CHAPITRE IV
ANACRÉON. (600 dns ûi>ûnt Jésus-C/in'st.)
iX a été mal traduit dans notr^ langue. — Sa philosophie. — Motifs de sa conduite et de sa carrière. — Il a bien connu le théâtre des champs. — Sa description du printemps. — Il a chanté ' la yendange et le vin. — Ses éharmantes comparaisons. — Il a célébré la cigale. — Il a révélé le mécanisme par lequel le cygne rend des sons harmçnieux. — La rose est pour lui la reine des fiieiirs.
Nos romantiques de Paris, nos doucereux faiseurs d'idylles et d'épîtres amoureuses , Iront s'étonner de trouver, parmi les autorités de l'histoire de TagricuRure, le poêle des grâces, des roses et du vin ; car ils ne peuvent croire à cette vérité de fait, que la poésie des anciens était la muse de Thistoire et de la science du domaine physique de la nature.
Un autre motif m'a déterminé : c'est qu' Anacréon a subi le sort d'Homère, de la part des traducteurs ^ tant on a eu nôiàuvaise opi-
possible,
iiion de la langue française. Il estimpossible, en effet, de reconnaître le chantre de Théos aux phrases insipides des Lafosse, Desmaret, Gacon, etc. Poinsïnetde Sivri, quoique po'ete, s'en est plus approché; mais trop domine lui-même par l'opinion que la langue française était à la fois ingrate, stérile et timide, il n'a point osé pénétrer dans la pensée propre d'Anacréon; il a seulement effleuré le po'cle à la manière des papillons; le fond des choses, qui, dans le po'ete grec, fait tout le charme et le prix du style, et qui décèle sans cesse un génie aimable et profond, a été noyé dans de vaines circonlocutions.
Pour bien juger Anacréon , il faut se rappeler les circonstances de l'époque où il vivait. Athènes et Lacédémone s'observaient comme deux athlètes près d'en venir aux mains; Phalaris et Cambyse épouvantaient par leurs cruautés et parleur féroce tyrannie ; Esope venait de perdre la vie pour avoir osé dire quelque vérité; partout on ne voyait que des assassins et des émeutes; les sicaires et les rhéteurs corrompus n'attendaient que le signal des maîtres pour agir ; les guerres de peuple à peuple étaient non moins terribles : Thyrtée avait fait oublier Homère.
Exempt d'aml)iUon , Anacre'on ne se fit point acteur politique; il prit le parti que nous n'avons pas le droit de condamner, de cc'der au torrent, à la manière des joncs et des arbrisseaux. Ses débuts portiques furent goûte's aux cours des tyrans, et même aux armées.
Les chants d'Anacréon, riches de poésie, d'un rythme léger, agréuhle et harmonieux, firent proniptemcnt fortune. On les chantait dans les cours des grands et dans les places publiques : ils consolaient le guerrier que les malheurs publics avalqpl frappé.
Anacréon n'aimait pas les tyrans; il refusa de se rendre, comme commensal, à la cour d'Ipparchus, qui lui faisait des offres magnifiques. Platon n'a pas été si difficile. Ou ne peut se dissimuler cependant qu'il a produit «ne sorte de révolution fatale à l'esprit pubHc, à l'amour de la patrie, et qui a été beaucoup trop favorable à la tyrannie. Les plus grands hommes, à son exemple et à sa voix, ont à l'envi consacré à l'amour et au vin. Il ne faut pas même en excepter Aristide, ni celui que nos idéologues nomment le Divin. Les sophistes enfin sont survenus, et iU ont hâté la perte de la Grèce.
Voici, a» surplus, la philosophie d'Aiiacréon sur l'or ;
11 Si l'or, disait-il , pouvait prolonger la vie, on me verrait sans cesse occupé à en amasser... Mais il est sans prix pour le vrai philosophe; ainsi je veux donc m'enivrer de vin et d'amour : tous les chagrins, au surplus, s'apaisent quand on est dans l'ivresse. «
Les nouveaux hypocrites et les tartufes condamnentla philosophie d'Anacréon ; mais qu'ils se rassurent : les femmes ni le vin n'ont plus d'empire parmi nous; tout est changé dans nos mœurs : le vin ne donne plus de plaisir qu'aux gens de grosse étoffe; l'agio maintenant absorbe tous les sentimens d'amour que nos aïeux prodiguaient aux femmes, et, pour les alliances, les spéculations ont pris la place des inclinations.
Essayons une faible prose sur la brillante poésie d'Anacréon, et sur sa philosophie, plus belle encore.
« Dès que je bois un vin délicieux, je mo livre à la joie, et célèbre les Muscs.
« Dès que je bois, les soucis importuns et la fatigante prévoyance disparaissent dans le vague des airs.
" Dès que je bois, je tresse une couronne
He fleurs; j'en pare mon front, et je chante le bonheur d'une vie paisible.
« Dès que je bois, mon âme se dc'coiivre tout entière : rien ne plaît tant qu'un doux loisir et le repos.
« L'adolescent qui aura un peu connu le monde , et qui hésitera sur lé genre de vie qu'il doit prendre pour êlre heureux, se hâtera de quitter les vains passe-teni])s des villes elr de la cour, pour aller vivre à la campagne.
a Qu'il est doux de s'égarct dans une belle et riche prairie, oiî le zéphyr exhale les plus suaves haleines, de s'arrêter pour contempler les tr(îsors de la vigne, et de s'asseoir sous l'ombrage, à côté de sa douce amie. »
L'homme que le séjour continu de la capitale a rendu indifférent pour les charmes du printemps, doitnéanmoinsse sentir électrisé d'amour et d'admiralîon, s'il petit lire et comprendre Anacréon sur la plus belle partie de l'année.
« Quand le printemps commence, les Grâces se parent de roses ; la mer dépose ses fureurs ; les cygnes et les gtues reviennent occuper leur patrie native ; le soleil brille plus pur; le laboureur reprend ses travaux; la
terre partout enfante; la vigne s'annonce : elle gonfle ses veines; ies fleurs fécondes se montrent, et je préfère une outre de vin à un sceptre. »
Anacrcon regardait la vendange comme «ne époque oîi l'homme est sans maladie. Le corps et l'espril en reçoivent une nouvelle vigueur. Je n'ai point à traduire son hymne sur la vendange : je me borne à faire observer seulement ce qui se rapporte à l'usage pratique de son temps :
" Les jeunes gens coupent lesraisîns noirs, qu'ils portent sur leurs robustes épaules; ils les remettent à de jeunes filles, qui les portent au pressoir; les hommes chantent des hymnes; ils foulent avec leurs pieds le raisin, dont le jus coule en ruisseau. Les vieillards viennent boire au pressoir, et bientôt ils se Aiélent aux danses et aux chœurs des jeunes gens; bientôt aussi leurs jambes trahissent leur ardeur... »
Il résulte de cette hymne, i" qu'au temps d'Anacréon ou préférait le raisin noir ; 2" que la vendange , comme au temps d'Homère, se mettait dans des corbeilles; 3° que le vin nouveau était di'posc dans des vases laissés quelque temps à découvert.
Le vin mêlé dVau était d'usage encore, comme du temps d'Homère. Anacrcon dit à son jeune ami :
a Mets les deux tiers d'eau dans un cerlain vin, afin que je puisse sortir décemment du festin. »
Il était d'usage encore de mêler le vin avec du miel.
On trouve dans ce poêle élégant d'aimables comparaisons, qui décèlent de la philosophie et un esprit observateur; ce qu'on ne trouve jamais,, ni dans l'àme ni dans le savoir de nos Delille, Sainl-Lambert et Lamartine; je n'en citerai que deux preuves : il compare les soupirs d'une douce et tendre amie à ceux d'un jeune faon. Dans la réalité , il est impossible de faire une comparaison plus juste et plus exquise. Une autre fois il compare l'effervescence de son amour au frémissement d'un fer rouge plongé dans l'eau froide. Combien de tels orncmens sont étrangers aux poètes de noire temps.
Les anciens avaient pour le moins autant de pudeur et de mœurs que les modernes. Les censeurs moroses ont condamné l'ode qu'il adresse à une jeune cavale de Thrace. Ou ne veut pas voir que la haute poésie, celle
( «o ) ilu gfînic, est eSvSentiellemenl historique. Theocrite et Virgile, d'ailleurs, n'ont pas cru faire un outrage aux mœurs en s'expliquant sur un vice infâme. Anacréon avait bien observé l'ardeur impétueuse de la caTale, lorsqu'elle est en proie aux feux de l'amour. En la faisant connaître, il n'a pas cru déroger à la dignité du style poétique et à la vérité de la nature.
Il est très-remarquable que tous les portes anciens, à commencer par Homère, ont célébré la cigale ; mais Anacréon , sur ee sujet, les a tous surpassés. Elle était un pronostic heureux chez les Grecs; à peine y fait-on attention en France , oii , à juste titre , on peut la réputer aussi comme un heureux pronostic pour la bonne qualité des vius. Mais fautil s'étonner que nos poëLcs parisiens, pour lesquels il n'y a, hors Paris, ni gloire ni succès , ne la connaissent pas? Anacréon en fait un des charmes géorgiques; il dit :
« Que tu es heureuse, ô charmante cigale! tu vis de rosée ; tous les fruits de la terre sont à ta disposition,.,
« Tu es chère au laboureur; car lu ne nuis jamais à ses moissons. ïu annonces les beaux jours; tu échappes à la vieillesse; tu ne res-
( »5i ) sens ni mal ni douleurs; tu ne crains pas les ravages du sang; peu s'en faut que tu ne ressembles aux dieux. »
Anaci'don avait encore bien: observé les cygnes et les hirondelles ; nous lui devons Texplication du mécanisme par lequel le cygne rend dès sons harmonieux.
FeliU aliquis cygnus ccustri CandicUs alis niodulans Sonanlern unà cuni venta voceni.
Nos poètes et nos savans ont nié à Tenvi cette faculté du cygne, dont j'ai démontré et affirmé la réalité dans une npte de mes Géor" piques y comme ayant entèndumoi-méme une troupe.de cygnes qui s'étaient reposés sur un de mes étangs* Quant à l'hirondelle , il paraît certain , d'après Anacréon , que celles de la Grèce se retiraient aux bord^ du Nil (i).
Les chants du poète i$ur les roses sont le
(i) Hirundo^ in quidem annis, • Is singulis redisque Tu œstate nidulata Bruma soles iatere Nilwn peteasve Memphim,
( 254 ) plus de choses du domaine de la nature {\)i
Pindare a chante la gloire et les vertus que donnent la paix et les arts. « Celle des combats , a-t-il dit, appartient à Homère.» Des critiques ont osé blâmer son genre de poésie et les éloges de quelques rois; mais sans daigner s en occuper, il s e&t borné à dire : « L'aigle ne s'occupe point des choses qui font vivre les geais (2). » Dans ses odes les pjus élevées, il nomme sans détour les établis, les mulets, le bœuf, la cavale, et l'âne même.
Pindare, comme Homère, ne cite point de contrée qu'il ne la caractérise par ses productions naturelles. « Orchomène est renommée par la belle race de ses chevaux (3) , la Magnésie par ses cavales (4) , FEtna par ses neiges perpétuelles (5); Agrigente doit ses
( i) Js est sapiens qid mulla.
ScU nalnrœ eagacitate. (Od. 2, Oly.) {1) Aquila velox
Clamosi autem graculi
Humilia depascunlur. (Od. 3, Nem,)
(3) Equorum pidchrorum genitrïx Orchonienos^
(Od. 10,' O/^.)
(4) Equflbus prœclaris Magnesia. (Od. 2, Pithiq.)
(5) j^tna nivosa. [Id,)
richesses à ses troupeau^ (i); la Lybîe (2) est riche en fruits, en troupeaux, en froment (3) ; Marathon est opulente par àes arbres et par ses moissons. » (Od. 11*^ Pùk.)
Le prince des chantres lyriques n a point eu de mépris pour les travaux de l'agriculture, et je suis heureux de rappeler à nos poètes dramatiques et romantiques que Pindare avait parfaitement bien, observe les causes de la fertilité des terres cultivées en céréales, et que, sur ce point, il en savait phis que les Tessier et les Yvart, organes de l'Académie des sciences, et qui excitent les agriculteurs et le gouvernement à la proscription des jachères .
(1) Ad ripas pecorosi AgrigenlL (Od. 10, Pithiq.)
(2) Que les souverains de la fatale Sainte-Alliance se fassent rendre compte de Tëtat de la Lybie au temps de Pindare, et du sort auquel elle est soumise aujourd'hui; ils seront honteux peut-être de leur assistance ou de leur coalition avec le grand-turc, dont Texistence politique, en Europe, sera toujours, d'une part, une honte pour les cabinets des Etats civilises; et, de Tautre, une cause ou diance de barbarie nouvelle en Europe. O Angleterre! tu pousses à la barbarie!
(3) Maxime fru^fera^ pecorosa, Iriticifera^ Lybia. (Od. 4, Isihm,)
Alcimidas descendait du grand Praxïdamante, de la race des diacides ; mais depuis ce dernier, on n'avait vu aucun vainqueur dans la famille. Pindare débute ainsi :
" Les dieux el k'S hommes ont une même origine : la terre est la mère de tous ; le pouvoir seul en fait la différence. Il n'est rien pour nous; mais il est grand et immuable pour les dieux. Quelques rayons de leur intelligence nous ont été départis , et c'est en cela seulement que nous avons quelque ressemblance avec eux. Nous ignorons pourtant sur quels chars roulent les nuits et les jours , ou «juand nous arrivons au terme de notre course dans la vie. Cela l'explique, Alcimidas, pourquoi, dans les familles les plus illustres, il y a des intervalles pour produire des héros.
" uiinsi, dans les champs du labour, il faut laisser reposer la terre , pour lui faire recueillir de nouvelles sources de fertilité ( i), «
Ceux qui se bornent à parcourir les odes de Pindare, n'y voient ordinairement que des mots, ou quelques étincelles de génie; s'ils
{\] Ul/iole fmgi/ens arvis aiiquando i-ursùm ifiiies-
tentia, vires recoUi^rv soient. (Od. 6, Nem )
sont plus familiers avec la langue d'Horace , ils doivent prendre une plus haute idée du poëte grec qui a soumis toute la philosophie morale et physique à sa muse ou à son rythme exclusif; Tun et Tautre auraient dû convaincre les poètes que Tode admet tout ce qui est dans la nature ; et cependant, voyez avec quelle sollicitude les poètes du grand siècle ont cherché à éviter tout ce qui sentait ou rappelait la nature. Il suffit de citer Jcan- Baptisle Rousseau, Lamothe, et même le fameux Boileau.
Pour un poëte lyrique, la liberté d'écrire est sans bornes; tout lui est soumis, tout est de son ressort : le ciel et la terre, les dieux et les rois, les palais et les chaumières 5 le cèdre et l'hysope, le lion comme. Fane ou le mulet, toutes les familles des volatiles et les insectes. C'est Pindare du moins qui nous autorise à consigner ici cette attribution. Semblable à l'aigle , son vol est audacieux; et lorsqu'il veut prendre terre, son vol encore est digne de l'oiseau de Jupiter.
Pindare avait un génie vaste et fécond. Il pouvait avec gloire s'élancer dans la carrière épique ; mais doué d'un sens parfait, il a jugé, sous ce rapport, qu Homère ne laissait plus
Agrîcul. <les Grecs. I 7
( =58 ) (le gloire à recueillir ; il s'est ouvert une route loule nouvelle, et la meilleure peut-être pour corriger et refréner les rois et les tyrans. Sévère, sans être satirique; libre, sans être familier ; respectueux, sans être flatteur, il a su (lire à chacun des vérités relatives. L'amour de la patrie et de la liberté a constamment animé sa lyre.
Au temps de Pindare, tous les peuples de la Grèce attachaient le plus grand prix aux exercices des lices et aux jeux solennels. Tant qu'ils duraient, on ne pouvait faire la guerre. Les lices les plus renommées ont été celles d'Olympie, deNéméeetdeCorinlbe. Chaque nation y envoyait des députés, avec de riche» présens pour les vainqueurs, auxquels on élevait souvent des stalues ou des monumens.
Dès que les rois et les tyrans onl été admia dans ces lices, f opinion et les prix en ont été altérés. Leur luxe et leur pompe ont fait oublier ou méconnaître la simplicitéantique; ils ont charme la muUiludc par leurs présens- Chaque concurrent néanmoins devait se présenter avec ses haras; leurs chars resplcBdissaicnt d'or et de brillantes couleurs.
Chaque race de coursiers ayant eu déjà des vainqueurs, était inscrite sur des re-
C s59) gistres publics ou sur des tables d'airain.
Dans les marches triomphales des chars ou des quadriges du Galpé ou de TApéné, on tenait à la main des palmes et des fleurs. La plus pompeuse et la plus chère était celle de la danse au dithyrambe, pendant laquelle il fallait s'accompagner de la lyre. Le prix ordinairement était un bœuf couvert d'un tapis superbe , et orné de bandeleltes. Il portait à son croissant des couronnes ou des lames d'or; il marchait immédiatement sur les pas du vainqueur.
C'est par ce genre de gloire que Pindare entreprit de rendre les rois meilleurs et plus justes envers les peuples. Hic'ron avait été vainqueur à la course de» chevaux; il voulait encore remporter le prix des chars. Celte concurrence avait déjà excité la guerre entre des peuples. Pindare se chargea de célébrer la première victoire de Hiéron; le début en est remarquable ;
« L'or, le vin et l'eau sont le principe de tout. Hiéron, continue-t-il, règne avec justice : la Sicile est heureuse ; il est parvenu au faîte de la gloire ; il ne peut désirer rien de plus { i). »
(i) Né ampUia prospecta. (Od. i , OL^mp.)
( =Go )
Huiron, roî d'Agrigcnte , était sur le point de faire la guerre ; il avait su la rendre nationale ; dans ce cas , elle était terrible ; car les peuples rivaux ravageaient stupidement les arbres et les champs. Cliaque roi donnait pour cause les intérêts du peuple; mais au fond, il ne s'agissait souvent que d'une rivalité aux lices solennelles. Pindare élève la gloire que Iliéron s'est acquise; il doit être grand et généreux, et doit pardonner; il ose lui rappeler des exemples terribles contre les parjures. (Od. 2, Olymp.)
Pindare a célébré aussi Psaumis, qui était riche et qui avait été vainqueur ; il était adoré du peuple par ses bienfaits rendus à l'agriculture. Il s'<?tait signalé surtout par l'éducation des beaux chevaux. Il avait mis en liberté ses esclaves, et il avait été constamment généreuxdans l'exercice de l'hospitalité; " mais pour cela, dit Pindare, ne songe pas, Psaumis, à te croire un dieu (i). >■
Dans ce temps-là même, Hiéron avait désolé Syracuse; il en faisait enlever les habitans; pour les transporter dans d'autres villes ; il ëtaît devenu un tyran épouvantable, H
(i) Ne qHCCras Deus fieri.
s'^avisa, pour couvrir tous ses forfaits, de solliciter la muse de Pindarc, en lui offrant une lyre d'or (i) : Pindare accepta la couronne, mais avec la résolution de lui dire la vérité ; il lui dit :
« Il n y a de gloire et de renommée que « celle que donne la lyre des poètes; la poésie «« créa les villes, et Typhon se tait dans FEtna, « quand il entend les Muses. Hiéron les ap- « pelle autour de lui; il veut donc rester fi- « dèle à sa promesse et rendre ses peuples « heureux : Crésus s'est rendu immortel par « ses vertus, et la mémoire de Phalaris est « en exécration. La justice est fille de Jupiter, « et la liberté un présent des dieux (2). »
(i) Quelques moralistes blâmeront peut-être Pindare d'avoir accepta le présent d'Hiëron ; mais , en y rcfle'chissant, ils en jugeront autrement. Accepter la lyre, et néanmoins dire la vcritc au tyran , c'e'tait à la fois faire preuve de courage et de sagesse. Un refus eût irrite'; et la ve'ritë à dire n'c'tait plus opportune.
(2) Aurea cithara ....
.... Li galas TypJion ,
Rieroniy deus adsit.
Graliim excogïternus hyninwn
Cui urbem
Curn Uberiale condùiit
Pindare disait aux peuples et à leurs magistrats : « Ne désespérez jamais, tant qae ▼ous conserverez Tamour de la liberté (i). »
Non périt Crœsi virtus Odiosa Phalarin tenet ubiquefama^
(Od. lyPithiq,) (i) Sanabilia sunt omnia^
Salvâ Ubertale, (Od. 8, Isihm.)