CHAPITRE m
CÀLLIMAQUE. (6oo ûns açant J ésus-CJirist.^
Des thesmophories et des fêtes d'Eleusis.
Ji: crois itie rattacher à Tère iriême d'Homère et d'Hësiode, en rappelant ici les célèbres solennités des Grecs- en Thonneur de Gérés et de Bacchus^ desquelles Callimaque, qui vivait six cents ans avant Jésus-'Ghrist ^ s*est principalement occupé. Ce rappel, s il est liîeB compris, doit seul donner une juste et granjle. idée du prix que les Grecs atta-^ chaient à Tagri culture^
Dans les thesmophories et les éleusines, tout était grsmd, divi^^tt profond :1e but^ les cérémonies, les différences el même les mys^ tères. Us étaient dignes d'étl«e législateurs , ceiix qm ont conçu Tidée d'un culte solennel à Gérés, et qui en ont déterminé la périodi-»
C ^36 ) cité, le concours général, la base et tes accompagnemens ; ils étaient piirs envers le Ciel et pieux envers l'humanité, ceux qui faisaient dépendre l'abondance et la prospérité publique, de la science et de la vénération pour l'agriculture; ils étaient de vrais apôtres, ceux-là qui voulaient qiieVhomme sanctifiât ses travaux par des prières et par des offrandes à la Divinité. Ceux danc qui ne verraient, dans CCS grandes solennités, qu'une institutions bizarre ou mythologique, seraient dans une grande erreur; car le culte à Cérès embrassait les grands travaux des champs dans les quatre saisons : il se justifie par les diverses cérémonies usitées pour les semailles, pour les moissons et pour les récoltes des fruits. La pompe imprimée à ces augustes cérémonies ne fait que donner une plus haute idée de la sagesse des premiers Grecs, qui, au surplus , imitaient en cela les Egyptiens , les premiers agriculteurs de la terre.
Les thesmophories et les fêtes d'Eleusîs comportaient deuxgrands caractères: le premier avait rapport au besoin de faire aimer et honorer l'agriculture , en déclarant que les. dieux elles déesses mêmes l'avaient exercée; le second concernait le dessein de favoriser
( =37 ) la population, pO|Ur soutenir la patrie, l'empire et le sacerdoce, et pour répondre en outre au commandement universel de Dieu sur les procréations.
Les thesmopV*ric5 étaient les plus solennelles et les plus pompeuses : elles embrassaient d'ailleurs la double cause de l'agriculture et de la population.
Les fêtes d'Eleusis appelaient les initiés de tous les points de la Grèce. Auxthesmophories, il n'y avait exclusivement que des femmes; aux éleusines, il y avait concours d'hommes et de femmes. Celles -ci avaient toujours lieu à la saison des semailles. La première condition pour y être admis, était d'avoir été initié. Les rois mêmes ambitionnaient cet honneur, et il a été refusé à beaucoup d'entre eux, armés 'du sceptre de la tyrannie. Les tbcsmophories duraient cinq jours. Les femmes, pour s'y |)réparer, devaients'abstcnir, pendant neuf nuits, de dormir avec leurs maris; afin de conserver plus sûrement leur continence, elles parsemaient leurs lits des fleurs de la plante dite agnus rajft/j(i). Penda'ntle jour, elles en mâchaient
(i) Ad caslitalcm, Vunf.mque impetum cohibere., noa
(338) les feuilles. Elles devaient jeûner, et s' abstenir de toutes choses qui pouvaient troubler leur recueillement.
Les lustralions avaient lieu pendant la nuit. Avant de se mettre e« marche , un héraut criait h haute voix aux hommes de s^éloigner : Procul, impius omnis. On partait du temple en chantant des hymnes, et on se dirigeait vers un bois sacré , composa d'arbres odoriférans, d'ormes, de vignes, de pins et d'arbres à fruits (t^r«-/>/«raj). Il était défendu sous peine de la vie, aux hommes, d'y assister; il était encore sévèrement interdit de se placer sur des hauteurs pour voir le cortège.
Les élcusines avaient aussi leurs mystères, sur lesquels il fallait garder un secret absolu.
Aux ihesmophories, les chars étaient traînés par des bœufs; auxéleusines, par des chevaux blancs, aîbis equis curru quadrijugo. Les roues aux chars des femmes n'étaient pas radiées, mais en bois plein. Une bande de fer fixait l'aire, l'essieu et la corbeille myslé-
ianlùm esu, sed polu foUUque agni casii cubilu^sibi slernunt. (Tbfoph.,1. i.)
( 239 ) rieuse dans laquelle étaient les choses propres aux initiations, le sel, le miel et des instrumens de sacrifices. Les vierges , qui suivaient le char des prétresses de l'initiation, portaient sur leurs têtes des corbeilles
.remplies de fleurs et de fruits; d'autres tenaient à la main des épis; d'autres divers fruit3 et deg toisons de laine, velleribus lance..,
' tastncihus . nrginibus et omîtes fruges. (Id.) Tputes marchaient pieds nus, discalciatœ. Malheur à celles dont les cheveux étaient floUans! Il était donc imposé de les contenir par des bandelettes, perpera quos capUlos Hspergit, indè, usus stringere comam. (Id.)
Arrivées au bois sacré, elles déposaient leurs corbeilles sur l'autel deCérès, où étaient inscrites sur l'airain les lois antiques de la déesse i In œde Cereris œre incisas, leges. (Id.) Ce» exercices se terminaient par des prières pour obtenir la fructification des épis, la conservation des troupeaux, la prospérité des moissons, et la paix, afin, est-il dit, que celui qui a labouré et semé puisse recueillir :
Sali'a dea Magna rcgina dearum Refer agris matura omniaf
Pasce bovet , pascc oves , Fer *picain,fer mesêem
Fove pacei/i
Ut, qui aravit, UU métal Propilia sis {t)
(GlLLIMAQUE.}
Il serait téméraire de vouloir expliquer tous les détails et les rites; car là, comme ailleurs , il y a une large part à faire aux hommes du sacerdoce. De grands érudits des siècles ultérieurs, entre autres Cïcéron et Ovide, ont cherché à expliquer les mystères de ces fêtes, auxquelles ils avaient assisté; mais leurs révélations n'ont point laissé de conviction. L'histoire n'en serait pas plus avancée. Les abstinences, les pieds nus, les consommations, ne donnent aucune solution. Le pavot, qui surmontait les épis consacrés sur l'autel de Gérés, n'était au fond qu'un symbole de fertilité ; Papaver fertilitatis symbolum. (HÉSIOD.)
Les commentateurs ont beaucoup écrit et discuté pour expliquer le motif du pavot à la couronne deCérèset à sesaulels; les uns
(i)SaDteuil u'a rien fait de mieux, et on esquive Galli-
ont cru le voir dans Vusage d^assaisonner la surface du pain cuit sous la cendre avec la graine de cette plante ; les autres ont prétendu que Cérès l'avait consacré, parce qu'en proie à ses tourmens, l'emploi du pavot lui avait rendu le sommeil. Je n'ose prononcer; on verra long-temps, au sur^^'is, les Romains en assaisonner aussi leurs pains.
Mais sans chercher à expliquer ces mystères, on trouve des choses plus extraordinaires chez les Egyptiens, où les letes de Bacchus offraient tant de détails extrêmes. La phallagogie au surplus était chez eux une grande solennité. Il convient de ne pas rappeler ces signes; mais il serait injuste d'accuser les anciens de libertinage et d'immoralité; car ils n'y voyaient qu'une chose sainte, qu'ils référaient k la Divinité protectrice et à l'âme du monde, A mesure que l'homme s'est civilisé, il a abandonné. ses premiers cultes. Les Ron^ains ont été les plus extrêmes dans le leur, surtout aux fêtes de Bacchus; mais n'avons-nous pas vu parmi nous des figures d'or et d'argent, représentant des membres, appendues aux autels de certains saints? La simplicité et la sainteté des mœurs se sont effacées dans l'Eglise chrétienne, en
Africal. 4m Crrt«t. 1 0
raison du grand nombre des ordres monastiques, et de la pouzinièrç des clercs appelés aux participations du culte dès autels, et dont le premier mobile a toujours été Tàmbition et l'intérêt pécuniaire.
k^y%j%f%/%%/%/yin;v\/k'\/\/\r%fVvv\/%r%/\r^'v\,\'\rk/%rt/%