieutenant général en Guyenne, assiégeait et prenait Bourg, puis Libourne. Bordeaux, étroitement bloqué, commençait à souffrir de la famine. Au moment de se porter au secours de Bourg, Marsin apprit sa capitulation, obtenue le 7 juillet, et l'arrivée vers Lormont de la flotte royale devant laquelle avaient fui les vaisseaux espagnols. Alors les cris de "Vive le Roi
1 Archives Histo?ïques de la Gironde, t. vu, p. 266.
Le 13 mars 1653, il y avait à Agen quatorze conseillers du Parlement de Bordeaux (Ibid., p. 279).
2 \.L'0rmée à Bordeaux, d'après le Journal de J. de Filhot, par Communay. Jacques de Filhot, dit le Martyr de l'Etat, fils d'Odet de Filhot, procureur
au Sénéchal de Guyenne, né vers 1598, anobli par Louis XIV en 1653, mort en 1660. — Conseiller d'Etat en 1643 et trésorier de France à Montauban, il vint à Bordeaux en 1653 et combattit VOrmée de toutes ses forces. Trahi, arrêté, condamné par un tribunal grotesque dans lequel siégeaient Joseph Dureteste, bourgeois de Bordeaux, et Pierre de Villars, avocat, deux des plus forcenés frondeurs, il subit d'horribles tortures. Le roi lui délivra une charge de trésorier général de France à Bordeaux, charge qu'un compétiteur lui disputa et qui ne lui fut acquise qu'en 1657. Il rédigea sur les événements auxquels il avait assisté le très curieux Journal mentionné ci-dessus.
3 II sera reparlé plus loin du comte Godefroy d'Estrades.
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et la Paix!" retentissent dans la ville. Royalistes et Ormistes prennent les armes.
Mais Gonti avait fait secrètement des avances à la cour. Il attendait, impassible, l'arrivée de Gour ville1, fondé de pouvoirs de Mazarin. Gourville parvint, en effet, à pénétrer dans Bordeaux et conclut un arrangement que l'impossibilité pour Gondé de continuer la lutte transforma en traité de paix le 24 juillet 1653.
Gonti, la princesse de Gondé et la duchesse de Longueville quittèrent Bordeaux le 2 août, et le lendemain les ducs de Vendôme et de Candalle y entrèrent en vainqueurs.
C'était la fin de la Fronde2.
Cependant longtemps encore les mouvements de troupes dans la région furent considérables. Le 1er octobre 1653, Baltazar, occupant Tombebœuf et Monclar, se présentait devant Montastruc, où était le régiment de Champagne et où séjourna le marquis Du Coudray-Montpensier 3 du 5 au 15 octobre. Le vicomte de Canillac4, à Monclar le 13 du même
1 Jean Hérault, sieur de Gourville (1625-1703). Il fut le factotum de Condé et laissa des Mémoires (1642-1698), imprimés d'abord en 1724 (Paris, 2 vol. in-12).
2 Les ouvrages sur la Fronde sont innombrables. A mes citations déjà abondantes, j'ajoute seulement ici : Histoire de la Fronde, par le comte de Sainte-Aulaire (Paris, 1827 et 1859-60, 2 vol. in-8°) ; Mémoires de François de Paule de Clermont, marquis de Monglat (Amsterdam, 1728, et dans les coll. Michaud et Poujoulat et des Grands Ecrivains de la France) ; Mémoires de Madame de Motteville (Amsterdam, 1723 ; dans la coll. Michaud et Poujoulat, etc.). — V. aussi les Courriers de la Fronde, en vers burlesques, par Saint- Julien (éd. C. Moreau : Bibliothèque Ehèvirienne, Paris, 1857, 2 vol. in-16); les Souvenirs du règne de Louis XIV, par le comte de Cosnac (Paris, 1874, 4 vol. in-8°) ; les Mémoires de Campion, de Cosnac, de Guy Joly, etc., etc.
Des Mazarinades, j'ai cité la plupart de celles qui ont trait à des événements agenais.
3 Henri d'Escoubleau, marquis Du Coudray-Montpensier, plus tard lieutenant général.
4 Gabriel de Montboissier-Beaufort, vicomte de La Mothe-Canillac. Il fut
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mois, (lut se rendre aussi à Montastruc pour apaiser une violente querelle entre les régiments cantonnés dans ces deux villes et qui en étaient venus aux mains. Des barricades avaient été dressées autour de Monclar, où on comptait sept ou huit morts et autant de blessés et dont les troupes partirent pour Gastelmoron le 14. Canillac et ses hommes ne s'éloignèrent que le 301.
Marsin fut autorisé à se retirer au pays de Liège et Baltazar entra dans l'armée royale. Gondé ne devait obtenir son pardon qu'après la paix des Pyrénées.
Le Parlement de Bordeaux, qu'avait envoyé à Agen une ordonnance du 8 octobre 1652 2, tint sa première séance dans cette ville, au palais du Présidial, le 3 mars 1653, en présence du duc de Candalle et de l'évêque Barthélémy d'Elbène3. Il n'y resta guère que quatre mois, pendant lesquels il ne rendit pas moins de quarante-neuf arrêts d'audience. Son premier président, qui succédait à Du Bernet* mort depuis peu,
condamné à mort aux Grands Jours de Glcnnont le 22 octobre 1G65 et exécuté le même jour.
1 V. Tamizey de Larroque, Deux Livres de raison de VAgenais, etc. : Livre de raison de N. de Lidon, p. 48.
2 Lettres patentes du Roy (8 octobre 1652) portant translation du Parlement de Bourdeaux en la Ville d'Agen (Agen, par Jean Fumadères, 1053, in-4° de 4 pp.).
3 Barthélémy d'Elbène avait reçu le 31 mars 1607 des provisions lui attribuant « entrée, séance et voix délibérative dans la Cour de Parlement » à titre de conseiller.
4 Joseph Du Bernet, baron de Saint-Médard d'Eyrans, etc., né à Bordeaux en 1584, premier président du Parlement de Provence en 1636, et de Bordeaux en 1643, mort à Limoges le 19 mai 1652.
Il avait épousé en secondes noces, en 1633, Marguerite de Sevin, veuve de Jacob de Secondât, baron de Montesquieu, morte à Agen en 1683, à l'âge de 97 ans.
V. Le Parlement de Bordeaux. Notes biographiques sur ses principaux Officiers, par A. Communay, p. 87 et suiv.
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était Arnaud de Pontac1, dont l'installation solennelle eut lieu le 7 mai. Malheureusement une terrible peste qui vint alors frapper l'Agenais fit transférer le 15 juillet cette Cour à La Réole, où elle commença ses travaux le 18 du même mois2.
Les troubles de la Fronde avaient cessé. Le pays meurtri, épuisé par tant de secousses, se sentait à peine renaître dans une période plus calme, et déjà de nouvelles épreuves venaient fondre encore sur lui et raviver les plus néfastes souvenirs.
En 1652, un grand débordement de la Garonne et les dévastations des armées avaient provoqué une cruelle disette. Agen avait dû recevoir et héberger des indigents par milliers. La misère était au comble et les consuls s'épuisaient en vains efforts. La situation devint absolument désolante en 1653. La peste fit son apparition en juin, prit aussitôt une extension inouïe et jusqu'en novembre la mortalité fut effroyable. La panique s'était emparée de la foule ; quiconque en avait le moyen s'enfuyait, et bientôt l'enceinte fut presque déserte.
Des huttes ou cabanes avaient été établies autour des murailles, derrière Sainte-Foi, le long du Gravier, vers la porte Neuve, et surtout dans les Champs de
I Arnaud de Pontac, né à Bordeaux en 151)7, était président à mortier au Parlement de cette ville, en remplacement de son père, depuis 1631. Démissionnaire en 1672, il mourut en 1681.
II était fils de Geoffroy de Pontac et d'Aimée de Malvin, et avait épousé en 1632 la plus jeune fille de l'historien do Thou. Son grand-oncle paternel était Arnaud de Pontac, le célèbre évoque de Bazas, sur lequel M. Tamizey de Larroque a publié une notice: Arnaud de Pontac, Evêque de Baz>as. Pièces diverses (Bordeaux, 1883, in-8°). V. Le Parlement de Bordeaux, par A. Communay, p. 97 et suiv.
- Cf. Un Episode de la Fronde en Guyenne. Le Parlement d'Agen (1653), par Henri de Oroussou (Agen, 1878, in-8°); Histoire du Parlement de, Bordeau.r, par Boschcron des Portes, t. n, p. 177, etc.
182 HISTOIRE DE lZaGENAIS
Renaud, au sud-ouest de la ville, où des baraquements avaient été déjà dressés lors de l'épidémie non moins terrible de 1631. Ces champs étaient alors un vaste cimetière et une grande colonie de pestiférés1. Les médecins, les désinfecteurs, les corbeaux même manquaient. La moitié de la population fut emportée par la misère ou la contagion.
Les défections furent nombreuses, mais aussi bien des dévouements s'affirmèrent2. Des prêtres, des religieux, plusieurs consuls furent atteints3.
Du reste, le fléau ne se borna pas à frapper la capitale de l'Agenais ; le pays tout entier fut contaminé et le nombre des victimes atteignit un chiffre formidable.
Enfin, dès le commencement de novembre, la maladie disparut après avoir exercé pendant plus de quatre mois d'affreux ravages.
Tant de malheurs successifs avaient plongé le pays dans un pitoyable état. Mais la guerre civile avait pris fin ; l'ordre était rétabli ; l'avenir apparaissait sous un aspect moins sombre. L'Agenais allait pouvoir reprendre des forces et panser ses plaies.
1 A. la suite de cette épidémie, une chapelle, dite Chapelle des Loges, fut construite par les soins et aux frais d'un certain Martin Grou, de Saint-Germain-en-Laye. De cette chapelle, élevée en 1669 et qui subsista jusqu'à la Révolution, il ne reste plus aujourd'hui la moindre trace. V. à ce sujet une notice de M. Philippe Lauzun : Une Chapelle perdue, déjà citée dans une note de la p. 45 du t. Ier.
2 Nos annalistes mentionnent surtout la veuve d'un consul victime du fléau, Mm0 Baratet, d'une charité admirable, et aussi l'avocat Ratier, consul, digne de tous les éloges.
3 Du Noyer, un jeune conseiller du Parlement, fut une des premières victimes. Trois consuls succombèrent : Baratet, Etienne de Las de Brimont et Joseph de Laboulbène.
Les consuls de l'année 1653 avaient été nommés en janvier par Mazarin Archives Historiques de la Gironde, t. vu, p. 256).
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Après la soumission de Bordeaux, la Fronde avait encore gardé quelque espoir d'un nouveau soulèvement avec l'aide de l'Espagne.
Est-il besoin d'ajouter que les dernières tentatives échouèrent piteusement? La paix civile, si lente à venir et si chèrement achetée, était enfin obtenue.