‹ Histoire de l'agriculture ancienne des GrecsChapitre 22 sur 32 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

HÉRODOTE. (4G2 ans avant Jésus-Christ.^

Conaidëratiani sur Hérodote, en général mal jugé, — Oo ne doit point le prendre pour modèle. — L'opinion de Plutarque. — Hérodote ne connaissait ni le domaiDe de la natore ui l'agriculture; ses erreurs. — Il n'est digne, «nu aucun rapport, d'être comparé à HomÈre.

Hérodote jouit dans le inonde savant d'une réputation qui occupe infiniment plus les doctes et les lettrés que le grand et majestiieux Homère; mais quelle en est donc la cause? Serait-ce parce qu'il y a plus d'hommes qui préfèrent l'histoire à la poésie? Serait-ce parce que Hérodote a donne le ton, le style et le thème de l'histoire, ou parce qu'il n'a consacré sa plume qu'aux rois fameux et puissans, les seuls dignes , selon nos historiens, des regards de la postérité? Son histoire est-elle un modèle par le choix, l'ordre et

Timportance des sujets, par des révélations précieuses sur les origines, par des considérations philosophiques sur les causes habituelles des guerres entre les rois et les nations, et sur les bouleversemens des pays, théâtres des batailles ? Il suffit cependant à rhomme impartial, que vingt siècles de guerres et d*extermination$ ont éclairé, de lire avec quelque attention l'histoire par Hérodote , pàui" être bientôt désenchanté et même étonné de Timmense néputation qui s est élevée , soutenue et accrue sur le chantre dTBfalicarnasse; car lui aussi, dans Topinion des lettrés et des écoles, reçoit les mêmes titres et les mêmes hommages qu* on défère aux chantres dllion, de Dircé, de Théos ou de Syracuse.

Je suis donc forcé moi-même, dans l'intérêt de l'histoire et de la vérité, d'offrir quelques réflexions qui ont pour but de faire prendre une autre idée d'Hérodote, que . celle qui existe dans les écoles et dans les académies.

Hérodote, j'en conviens, a la gloire spéciale d'avoir ouvert la carrière de Tbistoire, et d'en avoir donné le type aux hommes do^^l^ 4^ quelque génie; il est de fait, du

moias, que tous ceux qui, après lui, ont écrit rhîstoire. Font pris pour modèle; tous, malheureusement encore, ont considéré les guerres des rois, leurs familles et leurs cours, comme les seuls sujets dignes de la muse de l'histoire; cet ordre de matières a élé si rigoureusement suivi, qu'il est devenu parmi les lettrés un précepte et même un principe ; toute l'Europe savante, le grand siècle et Voltaire même , lui ont décerné presque unanimement le titre glorieux de père de VJmtoire; tous les historiens, du reste, ont élé fidèles à cette impression et à ce décret académique.

Qu'on examine à froid l'histoire par Hérodote, on trouvera que dans toutes lescircons tances, il a sacrifié impitoyablement les intérêts généraux des nations et ceux mêmes de sa propre patrie, et qu'il ne s'est occupé qu'à élever la gloire de l'ennemi, ou à justifier des expéditions qui font frémir. On n'y voit que des lices et des luttes bizarres ou criminelles. entre les, rois ou les prétendans aux trônes, des batailles ou des massacres, et, à leur suite, toujours le terrible esclavage; on y trouve une série de harangues ou de discours aupposés qui fatiguent les lecteurs les

plus patiens, et qui amortissent d'ailleurs l'intérêt qu'on peut porter à certains bellige'rans, malheureux ou légitimes.

Je conviens qu'on y trouve aussi quelques morceaux qui produiraient l'effet des épisodes dans les poèmes ; maïs il y a tant d'exagérations , ou tant de crédulité de la part de l'historien , qu'on ne peut s'y arrêter, ni pour les croire, ni pour les raisonner.

L'étonnement s'accroît bien plus encore sur la haute réputation d'Hérodote, quand on pense que cet historien a été vivement accusé de partialité par Piutarque , qui ne s'est pas livré à des déclamations, ou à des conjectures, mais qui a cité les faits sur lesquels Hérodote s'est trompé; il signate en outre d'es erreurs de physique, de géographie et d'astronomie; Piutarque, cependant, jouit de l'estime et de la confiance de toos les gens de bien, amis de la science et de la vérité.

Cette circonstance bien frappante n'a point refroidi l'enthousiasme qu'on a pris pour Hérodote. Des hommes de science et de littérature ont osé déclarer, qu'en tout ils préféraient Hérodote à Homère; et s'abandonnant à la pente de cette misérable opi-

nion, ils ont Imaginé d'imposer à chaque muse l'obligation de prendre sous ses auspices un des livres de Thistoire d'Hérodote : n'est-ce pas là un vrai délire et le plus faux enthousiasme ?

Je ne dirai point ce qu'en ont dit Plutarque, Ctésîas et d'autres encore, car je dois me borner à rechercher, dans son histoire, quel pouvait être l'état de l'agriculture de la Grèce à l'époque oiî il écrivait.

Un homme auquel on accorde tant de génie, ne pouvait ignorer les réalités des choses physiques, dans l'ordre de la nature et de l'industrie ; c'est même à ce caractère qu'on reconnaît la philosophie des anciens ; cependant cette première considération n'a pas fait plus d'impression sur les admirateurs d'Hérodote, que les plus hardis mensonges de certains voyageurs, ou que tous les prétendus phénomènes consignés dans le Journal des savons, des dix-septième et dix-huilième siècles, Hérodote lui-même n'a pas craint l'anîmadversion de la postérité ; car il se livre avec abandon à des récits qui offensent à la fois la nature , la raison et le goût. Croirait-on aujourd'hui M. Cuvier, de l'une et l'autre académies, du conseil d'Etat, etc., s'il nous di-

( aG8 ) sait qu'il y n des bœufs qui paissent à reculons? Croirait-on M, Mirbel , professeur d'agriculture au Jardin-rlii-Roi , s'il nous disait qu'à Ninive , et dans d'autres vallées delà Lybic, la terre csL si fertile, que sans cullnre elle produit deux à trois cents grains pour un-, que le froment y a des feuilles larges de quatre doig(s, et des épis à deux luyatix?

Croirait-on M. Huzard, de rArade'mie des sciences et inspecteur vétérinaire , s'il nous disait qu'en Scythie, on engraisse les bœufs avec des arrêtes de poissons, et qu'il y a habituellement dans certains pays, des bœuEs jumeaux?

Croirait-on M. l'abbé Tessier, médecin d'origine, inspecleur-général d'agriculture, s'il nous disait qu'il y a un pays oij les enfans naissent sans tête? que les Perses ont remporté des vicloircs signalées, en faisant embusquer des ânes, dont les cris jetaient l'épouvante dans la cavalerie ennemie?, que la seule vue ou l'odeur des chameaux faisait reculer d'horreur tous les chevaux qui en approcliaient , et qu'il y avait dans l'Inde des fourmis grosses comme des chiens .et des renards ?

Voici pourtant quelques échantillons de la

science ou <Ie la crédulilé sur Hérodote, et dont le; nombre est extrême dans son histoire; un seul aurait dû suffire pour faire tenir en garde conlre les assertions et les fails du père de l'histoire.

Hérodote a écrit une œuvre de longue haleine, puisqu'elle remonte à Cyrus, tit qu'elle se termine à la bataille de Platée, où les Grecs vainquirent les Perses ; que de choses utiles et précieuses il avaiL à dire sur les Mèdfs, les Perses, les Scythes, les Massage tes, sur leurs mœurs, sur leur régime de vie et sur leurs cultures respectives! De son aveu, l'armée des Perses était composée de dix-^ept cent mille comhattans et de quatre -vingt mille chevaux ; il faut ajouter nécessairement à ce combat, celui des hommes de service, des femmes et des enfans de la suite ; il.laut ajouter encore le nombre des animaux employés aux trajets ou destinés aux provisions. N'était-îl pas du devoir d'un véritable historien, d'apprendre comment une si grande masse d'hommes et d'être divers, avait pu traverser tant do pays déserts, se soutenir et vivre dans les marches et les excursions? Hérodote, en historien digne du siècle de Louis XIV, a suppléé à toute explication de

ce genre, en faisant dire par Xercès, à ses généraux inquiets sur les vivres : « Nous allons dans un pays où la terre est cultivée. » Mais Hérodote, qui fait tenir ce langage à Xercès, savait mieux que personne que la Grèce, drjà ravagée, pouvait à peine suffire à nourrir sa population. Les hommes les plus étrangers aux mouvemens des armées en guerre, doivent prendre une juste idée de ces réflexions, quand de nos jours, oii l'Europe offre tant de ressources, il faut encore une grande et constante prévoyance pour assurer les vivres non de dix-sept cent mille hommes, non de cinq à six cent mille individus à la suite , mais seulement de cinquante à soixante mille hommes réunis en corps d'armée.

Les historiens modernes et les érudits mettent cependant Hérodote au premier rang des historiens; tous même le reconnaissent comme le père ou le créateur de l'histoire; ils ne reconnaissent à Thucydide qu'une supériorité de style. Son dernier traducteur, et académicien, a affecté pour lui un tel enthousiasme , qu'il a désigné les muses qui président à chaque livre ; il a fait plus : il n'a pas craint d'établir un parallèle entre

(^7" ) lui et Homère ; il a comparé le style d'Hérodote à un fleuve majestueux; déclarant en outre que sa prose était une digne rivale de la poésie d'Homère; mais je le demande à tout homme de sens : esl-il permis d'abuser à ce point des fonclious d'hislorien, et n'y at-il pas une apathie déplorable dans une académie qui jouffre de telles hérésies?

J'ai déjà exprimé, dans mes Considérations sur l'histoire , que l'Iliade ç\. l'Odyssée élaient un vrai trésor de science. Tous les hommes de génie de l'Europe défèrent à Homère les palmes de la poésie épique; mais Hérodote . est bien loin de mériter ce double assentiment; j'ai insisté sur le principe que, chez les anciens, la poésie a été la première muse de l'histoire; et quoi qu'en puisse dire M. Lévéque et son académie, Homère est autant au-dessus d'Hérodote, que le plus beau cèdre du Liban est au-dessus du saule du tor-^ rent. <

'' " CHAPITRE Vit ^

TBiucyDipE. (i^7i ans açant JésusrChrfst.)

Son 'Style 9 et critiques relatives. — Description de la peste d'A- Aènes. — Cause de son exil. -:- Son histoire se rapporte à des localités. — Il brille par ses discours et par ses 4escriptions. —

*'X| citait étranger à ragriculture. — On a exagéré Ses talens et

Thucydibe a été ')ugé plus sévèrement qu'Hérodote; on ne lui a point donné -le» lieuf Muses pouTiS cortège; on ne Ta point nommé le prince de l'histoire. A la longue ^ cependant, oni a.' reconnu que lenoble Aihé** nien avait, par son style, une supériorité décidée sur Hérodote. Quelques censeurs ont trouvé le style de Thucydide trop serré, souvent obscur (i) ; ceux-ci Font trouvé trop prétentieux pour un style imitatif ; ceux-là

( I ) P'ix intelUgatur. (Gc.)

(^73) lui ont imputé une affeclation de style laconique âpre et dur. Une gloire toute nouvelle s'est élevée naguère sur la mémoire de Thucydide ; on l'a regardé comme un grand maître dans lart des combats , et même , en outre , comme un profond penseur poUliiiue; on a dit que Charles-Quint faisait de Thucydide ce qu'Alexandre avait fait d'Homère; on a cité en preuve de ces éminentes qualités, que plusieurs fois des membres du parlement d'Angleterre ont apporté le livre de Thucydide à des séances, pour justifier des points de droit public. Le parlement d'Albion ferait mieux aujourd'hui de profiter des maximes de cet historien pour sortir des routes tortueuses de sa diplomatie, qui, sous le prétexte d'un vil négoce, laisse exterminer une nation chrétienne , et la plus mémorable qui soit au monde.

Il est toujours utile de rapporter dans un livre d'histoire, et surtout quand il s'agit de celle de l'agriculture, la mention d'une peste; car c'est un fléau qui suit toujours les guerres d'extermination et les misères publiques; dans le moment oîi j'écris, elle menace d'envahir la Grèce, l'Egypte et la Turquie.

Tout le Péloponèse venait d'être livré aux

fureurs et aux vertiges de la guerre ; Lacédémone faisait attaquer et ravager l'Attique; Athènes, de son côté, faisait ravager le Piîloponèse parPtriclès. Archidamas, géne'ral péloponésien, avait déjà fail, couper tous les arbres à fruits des plaines et ceux du mont Cythcroii; de part et d'autre on attendait avec impatience le retour du printemps, pour reprendre les hostilités, et exercer des désastres sur les moissons.

Au printemps de /\^i, avant l'ère vulgaire, les Pdloponésiens s'étaient jetés dans l'Attique, ctyavaient répandu la terreur.et la famine. C'est au milieu de ces désolations que des navires arrivés de l'Elhiopie apportèrent un germe de pcsle, qui, du Pyrée, fit invasiondans Athènes: elle fut rapide et terrible : les médecins d'abord , ne se doutcreol pas du fléau, et Thucydide fait observer qu'ils en furent les premières victimes. On eut recours aux prières, aux sacrifices, aos oracles: mais la peste ne fit que de plus grands ravages à la suite de ces lustratjons; on était frappé subitement d'un violent mal de tête; les yeux devenaient rouges, la langue sanguinolente, l'haleine précipitée et fétide; on éprouvait de suite un grand enrouement

entrecoupé par de violens éternurmens ; ces secousses agitaient yiolemmentrestomacetla poitrine, et il en résultait une toux continuelle ; le cœur alors se soulevait et jetait des flots de bile noire mêlée de plusieurs couleurs.

Dans ces crises, les malades étaient livrés à des gémissemens continus ou à des convulsions ; la peau , livide et rougeâtre , était couverte de pustules et d'ulcères; on ne pouvait supporter lapplication de vêtemens ; on recherchait avec une sorte de frénésie Teau froide pour s'y plonger; une soif inextiurguible dévorait la bouche et les entrailles.

L'invasion n'était çoniplète qu'au septième ou neuvième jour; ceux qui n'en mouraient pas avaient encore à subir de cruelles douleurs dans le bas -ventre, causées par une diarrhée active ; le mal se portait ensuite aux extrémités, aux génitales , aux pieds, aux mains ; les uns en perdaient l'ouïe ou la vue , et les autres la mémoire.

Serait-il vrai que les animaux carnassiers n'approchaient pas des cadavres, et que ceux qui en goûtaient, mouraient aussitôt; qu'il en était de même des corbeaux et des vautoqrs; que les chiens fuyaient leurs maîtres

(=76) altcints de ce mal? « La peste, dit Thucydide, n'eut pas d'exceptions; elle frappa tout le monde, le fort et le faible, l'enfant et le vieillard , le pauvre et l'opulent ; on ne trouvait plus de gardiens, parce qu'on avait observé qu'à certain période de la maladie, ceux qui avaient soigné les pestiférés étaient eux mêmes frappés. «

Les liommes de la banlieue furent livrés aa même fléau; ils accouraient à Athènes, espérant y trouver des remèdes ou du soulagement ; mais n'ayant point d'asiles, ils restaient assis ou étend us sur la place publique; les temples étaient fermés; on entretenait un-bûcher continuel, dans lequel on jetait les morts.

Il ne faut pas omettre un trait caractéristique des Athéniens et des oracles ; c'est que, pendant ce temps, le libertinage fut porté aa comble, et dans tous les genres ; l'oracle, se disait-on, l'avait permis (i).

( 1 ) Il existe aujourd'hui un dissentiment d'opinions sur le point de fait de la contagion de k peste : ce qui prouve que la science mJdicuIe, parmi nous, dc f;iit que commencer ses observations rcclles sur ce geure de fliîan. Cette discussion pole'mique n'aurait pas eu lieu saaa l'empire de la vieille Faculté de màlecine, tant i^tait grand

( ^77 ) On fît alors robservation que la peste nattaquaît pas les marins. Quinze cents soldats périrent dans un camp de quatre mille hommes ; mais ce qui doit le plus effrayer

le respect pour le corps des médecins, et surtout pour celui du clergé, qui aussi profitait de ces mortalités. Sans prétendre à juger ici les contagionistes et les non-contagionistes, je ferai observer d'abord qu'on trouve parmi ces derniers des médecins du premier mérite ; tandis que les premiers sont réputés avoir reçu de ce pauvre M . Corbière l'impulsion de leur opinion,, ce qui la décrédite infiniment. Autant que j*^en peux juger moi-même, comme victime exposée à la mortalité de 1 8 1 1 , en Bourgogne , causée par les prisonniers espagnols , je ne la crois pas contagieuse ; et î*en ai des preuves positives. J'ajouterai qu'en Espagne, les moines exceptés, les sa vans médecins nient la contagion. Je dirai que les allégations de peste n'ont point arrêté les mouvemens et les communications de l'armce française, en 1808 et 1809, dans le littoral de l'Adriatique, otf se trouvait le théâtre de la guerre contre les Autrichiens. J'ajouterai que ni les Turcs ni les Juifs, par ces motifs, ne s'arrêtent nulle part dans leurs déprédations et communicationS^Toutefois , il faut applaudir à l'autorisation du gouvernement, qui envoie des commissaires en Grèce et en Egypte pour examiner cet important point de fait; il faut rendre justice aux commissaires qui soutiennent le système de la contagion , puisqu'ils ont le mérite àe s'exposer sciemment à la mort pour établir un principe? 0a des circonstances qui intéressent l'humanité*

( '78 ) encore, c'est qu'Athènes et La cédé mon e ne s'en firent qu'une guerre plus cruelle. Revenons à Thucydide.

I II est plus que probable que cet illustre

exilé n'avait pas de vocation pour écrire l'histoire ; on veut cependant qu'il en ait pris I la résolution après avoir entendu Hérodote

' lire la sienne à Elis. Si telle avait été sa réso-

I lution, il eût infailliblement choisi un plus

I grand cadre, et un sujet plus général que ce-

I lui dans lequel il s'est resserré. Il paraît bîea

( plus vrai que Thucydide, victime de L'ani-

I mosité des magistrats, et dans l'exil, se sera

I rél'ugié dans le sanctuaire dé Clio, pour y

trouver des consolations, et pour se créer I des loisirs dignes de lui. C'est ainsi qu'Ovide

I a cherche' à tromper ses ennuis en écrivant

tant de choses surhumaines, auxquelles in- I failliblement il n'eût jamais songé, s'il fût

I resté libre et heureux dans Rome.

I Thucydide était issu d'une famille illustre ,

I et qui comptait des rois; il commandait un

I corps d'armée pendant la guerre du Pélopo-

I nèse ; il se laissa surprendre par une attaque ,

et les Lacédémoniens s'emparèrent d'Arapbypolis, qui avait été confiée à sa garde, et il fut condamné à l'exil.

Fidèle à sa patrie, il ne prit point de service contre elle : il prtféra écrire l'histoire des ôvènemens dont il avait été le témoin , et de ceux <]ui se rapportaient aux missions d'Etat qu'il avait remplios.

Thucydide avait un caractère grave, que son exil rendit austère. Son style s'est fortement ressenti des dispositions de son esprit- Thucydide , d'ailleurs, se croyait innocent. Il écrivit plutôt peut-être pour se justifier de l'accusation qui plaiiait sur lui, que pour laisser un monument historique. Peu façonné à la langue pure des maîtres d'Athènes, il écrivit selon son cœur et sa mémoire. Peu soucieux de produire de l'effet, comme Hérodote, il laissa aller sa plume au gré de sa mémoire. On remarque cependant parfois qu'il avait l'idée on l'espoir que son travail parviendrait aux Athéniens. Il donne alors plus de soins à son style ; il en varie les tours , et ses expressions forment une sorte d'harmonie imitative. Cette élégance, on le sent, est aussitôt suspendue ou ternie par l'idée continue de son exil, qu'il trouvait injuste : alors, comme dit Giccron, il devenait bref, âpre ou sentencieux. Dans ses récits, ne pouvant consulter que sa mémoire , il scinde des

actions et des pensées; de telle sorte qu'on peut bien en prf5sumer le sens ou les conséquences; mais le lecteur reste avec des doutes.

Thucydide est éloquent et riche de grandes et nobles pensées, quand il fait ses harangues ou ses allocutions, ou lorsqu'il traite quelque sujet de morale ou de politique. Ses sentimens et ses désirs décèlent une belle âme et un grand homme. C'est dans cette partie qu'il mérite incontestablement d'être cité en modèle pour le style, pour la profondeur des vues politiques; c'est encore dans ses descriptions de combats et de tactique qu'on juge qu'il était un grand capitaine.

Comme Hérodote , Thucydide garde le silence sur les ressources que l'agriculture pouvait offrir. Il s'attache exclusivement à raconter les manœuvres et les sièges , les expéditions, les triomphes et les funérailles après les combats. Il nomme des chefs absolument inconnus à riiistoire , et des lieux dont on ne saurait plus trouver le site, ni même le nom. Qu'importe à l'histoire que Nymphodoreait épousé la fille deSitulcés, et qu'Aristouyme, eunuque, ait tenté un coup de main sur les côtes de l'Acarnanie?

L'hîstoire de Thucydide , au surplus , est ce qu'elle doit être de la part d'un homme doué d une belle âme et d'un noble génie , que l'exil et les malheurs de la patrie ont rendu graye, sententieux, et peu jaloux de briller dans l'art d'écrire. Denis d'Halicarnasse a vivement critiqué son histoire : il serait difficile de prouver que ce dernier a eu tort; dans le doute, je m'empresse de me référer à l'opinion commune sur Thucydide, qu'il est un modèle par le style ; mais que son ^ouvrage n'est pas un livre d'histoire propreffnent dit, fait pour instruire et corriger les hommes qui commandent et gouvernent les peuples et les armées.

Je ne terminerai pas ce coup-d'œil sur Thucydide sans faire observer que tous les éloges accumulés sur Hérodote et Thucydide ne sont que des gloses de spéculations pour faire vendre une édition. Il est triste , pour ne rien dire de plus , de voir un savant estimable se faire le panégyriste de toutes les erreurs de ces deux auteurs grecs ; je ne parle pas de celles dans lesquelles le traducteur est lui-même tombé : ce qui ne lui serait pas arrivé, s'il eût bien connu le domaine physique de la nature, la physiologie et Té-

conomie rurale» sur lesquelles roule toute Tao tion de la sociabilité, et auxquels, en définitive , se rapportent toutes leS' causes de Ist force et de la prospérité des Etats,

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