‹ Histoire de l'agriculture ancienne des GrecsChapitre 10 sur 32 · CHAPITRE YI · texte numérisé non relu

CHAPITRE YI

T)a cheval, selon Homère; son origine. — Les Grecs ont connu tard le service du cbeval. — La voltige a été chez eux le premier exercice. — A la guerre de Truie, il n'y avait pas de cavalerie,

mais seulement des chars attelés de coursiers. — Modes des attelages. — On combattait du haut des chars. — Dimension des chars, des lances. — Origine des entraves pour fixer les pieds des cbevanz. — Les coursiers tiraient sous un joug lié avec des •courroies. — Préparation du cuir. — Les bottines à tringles. — Des charnots à quatre roues. -^ Les chevaux paissaient paY* trou- -petnz, indépendamment des haras. — La nourriture hahitnello lies chevaux en campagne de. guerre. —r Les lieux les plus renommés par les coursiers. — Leur couleur la plus distinguée. -^ Queb climats avaient plus d'influence pour déterminer des oonleiirs. — Homère fait pleurer et parler les coursiers fameux. — Les rois, les reines prenaient soin eux-mêmes des nobles courners vainqueurs. — C'était une grande gloire chez les Grecs que -Âe savoir dompter les coursiers. — Coup-d'œil sur la philosophie •àeê andens, compai*ëe à celle des modem<^. -^ Quelques réflexions fur le met cavale, — Préjugés de la France sur la ju- ' ment. -^Ses qualités. — Les rois grecs les estimaient autant que • les coanîen. — Intérêt de la France à favoriser la production des beaux chevaux. — Un niôt contre l'institution des courses , et suctont contre les motifs qui les font maintenir. — Des mulets, ■4e leur procréation et de leur service.

HoMÈas -a élevé si haut la beauté , le ca^ lactère et Tintelligence du cheval, qu il en a

(78) rendu la juste description presque impossible, Buffon lui-même , malgré tout le charme dc son style , malgré quelq^ies coups de pinceau hardis 6u brillàns, est resté infiniment au-dessous du chantre des Grecs. Il % peimsif q^}\ $.iA0t3aitt poor peindre le chenal avec ëiocjnence et majesté, d^ le- présenter dans.' un de ces moméns ou. une passion *îé ren4 superhç ou magnifique ; passant de suite dé Gèt hommage fugitif à rhistoire na?tj^reH^ de ce, quadrqpëde ,r son style froi^d , eesnitie la doi^nce méthodique, ne rappelle plus lie noble coursier des chars et dés cdttabi^t$..Jp[omère ,. au contraire:,, sa^nsi vises ni prétendre à l'effet du style, se borne à rappeler lés nobles q.ùalîtés du coursier; il le m^t daj%s Us pâturages , il le n^^alir^ au^ cràchéâ rafales, ^us la* tente dt[ héros où auit çfcars des iÇpmbats ; tous tes cpups de pinceau : d* tlo snère lèvent p régipèssiv emtnt: Tat* tenti'on du fèctedr, et jqsc^uà un enthousiasme qui fait pardonja^x; m poëte de lavoir associé à Tambroisie du parvis céleste.

Je ne cherche peint- à imiter le style de Buffon ni à Tatténuer; car je suis plein d'adnrit'àtîon pour Hé chàiîtfè dfe Montfeard;' ma

(79) HUttlçivtv ài.faîrë:res8orlnar des œuvres d*Ho^ mSrc toiis les traits; qui y sont épar&, afin é'éK eanqposer un tableau général, qui puisse du moins donner aux jecmcs lecteurs une idée du prix qu*Homère attachait à la beauté OMMtte À Futilité du cheral. ' ' Lès- premières notions des Grecs sur le cheval >irieinontent incontestablement à ïappànîticm de quelques centaures ^ Homère eélèfare dans son Iliade Thésée et Pyrrithous ; et c'est tai encore qui nous apprend que les centaures habitaient les hautes* montagnes de ifi Phrygie. (Jlîad., l. i , v. 268. ) -Le ehoTal' était connu avant ta guerre de Troie; mais rimagination des Grecs était restée seulement frappée de l'existence de» eeataurcs; aussi iont-its connu beaucoup plu5 twd que les Troyen^, qui étaient plus rapprochés du théâtre où Tbomme avait eu k; téméraire audace de s* emparer du cheval iavrage pour le £aire servir à ses besoins et è-M8 plaisirs.

> Le cheval ttexistait pas davantage chez les HébreiiXy comn^e nous )e verrons bientôt.

Il est certain encore que Sparte , Athènes, Corinthe. déjà peuplées d'hommes de guerre, n'ont appris que successivement et par des

défaites ,. la .puissance du cheVial: dans le» combats. Les idctoires <)ue.Tena|iortaient Isa divers peuples de F Asie .firent .enfui ; conïf prendre aux! Grecs, qfuils .de¥aiîent aussi se composer une Èavalerie ; c'est ace motif quei Pausanias attribue Tinstitutioni^s Co.urd^âi^ cl^e!ir8ux à 01ymf)ie, à Némée^t à<(^Qri»the ; mfttsi remploi des cavaliers à la guerre j;ie:)fil pas cfaàngcr Topinioa des Grtes »sulr W<mâd€f dei;eoknbajttre<. Gomiië les Gaulois . £iicore>,i ils ' reg;ardaient indigne d'eux > de combaUite un e^nnemi autrement (pi!à. piedd Diomède^ digne type.dies premîjérsttérto^ gr^^i^-lilaii sait'ii. descendre de son^Qbanpiôut*;€ombattre en^ilein cbàmp;» ainsiv en yoyanl.'Hector/'.ST sélancede-sofi olba5à:terr.e'(f), r.; i , / ^ >; ' : Je)faris cesipnemièi^ês .observations' pour dés trriireiunë:errieifr commotiè amtx iécp(£itfi>etaux tradupteurs'^ ..qi£ ; â'expliqiieht.,sur :là :^uerrfi de Troie:: Ha supposent tous des corps de tan valei?ie danslcà armées v:el} cdnseqifemmcnt des cavaliers. Homère cependah:tr,ie^posë fort clairement toutes les dispbâitions du combat; il n y, est jamais questit)n. que dé

(i) H^ilibin femm^- (iiM');l«^4>'^^ ^')

chars attelés de coursiers ; il assigne Temploi de rînfanterîe à la suite des chars (i).

Le d<5but des Grecs pour le cheval a été sans doute de le monter : c* était de leur part faire preuve de courage et d'adresse, mobiles toujours puissans pour leur caractère. Les premiers exercices furent ceux de voltige , qn^ils apprirent des Phrygiens. On appelait ces chevaux ainsi dressés, equi desultorii, des chevaux sauteurs. Cet exercice seul prouve que dé)à les Grecs connaissaient de plus près le cheval; on ne peut douter encore qu'ils no s'en soient servis immédiatement pour favoriser leurs communications. Homère luimême a consacré la voltige, quand il compare Ajax à un écuyer voltigeur, qui passe rapidement de son vaisseau à d'autres, afin de donner des ordres (2) ; mais il fait observer que ces exercices de voltige n'étaient faits que par des hommes du métier, ce qui se fit aux jeux célébrés en l'honneur de Patroclc. \IUad.. 1. 23, V. 286.)

^tmim

(1) Sijuges equi et agmina peditum,.. cum eqms ^t cuV" rUfOMj pedites a tergo. {Ittad.^ 1. 4) ▼• 297O

(^) Eqids desidtoriis subsUiens vir pcritus y alius in alium. {Id.j 1. i5.)

Agriool. Au Grecs. G

Si une telle question, au surplus, pouvait paraîtrie douteuse, on en trouverait la preuve dans Hérodote, qui déclare que, plus de six cents ans après la guerre de Troie, les corps les plus considérables de cavalerie, dans la Grèce même , n'étaient que de deux à trois cents cavaliers; il en sera de même chez les Romains, où il y eut long-temps des chevaliers, avant qu'il y eût des cavaliers; nouveau motif pour redresser les traductions d'Homère, et même l'histoire de ces temps,

La guerre des Grecs et des Troyens a fait une immense consommation de chevaux.

Quels devaient donc être les haras et les soins pour en élever et dompter? II était de règle d'atteler deux chevaux à chaque char ; mais il y en avait un nombre immense encore pour remplacer et pour atteler aux charriots des équipages dans lesquels se réfugiaient, pendant la nuit, les serviteurs, les familles et les simples guerriers.

Les Grecs et les Troyens ne combattaient que du haut des chars. Agamemnon donne l'ordre de se préparer à combattre; il met à l'ordre la revue des chars (i). Ajax fait arrê-

(i) Qiiis/fiie c.nncUi airnmm exploret. [lUad., 1. 1.) 1

ter son corps d'armée et dételer les chevaux, avec Tordre de tenir chaque attelage auprès de son char (i).

Hector, du côté desTroyens, fait aussi dételer les chevaux des chars, parce quils étaient couverts de sueur (2).

Cependant les Grecs conservaient toujours leor point d'honneur de combattre à pied. Diomède avait presque honte de monter sur on ehar (3) pour combattre : c'était à pied cpïU ayait tué Darès. Ménélas, apercevant Fftris, 8*élança de son char.

Les deux grandes armées étaient en présence quand on fit une proposition de paix ; tous les guerriers descendirent de leurs chars, s'arrétant néanmoins à la tête des chevaux (4.) : De règle militaire, il n'y avait que deux chevaia à chaque char ; il n'y avait aussi qu'un sead joag, même aux chars des dieux (5).

{'s)Equi'verOy ad currus suosy sîngulL {Iliad, , 1. 2, y. ySS.) (a).2Vv/aiu equos soUfebant jugo sudantesy Ugabantque ad auras. [Id.y 1. 8, y. 643.)

(3) Pigti currum conscendere, {Id., 1. 5.)

(4) Sperantes finem beUi œrumnosiy equos in ordine^ cmroàBré^ descenderunt autem ipsi de curribus. [Id. , ?. lia.)

(5) Sùb jugum equos duxit jimo. {Id., 1. 5, v. 781 .)

li y avait sans doute de Tinfanterie ; j*en ai déjà fait robservation. Nestor ordonne toutes les dispositions pour un combat : il met en ava^J; les chars , qu'il fait appuyer par Tinfanterie. (Jliad., 1. 4f ▼• ^i^g.)

Agamemnon passe Tarmée en revue. Il donne Tordre que, dans le cas ou des guerriers passeraient. d*un char à un auti^e, ils ' soient toujours armés de leurs lances (i). Ulysse parvient à entrer de nuit dans le camp des Troyens; il y trouva les chars rangés sur trois rangs , et chaque attelage près du char. (2).

Les ^chars de guéiTe étaient fort bas:: les artistes de F Opéra les représentent même assez fidèlement. Dans le principe, les roues n*avaient que quatre rayons; Homère en a donné huitau char de Junon. (///W., 1. 5.) .

Lé contotft* du char n'était élevé que sur le devant. Il ne devait point passer les genoux du guerrier; le rebord allait; en diminuant jusqu'à l'extrémité de l'aire du char.. Il

(i) Quicumque vir a suo curruy ad alienum cumun venerU^ hastam exiendaL [Iliad.f 1. 4> ▼• 3o6.)

(a) Ad eorumsingulos bijugss eqtd. (^Id.^ 1> lo/r. 4?^)

y avait un siège en forme de coffre, et un tourillon pour fixer les rênes (x).

Les roues des chars ne devaient pas être hautes-, i^ parce que c'était moins un char qa*une aire mobile et rapide pour combattre ; a* parce que le guerrier qui montait un char ëtait armé d'une longue lance pour atteindre Tennenii ou pour protéger son propre attelage; 3* parce quil fallait absolument pou- Toir descendre de son char, y remonter de même, soit quand le guerrier voulait combattre à pied, soit quand son attelage était fourvoyé, soit encore quaiid le guide avait été blessé.

Les renversemens des chars et des guerriers étaient fréquens. Cela devait être, par la position inclinée du guerrier, par le plus ou le moins de rapidité du char, par le choc des lances, et par les accidens des morts et àe» blessés (2) qui se trouvaient sous les roues.

{\)Eai orbiili adsellamfixo^ habenis suspensis. {lUadïj L5,y.a6a.)

{p^ Proni de curnbus <, sub axibus viri ccuiehanl. {ld,j L ïi,v. 179.)

CUrmsque cunifra^ore evertebantur. {Id., 1. 16, y. 379.)

Diomède rencontre Hector; il lui lance s^ pique, qui s'enfonce en terre ; il descend de son char pour la reprendre (i). .

Je m'attache à ces 4étails pour prouver d'abord qu'il n'y avait pas de cavalerie; ^n* suite, parce que ces chars disposent le lecr teur à prendre une plus juste idée de l' éducation et du nombre des chevaux; parcf^ qu'encore ils font connaître une foule 4e choses usitées dans l'agriculture du temps. ^

Il n'y avait jamais que deux hommes Sur chaque char^ le guideetle guerrier. La foret et l'adresse du premier, faisaient la Sûreté ^ second et celle de l'attelage. Tous les guidc^ n'étaient pas des serviteurs obscurs : Auitomédon était celui d^Âchille> L'^imitié souvent associait deux guerriers ; alors ils gui4aieiit et combattaient tour à tour. Tels furent Ën^e et le fils (]^ Lycapn. Il < importait beaucoup cependant que les chevaux fussent guidés p^r celui qui en prenait soin, afin qu'en cas d'emportement ils reconnussent sa voix (2).

I I I ■ ^ i.i I ^0 t I I I I ■ I I I « I I ■ ^ I > ^ ■ Il ^-i^ifcA— »J^iT~ ' ' ' ^ * ' ^

(t) Ibat ad hastam,-» defixam in S/erra^ (lliad.^ h. i t > v.358.)

(?) I^4iM*s stjib €iunga asstwio currum feruni. {14» >

Quelquefois on attelait trois chevaux de front; mais Homère en fait toujours Tobseryation. Quand Automédon attela Pédasus à côte de Xanthe et de Balius, il dit qu'on plaça une courroie en dehors (i). Si, dans Faction, un des coursiers est tué ou blessé, il désigne celui qui a succombe (2).

Les armes pour combattre étaient la lance et le javelot, l'un et l'autre de bois de frêne. La lance d'Achille avait onze coudées. L'immensité des guerriers ainsi armés prouve seule rimmensité de la destruction du bois de frêne. Tous les siècles ont aggravé cette destruction.

• Il est d'usage en France , dans les pays couverts, de mettre aux pieds des chevaux des entraves de fer, pour qu'ils rie divaguent pas, et même pour qu'on ne les vole pas. Une cavale qui en est pourvue , assure la vie de son poulain* Elles sont composées de deux parties, qui, l'une et l'autre, ceignent le bou-

l. 5, V. a3o.) Ne si expaverini iuam voccm dcsicU-

rantes. {Hiad,j 1. 5, v. 333.) (i) Loro exleriofc... {Id., 1. 16, v. 47^) (2) Eipium.,\ sinistmni. ■ cquum txterioris lori, jacc-

bal, {Id.j 1. 16 et 23.)

lei; Tune d'elles tient un cadenas : il y a or^ dinai rement trois à quatre mailles intermé^ diaîres, pour laisser dumouvementà l'animal. M. de Buffon en a parlé; mais il ne les a pas décrites. Homère dit que Neptune mit de» entraves d'or à ses coursiers, afin de les faîte rester à la même place. A ce sujet encore, on pourrait s'écrier : Nil non (i).

Il y avait plusieurs sortes de jougs : l'un destiné aux chevaux, l'autre aux mules ou mulets, d'autres aux bœufs. Le joug des bœufs portait incontestablement sur la tête, et immédiatement derrière les cornes ; il était retenu par des courroies dont le nœud était phrygien. ' .*

Il est plus difficile de se prononcer sur le mode d'atteler soqs le joug lés chevaux et les mulets. Homère fait lier le jodg au bout du timon, duquel pendent de longues courroies (2). Le char de Minerve était ainsi disposé, quand, passant de son char sur le timon.

(i) Circà pedes jecil pedicas aurcas infrangîbiles y ut Jimûter iltic numerenl. {Iliad., 1. i3 , v. 36.)

{1) Ad cujus temonis exlremitalem Ugavil fugiun et lora jugaiia innexuil. {Id., 1.5, y. 780.)

(«9) «lie eut une allocution avec le fils de Ty-> dëe (i).

On ne petit croire que les chevaux , dont la liberté de la tête et des regards devaient néeessairement favoriser Tardeur, fussent attelés comme des bœufs. Dans tous les anciens monumens, au surplus, les chevaux attelés aux chars ont la tête libre. La force des quadrupèdes employés au trait est essentiellement dans les épaules ; on persiste cependant à atteler le bœuf par la tête, et, dans quelques endroits, le mulet même par le front, tant Tagriculture a peu occupé les naturalistes et les savans amatemj d*agricultriÉre.

Priam veut se rendre auprès d'Achille ; ses fils sortent de la remise un chariot neuf, à quatre roues, disposé pour les mulets; ils attachent aux jougs des courroies de neuf coudées de long. La cheville du timon arrêtait le trait ; les courroies étaient passées trois fois autour du joug, jusquà la moitié de leur longueur. Ce fut par cette partie qu'ils attelèrent les mulets. Un nœud artistement en-

(i) Eguinum aulem ad, jugum dea atUgil dixUque» {Iliad.jhS, V. 799.)

(90,) lacé formait la retenue. Je traduis du moin^ aussi fidèlement que je le puis (i).

D*après ces détails, j mcline à penser que le joug des char^ potrtait sur le cou des che-vaux* et vers le garot^ et que la seconde moitié des courroies embrassait le cou et Tépaule ; ce qui formait le tirage.

On attelait aussi les bœufs aux dharr riots (2).

~ Tous ces modes d^attelages exigent quelques explications sur la préparation de& cuirs , dont il se faisait une énorme consommation ilora/ugalia). Homère , à qui rien dan^ les arts et l'économie n est étranger ni indifférent, nous apprend cette préparation par iine belle comparaison poétique.

LesKirecs et les Troyens se disputaient sur un petit espace le corps de Patrocle; il dit : « Tel quand un maître livre à ses serviteurs la peau d'un vigoureux taureau pour la distendre ; encore chargée d*humide et de graisse,

( i ) Ante quidcni muU rhedarn quaUior rotarurn traliC" bant. [lUad.y 1. 24? ^- '^^')

(2) lUi vero boves nuUosgue junxemfU sub iliedia^ {Id.y 1. 24? V. 782.)

(9» ) ils la tirent et retendent en rond; Thumide aqueux en sort, et la graisse prend la place; tendue également sur tous les points , elle se trouve promptement préparée à servir ; tels^.. > {Iliad,, 1. 17, v. 389.)

Voici encore un des exemples qui servent à prduver que la poésie s'enrichit et s'embellit par les choses de la nature, et par celles nséine qu'on répute infimes. Sans cette indication, qui aurait deviné le mode de pré* parer les cuirs à une telle époque? On juge de, siiite de la réalité du procédé ; les cordes dé tension s attachaient à des piquets enfoncés en terre; plusieurs fois par jour on tendait ces cordes; Fhumide s'évaporait, et la graisse pénétrait dans les interstices de l'eau évaporée : l'action du soleil en était la preimère. cause. Il est à présumer cependant que les Grecs ^ comme cela se pratique encore dans quelques parties de l'Orient, couvraient de sable fin chaque peau tendue, afin de prévenir des déchiremens par une dessicalion trop rapide.

La science d'Homère éclate encore dans la reconmiandation de n'employer que le cuir d'un animal tombé par le fer : çiferri occisus. {lUad., 1. 3, V. 375.) La différence est bien

(9») grande , en efiBet; pdur la force , Télasticité et la durëe, quand ranimai est mort de langueur ou dans uiie épizDotié.

Lea cuirs prépares servaient encore à des vétemens, à des chaussures , et surtout à des bottines; elles étaient d'un si grand usage, quHomère désigne constamment les Grecs par répithète d*bommes bien bottés. AchM benè ocread. {Iliad., L 3 , v. 343.) Ces bottiuBS avaient leur luxe; on y attachait des anneaux brillans, des franges d'or ou de pourpre. Elles se fixaient à la jambe avec une tringle de fer : celles des rois étaient d*or, celles des guerriers d airain. Agamemnon seul en avait d'argent (i).

Faisons observer que cette tringle était mieux raisonnée que toutes les modes aiuL^ quelles on a soumis dans la suite les jambes des cavaliers. Les bottines à tringles ne serraient-elles pas préférables à ces énormes bottes qu'on impose à la cavalerie, et qui sont aussi difficiles à mettre qu a ôtei*? Elles sont encore dangereuses : l'entretien de pro-

(i) Ocreas quidem primùm àreà tUfias posuU pulchras argonicis fibulis- aplè jimcias. (lUad-y 1. ii, v. 17.}

(93) "prêté nuit au temps , qui serait mieux employé an pansement des chevaux.

• 'Ce genre de farottines a existé parmi nous; mais la mode des bottes molles les a fait 4d>andonner. On les faisait avec un cuir fort, bombéau gras de la jambe ; par elles on pouvait résister aux coups de pied des chevaux, au.ckoc ou à la pression d'un corps dur, ou à des -atteintes dans les manœuvres. Ce serait encore le revêtement de la jambe le mieux entendu, le plus économique et le plus utile ; mais il est repoussé avec dédain dans Tarme dc: Ja: cavalerie.'' Aujourd'hui on montrerait au doigt l'homme bien mis qui en porterait ; les postillons même préfèrent Iqs énormes bottes fortes, cent fois plus, ridicules. Les bottines enfin ne s'aperçoivent plus qu'aux jambes de quelques maquignons ou bouchers des campagnes dans les provinces.

Indépendamment des chars.de guerre, il yarvaitcn outre des chariots à quatre roues traînés par des mulets et même par des bœufs. En campagne, ils servaient de toits. Dans Tenceinte de ces chariots étaient les provisions. ^

Dans les haltes, on envoyait paître les chevaux dans les herbages; les guerriers,

pendant ce tëmpàî gardaient tes chars, et krS| charriots(i). r 1 > . ';'i r.»-. • r. ru.

Il sera :1oii|{|aiir8- cvrieuit dans Thistoire de rappeler lie aitideidesanoensipoôtlaire lenns. roues. Us eotirbasetit\iiii ^îiwOairbve josqo'à ce qu il f armât- un ceiiele (2). Hésipdea ditla! nvêaate '.chose' '/les Romains l'ont- toi^iv ^ nlestril paasingulier quil.aiél|éjde'môme'èelifir> dès AmëHjcaina,' aiant Vépoqde dé -iàwBp ciTÎlîi^ nation enropléenhe; - ;r .):•> • * '> >mv', : 'Leâ ess^eài^' -âes chars eti-'desi charijôis^' étaient de lioîs âè frêne; ctsur^ce ^oint'étri*: core noua • rappelons l*tniflienaêicbnsomihi^ tioaqiii'oj^£nsait'de cetarbre!?i::r: '^ /. . u,

ii6> wïAê poor^ trarail^r le bois se rédiii^ saîeht à: ttbiô^ chez lès Gt^écii , 1^ *hâché , ' fescif^ et la t^ri^fere:; toutes d-aîrâîn. {T/èid/i- 1. ï3, V. 390.^04^^,; l. 5i Vv'tf45.'0 " ' • ■•'i

Les cayale^>qt^otl élevais daAâflèd chamiiS] étaiest'^ souvent au nombre- dé deùt à trois mille ; on leuir affectait principalement leà. bords^es eaox; aussi Etomère £sdt41 observée''

(i) Egid vero depascentes.,, stabani currus benè tectim tentorUs dominorwii. {lliad., 1. 2, v. 777.)

(ti) Çkiùm iCiirhtti/n Jhbricator^ arlfar'<populàs ceu curvaiuram r^UBjkcnU. [Id;, U 4, ir. ^.)- '*' • ' -

( 95 ) qiïe dans les haltes ou les trêves, les chevaux allaient paître le long des fleuves ou des marais, le lotos. Tache sauvage, le saule, etc. (i).

En campagne cependant,^ quand il fallait rester Tanne au hras, il fallait bien avoir du fourrage portatif; nous venons de voir que le mode de faucher les prés était dusage an temps d'Homère. {Odys., 1. i8, v. 370.} Lorsque les chevaux restaient à la crèche , on leur servait, dit Homère, de Torge blanc '«t des herbages verts en tuyaux. Tout "porte à croire, au surplus, qu'on donnait aux chevaux de prix et die race, de Torge et du froment coupés eh vert : c'était alors, comme à iprésènt, le fourrage le plus exquis. Quand Ménëlas reçut chez lui Télén(iaque , il fit don^. -4&er k ses chevaux^de la fafkie de froment et de Torge (2).

Le fils de Lycaon se désolait de n'avoir

(i) TèrmiUeeguœ citm puiUs, {liùad.y 1. 20^ v. 221..)

B^ld vero ioUun depascentes , paluslresgue apium^ sa- Uces f ' tdvas quœ circum Jliienta fluvii affatim cresceban^ tur\ {Id,j 1. 21, Y. 35o.)

(à) Ad poUUun presepe , hordeum album comedentes et avtfUu.,, paèulum apponite. (/li./l. 8, v. 5o5à56o.)

FàrfrumenU et hordeum album. {Odyss.y 1. 5, v. 4i0

point assez de chars , quand, disait-il , j'en* ai laissé onze en Lycie, tout neufs et ayant chacun leurs deux chevaux ; je me fiais sur mon arc, et craignais, d*aillëurs de ne pas ' trouver ici assez de pâturage pour mes coursiers, qui sont accoutumés à paître largement (i).

. Il y avait une grande variété dans la coupleur des chevaux ; il y en avaitsans doute qui avaient le poii noir^ mais^Homère n en fait pas inentiac^n ; c est déjà une grande présomption qu^il en existait très-peu, ou que cette robe était décriée ; nous avops déjà vu que \tB . bœuf s noirs Avi labour inspiraient de la tristesse; je. xappelle de Qouveau, que je ne •m explique idi 411e d*âprès le texte dHomère. Selon lui, Iles ichôvaux les pluf^ élevés et les plus forts naissaient sur les bords du fieuTe

(i) Vndecim curruSj drcùm vêla ex pansa y unicmque bîjugss- equi f solid pasd largUejT'^ (lUad.y 1. 5^ v. aotï.)

Des traducteurs , et même des ënidits, n'-pnt pofut bé~ ûté à traduire le mot avenas forjivoine 5 qui n'existait pas en Grèce. Pline a dit que ces avenas étaient une sorte de Ué : il vaut niieui. croire M. Sdiaw, qui prétend que c'était le riz sauvage. Hottifere, du re§le, affecte le mot oku^y le riz, aux cbevaux, twtnt... Wc okopaç.

(97) Sëleïos : ceux-là dtaiciit rouges , c'est-à-dîré hày-ûlszàh (i).

Cèiix qui naissaient aux bords de rEùpHrate ëtaîent blancs : leïs^ étaient ceux qtf Achille immola au fleuve Scamandre.

' 'ijts chevaux de la haute Scythie étaient blahcs aussi.

Les plus beaux et les meilleurs proyefi^ht dé la plaine de Troie ; ils étaient encore lés plus renommés; Priam en donna deux à'Eûëe, qu'il avait pris soin d'élever luimiSmé (a).

Lai'Fhyr^e etla Triccie, laUiessàlie, la Bfyèle/'ta Méonie, la Lyciè le disputaient en géfkÂ'al aux plaines de Troie; les Phrygiens Aaîent les pins habiles pour dompter les chevaux.

''Fartni toutes les races, il y en avait de privili^ées; les maîtres, les rois et les reines niëmés', prenaient soin des chevaux qui en étaient'issus. Parmi ces soins, il est difficile d'expliguer les onctions d'huile qu on faisait

( 1 ) Juœta seléùim , rutiU , magni eqid» [Iliad. , 1. 2, y . 95.]

(2) Optimi eqid ex Trojâ, ex hac stirpe^ ei sex nati,,. duos Eneœ dédit quos senex ipse alebai ad polilum pre- $cpe, {Id.j 1. 5 et 24 9 ▼• 270 et 266.)

Agricvl. 4t» Grées. J

ii leur crinière. Y avait-il moins de sueur? le cheval pouvait-il pins long-temps garder son haleineetfournir plus ardemment sa carrière? Cela du moins est à présumer; car les anciens étaient de grands observateurs; etHo,ijière, en fait de science, n'était pas un homme à préjugés : Patroclc lui-même, dit-il, oignait la crinière de ses chevaux (i),

I-'usage de ferrer les chevaux est très-mo-;, dcrnc (il appartient aux Romains). Cependant ils avaient de longues marches à faire ^ et la Grèce avait des parties caillouteuses ou aréneuses ; mais Homère n'a jamais fait la remartjue de cet inconvénient dans les marches ou les lices; on est moins étonné pour l'Asie, dont le sol était en pays pastoral. L'hahitudc seule avait donc rendu les chevaux moins sensibles aux atteintes de la sole des pieds. Ne voit-on pas, dans les champs,. [ des hommes qui marchent presque toujours I pieds nus? Je citerai ceux du Morvan, et I c'est peut-être ce qui étonnerait le plus un. I Parisien. Du reste, Homère qualifiait sans rfësse les chevaux par des épithètes qui dé-

(i) Jpx {Patrocles) oktim liumûlum jubii infiuulebnl- [lUad., 1. a'3, V. a83.)

^ent qu'ils* ont la corne dure et solide (i).

ne reste à offrir des considérations d'un

lui na plus de crédit parmi nous, de-

le philosophisme ou la manie de la

^ophie nous fait regarder en mépris

^eile des anciens » qui se formait par Tob^

serration religieuse et constante des lois et

des effets du règne de la nature. Il y arait en

quelque sorte une sociabilité entre Thomme

et le cheval : rapportons-nous-en à Homère,

qui â été le plus sage philosophe de Tanti-

qnité : c*est une pensée qui n'a occupé aucun

de ses traducteurs ; elle était au-dessus de la

portée de M"** Dacier, et Pope n'a fait que

Teffleurer.

La philosophie moderne a dru s'élever in« finîment au-dessus de celle des anciens , en Caisant considérer comme brutes, et, si on peut s'exprimer ainsi , en bestialisant tous les animaux; tandis que la philosophie ancienne, in contraire , s'est toujours plue à voir dans les êtres ayant vie et mouvement, une émanation de rintelligenee divine. L'orgueil et la

(i) VaUdos unguhs equos^ solidos ungulis equos. [Iliad.j 1. 5, T. ayo.)

m equos validos in cursu victores. [Id,)

( '<>o> vanité ont tellement subjugué la philosophie moderne, qa'cile rapporte tout à elle, et alors même que la dcgénfîration physique et morale de l'homme est presque arrivée à ses derniers périodes. La philosophie d'Aristote at de Platon a jeté dans des égaremens funestes. Ceux qui philosophent encore, ne cherchent leur aliment que dans les livres où se trouvent réunis tous les extrêmes ; le» anciens, plus pieux et plus sages, n'avaient d'autres livres que celui de la nature : c'est-à-dire, les eaux, les monts, les bois, les ar* bres et tous les animaux, depuis le plus, grand quadrupède , jusqu'à l'insecte éphémère.

Que n'ont pas dit les philosophes du grand siècle et leurs dignes héritiers, de ce qu'Homère, le premier des sages et des po'ètes, ait fait pleurer et parler les coursiers de ses héros ! Hector veut franchir un retranchement, il fait une allocution à JElon et Lampus ; il les fait ressouvenir de tous les soins qu'il a pris d'eux. (ïliad., I. 8, v. 184.) Patrocle est: tué, ses chevaux le pleurent. {Iliad., L 17,

Achille se décide à combattre; Automédon, le plus fort et le plus habile conducteur de

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