CHAPITRE VI
L'Agenais au xvne siècle (Fin) — Le gouvernement absolu de
Louis XIV — Fin de l'autonomie des communes —
La révocation de l'édit de Nantes.
e comte d'Estrades1, à qui revenait une bonne part des derniers succès, avait été nommé le 10 octobre 1652 gouverneur de Guyenne et maire perpétuel de Bordeaux, où il était entré en septembre 1653 et avait pris les mesures utiles.
I Godefroy, comte d'Estrades, maréchal de France et célèbre à bien des titres, était né à Agen en 1607. 11 mourut à Paris le 26 février 1686.
II appartenait à une ancienne famille de l'Agenais. Son père, François d'Estrades, seigneur de Bonnel, du Colombier et de Ségougnac, maréchal de camp, avait été chargé de l'éducation du comte de Moret, fils naturel et légitimé de Henri IV. Sa mère, Suzanne de Secondât, mariée à Agen en 1604-, appartenait à la famille d'où sortit le grand Montesquieu. Elle était fille de Jean de Secondât, seigneur de Roques.
Godefroy d'Estrades, dont l'esprit et les dous physiques étaient très remarquables, entra à quinze ans dans les pages de Richelieu, et quatre ans plus tard, eu Hollande, il se signalait déjà par sa bravoure dans le régiment de son oncle Pierre de Secondât.
Richelieu, Mazarin, Louis XIV surent apprécier tour à tour les éminentes qualités du comte, qui remplit une foule de missions importantes et dès 1661
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En même temps, Bourg était fortifié avec soin et recevait aussitôt des troupes aguerries. Toute velléité
fut chargé de grandes ambassades. Il lit les campagnes de 1672 à 1675, fut nommé maréchal de France en cette dernière année, et dirigea avec une habileté consommée les négociations de la paix de Nimègue en 1678.
Gouverneur de Dunkerque en 1652, il avait accompli de véritables prodiges de valeur dans cette place qu'assiégeait l'Archiduc d'Autriche. Il combattit ensuite en Catalogne et en Italie sous Conti en 1655-1657.
A vingt-cinq ans, Godefroy d'Estrades était un des plus beaux cavaliers du royaume. L'Hôtel de Rambouillet lui faisait fête, et dans ses Mémoires le duc de Saint-Simon lui-même en parle avec bienveillance.
En 1643, il avait été un des acteurs du célèbre duel entre Guise et Coligny, et s'était mesuré avec le marquis de Bridieu, un colosse qu'il vainquit.
V. La Jeunesse de Madame de Longueville, par Victor Cousin (Paris 1853, in-8°). Cousin analyse (chap. m) une piquante nouvelle de l'époque, anonyme et restée inédite, mais bien connue : Agésilas et Ismènie. Histoire des Amours de Mme la duchesse de Longueville et du marquis de Coligny, nouvelle dans laquelle d'Estrade figure sous le nom de Théodate, et Mme d'Estrades sous celui de Marianne. Celle-ci se retrouve aussi dans le Dictionnaire des Précieuses, de Somaize (Paris, 1661, 2 vol. pet. in-8° ; édition Ch. Livet : Paris, 1856, 2 vol. in-16), sous le pseudonyme de Didacerie (V. Les Livres à clef, pafrr F. Drujon, t. i, pp. 15, 406 et 469).
Louis XIV, qui avait fait d'Estrades conseiller d'Etat, chevalier de ses ordres et vice-roi d'Amérique (1663), le désigna comme gouverneur du duc de Chartres en 1685.
J'ai dit ailleurs: « Ce gentilhomme agenais est une des personnalités les plus sympathiques et les plus remarquables du grand siècle, qui lui dut une partie de son prestige et de sa grandeur. Il a tous les droits possibles de figurer parmi les hommes célèbres qui illustrèrent alors notre patrie ».
V. sur Godefroy d'Estrades, outre les ouvrages généraux et ceux déjà cités :
Un illustre Agenais du xvne siècle. Le comte Godefroy d'Estrades, par J.-N. Labat (Agen 1858, in-8°). — Un Agenais illustre. Le comte d'Estrades, par Alex. Ducourneau (Revue de V Agenais, t. n et m, 1875-76). — Relation inédite de la défense de Dunkerque (1651-1652), par le maréchal d'Estrades, etc., publiée par ïamizey de Larroque (Bordeaux, 1872, in-8°). Le même érudit à produit en 1893 trois lettres de G. d'Estrades (1655-1672), dans ses Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de V Agenais (Agen, 1893, in-8°).
V. aussi les articles : Relation du Secours jeté dans la Ville de Gravelines... et Estrades (Godefroy d') de la Bibliographie générale de l' Agenais, t. i et II.
On a publié : Lettres et Négociations de MM. le maréchal d'Estrades, Colbert, etc. au traité de Nimègue (La Haye; Londres, 1710, in-12) ; Lettres, Mémoires et Négociations de M. le comte d'Estrades, etc. pendant les années 1663, 1664, jusques et y compris l'année 166S (Bruxelles et Amsterdam, 1709, 5 vol. in-12) ; Lettres, Mémoires et Négociations de M. le comte d'Estrades, etc. 1637-1668 (Londres 1719, 2 vol. in-12). Ibid. depuis 1637 jusqu'en 1677 (Londres [La Haye], 1743, 9 vol. in-12), etc.
Le frère de Godefroy d'Estrades, Jean d'Estrades, né aussi à Agen, fut évoque de Condom de 1647 à 1660 et mourut en 1685.
En 1523, une ordonnance de François Ier pourvut de l'office déjuge mage
de résistance était désormais rendue impossible *.
D'Estrade vint à Agen, sa ville natale, le 20 juin 1654 et eut sans doute une réception digne de lui. Gonti lui succéda comme gouverneur de Guyenne en 1655, vint à Agen en 1658, passa au gouvernement de Languedoc en 1660 et fut remplacé par le duc d'Epernon, réintégré alors dans sa charge. Le marquis de Saint-Luc était lieutenant général en Basse-Guyenne ; il conserva cette situation après la disparition de d'Epernon en 1661 et jusqu'à sa mort, en 1670, et fut remplacé le 13 avril 1671 par le comte de Montaigu2. Charles de Montpezat3 commandait en Agenais.
Pendant ce temps et en dépit de la défection de Condé, Turenne portait haut la gloire des armes françaises. De 1653 à 1660, la guerre d'Espagne, l'alliance Anglaise, la Ligue du Rhin aboutissaient à un complément décisif des traités de Westphalie. L'Angleterre rétablissait les Stuarts (1658); l'Europe était pacifiée, et quand mourut Mazarin, le 9 mars 1661, Louis XIV entrait armé de toutes pièces et par
ou lieutenant criminel au Sénéchal d'Agen un Jean d'Estrades, juge ordinaire du Condomois, lequel, suspendu le 8 mars 1541, fut remplacé par François d'Estrades (Archives de la Gironde, B. 31, f° 104). Ce François d'Estrades, seigneur de Bonnel, du Colombier et de Campagnac, avait épousé en 1548 Antoinette de Veyrières (V. le P. Anselme, t. vu). Louvet a imaginé un d'Estrades maréchal de France au xme siècle.
1 Le 31 octobre 1653, le duc de Vendôme, grand maître et surintendant de la navigation, désigna Arnaud de Pontac, premier président du Parlement de Bordeaux, pour son lieutenant général en Basse-Guyenne.
2 Le comte Sébastien de Montaigu, ancien gouverneur de Bocroy, mort en 1715 (V. Archiv. départem. de la Gironde, B. 64, f<> 110).
3 Charles ÏI de Montpezat, comte de Laugnac, baron de Frégimont, etc. Il était fils de François III de Montpezat, et petit-fils de ce Charles de Montpezat qui avait épousé Serène de Durfort de Bajamont en 1618.
Il fut lieutenant des armées du roi en Guyenne de 1654 à 1694 et mourut en avril de cette dernière année.
V. le t. iv du Nobiliaire de Guyenne et de Gascogne, généalogie des Montpezat.
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une voie facile dans ce gouvernement personnel, dans cette royauté absolue qui allait donner d'abord un grand règne.
A la suite du traité des Pyrénées du 7 novembre 1659, fêté à Agen le 24 février 1660, Louis XIV épousa l'infante Marie-Thérèse, qui lui apportait une dot de 500.000 écus. Le mariage eut lieu à Saint-Jean-de-Luz le 9 juin 1660. Pour se rendre dans cette ville, le roi passa par Bordeaux où il séjourna du 19 août au 6 octobre, entra dans Bazas le lendemain et se dirigea sur Toulouse par Casteljaloux et Nérac. Le retour de la cour vers Bordeaux eut lieu par les Landes.
Nous entrons maintenant, avec le régime de la centralisation moderne, dans une période de décadence et d'effacement de la collectivité provinciale, et notre Histoire, dépourvue désormais d'intérêt propre, ne va plus guère nous offrir que les menus incidents d'une vie sans secousses. Après les dernières agitations dues à la révocation de l'édit de Nantes, nous pourrons parcourir à grands pas les années qui conduisent à notre époque.
Les villes de l'Agenais avaient vu disparaître leurs remparts, et aussi peu à peu leurs privilèges. La centralisation du pouvoir royal avait tout absorbé; le régime des édits s'était substitué à toute initiative particulière. L'œuvre du moyen âge croulait sous la main des gouverneurs et des intendants : l'Administration centrale allait régler jusqu'aux moindres rouages de la machine communale.
En Agenais surtout ce nouveau régime eut des conséquences considérables. La Guyenne ayant perdu ses Etats, plus d'Assemblées du pays, et bientôt même plus d'Assemblées des trois ordres.
Les baillis et les sénéchaux, datant de la lin du
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xne siècle, avaient été eiYacés par les gouverneurs dès le xvel, et voici, au xvnc, la création des intendants, ayant des subdélégués régionaux, réunissant en leurs mains tous les pouvoirs sans exception, et supprimant jusqu'à la faculté de recourir au souverain dans les circonstances difficiles2.
C'était bien la fin de l'autonomie provinciale.
Les premiers intendants de Guyenne furent de Belesbat, nommé en 1618, et Pierre Séguier d'Autry, en 1622. Leur action visait surtout la justice et un peu la police. La commission délivrée à Pierre Séguier d'Autry par Louis XIII est datée d'Agen, 18 décembre 1622, c'est-à-dire de l'époque où le roi se trouvait dans cette ville, au cours de sa campagne de Guyenne. De 1622 à 1643, six autres intendants passèrent en charge, voyant toujours s'étendre leurs attributions et finissant par régir à la fois justice, police et finances3. De
1 Le rôle et les attributions des gouverneurs de la province étaient très étendus. Les plus anciens documents des Archives d'Agen à ce sujet (AA., 13) sont trois lettres de Charles VIII, des 3 et 6 avril 1483, portant commission de lieutenant et gouverneur général de Guyenne à Odet d'Aydie, comte de Comîningcs, cité à la page 178 du t. î, lettres dont M. G. Tholin a produit des extraits dans ses Cahiers des Doléances du Tiers Etat du pays d'Agenais aux Etats (jénéraux, p. 109 et suiv.
2 La généralité de Guyenne comprenait 2.740 paroisses appartenant aux provinces suivantes : Agenais,. Bigorre, Bordelais, Condomois, Labour, les Lannes, le Marsan, Périgord et Sarladais.
Elle formait six élections pour les impôts et les affaires domaniales (Agen, Bordeaux, Condom, les Lannes, Périgueux et Sarlat), et vingt-cinq subdélégations, dont neuf pour l'Agenais et le Condomois : Agen, Casteljaloux, Clairac, Condom, Marmande, Monflanquin, Nérac, Saintc-Foy et Villeneuve.
3 Sur le rôle et la succession des intendants de Guyenne, V. l'ouvrage de M. G. Tholin cité ci-dessus, p. 112 et suiv. V. aussi Le Personnel administratif sous l'ancien rétjime, par Boyer de Sainte-Suzanne (Paris, 1868, gr. in-8°).
La liste des intendants de Guyenne comprit vingt-six titulaires, dont le dernier, Le Camus de Neuville, fut nommé en 17.85 et disparut en 1790c
L'intendant de 1643, sur lequel se ferma la première série de ces fontionnaires, était Jean de Lauson, seigneur de Lirac, un bibliophile émérite. 11 était fils de François de Lauson, conseiller du Parlement de Paris, et arrivait
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1648 à 1654, cette vice-royauté fut supprimée ; puis elle fut rétablie en Guyenne dans cette dernière année, en la personne du maître des requêtes de Tallement (1654-1658).
En 1663, l'intendant était Claude Pellot1, succédant à Lejeay. Il avait une vive prédilection pour Agen, où il séjourna bien des fois et qui lui dut de nombreux embellissements.
L'évêque d'Agen, Barthélémy d'Elbène, mourut le 4 mars 1663. Sous son épiscopat s'étaient encore établis dans cette ville plusieurs ordres religieux : le Tiers-Ordre de Saint-François, ou Elisabéthines2; les
de l'Intendance de Provence. Il avait été maître des requêtes en 1622, puis président du Grand Conseil, et devint gouverneur du Canada de 1650 à 1657. V. dans les Documents inédits relatifs à l'Histoire de l'Agenais, p. 235, une curieuse lettre de Jean de Lauson au chancelier Séguier, du 17 février 1645, recommandant les délégués du Présidial d'Agen chargés de protester contre rétablissement d'un autre Présidial à Villeneuve.
1 Claude Pellot, maître des requêtes, fut successivement intendant du Dauphinô (1656), du Poitou (1659) et de Guyenne (1663-1669). Il mourut en 1683 étant premier président du Parlement de Rouen. — V. Mémoires sur la vie de Claude Pellot, par O'Reilly (Paris et Rouen, 1881-82, 2 vol. in-8°).
J'ai dit que Claude Pellot transforma en 1666, le château de Monrevel (ou Montrevel), où le Présidial avait été établi par Biron en 1578 (V. p. 204 du t. i). La ville avait acheté ce château en 1584 aux héritiers de N. de Vigier, sieur de Péleguignon.
2 Les religieuses du Tiers-Ordre de Saint-François, ou Elisabéthines, s'instal lerent en 1640 dans le quartier Saint-Caprais, rue Roussannes; puis en 1643 rue Saint-Antoine (aujourd'hui Voltaire). Leur couvent s'étendait au midi jusqu'à la place des Jacobins; à l'est jusqu'à la rue Pont-de-Garonne, et à l'ouest jusqu'à la rue Londrade. L'entrée se trouvait sur la rue Saint-Antoine, en face la rue Maillé.
Ce couvent prospéra rapidement. Claude Joly lui donna des constitutions spéciales en 1672.
Saisi en 1790, vidé en 1792, il fut vendu en 1795. V. Les Couvents de la Ville d'Agen avant 1789, t. n.
Les religieuses du Tiers-Ordre de Saint-François s'établirent à Tournon en 1661. L'autorisation donnée pour cet établissement par l'évêque Rarthélemy d'Elbène, le 17 mai, fournit d'intéressants renseignements sur le château de Tournon. Cette autorisation a été reproduite par M. Tamizey de Larroque dans ses Documents inédits relatifs à l'Histoire de VAgenais, p. 264etsuiv.
Visitandines1, les Lazaristes2, les Petits-Carmes3 et les Minimes *.
Une vacance du siège de plus d'une année se produisit ensuite, vacance pendant laquelle il fut pourvu à l'administration du diocèse par le grand archidiacre Jean Soldadié et les chanoines Roussel et Boissonnade, celui-ci futur évêque de Bazas.
Le nouveau prélat, nommé seulement le 25 avril 1664, fut Claude Joly, curé de Saint-Nicolas-des- Champs de Paris et docteur en Sorbonne. Il ne fut
1 Fondé en 1642 par Isabeau de Cambefort, veuve de Thomas de Redon, conseiller et lieutenant principal en la Cour présidiale d'Agen, le couvent de la Visitation s'établit rue Porte-Neuve (aujourd'hui Montesquieu), entre cette rue, la rue Saint-François (Ledru-Rollin) et les remparts, où est aujourd'hui et depuis 1807 le Petit Séminaire.
D'abord très prospère, le couvent des Visitandines se maintint dans de bonnes conditions jusqu'à la Révolution. En 1792, les religieuses furent expulsées et les immeubles vendus pour 34.300 livres (V. Les Couvents de la Ville d'Agen, t. h).
2 Les Lazaristes, ou Prêtres de la Mission, fondés par saint Vincent de Paul, furent placés en 1650 à la tête du Séminaire diocésain d'Agen, alors rue Paulin (aujourd'hui des Droits-de-1'Homme), transféré plus tard dans son local actuel, dont la construction par Mascaron fut commencée en 1684. Les Lazaristes, expulsés sous la Révolution, ne revinrent pas à Agen. Lors de la réorganisation du Séminaire, en 1817, et jusqu'en 1854, les prêtres du diocèse furent chargés de sa direction, confiée ensuite aux Pères Maristes (V. Les Couvents de la Ville d'Agen, t. i).
Les Lazaristes s'étaient établis à Aiguillon en 1637.
3 Les Petits-Carmes, ou Carmes déchaussés, avaient tenté de s'établir à Agen en 1628. La vieille église Sainte-Quitterie leur fut alors attribuée, mais l'essai n'aboutit pas, et ce ne fut qu'en 1657 que leur installation définitive eut lieu en face de la porte Saint-Louis, entre la rue Lamouroux, le Gravier et la rue Palissy.
Vidé en 1791 et 1792, leur couvent fut vendu ensuite à Pierre Lamouroux, manufacturier, qui lui substitua une fabrique d'indienne». Tout cela est transformé aujourd'hui en une caserne d'infanterie (Caserne Lacuée).
4 Les Minimes, fondés en Italie par saint François de Paule en 1435, établirent un couvent à Agen en 1658. Ils s'installèrent d'abord à l'Hôtel Roisonnade (Hôtel de Raymond), puis rue Paulin, et enfin rue Porte-Neuve (Montesquieu) en 1661, où se trouve aujourd'hui l'Hôtel d'Escouloubre. Ce couvent eut peu de succès. Les Pères l'abandonnèrent en 1773 et il fut vendu en mars 1774 à M. Pélissier qui le démolit et le remplaça par l'hôtel actuel.
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sacré que le 15 mars 1665 et vint à Agen le 18 mai suivant.
Claude Joly, né en 1610 à Bury-sur-1'Qrne, arrivait dans son diocèse précédé d'une haute réputation d'éloquence. Ses sermons et ses prônes avaient obtenus un grand succès. Il était presque célèbre : Madame de Sévigné lui avait décoché une malicieuse épigramme et Boileau l'avait honoré d'une égratignure dans sa ive satire, sur les Folies humaines1.
A Agen, Claude Joly put exercer à Taise sa fébrile activité. De nombreux abus s'étaient glissés dans tous les rangs du Clergé. Il les réprima avec la plus vive énergie, et par un mandement du 6 mai 1666 il imposa aux prêtres et religieux de son diocèse une autorisation nouvelle pour administrer le sacrement de pénitence. Les religieux tentèrent vainement de se soustraire à son autorité en matière de prédication et de confession. Un Augustin, le Père Germain Cortade2,
1 Voici le passage :
« Souvent de tous nos maux la raison est le pire
« La fâcheuse a pour nous des rigueurs sans pareilles, « C'est un pédant qu'on a sans cesse à ses oreilles, « Qui toujours nous gourmande, et, loin de nous toucher, « Souvent, comme Joly, perd son temps à prêcher. »
2 Le Père Germain Cortade, né à Oloron ou à Bayonne vers 1600, prédicateur Augustin qui paraît avoir joui de quelque réputation, fit longtemps partie du couvent d'Agen. Après avoir résisté aux mesures prises par Claude Joly, il se soumit et fut relevé d'interdiction en 1670.
Il a laissé divers ouvrages au style rocailleux, dont un concerne l'Agenais : Les Sept Saints tutélaires de l'Agenois; ou ce qu'a recueilli} d'assuré de leurs Vies dans les Auteurs fidèles le R. P. Germain Cortade, religieux Augustin, avec les sept sonnets du sieur D. P. L. S., etc., et la Liste chronologique de tous les Evesques d'Agen (Agen, par Jean Gayau, 1664, pet. in-8°). Réimprimé en 1831 (Agen, in-16). Livre indigeste, dédié « A M. Soldadié, grand archidiacre et vicaire général d'Agen, le siège vacant », 1663.
V. sur Germain Cortade : Le Père Cortade. Notes et Extraits, par Tamizey de Larroque (Sauveterre-de-Guyenne, 1881, in-8°), etc. V. aussi les art. Cortade aux t. i et m de la Bibliographie générale de l'Agenais.
fut un des plus ardents protestataires ; mais un arrêt du Conseil du 4 mars 1669 ! termina le différend en faveur de l'évêque, à qui les derniers dissidents se soumirent en 1671.
La résistance du clergé séculier s'était organisée en 1668 sous la direction du grand archidiacre Soldadié, ancien administrateur du siège, qui réclamait la nomination d'un promoteur et d'un vicaire général. Le prélat triompha néanmoins de toutes les oppositions, et dès 1673, les statuts dont l'élaboration avait été commencée en 1666 furent imprimés revêtus de la sanction royale.
Au surplus, la sévérité et le zèle de Claude Joly firent merveille. Les communautés religieuses s'étaient étrangement multipliées en Agenais, grâce peut-être à une piété exceptionnelle de nos pères, qui cependant, d'après certains documents, n'avaient pas dans les églises une tenue irréprochable. A Agen seulement, en 1664, on ne comptait pas moins de vingt couvents, treize couvents d'hommes et sept de femmes. L'évêque, ordonnant, réformant, légiférant, parvint à ramener partout l'ordre et la discipline, et bien que certains articles de ses statuts ne fussent acceptés ni du Clergé ni du Parlement, comme contraires aux us gallicans, l'Eglise d'Agen fut bientôt, par ses efforts, en réputation de sagesse et de savoir.
Claude Joly mourut à Agen le 21 octobre 1678, lais-
1 Arrest du Conseil d Estât du Roy, intervenu sur quelques contestations formées par quelques Réguliers du Diocèse d'Agen, tant au sujet de la prédication de la parole de Dieu que de V administration du Sacrement de Pénitence (Du 4mejour de mars 1669). (Paris, Ant. Vitré, 1669. in-4° de 73 pp.) V. Arrest du Conseil.., au t. î de la Bibliographie de V Agenais.
Jean de Launoy, docteur en Sorbonne, intervint dans ce débat par l'écrit suivant : Réponse au Factum des Réguliers d'Agen : pour servir au Procez pendant au Conseil privé du Roy entre M. l'Evesque d'Agen et lesdicts Réguliers (S. 1. n. d. [Paris, 1667], in-4° de 28 pp.).
l'agenais AU XVIIe SIÈCLE 193
sant divers travaux connus, des sermons, des prônes, un Propre des Saints du diocèse, et principalement un Catéchisme qui fut longtemps en grande estime4.
Je rappelle que, sur ces entrefaites, en septembre 1669, le siège de Gondom avait reçu pour titulaire le plus illustre orateur chrétien, Bossuet, qui, ayant été choisi par le roi pour précepteur du dauphin, se démit en novembre 1671.
Nous voici, du reste, aux heures les plus éblouissantes du grand siècle, au moment où le demi-dieu de Versailles voit se prosterner devant lui la France et l'Europe.
Golbert, Condé, Turenne et Vauban ; Bayle, Pascal, Bossuet et Fénelon; Corneille, Racine, Molière, Boileau et La Fontaine ; Quinault, Lulli, Lebrun, Lesueur, Claude Lorrain, Girardon, Puget, Mansard, Le Nôtre, Perrault et bien d'autres encore dotent la patrie d'une grandeur sans pareille.
Après la guerre de Hollande et le passage du Rhin, après la prise de Maëstricht et de Strasbourg, après la paix de Nimègue (2 septembre 1679), la France domine le monde par les armes, par la pensée, par les œuvres.
Et tandis que resplendit ainsi la gloire française, les lettres, les sciences, les arts, diffusion merveilleuse, jettent aux alentours l'éclat le plus vif. L'Angleterre a Bacon, Shakespeare, Milton, Dryden, Addison, Hobbes, Newton, Locke et Harvey ; la Hollande, Spinosa,
1 Proprium Sanctorum Ecclesiœ et Diœcesis Ayennensis (Aginni, A. Bru, 1670 et 1673, pet. in-8°).
tes Devoirs du Chrétien, dressez en forme de Catéchisme (Agen, ibid., s. d. [1672], in-18). Nombreuses éditions.
Sur les Prônes de Claude Joly, leurs éditions diverses, etc., V. les articles Joly, 1. 1 et m de la Bibliographie générale de l'Age nais.
Rubens, Van Dyck, Rembrantd et les Teniers ; l'Espagne, Velasquez, Murillo, Ribéra ; l'Italie, Galilée, Torricelli, Le Guide, Salvator Rosa; l'Allemagne, Leibnitz après Kepler.
A l'apogée de cette puissance préparée par le génie de deux ministres, le roi-soleil absorbe dans sa majesté la nation tout entière, et ses galanteries olympiennes ternissent à peine son piédestal. Combien est-il de censeurs dans tant de millions d'hommes? Le Clergé lui-même s'incline avec bienveillance et Port-Royal est persécuté.
Nous ne retrouverons pas ces splendeurs. Le sommet est atteint et la décadence inévitable.
La provinte n'a plus qu'une vie latente, une existence végétative. A peine si, héritage des longues luttes passées, de rares querelles accidentent parfois ce calme universel. Liberté civile et liberté religieuse ont disparu. Les protestants s'agitent bien encore, mais sourdement, mais dans l'ombre.
A Casteljaloux, en 1661, un changement de gouverneur avait amené un commencement d'émeute, qui aboutit à l'interdiction absolue de tout exercice public de la religion réformée le 30 avril 1663 4. Les temples de Nérac, de Tonneins, de Tournon, de Castelmoron, de Monsempron furent fermés ; les religionnaires s'assemblaient en plein champ entre Unet et Tonneins.
Plusieurs soulèvements eurent lieu. A Rordeaux, le 26 mars 1675, une émeute causée par l'exagération des impôts et soutenue par le Parlement dut être réprimée. Le Parlement fut transféré à Condom le 13 novembre; puis à Marmande du 15 janvier 1676
1 Samazeuilh, Histoire de l'Agenais, t. il, p. 483 et suiv.
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 195
au mois de mai 1678, et enfin à La Réole, d'où il ne réintégra Bordeaux qu'en 1690 *.
Les Chambres mi-partie avaient vécu. La persécution religieuse s'accentuait chaque jour. Déjà le culte protestant avait été interdit à Layrac dès 1671 ; il le fut en 1673 à Unet, Grateloup, Monflanquin; en 1685 à Lacépède2, etc. Les pasteurs furent poursuivis. Une véritable armée avait été mise en Guyenne à la disposition de missionnaires chargés de catéchiser les réformés, et les conversions s'obtenaient bien plus par les dragonnades que par l'éloquence3.
Rien n'avait été négligé, d'ailleurs, pour rendre illusoires les concessions accordées. Dès 1666, une multitude de procès étaient engagés.
J'ai dit que l'édit de Nantes avait admis l'exercice public du culte protestant partout où il était pratiqué en 1596 et jusqu'en avril 1597.
Or un arrêt du Conseil du 8 août 1662 était venu imposer la preuve d'exercice par actes seulement, et dans quelques diocèses, dans ceux d'Agen et de Condom notamment, on n'admettait que la preuve de 1577, s'en référant, par une subtilité juridique, à l'édit de Poitiers du 8 octobre 1577 et à l'édit de réduction d'Agen de 1594.
1 En 1676, Marguerite de Sarrut de La Perrière, femme de chambre du roi et du duc d'Anjou, obtint l'autorisation d'établir sur la Garonne et le Lot un service de bateaux de poste d'Agen et de Clairac à Bordeaux (Archives départementales de Lot-et-Garonne, B. 85).
2 Lacépède, réuni à la seigneurie de Montpezat au xve siècle, vit son dernier ministre, Jacques Fages, honteusement chassé.
Cette petite communauté, dont le nom fut porté par les Laville, était administrée au xvne siècle par un seul consul.
3 V. dans la Notice sur la Ville et Juridiction de La Sauvetat-du-Drot, p. 99, un curieux procès-verbal dressé le 8 mai 1675 par les consuls de La Sauvetat contre les exactions dues à quatre compagnies de dragons qui se trouvaient cantonnées dans cette juridiction.
196 HISTOIRE DE LAGENAIS
En 1666, on exigeait donc, dans notre pays, la preuve de 1577. Le commissaire Martial de Bordes, et son assesseur, Pierre Guignard, avocat4, avaient ainsi une rude besogne. Le Clergé affectait un rigorisme intraitable et les exécutions se multipliaient sans cesse contre les lieux d'exercice. Le pasteur Jacques de Brissac2, alors ministre à Agen, s'efforçait sans le moindre succès de lutter contre le parti pris évident d'une suppression radicale de son culte3.
Quand Louis XIV prononça la révocation de l'édit de Nantes, le 22 octobre 1685, la besogne des dragons chargés d'assister les commissaires' du roi pour l'abjuration des religionnaires se trouva très considérablement simplifiée.
Seuls les temples antérieurs à l'année 1577 trouvèrent un semblant de tolérance4. Habitués à la persécution, désagrégés par des centaines de mesures draconiennes, les protestants ne purent organiser aucune résistance. Les montagnards des Gévennes formèrent
1 V. Archives communales d'Agen, GG. 205 et 206. — Martial de Bordes était conseiller au Sénéchal d'Agenais.
2 Jacques de Brissac, sieur des Loges, né à Châtellerault en 1599.
3 Un jésuite agressif, le P. B. Meynier (1605-1676), publia en 1665 un mémoire curieux : De l'Execution de VEdit de Nantes dans VAgenois (Poitiers, in-8°).
Le pasteur Brissac réfuta ce mémoire : Le Tabernacle de Dieu sous la nuée, ou l'Exercice de la Religion sous la protection des Edits, en faveur des Reformés de Guyenne et d'Agenois (Saumur, 1666, in-4-0).
Je signale aussi, sur le même sujet et à la même époque, un important factum : De l'Execution de VEdit de Nantes dans VAgenois. Pour les sieurs Syndics du Clergé du Diocèse d'Agen et de Condom, soutenans que les prétendus Reformez, qu'ils ont fait assigner par devant Nosseigneurs les Commissaires exécuteurs du mesme Edit ez, généralité de Guyenne ne peuvent estre receus à la preuve des années 1596 et 97, mais seulement à celle du 17 septembre 1577 (S. 1. n. d. [Agen? vers 1666], pet. in-4° de 24 pp.).
V. les art. Brissac, Meynier et Exécution de VEdit de Nantes... aux t. i et n de la Bibliographie générale de VAgenais, et comme étude générale : Histoire de VEdit de Nantes, par Elie Benoist (Delft, 1693, 5 vol. in-8°).
4 V. dans les Archives Historiques de la Gironde, t. xv, p. 512, un état des temples interdits en 1685 dans le diocèse d'Agen.
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 197
bien quelques ligues; mais Noailles1 les décima horriblement et dévasta même tout le Vivarais. Les conversions de mauvais aloi et avec récompense prenaient des proportions invraisemblables. Les ministres étaient expulsés de France ; les autres ne pouvaient s'enfuir sous peine de confiscation immédiate de leurs biens. Sans doute les intentions royales durent être dénaturées, ou du moins bien dépassées; mais le résultat de toutes ces violences fut lamentable. Malgré toutes les précautions et toutes les ordonnances, l'émigration atteignit d'immenses proportions2. Plus de soixante mille familles et une partie de la Noblesse sortirent du royaume pour se réfugier en Hollande, en Angleterre, en Allemagne ou en Suisse, emportant avec elles une bonne part de notre commerce et de notre industrie, et furent accueillies avec empressement par l'étranger qui s'enrichit ainsi de nos dépouilles.
Ces tristes événements eurent sur la fortune de
1 Anne-Jules, comte d'Ayen, puis duc de Noailles (1650-1708), lieutenant général en Languedoc en 1682, maréchal de France en 1693.
Un des vingt et un enfants qu'il eut de Marie-Françoise de Bournonville, Adrien-Maurice de Noailles (1678-1766), fut aussi maréchal de France en 1734.
2 Les protestants de l'Agenais qui s'enfuirent à l'étranger sont énumérés dans un Etat conservé aux Archives nationales (TT. 170) et reproduit in extenso en 1892 dans la Revue de l'Agenais, par M. Charles Baradat : Les Religionnaires de l'Agenais émigrés en 1685 (t. xix, pp. 321-334).
Ce document a pour titre : Estât de ceux de la religion prétendue réformée et nouveaux convertis de la Sénéchaussée d'Agen «fui ont quitté le royaume, qui g possédaient des biens fonds, et des Adjudications faites des revenus.
On y remarque les ministres Loches, de Nicole; Jacques Philipot, de Clairac; Jean Kicottier, de Tonneins-Dessous ; Pierre Bétoule, de Duras ; Jean Costabadie, de Tonneins-Dessus ; Bernard Augeard, de Miramont, etc. etc.
Dans les Plaintes des Protestans cruellement opprimez, dans le royaume de France (Cologne, 1686 et 1713, in-8°; Londres, 1717, in-16; éd. J. Basnages, Cologne, 1713, pet. in-8°; éd. F. Puaux, Paris, 188.r> in-4°, etc.), le célèbre ministre agenais Jean Claude donne d'intéressants détails sur les événements de cette époque dans notre région. Il rappelle, notamment, diverses exécutions de religionnaires : Jean Guisard, brûlé à Nérac ; Margueron, pendu à Sainte- Foy, etc.
Louis XIV une désastreuse influence. Ils aboutirent à la Ligue d'Augsbourg qui, de 1689 à 1698, épuisa la France.
A cette étape du gouvernement le plus absolu, par ce régime du bon plaisir si dur aux humbles, la misère publique s'est transformée en un véritable écrasement. L'ordre, assuré par les lettres de cachet et les bastilles, est tout de surface. Un vieux levain de Fronde fermente. L'intrigue politique est partout; d'incessants complots se brassent dans l'ombre, et l'insurrection, comme à l'état latent dans tout le royaume, n'attend plus, semble-t-il, qu'un chef audacieux qui ne vient pas, ou des circonstances propices qui font défaut. Londres, Cologne, Madrid, Gand, Amsterdam, Bruxelles sont autant de foyers de sourdes conspirations.
Le désarroi des finances, et aussi la tendance à la domination universelle amenèrent en août 1692 un édit créant un office vénal de maire dans chaque ville ou commune, office dont une déclaration royale du 5 décembre 1693 régla les droits et les attributions. Enfin, en 1697, le nombre des consuls fut réduit à quatre pour favoriser les acquéreurs1.
C'est François Boudon de Saint-Amans, capitaine de cavalerie2, qui, le premier, se fit pourvoir de la charge de maire d'Agen.
1 La Guyenne en général et l'Agenais en particulier furent des protestaires énergiques à l'égard de la vénalité des charges. Dès 1615, en effet, les agissements abusifs de Concini avaient déjà provoqué une très vigoureuse opposition se traduisant par deux violents pamphlets : Lettre de la Noblesse de Guyenne escrite au Roy de l'Assemblée d'Agene (sic). (S. 1. n. d., in-16 de 8 pp.) ; Lettre de l'Assemblée des Estais de Guyenne tenue en la Ville d'Agen (S. 1. n. d., in-4°).
2 François II Boudon de Saint-Amans, fils de François I et de Serène de
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 199
Après la mort du marquis de Saint-Luc, le gouvernement de Guyenne avait été donné au maréchal d'Albret1. Celui-ci fit son entrée dans Agen en avril 1671, mourut en 1676, et fut remplacé par le duc de Roquelaure2, qui vint dans la même ville le 20 mai 1677. Son lieutenant ou sénéchal en Agenais était Louis d'Esparbès de Lussan, comte de La Serre, à qui succéda en 1688 Sylvestre de Durfort, marquis de Boissières 3 ; puis, en 1699, Armand-Louis de Belsunce de Castelmoron4, dont la famille devait conserver cette charge jusqu'en 1789.
Mélet. Il fut l'arrière-grand-père de Jean-Florimond Boudon de Saint-Amans, le polygraphe dont il sera parlé à sa date. Il assista comme commissaire catholique au synode de Tonneins de 1682-1683 et mourut après 1695.
1 César-Phéb.us d'Albret, comte de Miossens (1614-1676), maréchal de France en 1653 par la faveur de Mazarin et d'Anne d'Autriche.
2 Gaston-Jean-Baptiste, duc de Boquelaure (1617-1683), fils d'Antoine. C'est celui dont la réputation de bouffonnerie fut universelle et à qui l'on a fait endosser une multitude d'anecdotes de toutes provenances. Son fils, Antoine- Gaston-Jean-Baptiste (1656-1738), maréchal de France, fut baron de Cancon et de Casseneuil (V. une note à la date de 1790).
3 Fils d'Armand de Durfort, baron de Boissières, mestre de camp de cavalerie. Il fit son entrée dans Agen le 16 mai 1688.
Sylvestre de Durfort était colonel du régiment d'Albret qu'il avait commandé sous Créquy, au passage du Rhin.
4 Armand-Louis de Belsunce, marquis de Castelmoron, baron de Gavaudun, seigneur de Born et de Vieilleville. Son entrée dans Agen est du 23 janvier 1699.
Il était fils de Jacques de Belsunce, seigneur de Born, maréchal de camp et gouverneur de Soissons, issu de Jean V de Belsunce, gouverneur du pays de Soûle et de Mauléon. J'ai dit qu'un de ses aïeux, Antoine de Belsunce, gouverneur de Puymirol en 1589, fut tué en 1592 au siège de Bouen, à la tète du régiment qu'il commandait (V. La Chesnaye des Bois, Dictionnaire de la Noblesse)-
Armand de Belsunce épousa Anne de Caumont, dame de Belleseins, fille de Gabriel-Nompar II de Caumont et sœur du fameux duc de Lauzun. Il fut le père de Henri-François-Xavier de Belsunce, évêque de Marseille.
Son successeur fut Charles-Gabriel de Belsunce (1716-1734), remplacé par Gabriel. Vint ensuite Louis-Antoine en 1779 (Archives communales d'Agen, AA. 42 et BB. 70).
Les Belsunce avaient vendu en 1665 a Pierre de Baimond de Lalande, conseiller au Parlement de Bordeaux, le marquisat de Castelmoron comprenant la ville de ce nom et les paroisses de Saint-Hilaire, Saint-Gervais, Saint-Remy, Saint-Pierre-dc-Roubillon, Saint-André-de-Montpezat etFongrave, sénéchaussée d'Agenais (V. Le Parlement de Bordeaux, par A. Communay, p. 255).
200 HISTOIRE DE LAGENAIS
Je complète cette nomenclature :
En 1689, pendant l'intendance de Bazin de Bezons *, le comte de Toulouse2, grand amiral, devint nominalement gouverneur de Guyenne à y âge de onze ans, ayant pour lieutenant général le duc de Lorges, père du maréchal de Duras3. Ce duc garda peu le commandement. Dès 1690, en effet, il fut envoyé en Allemagne et remplacé par le marquis de Sourdis, seigneur d'Estillac4.
A la date du 20 août 1690, nos annalistes mentionnent une panique subite dans Agen, à la nouvelle d'une marche des protestants sur cette ville que leur intention était, disait-on, de réduire en cendres. Un grand nombre d'habitants gagnèrent les champs, les bois, les souterrains. L'alarme fut si vive que le lieute-
1 Louis Bazin de Bezons, conseiller au Parlement de Paris, puis conseiller d'Etat (1666), et successivement intendant du Limousin, de l'Orléanais et de Lyon de 1681 à 1686, date de sa nomination à Bordeaux où il mourut en 1700.
Son père, Claude Bazin, seigneur de Bezons, intendant du Languedoc (1663-1675), était mort doyen de l'Académie française en 1684. — Son propre fils, Jacques Bazin de Bezons, fut maréchal de France.
2 Louis-Alexandre de Bourbon, fils légitimé de Louis XIV et de Madame de Montespan (1678-1737), grand amiral dès l'âge de cinq ans. Il fut le père du duc de Penthièvre.
3 Guy-Aldonce de Durfort, duc de Lorges (Duras, 1630 -Paris, 1702), troisième fils de Guy-Aldonce de Durfort, duc de Duras. Neveu de Turenne, il prit après la mort de ce dernier, en 1675, la direction de l'armée et fut nommé l'année suivante maréchal de France.
Sa fille aînée, Geneviève-Françoise, épousa en 1695 le duc de Saint-Simon (Louis de Bouvray, 1675-1755), l'auteur des célèbres Mémoires. — Son frère aîné, Jacques-Henry de Durfort, duc de Duras (Duras, 1625 -Paris, 1704), aussi maréchal de France, vit la terre de Duras érigée en duché par Louis XIV en 1689. Nous rencontrerons le fils de ce dernier en 1717.
^ François d'Escoubleau de Sourdis, seigneur d'Estillac, probablement neveu des deux archevêques de Bordeaux, François et Henri. — Il épousa la fille d'Adrien de Monluc et de Jeanne de Foix.
Son père, Charles d'Escoubleau, marquis de Sourdis, comte de Carmaing, etc., lieutenant en Guyenne sous Condé en 1640, était mort en 1666. Je l'ai cité à la p. 136 de ce vol.
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nant du roi, marquis de Sourdis, accourut de Bordeaux le 23 août et que le souvenir s'en conserva longtemps dans le pays sous le nom de Poù des higounaiis (Peur des huguenots).
Du reste, les mouvements de troupes en Agenais pour le service de la persuasion religieuse ne laissaient pas de causer une certaine agitation. La cavalerie était dispersée dans les campagnes. Les 26 et 27 juillet 1687, onze compagnies étaient dans Agen, d'où elles furent cantonnées dans les villes voisines.
Les guerres sans fin dues à l'ambition de Louis XIV étaient d'ailleurs une ruine pour le royaume. L'argent manquait. En 1695 fut décrétée la capitation, impôt personnel supprimé en 1698 et rétabli en 1701 l.
Apres une gloire incomparable, le grand siècle finissait dans une profonde inquiétude.
En Agenais, l'Eglise fut peu troublée par les incidents du Quiétisme et les disputes théologiques qui eurent tant de retentissement. L'emprisonnement de Mme Guyon2, les controverses de Bossuet et de Fénelon, la bulle d'Innocent XII condamnant les Maximes des Saints3, etc. laissèrent notre contrée, sinon indifférente^ du moins très calme.
Le diocèse, alors, était administré par un prélat distingué, orateur célèbre, Jules Mascaron, né à Marseille en 1634 et venant de l'évêché de Tulle. Il avait
1 V. La Capitation au xvme siècle, dans les Pièces et Documents inédits pour servir à l'Histoire du Sud-Ouest, par A. Communay, p. 51 et suiv.
2 Jeanne-Marie Bouvier de La Mothe, dame Guyon (1648-1717), mystique célèbre dont les œuvres ne forment pas moins de 37 vol. Elle fut très liée avec Fénelon et de mœurs irréprochables.
3 V Explication des Maximes des Saints, de Fénelon (Paris, 1697, in-12), œuvre où se reflète le mysticisme outré de Madame Guyon, valut à son auteur l'inimitié de Bossuet et une multitude d'avanies. La condamnation de cet ouvrage eut lieu le 12 mars 1699. Fénelon se soumit aussitôt.
été nommé évêque d'Agen, après Claude Joly, le 25 février 1679 et avait pris possession du siège le 1er mai 1680. Il continua par la douceur et par l'éloquence la rude tâche que son prédécesseur avait entreprise et sut admirablement se faire écouter, aimer et servir. Ses visites pastorales lui gagnèrent jusqu'à l'estime des protestants, que la fougue de Claude Joly avait rendus très défiants.
Jules Mascaron mourut à Agen le 16 novembre 1703, laissant d'unanimes regrets, après une vie toute de dévouement. Il avait fait bâtir en 1684 le Grand Séminaire diocésain et fondé en 1685 l'Hôpital Saint- Jacques1.
1 C'est le 5 juin 1684 que Mascaron posa la première pierre du Grand Séminaire actuel, sur un terrain dénommé Capdeville, appartenant en partie aux Lazaristes et le reste au Clergé, entre Malconte et le couvent des Petits-Carmes. L'acte d'achat de la portion des Lazaristes fut passé le 26 septembre 1683.
Le Grand Séminaire d'Agen fut très prospère au xvnr3 siècle. Il en sortit trois prélats célèbres : Henri de Belsunce, évêque de Marseille ; François de Bonal, évêque de Clermont, et Antoine Malvin de Monlazet, mort archevêque de Lyon.
Desservi par les Lazaristes jusqu'à la Révolution, saisi en 1791, utilisé comme prison en 1793, puis comme caserne de cavalerie de 1795 à 1816, il fut rendu alors, le 18 septembre, à l'autorité diocésaine, qui, en 1808, avait installé ses professeurs dans l'ancien couvent de la Visitation, devenu en 1814 le Petit Séminaire.
J'ai dit (p. 190) qu'à sa réorganisation, en 1816, le Grand Séminaire fut administré par les prêtres séculiers jusqu'en 1854, époque où y furent appelés les Pères Maristes. — V. Les Couvents de la ville d'Agen t. i, p. 399 et suiv.
L'Hôpital Saint-Jacques, construit dans les Champs de Renaud, au sud-ouest d'Agen, fut établi par Mascaron en 1685-1686, sous la dénomination d'Hôpital général des Pauvres et en vertu d'une autorisation spéciale : Establissement d'un Hospital dans la ville d'Agen, par Lettres patentes de Sa Majesté du mois d'avril 1685 (Agen, 1685, pet. in-4° de 17 pp.).
Par son testament du 28 juin 1681, Marc-Antoine de Las de Gayon, seigneur de Lacépède, maréchal de camp, mort en 1684, avait attribué une somme de 24.000 livres à la fondation d'un Hôpital-Manufacture, vœu dont il réservait la réalisation à l'évêque d'Agen.
On sait que les Hôpitaux généraux furent créés par Louis XIV, en vue de recueillir et d'utiliser « tous les pauvres valides ou invalides », et que le premier établissement de ce genre fut installé à Paris en 1656.
L'Hôpital-Manufacture de Las, plus tard remanié et complété, n'acquit son importance qu'après 1819, année de la suppression du vieil Hôpital du Mar-
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 203
On connaît bien ses Oraisons funèbres. Leur grandeur de pensée leur ont mérité une place à côté de celles des plus illustres orateurs chrétiens. U Oraison funèbre d'Anne d'Autriche, prononcée en 1666 à Saint- André-des-Champs, lui avait acquis la célébrité, et après le brillant Carême de 1669 à la cour, Louis XIV l'avait nommé son prédicateur ordinaire1.
Au xviie siècle, l'Agenais produisit bien des hommes dont la mémoire a été conservée : soldats, érudits, théologiens, philosophes, historiens et poètes. Chemin faisant, j'ai mentionné les noms de plusieurs d'entre eux: Godefroy d'Estrades, La Pujade, Darnalt, etc. Quelques mots sur les autres me paraissant être ici à leur place, je cite, dans l'ordre alphabétique :
Automne (Bernard), légiste célèbre, né à Agenvers 1574, mort à Langon en 1666, avocat au Parlement de Bordeaux et juge de Glairac. Il est l'auteur de divers ouvrages estimés : une édition critique de Juvénal et
tyre, que nous avons vu remplacer en 1564 les diverses maisons hospitalières d'Agen par suite de la fusion qu'avait prescrite une ordonnance royale de 1561. — V. la monographie terminant le t. n des Couvents de la Ville d'Agen avant 1789.
Sous l'épiscopat de Mascaron, en 1687, s'établirent à Agen les Tierçaires, ou Religieux de Picpus (Tiers-Ordre de Saint-François), qui étaient déjà à Bon- Encontre depuis 1612. Leur couvent d'Agen fut installé sur la place Paulin (dite aujourd'hui des Droits-de-V Homme) , où avait été placé d'abord le Séminaire diocésain, entre cette place et les rues Paulin et du Marché-au-Blé. Ce couvent exista jusqu'à la Révolution, fut vidé en 1790 et vendu comme bien national en 1798 (V. l'ouvrage cité de M. Ph. Lauzun, t. i, p. 423 et suiv.).
1 Pour les écrits de Mascaron et les diverses éditions de ses œuvres, V. la Bibliographie générale de l'Agenais, t. n.
Cf. aussi les Notes pour servir à la biographie de Mascaron, par Tamizey de Larroque (Agen, 1863, in-8°). Le même érudit a publié en 1884 des Lettres et Billets inédits de Mascaron (Marmande, pet. in-8°), et M. l'abbé Durengues a produit en 1892 cinq Lettres inédiles de ce prélat, datées d'Agen, 1702-1703 (Bévue de VAgenais, t. xix).
204 HISTOIRE DE LAGENAIS
de Perse, des observations savantes sur le Droit romain, etc1.
Bacoue (Léon), prélat et théologien, un des rares réformés convertis arrivés à l'épiscopat, né à Casteljaloux en 1600, mort en 1694. Il fut évêque de Glandèves (1672) et de Pamiers (1686), et laissa une traduction de la Somme Théologique de Villalobo et deux poèmes en latin2.
Claude (Jean), un des plus célèbres champions du Calvinisme, né à La Sauvetat-du-Dropt en 1619, mort à La Haye en 1687, adversaire de Bossuet, d'Arnaud et de Nicole. On connaît la retentissante conférence provoquée en 1678 par Mademoiselle de Duras3, qui abjura le Protestantisme. Jean Claude fut un des premiers proscrits de 1685.
Prédicateur, théologien et polémiste de valeur, son rôle fut considérable et ses nombreux écrits sont encore estimés4.
1 L'œuvre la plus connue d'Automne a pour titre : Commentaires sur les Coustumes générales de la Ville de Bourdeaux et pays Bourdelois (Bordeaux, 1621, in-4°)'.
V. l'article Automne de la Bibliographie générale de V Agenais, t. i.
Afin d'éviter des répétitions constantes, je renvoi le lecteur à ce dernier répertoire bio-bibliographique pour tous les travaux des écrivains agenais qui vont être mentionnés.
2 L'année de naissance de Léon Bacoue (1600) diffère de celle qui avait été donnée jusqu'ici (1608) et que j'ai indiquée moi-même au t. i de la Bibliographie de /' Agenais. La rectification est due à un ms. de la Bibliothèque nation. (Fonds français, n° 17.025, f° 1 18), portant : « Mort à Pamiers, la nuit du 12 au 13 avril 169-1, en sa 94e année. » Cette note a été révélée par M. Tamizey de Larroque en 1893, dans ses Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de l'Agenais, où sont produits une lettre et un billet de Léon Bacoue antérieurs à 1672.
3 Mademoiselle de Duras, dame d'atours de la duchesse d'Orléans. Elle était fille de Guy-Aldonce de Durfort, marquis de Duras, comte de Rozan, et sœur des maréchaux de Duras et de Lorges.
La célèbre conférence de Bossuet et de Jean Claude eut lieu à l'Hôtel de Roye le 1er avril 1678.
4 Les études sur Jean Claude sont très nombreuses. Je rappelle celles de
LAGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 205
Combefis (François), savant Dominicain, né à Marmande en 1607, mort à Paris en 1679, traducteur des Pères grecs, éditeur en titre du Clergé de France. Les importants travaux de ce célèbre helléniste jouissent d'une haute réputation1.
Contensous (Guillaume de), dit Vincent Contenson, théologien estimé, né à Auvillars en 1641, mort à Greil en 1694. On n'a de lui qu'un ouvrage théologique.
Cortète (François de), seigneur de Gambes et de Prades, poète patois, né à Prades, près d'Agen, vers 1586, mort à Haute fage en 1667. 11 fut page du sénéchal François d'Esparbès de Lussan, vicomte d' Aubeterre, et servit dans les armées du roi jusqu'en 1639.
François de Gortète, qui se fit recevoir bourgeois d'Agen le 3 octobre 1619, composa deux pastorales en dialecte agenais, publiées par son fils Jean-Jacques de Gortète2.
Costa (Jean de), né en Agenais, ministre réformé à Tonneins de 1645 à 1672. On ne connaît de lui, je crois, qu'un sermon.
Costabadie (Jean), né à Tonneins vers 1590, mort vers 1665, ministre protestant et poète, fils d'un consul de Tonneins. Il fut pasteur à La Brède et à Glairac de 1630 à 1661 et laissa des sermons et deux recueils d'épigrammes.
Ladevcze (1687), de Coyne (1856), de Ducourneau (1887), etc.. J'ai énuméré ses divers écrits avec soin à l'article qui lui est consacré dans la Bibliographie générale de /' Agenais.
1 Dans ses Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de V Agenais, M. Tamizey de Larroque a produit douze lettres inédites de Combefis se rapportant aux années 1659 à 1665, et aussi d'intéressantes notes bio-bibliographiques complétant ce qui a été déjà dit sur le savant helléniste.
2 Ramounet,ou lou Payzan agenez tournât de la Guèrro (Agen,1684, 1692 et 1701 ; Bordeaux, 1740, in-8«), et La Miramondo (Ibid., 1685, 1690, 1700 et 1701, in-8°).
Les Félibres de Paris lui ont érigé un buste à Agen en 1890.
Cotherel (André), controversiste protestant énergique, né à Agen vers 1635. Ses convictions religieuses avaient peu de fixité, car il abjura deux fois et finit en adversaire de la Réforme.
Daubus (Charles), de Nérac (1556-1630), ministre protestant, auteur d'un curieux ouvrage dirigé contre les ordres mendiants. — Son fils, autre Charles Daubus, né aussi à Nérac à une date inconnue, eut quelque réputation.
Delprat (Guillaume), traducteur et poète élégant, né à Agen vers 1655. Il composa, entre autres ouvrages, une traduction des Bucoliques en dialecte agenais1.
Dupuy (Pierre), historien érudit, né à Agen en 1582, mort à Paris en 1661, avocat, conseiller d'Etat et bibliothécaire du roi. Il était fils du conseiller Pierre Dupuy qui vint à Agen en 1582 comme membre de la Chambre de Justice de Guyenne2.
Ses ouvrages, attestant une vaste érudition historique, sont justement célèbres.
Ferrand (Jacques), médecin, né à Agen en 1575, consul de Castelnaudary en 1612 et 1618, médecin ordinaire de Charles de Lorraine. Il est surtout connu par un très curieux ouvrage souvent commenté et même traduit en anglais en 1640 3.
Labénazie (Bernard), un de nos plus vieux annalistes agenais, chanoine et prieur de l'église collégiale
1 Las Bucolicos de Birgilo tournados en bèrs agenez, dambé lou lati à coustat per fa beijre la fidelitat de la traduction (Agen, 1696, pet. in-12), et un abrégé en français de l'Histoire romaine d'Eutrope (Ibid., 1701, in-12).
2 V. une note de la p. 6 de ce vol.
3 Traicté de l'essence et guerison de l'Amour, ou de la Melancholie erotique (Tolose, 1610, in-12). Ce livre, frappé par un arrêt de l'autorité ecclésiastique de Toulouse du 16 juillet 1620, eut une seconde éd. en 1623 (Paris, in-8°).
V., outre la Bibliographie de V Agenais, une excellente Notice biographique sur Jacques Ferrand, par le docteur Desbarreaux-Bernard (Toulouse, 1869, in-8°).
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 207
d'Agen, né dans cette ville en 1635, mort en 1724.
J'ai cité fréquemment son Histoire de la Ville d'Agen et Pays d'Agenois, qui n'a été imprimée qu'en 1888. Il produisit un assez grand nombre d'autres écrits au style dur et diffus *.
Larroque (Mathieu de), théologien protestant très érudit, né à Layrac en 1619, mort à Rouen en 1684. Il fut ministre à Vitré de 1664 à 1669. Plusieurs de ses écrits sont remarquables2.
Lartigue (Jean de), seigneur de Gaplice, historien et théologien de l'ordre des Prémontrés, né à Mézin vers 1625, mort à Paris vers 1686, docteur de Sorbonne et historiographe de France. On a de lui plusieurs ouvrages3.
Lassay (Armand-Louis de Madaillan de Lesparre, marquis de Montataire, puis marquis de), un grand seigneur très lettré, né au château de Madaillan en 1652, mort en 1738, auteur de curieux Mémoires4.
Maures (Jean de), né à Agen vers la fin du xvie
1 V. la Préface du présent ouvrage.
2 Le fils de Mathieu de Larroque, Daniel, né à Vitré en 1660, mort en 1731, publia en 1709 des Remarques générales sur les Lettres, Mémoires et Négociations de M. le comte d'Estrades (Paris, in-12).
3 De la Politique des Conquérants (Paris, 1662, in-4°) ; Traité de V Immortalité de Vâme (Ibid., 1666, in-4°) ; La France attaquée et défendue (Bordeaux, 1674, in-12), etc.
4 Recueil de différentes choses, imprimé au château de Lassay (Mayenne) en 1727 (3 vol. in-4°), et réimprimé par l'abbé Pérau en 1756 (Lausanne [Paris], 4 vol. in-8° et in-12).
Le marquis de Lassay avait servi avec distinction sous Condé. Sainte-Beuve a tracé de lui un piquant portrait dans le t. ix de ses Causeries du Lundi : Le Marquis de Lassay, ou un Figurant du grand siècle.
A consulter aussi : Le Marquis de Lassay et V Hôtel de Lassay, par Paulin Paris (Paris, 1848, in-8°) ; Essai historique sur le Château de Lassay (Le Mans, 1876, gr. in-8°, fig.) ; Histoire d'un vieux Château de France. Monographie du Château de Montataire, par le baron de Condé, déjà cité, etc.
Le marquis de Lassay (Louis de Madaillan de Lesparre), mort en 1738, était fils d'isaac de Madaillan, mentionné dans une note de la p. 133 de ce volume.
siècle, mort à La Réole vers 1675, d'abord médecin renommé à Bordeaux, puis Bénédictin et prieur commendataire du couvent de La Réole. Il a laissé un petit poème latin sur la prise de La Rochelle et une pièce sur la peste de 1629, pendant laquelle il prodigua aux Bordelais sa science et son dévouement.
Mermet (Ezéchiel), né à Nérac en 1570, mort à Londres en 1650, orateur protestant estimé dont on a trois recueils de sermons. — Son père, Antoine Mermet, né en Albret vers 1530, mort à Nérac où il fut longtemps pasteur, est cité par l'Estoile. Il a laissé un livre de controverse1.
Philon (François), avocat et poète, né à Agen vers 1580, auteur de deux volumes connus2.
Régis (Pierre-Sylvain), philosophe cartésien, né à La Sauvetat-de-Blanquefort en 1632, mort à Paris en 1687. Ce fut un professeur habile dont les conférences étaient célèbres et dont les ouvrages sont très remarquables.
Salabert (Jean), rhéteur et philosophe, né à Agen vers 1600, mort en 1665, prêtre, puis Chartreux, auteur de travaux d'une réelle valeur.
Sarrau (Claude), sieur de Boinet, magistrat et érudit, né à Boinet, près Monflanquin, en 1603, mort à Paris en 1661. On n'a de lui qu'un recueil de lettres
1 Sur les Mermet, Y., outre la France Protestante et la Bibliographie de l'A gênais, le Dictionnaire biographique de l'Arrondissement de Nérac, de Samazeuilh.
2 Les Mauvais Traitemens des Enfans d'Israël sous Pharao... Ensemble Virgile evangelhant... (Agen, 1638, in-8°), et un recueil où se trouve une traduction de l'Enéide: Les Œuvres (poétiques) de Maistre François Philon... contenant la traduction des douze livres de VŒneide de Virgile et autres pièces (Ibid., 1640, in-8°).
Le Virgile évangélisant de Philon a fait l'objet de plusieurs études. V. notamment : François Philon et son Virgile évangélisant, par Ad. Magen (Agen, 1883, in-8°).
L'AGENAIS AU XVIIe SIÈCLE 209
publié d'abord en 1654 (in-8°) et réimprimé en 1656, 1697, etc1.
Silhon (Jean de), un des premiers membres de l'Académie française, né à Sos en 1596, mort à Paris en 1667, secrétaire de Mazarin. Ses ouvrages de philosophie politique acquirent une très grande renommée2.
Souèges (Etienne-Thomas), savant Dominicain, historien de son ordre, né à Astaffort en 1643, mort à Paris en 1698. Son Année Dominicaine, quoique inachevée, est encore en faveur.
Théophile de Viau, poète, né à Boussères-de-Mazères, près de Port-Sainte-Marie, en 1590, mort à Paris, le 25 septembre 1626.
Ce poète savoureux et si gratuitement honni, maltraité par Boileau, accusé de mille horreurs, a produit des compositions remarquables. Il fut en butte à l'envie et mourut victime de la plus odieuse malveillance. J'ai parlé ailleurs de sa vie tourmentée, de ses œuvres méconnues et des nombreux travaux qui le concernent 3.
Faut-il cité aussi un littérateur excentrique qui
1 Deux petits-fils de Claude Sarrau, Isaac et Jean, furent les fondateurs de l'Académie des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Bordeaux.
Six lettres inédites de Claude Sarrau (1638-1648) ont été publiées en 1893 par M. Tamizey de Larroque dans les Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de l'Agenais.
2 Le Ministre d'Estat (Paris, 1631-34, 2 vol. in-12) ; Traité de l'Immortalité de l'âme (Ibid, 1634, in-4°), etc.
V. La Guyenne et la Gascogne à l'Académie française. Jean de Silhon, l'un des quarante fondateurs de l'Académie (1596-1667), par Bené Kerviler (Paris, 1876, in-8o).
V. aussi d'excellentes notes sur Silhon et trois lettres inédites (1630-1653) publiées par M. Tamizey de Larroque dans ses Lettres inédites de quelques Hommes célèbres de l'Agenais.
3 Théophile de Viau. Etude bio-bibliographique, avec une Pièce inédite du Poète et un Tableau généalogique (Paris, Agen, etc., 1887, gr. in-8°), et Bibliographie de l'Agenais, t. n.
battit effrontément monnaie avec sa plume, le sieur de Rangouze, né à Agen ou à Villeneuve vers la fin du xvie siècle.
Les tartines laudatives de ce fabricant littéraire lui valurent, à défaut de célébrité de bon aloi, la fortune et une notoriété singulière1.
Je donne enfin une mention à un brave soldat agenais bien peu connu : Buade de Frontenac, second fils du baron de Paluau, lieutenant général des armées du roi, né à Castillonnès. Il fut fait comte par Louis XIV et deux fois gouverneur du Canada, et mourut à Québec en 1699 2.
1 La bibliographie des recueils de lettres et discours laudatifs de Rangouze (ou Rangouse) est peu aisée à établir : Lettres Panégyriques. — Harangues. — Temple de la Gloire, — de la Vertu, — de l'Honneur, — de la Justice, etc.
V. le t. ii de la Bibliographie générale de VAgenais, et aussi la piquante étude de M. Ad. Magen : Un Trafiquant littéraire au xvne siècle (Agen, 1853, in-8°).
2 V. Oscar Bouyssy, Notice historique sur la ville de Castillonnès, p. 99.