JDE LA VIGNE ET DU VIN
La Colture de la vigne est connue de toute antiquité dans la Grèce (p). Que faut-il donc penser de ce dicton sans cesse répété dans nos livres : « Que les Gaulois , qui avaient envahi la Grèce , long-temps avant la prise de Rome 9 n'avaient franchi les Alpes que pour aller boire du vin en Italie. » C'est un mensonge absurde de Tite-Live , qu on se plaît à croire, tant la paresse a de charmes, et tant il est difficile au vulgaire des poètes et deshistoriens de se mettre sur la voie de la vérité ou des réalités.
J'ai déjà indiqué , d'après Homère , les vignobles les plus fameux ; j*ai nommé Trézène ,
(i) A LacédëmoDe, on dëlivrait aui rois du Tin dt dQ la fàiine pour les sacrifices.
( ti8) Ëpidaure, Ithaque, Lemnos, Pédase, Chio, Ismare , Braïaae , ^to.
L'<attrait de rhomme pour le vin a dû donner partout et jprprnpteipept une grande impulsion à la culture de la vigne. 11 est établi, au surplus, quil y a eu beaucoup plus tôt des cultures de vignes, que des vignobles composés. Long-temps cette impulsion a été favorisée à la fois par lessatrcrdoces et parles rois ; il est même remarquable qqe les Grecs eurent W 6age#6e d^abord 4'a£kc(er à la culture de la vigne les terrains .sacs et mnntiieMt , A^ls ifm ceut d*Ithaquje{i)t
OB4isposait la vigne par mtigées ; d)e étai^ a|ip^y€e .«ur 4e6 éqhal^s (a). .
Les vend^tag^s étaieiijt j^ne époque ^e liêteft et de plaisirs (3). Elias s*y faisaient par 4e jeiines filles ^t garçons, dont leBiuis ctaienl; employés à cp^per l^s ravins, et les autr^es h les porter dans des paniers qm corbQi|le$
(i) Soliirriy viUbm areœ consiUe. {Od)rss.^ K i, v. ttyS,)
(2) Stabat palis eniaia , ex ordine vindetitiali. ( Id. ,
(3) Au milieu du dix-ltuitième siècle eûcore , les veudapges étaient aussi, en France, des jours de fêtes r elles n'y fscErt plus maintenait ^quâ^ desccrrëeS) lant la oapilalç et les théâtres ont chan^'ë les'iniBuri.
("9) tre8sés(i); d'autres, pendalit ce temp», étaient lehârgés de distraire les vendangeurs en jouant de la flûte et en dansant. {Iliad.^ }. i8, v. 568.) lie mode de faire le vin n*est point indiqué dans Homère; mais le mode y existe de fait. L'drsqu Ulysse s arrêta chez Alcinoiis , il y tit faire vendange. Les uns, est-il dit, étaient occupés à vendanger ; les autres à faire sécher tesraisÎQS au soleil; d-autres à les fouler (2). La dM^cation au soleil ne devait pas néanttiâfans amortir le gàz vineux. Il faut croire qûlld àVaiiànt trouvé le moyen de prévenir rexiéià dlft la fermentation. On mettait alors le Vin dafis des amphores. Téiémaque, à son départ, se fait dotlner par là ficJlèle Euryclée âttiiBe amphores garnies de leurs couvercles (3). Les amphores , pointues par le bas , Aaieiit destinées âi être enfoncées dans la terre. Lft fraîcheur persistante dii sol devait amoindrir dû neutraliser le gàz. Oh mettait aussi du irin dans des outres faites de peaux de chèvres.
(r) TexUUbus quaUs.
(a) Pars siccatur sole ; alteram vindendant^ aliani vero calcani. {Odjrss.f !• 7; ▼. ia3.)
(3) Fùium in amphoris duodtcim veiv iniple ci opercu^ Kê opta, {Id.j 1. 2, V. 353.)
( *^<^ ) On veut qu'il y ait eu des amphores en pter-' res(i}. Ulysse vit, chez Alcinous , des meules pour moudre le grain, d'autres pour ToUye; mais il n est pas question du pressoir pour les raisins. On peut en induire quil n y existait pas encore. Il y en avait cependant chez les Hébreux, au temps de Samuel, contemporain d'Honijère.
Le yin se réduisait manifestement k un état syrupeux ou à sec. C'est à cause de cet état ^lémequ^pnya établi Tusage générai de mêler les yins avec 4e r^au. Âgai9en;i^on , Ulysse et Priam se réunissent pour assiste): au combat entre Ménélas et Paris. Le$ hérauts mêlent 4u yin dans la coupe du festin (2).
Le yiq était mêlé dans des urnes, dans d0s cratères ou ^uf d^s trépieds.
Idoménée refusait d'obéir ; Agamemnon , pour le persuader |dii $pn estime, lui représente que, dans tO]qrte§ .OjCjcasions , il a tOujours fait mêler pour lui Ip yin dai^s des urnes, et que lui-même remplissait sa coupe la première.
(i) Iniàs verd lapideœ* {Odyss.j 1. i3, v. io5.) (2) Adfcc(krafida.deoruiny cratère vinwn miscebanf vrœcones conspicui. {Iliad.y |. 3, v. 269.)
C'était toujours du vin rouge qu'on mêlait «dans les. grandes occasions. Le cratère con- ^sacré à Delphes par Crésus, tenait six cents amphores (i).
Achille reçoit Ajax et Ulysse, envoyés d*Agamemnon ; il ordonne aussitôt^ Patrocle d^apporter la grande coupe du festin, et de •mêler le meilleur de ses vins (2).
Tous les jours, les amans de Pénélope mêlaient les vins (3).
Les sacrifices coçimençaient par des liba- .tions. Pallas pressée Télémaque de partir; elle fait aussitôt mélej* les yins et disposer le sacrifice à NeptuneX4)-
Ulysse arrive <:hez Alcinoiis, qui ordonne aussitôt à Pontonoiis de mêler les vins (5).
Le yénérable Eumée était occupé à mêler le vin du jour, quand Télémaque le surprit
{i)Qmndd ionoranum, vinum nigrum Ar^vorum pro-^ cçreg in crateribus miscent. {Iliad. ,1.49V* 260.)
{7k)Mitjorem crcUerem, meraciusque nùsce, {ld,j 1. 9, V. aa3.)
(3) Aid tfuidem vinum ndscebant in crateribus et aquani. {Odyss.f 1. I; V. iio.)
(4) Agite».* miscete vinum... {Id.j 1. 3, v. 332.)
(5) Craiere mixlo y vinum dale omnibus} Ponlonoùs auif m vinum nuscuit et libaruni Jovi {Id.y 1. 7, v. 180.)
Ui^^û tombât* lie ^ë^ éè »â tùiàlA (t ).
amphores d'un vin si génére.ut, <|tfe'/tirtM tkitô vingt mefeùreè^ d'Mu, il exhalait «iiéore
Tjt vin, tians c^t état de siccité^ se tùtn servait si long-temps, que Nestor fii feertiir iM vin de onze aritiées <3). *
Homère a distigué deux sorties dé vin i lé vî^ doux ^t le vin ronge, que toU3 led iradtictéurs font nôih. Ulysse fit donner Au tin doux à ses compflighôns , parce que le vin rouge nétait pas encore èorti des Va:is-
(i) Ex marûbus ceeidet^mi vasa tfuibHs misœbaiur vmum generosum, {Oefy'ss,, 1. i6, v. i40
(à) Aquœ vigenii mensurasy dutcis auUem odor divinus^ spirabai, {Id.f 1. 9, v. ^10.)
(3) Fini dtàkùf^ tfUùd undedmù ûnnôi ^pêfiàAprùiha y hujus senexy chUerem mùdUit, {Id.^ I. 3^ Y. SQii)
Un de nos h^ëbisteji en crédit et eu fonctkms^ traducteur d'Homère, s'inquiëtant fort peu des rëalit^^ à dit tout siinpIeiTient que k Nièstôr fil pe/t^r* des IdiMiMlit d'un vin de onze années; » quand , dans lé teite, il y à posîUyeinent : OperônlUm, ekmpgiL B^-il besoin <te dire qu'il ♦l'y à eu dej tontieânt viuAitél reliés en cercles, .que Ter* le règne de Tr^jart.
( J^3) Mâttiic (i). IjC vîîi dciux devait êite celui qu'on faisait immédiatement après les veûdangés, (à qui 3e consent tiel pendant quelques mois, aurtoiiit e» Grèce, où le raisin est plus émî-
MBii9eiEit çufcré.
' Le TÎn dé libation était toujours' rou^ : c était le vin d'honneur, et le m^illeàr pour la santé (&). Machaon conseillait de boire du vin rouge. Ce fut d'un tel vin qu'Hécube offrit à Hector pour réparer ses forces (3).
Le vin était déjà un grand objet de commerce. Le roi de Lemnos apporta devantie camp des Grecs mille mesures de vin à échanger pour du fer, des peaux, des bœufs, des esclaves, etc. (4). Dans la suite des temps, les Grecs ont observé qu'à certain vent du ponent les vins devenaient troubles ; ce qui les ,avait déterminés à faire des sacrifices à l'apparition de ce vent , qu'ils nommaient prostatirios.
(i) Vinum dulce. nondiim h nâvibus, vitmm rtibruni. {Odyss.jL^,)
(a) Firo defaUga'o robur vinum valdè ausi^el. (JUad.j
(3) Finum ut ibcs Jo\d et rejiciaris vinum enim
utile viro utique defaigato. {Id.y 1. 6, v. 257.)
(4) Fini mille mcmtras; aliicercy aliisplendidojciroy
aUi pdlibm i bobu» n numdpikf vimtm emehard. {lUad.^
Il est très-prqbaUe que les Grec»^ au temps d'Homèr^, ont connu les moyens de fairç des litpieiirs spiritueuses , soit avec le miet, soit avec des fruits ^Ipeux, et aui^ quelles on a donne le nom de vin$ mais Homètfè n'eti parie pas. Artemidore j le prSmier^ je le prÀume du moins,, a parlé du vin de coing«
(laS)
' CHAPITRE Yllf:-^^^ ♦
DIS AtlBRfiS FRUITIKRS KT FORESTIERS.
Xe cbéne, en Crrècé comme rar toute la terre, tim^le prepiier: npnlg (i); il remporté même sur le cèdre da mont Liban et( jlur.leei ]ikiè hetpBD {tt«isi^dèa>r^gidiit:k6rëaliâft; il,ne s*^t pM sans dMi^^lfk jbteaatë , de Taspect liiide rëtératibadBafoimèif.mais de adn utk Mté et de sa ma jette, ^aandThomme luiJaiasë Toip, pendant cjaeiqttes sî^Im^ Icileverrfit le coucher du soleil ; c*est Farbre dont la fibre est plus dense , plus forte et plus élastique ,j et dont la réststBoce peut triomphe;* des
(i) Voici, au surplus, Tordre outle rang dm iti4>res que lei Grecs ont consacres : à Jupiter, le chêne; à Hmerrei Irtilinier; à Vënus^ le myrte; à Hercule^ le. peuplier; à Pan, le pin; à Pluton, le cyprès.
ch'â!!-, parce que son attelage s'embarrais^ dans une cepée de tamfarm (ï>. ' -
Le figuier^ sîÀùvagedéTelôppatlLtine grande rttmificatfon élim tiyitievdloaiiiféuif; combiéAI 'devait être' grand tetoioù Hebtor iit faire halte à son arméé'(2i) !
Lycàon réparait ^ôn char avec desbraitcfales dé fi^ùiér, q(Qând il fat pris par ^Âchiliie (3).> *
Le |>Tatane y était. commun, sa bonne fot« tune doit être attribuée aux {^oëtes ^ d*aprè$ lebquels Jupiter avait' dormi avec Europe sous tM platane f éanslilé de Crète , où c»t' arbre est vénéré. -î - >
Parmi les ai'bres 'fruitiers, Uâiat^fMrttre' ail 'premier rang Totivier, si prétieux par* rhnile quHl foui*nissait.. Il y avait deux sortes^ d^i^liyiers , Tun culUvé dans les jardins , Tau-'
cette cause ; csir on y de'trtiit drbitrairement tous les grand» bôii/éCon^y subit déjà les itaêmeséfiiets. On peatjOOtnpter d'MiiôrobrableS cours d-ean^ derutsseaux, et dis rltièrésv qui ont dispsnkt du soi!, et même depuis -isT calH» de' CassiM.
(() Adrusùss Ttunù ifnpeditus myrcino. (lliad»^ 1. 6,- V. 39.) '(1) Adcàprificum stètU Hector* {Id,y l. 6 , V. 434-) (3) Càprifici ramas noçéilos incidebat ad àmbiendum
( "9 ) tre croissait de lui-même sur des coteaux, où il assurait sa reproduction. Homère fait ob*server que l'olive des jardins était plus douce et plus grosse. L'immense consommation de rhuile portait partout à cultiver l'espèce franche. L'onction avec de Fhuile ne se bornait point aux hommes, on oignait encore la crinière des coursiers; les déesses mêmes ne dédaignaient pas ce cosmétique. Patrocle ne laissait pas le soin d'oindre la crinière de sea tôursiers à des serviteurs, il y procédait lui-même (i).
' Les Hébreux étaient plus avancés pour remploi de l'huile ; car ils faisaient frire leur farine dans l'huile ; car ils avaient des lumiqaires, quand les Grecs ne s'éclairaient que par des copeaux de bois résineux secs qu'ils allumaient sur des trépieds.
U y avait en outre dans les vergers, des ponDimiers, des poiriers, dps cormiers, des figuiers et même des coignassiers. ( Odys. , 1. a3.^ Y. 233. )
{t) Ipse ôleum huniidum jubis infundebaU (IHad., La3,v. a83.)
Agricul. dei Grecs.
«/%4%v«A%»i/vvvw«%v«^%4'V«i>t/v««v««/vtM/^«^^