‹ Histoire de l'agriculture ancienne des GrecsChapitre 25 sur 32 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

TiiÉOPH)EiAST£. (323 ûïts avant Jésus-Chnst)

Sa science et sa maxime sur Fagricalture.-^L'ëpoqœ des trayaux selon les cUnats. — Ses opinions sur les cëréalës et plantes légomières. -^ L'oiigine de la culture du riz. — Le paToi^e sésame, le blë noir, origine. — Les plantes bulbeuses pour nourriture. — Quelles sortes de lëgumes. •— Coup-d'œil sur certaines pkmteè en renom. — La diâtaigne, soft origine.'— Quelles sorte» de figues, t- Les plantes textiles et de teintures.

Théophraste, comme Hippocrate, repose enfin Timagination des désolations de la Grèce. Il fallait avoir une belle âme et une vocation bien décidée, pour se livrer, dans un pays aussi tourmenté et déchiré, à un genre d'études qui ne donne, nulle part, ni vogue, ni célébrité, ni fortune. Il a eu le rare courage d'entreprendre un cours de physique générale et d'économie rurale, ou^ si Ton veut, l'histoire des plantes des climats de la Grèce et de l'Asie mineure.

Théophraste avait été disciple d'Aristote; et c'est à son école qu'il a formé le dessein d'écrire sur les plantes. Cette résolution prouve déjà qu'il avait su distinguer ce qu'il y avait de plus réel et de plus utile dans les leçons du maître.

On ferait encore à présent une utile paraphrase sur cette pensée-mère de Théophraste, que c'est la température de l'année qui fait les fruits, et non la terre : Annus fructifie at , nontellus. Celte pensée éiait devenue un proverbe chez les Grecs et chez les Komains ; à peine est-elle rappelée dans nos livres élémentaires, ou sentie dans les cours des professeurs. Il est de fait cependant qu'un académicien, ou qu'un professeur qui voudrait initier de jeunes adeptes aux secrets de l'agriculture, n'aurait rien de mieux à faire, pour l'instruire , que de bien développer la pensée de Théophraste, si toutefois il en sentait lui-même la justesse et la profondeur ; car c'est, en quelque sorte, le seul moyen qui puisse faire expliquer la fructification, la maturité, l'abondance, les qualités et l'excellence variée des fruits de la terre. (Telles sont les années 1816 et

\ Bans ropînion du monde sur ragriciiittire,

" on s'imagine qu'il suffit d'avoir des charrues

pour remuer la terre, et des engrais pour la ^ féconder; et dès qu'on a des capitaux, on

n'hésite point à se faire agriculteur en grand, |i à s'accommoder de toutes les cultures et de

' tontes les plantes indiquées ou prônées dans

I les livres, à rechercher les races de bestiaux

' dun grand prix, et à faire usage des outils,

I inslrumens ou machines que les gazettes an-

noncent et vantent sans les connaître. Mais '. avoc quelque expérience et de la sagesse,

I l'homme qui veut se faire agriculteur doit

commencer par exercer ses observations sur l'agriculture qui environne sa propriété, parce qu'elle y est nécessairement le résul- I tat d'une longue expérience de tradition,

. parce qu'on doit supposer que les proprïé-

\ taires ([ui l'exercent ont le plus grand intérêt

> à tirer parti de leurs moissons : s'il est vrai-

Imcnt sage, il ne doi»t commencer ses innovations qu'(i la troisième année.

\ Toute terre, dans sa composition, a des

différences qu'il faut s'attacher à bien connaître. Tel champ a des fraîcheurs causées f par des sources ambiantes ; tel autre a des

\ abris par des bois ou par des haies ; tel autre

^ de la profondeur, quand le champ voisin n'a qu'un humus superficiel. Ainsi, laccU-* matemeAt d'un grand nombre de plantes dépend de la qualité du terrain : la vigne ne peut ni croître ni prospérer dans les marches limousines, quand elle réussit à Mantes, à Soissons , et aux portes de Rouen. Les intempéries désolent plus que jamais les agriculteurs ; trois, quatre et cinq années se passent sans faire de vendanges, ou du moins sans recueillir des raisins mûrs. Le digne agriculteur doit donc diriger ses travaux et ses moissons d*après les chances <]ui sont le plus favorables à son terrain, et à ses entreprises ou à ses débouchés ; il doit se prémunir contre tant de fléaux qui rendent les dépenses frustratoires , et qui trop souvent lui font abandonner la carrière agricole , qui est et sera toujours néanmoins celle de Thomme sage qui veut être heureux (i).

(i) J'avais proposé il y a quelques anDëes, au ministre et à. l'Uniyersité , de tenir au Collée - royal une chaire gralfute sur Tagriculture , ses principes et ses mëthodes ; sur la théorie et la pratique assorties aux climats et aux terrains, et sur tant d'innovations proposées; et j'avais daigné le Collège royal , parce qu'il est le foyer le plus

Examinons maintenant l'ordre physique de l'année agricole au temps de Théophraste. La difft'rence des cpoques, pour reprendre les travaux des champs, offre déjà des indications prc'cieuses, dont un sage agriculteur français doit faire son profit ou sa règle de conduite.

Dans l'Asie mineure, l'année rurale, qui était l'année civile, commençait à l'équinoxe d'automne ; en Arabie, à 1 équinoxe du prin-

fréqaeatê de la jeunesse studieuse, et où il y a le plus de tils de propriétaires fonciers. Une rtîponse dor^e, pour mon ztle et mes talens, mais négative, a dte le Hmltat de ma dtSmarchc : elle ^taic signée Ciivicr.

J'ai propose de même à M. le préfet de la Seine et à M. le djreclcur-génëral des ponts et chaussées , qui aussi a juridiction sur les arbres des boulevards , d'après ce que m'a dit M. Hdly d'Oisel , de me cliarger graùdlement de la direction des plantations des arbres dedans et autour de Paris. L'un, mon ancien collègue à la législature, et l'autre, que j'avais précédé dans la carrière des préfectures, n'ont daigné ni me répondre ni [n'entendre. Combien l'un et l'autre , si étiangers aux fonctions qu'ils remplissent , ailront à se reprocher leur administration pour les arbres des boulevards et pour ceux des grandes routes, qui sont partout, même aux almrds de Paris, dans le plus déplorable abandon!

temps ; en Grèce, au solstice d'été ; à Rome^ iiu solstice d'hiver (i).

Dans la S4)ite des temps , les Athéniens , en adoptant la division de Tannée en douze mois, ont fait commencer leur année au solstice d'hiver; ce qui correspond pour nous au 22 janvier- Ces différences, motivées sur de grandes raisons qui tenaient aux climats et aux périodes astronomiques, seraient encore dignes d'être approfondies ; mais il faudrait posséder quelques ni!)tions agronomiques. Il pourrait en résumer des considérations ^précieuses pour lei acclimatemcns , et pour expliquqg|de singulières anomalies dans le cours orcRiRiré de la température de Tannée.

Théophraste s'est peu occupé des plantes, &OUS les rapports de Téconomie domestique ; il a plutôt voulu donner une statistique botanique, ou, si Ton veut, Thistoire générale des plantes connues et usitées de son temps, il distingue les plantes nourrissantes en deux

(t) Asiaticiy ab autumnali egidnoctio^

Arabes y ab vemaU eqiUnoctio; Grœciy ah œstivo solsiitio; Roniani, ah hibçrno solsiitio. (Theoph.)

classes : la première concerne les blés, la seconde les légumes, H répute blés, les plantes qui portent des c'pis hérissés de pointes ou barbes ; et légumières , celles qui ne s'élèvent pas en tuyaux (i).

Le froment et l'orge ne laissent aucuns doutes dans leur identité ; mais il y a d'autres grains de moissons, sur lesquels on ne s'est jamais entendu. Il y avait cependant alors plusieurs variétés de froment ; et faisons observer, en passant, que nos poètes , dramatiques n'ont jamais été aussi hardis que Sophocle, qui vantait aux Grecs >a blancheur des blés-fromens tfitalie (2). Mais il serait difhcile de spcciWr quels sont les grains que Théophraste désigne sous les ■ ' I noms de zèa ou de zéia, de typhus ou tipheu, ^

de bosmorum, A'olyra, A'arinca ou aringa, de trigis ou briseïs, et même Ac far.

Je sais fort bien que chacun de ces mots a des significations positives dans leï livres , traduits; car aujourd'hui on ne doute de ricn; I on esphque tout, tant on attache peu d'im- J

(i) Çuœ einitiimt arislas ; quœ ctilmos non exlolhmt. ■ (Tl.A^ph.) ,

(a) FoHimntiim Jliiiiamfntinentacanere çandido.{So^\\.) \

(3=9) portance aux choses de l'agriculture ; mais les hommes qui ont hien observé la physique végétale et l'ordre des cultures, reconnaissent aussitôt qu'on a donnii des noms de plantes à des choses qui n'étaient que dos produits préparés par l'industrie économique. Ces erreurs, malheureusement, ont traversé tous les siècles. Pline même a nommé, de confiance, des plantes qui n'existaient pas : le cytise en est un grand exemple ; et nos Bouthillers, nos Ligcr, nos Duhamel, sur la foi de Pline, ont imperturbahlemenl cité comme plantes des compositions de l'industrie. Tous les auteurs citent, .comme ayant vu, les feuilles, les fleurs et les graines du cytise ; et nul agronome ne saurait dire aujourd'hui quel était l'arbuste ou la plante que les anciens nommaient cytise. La Maison rustique nouvelle remémore toutes ces erreurs de fait comme des vérités, et on n'y fait pas plus d'attention qu'à des dictons du vulgaire (i). On a beaucoup cité le zéa des

(i) Dans uu gouvernement oîi l'agriculture est la base de toutes les richesses et de Ions les besoÎDs, il devrait y avoir des hommes pi'epose's pour întei'dire, ou du moins pour signaler les absm'des mensonges, tels que cens que

anciens : ce* mot, j'en suis convaincu, signifiait les vivres de l'homme. Homère, du moins, autorise h le croire ; il'n'a jamais dît, au surplus, que le zéa fût une plante.

Gallien, grand et sage observateur, s'en explique ainsi : « Je n'ai jamais entendu dire que ce qu'on appelle zéa fût une plante frumentacéc (i). »

Denis d'Halycarnasse a confondu le z^a avec le far; et Scrvius a soutenu que le zéa était absolument différent du far.

Un autre commentateur de Théophraste

renferme à toutes pages le livre dit Maison nutiefue. Maïs tes iDÏnislres de l'intérieur, qui semblent être tous choiàs poui- Taire du mal ou le lais^»r faire, ne s'occupent point ■ de riDstructloD agronomiipe. Ils font plus ; ils donoent k ' croix de la Légion à un académicien qui a soutenu et déclaré que la fleur de l'épi iie-vi nette faisait rouiller les h\4s ; ils ont accablé de prix et de médailles un certain Tillageois avisé, qui, au moyen d'un-iocision annulaire à la pousse de la vigne de l'année, prétendait empêcher la fleur de couler. JuMju'à présent en un mot, depuis vingt~cinq ans, le ministère de l'intérieur a été le fléau de l'agriculture et de toute science qui s'y rapporte; mais cette petite oote n'en fera pas uommer de meilleurs.

( t ) Non auàivi semenjrttmentaceum , quod ùtcoUw itram apellanl. {Ex Cbmmenf., Théoph.) i

veut que le z^a soit une plante, et qu'elle fasse du pain noir (i).

Bodœus dit que le bosmorum était une orge sauvage qui croissait près des eaux; que son grain était moindre que celui du fromenl. 11 ajoute, ce qu'il est très-important de rappeler, que les indigènes attachaient une telle importance à ce grain, qu'il était ordonné de le torréfier à mesure qu'il serait battu, afin d'en faire périr le germe (2), et d'en priver ainsi les étrangers.

Le bosmorum me paraît êlre le riz : il n'y a pas lieu même d'en douter, d'après ce que dit Théophraste de Toriza. « U y a, dit-il, une sorte d'orge sauvage (3), avec laquelle , on fait' du bon pain el de bonne polente: cette plante ressemble à l'ivraie; pilée, dépouillée de son écorce, et réduite en farine, elle est très-facile à cuire. Dans la partie bar-

{i)Pan€m nigrum efficiensy quo ex zeiâ fiL (Mnësisth.^ in Theoph.j edit. i644*)

(a) Torreatur, ubi ex area exciUUur^ ne 6ui àUas reffancs> (Bod.y in Theoph»)

(3) Le liz ressemble en effet , dans sa oontexture, à ri* vraie : il ressemble encore à la petite orge, que, dans queU ques parties de la France, on nonftne ingrw'fi.

liare de la Syrie, continue-l-il, les moissonneurs et les batteurs s'engagent par serment à ne jamais vendre ce grain avant d'en avoir détruit le germe , afin qu'on ne le cultive pas dans les autres pays (i). »

Théophraste avait bien raison de nommer barbare le pays où on faisait le serment de brûler le germe d'un grain nourricier. Que cette épithète serve donc à éclairer les gouvernemens qui condamnent à de grandes amendes, et jusqu'à la peine de mort, ceux qui font certaines exportations.

Le brigis ou trigîs était probablement ei core le riz; le mot grec semble l'indiquer. Il est d'ailleurs présumable qu'on a donné à cette plante deux noms différens : l'un pour, désigner le riz sauvage, et l'autre le riz cub tivc.

Le tiphus ou tipheu, d'après Théophraste et ses commentateurs, et même d'après le

( I ) Jnjrà est genus quodam hordei sylveslris , quo pa-

Tiem siiavem coriftciunt, atque alicam bonam aspeclu

loSis simile ; Pillum , decorticaliunque , lanquam alica rcd- ■ dita, œncoclu pcrfacile; in Siiiâ barbarâ, messores et institomt jure pirabant nutUs venderent, pnnsqutun ea.coxisscnt, ne semen in in alias regiones. [Théii[ih., I. 'i-).ijl

célèbre et modeste Ruelle, était une plante aquatique , semblable aux roseaux h quenouille, portant des épis en touffes et remplis de grains, comme ceux du sorgho (i).

L'olyra, selon Théodore, est uîje sorte de blé (cette définition bannale est dans tous les dictionnaires); Pline l'affirme ainsi. Mais, selon d'autres, l'olyra, ou l'alinca, oul'aringa, et surtout d'après les traducteurs, serait l'avoine, parce que, disent-ils, selon Homère, on en donnait aux chevaux. D'après d'autres, Taringa est le siligo. Théophraste dit que l'olyra porte un grain blanc ; et Dioscoride nous dira que c'est une sorte de zéa difficile à réduire en pain (2).

Tous CCS doutes prouvent que, plus l'homme s'est éloigné de la nature, plus son ignorance s'est accrue. Que pouvait-on espérer des progrès de la science agronomique, quand Athènes, Sparte, Alexandre et Denis le tyran ne chargeaient que les esclaves du soin de cultiver ? La confusion

(1) Tiphcn haiiens simplwem caUunum et rudiccm nunerosam, qiue decorlicala panem efficil. (Thiioph., I. 4-) (a) Zcite geni-.ris esse olyram. {Idem.)

C 334 ) des mots devait en être la première conséquence.

Le pavot et le scsame oot joue un grand rôle dans le régime diététique des anciens. Theophraste les classe parmi les fruits : Inter fruges, I. 4.

Le panis fait aussi partie des graines céréales de l'époque, cerealibus semmibus. L'usage de le panifier était connu, puisqu'aa siège de Marseille, César y trouva du pain fait avec du vieux panis.

Théophrastc est le premier, Je le présume du moins, qui ait parlé du blé noir qu'on nomme sarazin, el que les Espagnols nomment le mil des Maures. Le trigis des commentateurs de Théophraste, ou le pain noirj de Mnyste'e, ne serait-il pas plutôt \e JagQ pyrum? Nous reviendrons, à l'époque relative, sur celte plante, (]ui joue \\\\ trop grand rôle dans l'agricullure française (r).

Le mil ordinaire et le millet-sorgho sont mis aussi, par Théophraste, au nombre des céréales. Il donne l'Inde pour terre native

(t) Fa^jyftiun , tjuod forma tririiicslra , similia ^laruU faunes. (Bcx)., in Theoph.]

^u sorgho. Sorgon indicum. (Th., 1. 5.) Hërodote en fait aussi une céréale.

Les cruelles nécessités, filles de la guerre des rois, ont forcé les hommes, dans tous les âges, à recourir à des alimens composés. Ils en ont trouvé dans les plantes bulbeuses, qui, dépouillées de leurs pellicules, macérées et cuites, pouvaient se réduire en pâte : tels étaient le lotos, et cette plante qu'ils nommaient chara (i).

Les Grecs mangeaient aussi des graines de lin et de chanvre torréfiées ; on jugeait alors que cette nourriture appauvrissait le sang. Saint Jérôme dit qu'elle engendrait des poux (2). Il est remarquable queThéophraste ne parle pas du chanvre, tandis qu Hérodote

dit usuel et commun chez les Thraces (3).

L'ers , l'orobe , le lupin , et toutes les plantes siliqueuses, ont aussi servi à la nourriture de l'homme, mais seulement, comme

(i) Qiaraj gsnus rcuUcis^ quo effectos panes. (Bod., in Theoph.)

(2) lÂnifructm esui... pédicules gignit.

(3) Ex quâ Thradd populi vesdmenta conficiunL (Hésych.y in Herod.y 1. 40

Tobserve Hippocrate, dans les temps de famine.

Avant de parler des légumes désignés par Théophraste, il convient de rappeler une plante qui a été en vogue dans la Grèce et l'Asie : c'est le sylphium, consacré à Apollon, et que les Cyrénéens représentaient sur leur monnaie ; tout leur en était agréable , la feuille, la graine, le suc et Todeur (i). Les éditeurs de Théophraste ont eu le soin de figurer le sylphium sur les monnaies de Cyrène en Lybie. Mais, qu est-ce que le sylphium? est-ce le laserpitium, qui produit le laser, qui* était alors une sorte d^ambroisie pour les Orientaux? est-ce Tangélique, qu'on reconnaît en effet aux tiges , au suc et à l'odeur? Je n'ose prononcer ; je ferai seulement observer que le laser était composé d'un fruit qui ressemble à de petites pommes rouges, ce qui donne l'exclusion à l'angélique. Aristote a dit que le laserpitium était originaire de Médie.

Les légumes les plus remarquables, dans

(i) Siispensus templo ApolUnis. (Aristod.) Ex pretio magno , setnine , causa , succo et odore* (Thëoph., t. I.)

( 337 ) les œuvres de Théophraste , sont la laitue , l'asperge j Tanis, la bette, la rave, la blette, le chou, l'arum , le sésame , la fève ^ les pois, les lentilles^ Fers^ le lupin, les phaséolus, le fenu-grec, le safran, l'oignon, l'ail, l'échalotte, le poireau, le melon, le concombre, la mauve, la guimauve, la menthe, le raifort, le cresson, etc.

Dansée nombre., plusieurs servaient seulement d'ingrédiens dans les mets. Je traiterai de chacun de ces légumes à l'histoire de l'agriculture des Romains ; je ferai seulement quelques observations sur quelquesunes de celles que je viens de nommer^

L'asperge , dans l'Orient, jouissait d'un grand renom : sa tige, à son essor de la terre, donnait un mets excellent. Les Grecs attribuaient à sa consommation plus d'ardeur à jouir des femmes : on en cultivait beaucoup dans l'Attique , à cause de cela ; on ne peut en douter, car c'est le bon Plutarque qui le dît. Ses tiges étaient hérissées d'épines (i); on en composait des couronnes symboliques pour les jeunes mariées.

(i) //2 Cretâ, spinosissima ubi dicuntur scorpiones^,,,, (Thëoph.) Comment,)

AgntvA. dts Orec«- 22

L'asperge est issue des marais. Gell^ àe Crète avait les plus fortes ëpînes ; on en comparaît les piqûres à celles des scorpions. A peine, aujourd'hui, en remarquet-on à cette priante. Cette absence d'épines indique assers la différence d'influence des climats, et la puissance dés acclimatemens.

La blette était accaiblée de reiytoches et d'imprécations : elle était froide et sans saveur ; elle engourdissait. Aristophane l'a nommée la prostituée (N/tea meretrix). Hippocrate a comparé sa feuille à la làngnie des bêtes venîtoeiises.

Je ne dirai qu'un mot du chou , qéi n'a été cher qu'aux Romains^ Les" Egyptiens el les peuples de la grande Grècie le cHÎtivaient, parce qu'il prévenait Tivrèsse causée parle vin (i). Est-ce par suite de Cette opinion que Théophrastè , et après ^ui'Océrôn, ont

I'! ■ IJ '>«'. J* Il H

(i) Ad Egyptios stalulum^ aniè ciburriy brassicqmj

ebrietatis causa jejitno iibi ^ brassicam dabo. FUîs

odoreni brassica fugit^ si juxlà tabescit sarmentum* (Théoph*, p.7740 *

Brassica , esu , coda , cruda vel niurid servcUai {Id*)

déclaré qu'il y araît antipathie entre la vigne et le chou? Les Grées mangeaient le chou cm, cuit et eti saumure.

Le chou-fleut est originatfè JEphcsé.

L*ail, Foignon, Féchalotte ont occupé les plûmes des plus grands écrivains. S'il faut en croire Hérodote , on aiirail dépensé seize cents talens d'or pour acheter de tels légumtés, pendant la construction de la grande pyramide.

On répute généralement le concombre et tè meloîi originaires d'Egy.pfê. Théophraste IcQt assigne la Béotie. (L. 4-)

La' fève est dé venue célèbre par Pythagore : fèft compléterai la notièe à ràgriculture des Ramains.

Là mauve et rasphodèlé ont été chères aux Grecs.

Platon en faisait un mets du sage. Homère en a fait Téloge. Théophraste fait un arbuste de la guimauve : ce fait encore nous fait voir les effets des acclimatemens. On ne peut douter que la guimauve n y fût un arbuste, même élevé, car aujourd'hui, dans les serres, on en voit sousi cette forme; tandis que la guimauve , dans nos climats et eurtout à Paris, n'est qu'un herbage qui est

d autant plus grand , qu il se trouve aux bords des eaux (i).

Le cresson a été cher aux Grecs : Aristophane , Xénophon , Plutarque en font un brillant ëloge. Le meilleur, disait-on, était celui de Babylone. « Le convalescent, dit Plutarque , en reprend de lappétit (2}. »

Thëophraste n^a point oublié la mandragore ; et je ne Toublierai points quand il sera question de l'agriculture des Hébreux.

La belladone a trop servi la magie et les ébats vénériens pour être oubliée : c'était pourtant se jouer avec un poison très -actif.

Le pavot était cultivé en grand, au temps de Théophraste. Il est, au surplus, remarquable qu'on connaissait déjà l'emploi de la préparation du pavot pour se procurer un repos (3) délicieux (4). Le plus renommé était celui d'Héraclée.

(i) Naturam arboris assumily inier hastas grandesdl. (Thëoph., p. 8240

(2) Morbo fugato nasturtium alacriter et suaviterf

comedet. (Ex CommenLj Thëoph.)

(3) On veut que Cërès Tait consacre' , parce qu'après ses longues fatigues, le suc du parot lui avait procure le sommeil.

. (4) Capitula qidnque papaveris y in vino decocia. (Théop.)

Le gâteau nuptial se faisait arec du sésame.

Le safran était connu, au temps d'Homère ; Aristophane, comme le chantre grec, Ta célébré, à cause dé son odeur. Il disait des femmes de mauvaises mœurs : Olet crocum.

Athènes a rendu la ciguë trop fameuse ; avons -nous été plus sages, en substituant à la ciguë les plus horribles supplices?

Les Grecs ont fait moins d'excès que les Romains , du dictame et de Tellébore.

Théophraste avait observé la fougère ; il avait su en distinguer le sexe. « La fougère femelle, dit-il, macérée dans du vin avec de la farine d'orge, fait mourir les vers (i). >» La fougère faisait partie du honteux et fatal satyrion ; je laisse à Dioscoride le soin de s'en expliquer.

Aristot^ et Théophraste avaient connu et jugé les effets de l'ivraie (2).

La menthe était jugée contraire à la prolificatîon (î).

{i)Filia:fœndnay in vùio, cum farina hordaceâ ulUis contra vermes» (Thëoph., 1. 9.)

(2) Torpet cerebrum. {Id.)

(3) Generalioni contraria , crebrion usu y tentiginem ar^ (pei et semen génitale dejluit* {Id*, p. 812.)

Théopliraât^ parle au^î de la plante qaHo^ mère a Bommée mûly; ni^is il ne |a fait pas plus connaître <j[ue lui. U paraîtrait que sa grande vc^'tii étfiit d'être un contre-poison.

Tbéophraste répute la châtaigne ori^o^e de TEubée; il me paraît plus vrai qu elle provient de la Lydie.

Le coing de Cydon^ couleur d'or» sous fxi^ duvet d^ali>âtre, exhalait un dpux parfum. N'est-ce pas le coing qui a fait le renom 4r jardin des Hespérides ."^ S[o)on, daps ses lois de mjq&urs, ordx)nna que cfaa^uç aouvi^Uç épouse, avant d'entrer jdan^ \^-]^X nuptial;, inangerait une pomme de :coin^9 jrfin qu^ u bouche et sa voix fM3çe];tt pluf ^real^l^3. i| spn époux (i).

Le bouleau était cher aux Grecs :. il a été justpin^t ip^Qjqimjé la^spurf^ du d4sfirt(2)\ I-'écorce servait pour; lîçrJLre (3), ,\

L'aulnie est çîtç dans la p|lps |)f^ute âiytiquité; il serait peut-être une preuve que les premiers arbres de la nature ont clé ceux

( I ) Solo tulit legern

(2) Prockst in desertis; tanium h\wiptis copfam^ ui pastores siU pfe$sif fjplare 5o/eAi/r(Tbt'pj)h,,p,,î^î?.2.)

(3) NonnulUy cannina in coriiçf ùei{i^. {Id.) ^

( 34,3 ) des bor^f; des eaux; il apurait donc primé le chcne et le cèdre. Quoi quil en soit, il est de; fait quil a le premier» et trè&rlong-teinps, âtervîràJfi pavigatioi)«

I/i^ éjL^ii enreaqm pour faire des sirmes ,. et surtout des arcs.: celui du mont Ida était le plus renommé par sa couleuir vive^ (i)«

^4Te 'figuier, s/elon; Théophraste, est qrigi' naire de la Lybie. Les Hébreu^ luL assiglient uae. autre contrée. Son fruits comme ceux de tous les autres arbres, n,'est de^^enq bon quç pàv]^ culture, hes Grecs ne mangeaient les figues q^ue sèqhes; ils.en:faisaief|it; même jPtn grs^nd., ooniii^crce. IJ: yen aii^^itde tqutes (Çpi^p^s^ dç^blançhefi!, des^tâ^çs^ des y^r.'-

^*i ^^.^8 W.^^««..4e pourpi^, dps ijftiKes., et d'autres variétés encore (a).,,; \

lA8^iS»î! ^Wit ..été ,n;iis...déj^^. à.ifeim.des ^preuy^s. pflvi;;;Sf.',ciiltttr.e.;Çt,.pç^;.;sp$| fijiji.^

Théop.hr^s^ejdïsgit quç cet arbr^ ffp pouvait

croître et;p^j9jspçrer an-delit de si;!; ip.ill^& i^f

( I ) Taxumy hastis arcubus^ ex Idd oriUir. (ThéopK. j 1 . i .) {7)Albœy pallidcBj viridcs-y lubete-^ submffœ y purpu^

reœ , cœrale<i^.ffaturake puifmrd j- nigtxfty atiœqu& nuxUe .

(PI., ex Th^aph.)

la mer : c'est une erreur qui a été démontrt'c par Columelle.

Théophraste rapporte qu'aux thesmophories, les dames d'Athènes portaient toujours avec elles Yagnus castus , afin d'observer plus rigoureusement la chasteté. Les unes le tenaient à la bouche ; les autres en composaient des breuvages : elles en répandaient des feuilles dans leur lit.

Le luxe avait aussi ses plantes : l'ancbeuse (qui est la garance), le safran, l'aloes, le cinamome, le sandal, avec lesquels ils teignaient leurs laines et leurs visages (i).

Le lin était infailliblement cultive par les Grecs; il a occupé Platon, qui regardait le lin comme ce qu'il y a de plus pur : cœîum similans. Le lin avait aussi un grand prix chez les Hébreux (2).

Théophraste indique, parmi les pronostics , le chant de la cigale et la fleur du chardon; le lupin, la mauve, le nénuphar avertissaient des heures du jour. La durée de la fleur des scilles annonçait une grande fertilité.

(I) Quibatfaciem, sed etUun lanam. (Théiph., I. 1 .) (a) Deus , veslem lint sacerdotakm , juberel.

Tel est l'extrait substantiel des œuvres de Thëophraste, sur lequel le lecteur pourra faire des rapprochemens, relativement à un grand nombre de plantes usuelles que nous retrouverons dans Pline et Dioscoride, lorsque nous traiterons de lagriculture des Ro^ mains.

»^»wvi^/%^fVi%>y^^»i%^^Wi^^»vyVv%!trvwvvy^^

C&APItRÈ X.

ARiSTOPHAKE. (SgG ans açant Jésus- Christ.).

Ses comédies de la Paix et des Oiseaux; motifs de ces compositions. — Celle de la Paix fait connaitre les ouvriers qui tnvaillaicnt la terre , et de quels légumes on se noun*issait alon. — L'agriculture fait Tabondance. — Celle des Oiseaux est une critique de la magistrature et des guerriers d'Athènes. — Quelques indications sur les pronostics et les oiseaux qui dévoient les fruits et les moissons.

En voyant ici le nom d'Aristophane, plusieurs lecteurs peut-être le prendront pour un épisode dans mon Histoire de Vagricultare; mais il n en est point ainsi dans ma pen* $ée, car je regarde Aristophane comme un des auteurs grecs qui a signalé le plus vivement les révolutions de la Grèce et celles de son agriculture.

Esope avait eu recours à des fables, pour faire parvenir la vérité ; Aristophane a cru

( 347 ) quil atteindrait le même but, en cre'ant et faisant jouer des comédies qui, malgré leurs bizarreries et leurs extravagances, occupaient à la fois le peuple, le philosophe et la magistrature.

Deux de ses pièces appartiennent, en quelque sorte , à Fagriculture ; et d'ailleurs il faut bien prendre ce qui s y rapporte partout où on le trouve, même dans les comédies, puis^ qu'il n'existe pa$ pour elle le moindre livre d'histoire. Je choisis les deux pièces qui ont pour titre. Tune la Paix, l'autre les Oiseaux.

LesLacé4(împnien$^tl.e$ Athéniens avaient £^t plie trèye ; le Péloponèse était ordinaireili^ptli^thé^tr^ de leur^ guerres. Aristophane résolut de faire entendre , à sa tnanièrer^ que si les Athéniens contijiuaient à iws^ la gii^erre, celle du Pélpponèse serait la cause de la ruine ef^tière de la Grèce 5 afin de se. faire mieux comprendre , et n^énie dp la part du peuple^ doQ^ 1^ ypix était souvent ()répQndérdnte et absolue^ il prit s^s acteiira dans la classe même xkfrpuJtivî^teMrJ, de* iardinici?» et vignerons, dont le nombre était très-conside-r rable à Athènes

Un vignçron, q^u'^l .njomind T,tffS^, paraît, qranté sur 119 e^çarheiiu, poutcaJ^ersc plaiqr

dre à Jupiter de ce que la guerre réduit le pauvre peuple à la dernière misère.

Mercure arrive, et lui révèle sans mystère que les Athéniens en sont cause; que les dieux sont las de leurs débats, et quils ont laissé toute latitude à la déesse de la guerre, laquelle doit incessamment broyer toutes les villes de la Grèce dans un mortier. Il lui révèle , en outre , que la Paix est enfermée dans une caverne, où elle est retenue par une vaste pierre. On voit ensuite des acteurs, dont les uns broient de Tail et les autres de& poireaux, désignant ainsi les guerriers comme de grands mangeurs d*ail , et les villes de Prasie et de Mégare» où Ton cultivait beaucoup de ces deux légumes.

Trygée appelle à son secours des vignerons et des laboureurs, et des hommes de différentes nations, pour arracher la pierre qui tient la Paix enfermée : il se plaint amèrement de ce qu'on laisse la terre sans culture ; il en accuse la guerre, et il fait des imprécations contre ceux qui la conseillent et la fomentent.

On se met à l'œuvre; mais les étrangers ne tirent pas également : ceux de Mégare surtout contrarient les efforts de» autres. Trygée

(349) SB fâche^ et renvoie tous les étrangers; il déclare qu'il ne veut plus employer que des vignerons et des agriculteurs athéniens. Mercure déjà s* était aperçu de la manœuvre des Mégariens; il promet d'appuyer les efforts de Trygée et des siens.

La Paix est délivrée ; elle paraît entourée de deux femmes, qui sont la Fécondité et la Beauté. Trygée est dans le délire de la joie ; alors , on voit \es faiseurs de faucilles qui narguent \tsjaiseurs de javelots.

Les vignerons et les jardiniers annoncent qu'ils vont enfin aller revoir et embrasser leurs vignes et leurs figuiers, qu'ils n'ont pas vus depuis si long-temps.

Mercure, avant de partir, leur fait une allocution, pour dire les auteurs de la guerre : il nomme Périclès et Phidias ; il dit que les Athéniens prétendent qu'ils ne paieront plus de tributs : il déclare que , lorsque les vignerons et les jardiniers s'étaient réunis aux oisifs d'Athènes pour chasser la Paix à coups de fourches, elle avait évité leurs coups avec beaucoup de peine; mais que néanmoins, tout en fuyant, elle s'était souvent retournée vers Athènes, qu'elle aimait et qu'elle regrettait : que les bons citoyens en avaient été

touches; mais que des étrangers, qui les sui-* vaieiit, leur avaient fermé la bouche ayec de Tor (i).

Des interlocuteurs demandent au vigneron Trygée qu'il rehvoîe un certain Hyperbolos (le Marat du temps) ; Trygée y consent, et il avoue avec malice qu'il n'avait étë choisi que pour s'en servir, comme d'un manteaa, contre les injures et les attaques des riches^ qui le redoutaient. Il ajoutait : « Hyperbolui est un faiseur de lanternes; nous i'avonâ pris à gages, afin qu^il en fasse beaucoup aux Athéniens, qui en ont besoin pour voir clair. »

Mercure donne en mariage à Trygée une dés compagnes de la Paix ; le chœur en manifeste sa joie, maïs en même temps il blâme un Cerbère (2).

Au quatrième acte, Trygée raconte à son valet le voyage qu'il vient de faire au cieî; il dit : c( Que vous êtes petits, tous, quand

(i) Combieu on pourrait faire d'applic^ions à ces pea^

(2) C'était Cléon , général tout puissant à Athènes, homme corrompu et grand partisan de la guerre c!u Pc- Io[ionèse.

(3Si )

on est là-haut ! » Il ordonne à son valet de prépare^ un bain pour sa future épouse, qu'il veut aller présenter au sénat. « Maïs Itypérbolùs, annonce- t-il, ne sera pias du cortège ; je suis heureux moi-même d'en être délivré...^

Il choisit, poiir victime du sacrifice, une brebis noire, comme plus précieuse qu'une blanche. II doit demander à Jupiter Tabondance pour les campagnes, et le retour des Bnguilles du lac de Côpaïs, que la guerre, depuis treize ans, empêche d'arriver jusqu'à Athènes.

Les vignerons, les faiseurs de faucilles, et les potiers, qui font les amphores pour le vini viennent faire des présens à Trygée.

Des chœurs d'enfahs chantent des hymnes : mais comme on ne leur a appris que des chants dé guerre, Trygée les interrompt; ïl les apostrophe vivement, et il leur ordonne dé ne prononcer que ce quipeul plaire à la Paix.

Cetle comédie burlesque ou politique apprend beaucoup dé choses utiles à savoir sur la population d* Athènes, sur les travaux de la campagne, et sur le fégîïhe de vie du peuple athénien. Il n'est pas besoin de faire ici la part du philosophé.

( 35ii )

La comédie des Oiseaux^ plus bizarre par sa conception et par le jeu, n est pas moins remarquable par les allusions et par la censure; elle est même plus hardie, car elle attaque les dieux mêmes, non ceux d* Athènes, il est vrai, mais ceux des autres nations, car il eût été trop dangereux de désigner les dieux de TAttique.

Alcibiade avait laissé percer qu*il voulait aller conquérir la Sicile, la Lybie, le Péloponèse et Garthage. Les hommes sages blâmaient hautement les déplorables rivalités d* Athènes et de Lacédémone ; ils blâmaient également la guerre contre la Sicile, injuste au fond, et qui n'avait d'autre but que de faire du butin et des esdaves. Elle absorbait en outre, chaque année, les forces de terre et de mer.

Athènes et Lacédémone alors mettaient à feu et à sang toutes les contrées environnantes, même chez leurs alliés, pour savoir à qui resterait la souveraineté ou de l'une ou de Tautre. Le malheureux Péloponèse , le Palatinat de la Grèce , souffrait le plus de ce délire de guerre et de suprématie. Quelques philosophes, quelques hommes d'Etat avaient inutilement tenté d'arrêter cette efferves-

cence, qui malheureusement était populaire, parce qu'il en résultait toujours une sorte de spectacle de la part des vaincus et des vainqueurs ; . parce qu il y avait alors un plus grand nombre de sacrifices auxquels le peuple participait pour les consommations , parce qu'enfin le peuple avait jugé, soit dans son instinct, soit dans sa raison, qu'il était plus considéré, plus heureux et mieux nourri pendant la guerre que pendant la paix. Le commerce même y trouvait des avantages par le fret des vaisseaux, soit pour porter des vivres ou pour en vendre (i), soit pour rapporter du butin ou des esclaves, ce qui était un grand et riche trafic.

Aristophane connaissait tous les personnages dont l'influence déterminait la guerre ; le public d'Athènes les connaissait également : en pareils cas, on ne se tromperait pas à Londres, à Madrid, et bien moins encore à Vienne. Il entreprend donc de les attaquer, mais d'une manière si bizarre et si détournée, que les influens ne puissent s'en fâcher, et que le public néanmoins puisse les reconnaître. Ces moyens plaisaient beaucoup

( ( ) Sur ce point, le peuple anglais imite celui d'Athènes.

A|ricul. cits Grecs. 2 3

( 354 ) aux Âthëniens, qui trouvaient dans ces dn vcrtissemens des compensations contre les abus d'autorité des magistrats, comme ailleurs on en trouve dans les caricatures et les chansons. Aristophane suppose que les oiseaux sont en insurrection pour quitter un pays où Ton ne fait que se battre, où on est sans cesse exposé à mourir de faim, où on ne fait que gazouiller toute Tannée, quand la cigale ne chante que pendant trois mois de Tannée.

Ëvelpis et Pisthétérus paraissent sur la scène, Tun avec un geai, Tautre avec une corneille ; les autres acteurs portent d'autres oiseaux , dont les significations sont de suite bien comprises.

Les oiseaux commencent par déclarer leur antiquité : elle est au moins égale à celle des dieux. La corneille n'oublie pas de dire qu elle vit cinq fois Tâge de Thomrae. Ils rapportent leur origine, leurs titres de gloire et leurs services; ils veulent enfin connaître quels sont, parmi les dieux, les bons et les mauvais; ils prétendent au respect que leur doit toute la terre, puisqu'ils ont été créés avant elle ; ils nomment les villes fameuses qui se sont mises sous leur protection.

Us ont résolu d'édifier une ville en Tair, où ils seront seuls les maîtres, et même des dieux ; ils n'y seront pas étourdis, du moins, par le bruit des applaudisscmens, par d'éternels plaidoyers, et par des cris continuels de guerre. Là, ils pourront mieux observer les humains qui font le malheur de la terre ; et lorsque ces derniers offriront des sacrifices aux dieux, ils intercepteront la fumée des graisses et des cuisses.

L'action des personnages est dirigée dans le sens de ces dispositions; les allusions en sortent avec adresse et malice ; les guerriers et les magistrats y trouvent leurs applications. Leur ville aérienne étant composée avec une hiérarchie, ils rendent des loi.^. Si les humains osent les enfreindre, ils lâcheront contre eux une volée de moineaux, des légions de sauterelles pour dévorer la fleur de la vigne, des myriades de moucherons, et des vers sur les figues.

« Quant aux dieux, du haut de nos chênes et de nos myrtes, il nous suffira de leur offrir un peu d'orge pour être exaucés. Nous n'en servirons pas moins de pronostics et d'augures aux humains dans leurs travaux : les grues, par leur passage en Lybie; les

milans, pour faire tondre les brebis, et lliirondelle pour annoncer le printemps. »

Au dernier acte , Hercule demande à Visthétérus, qui se croit un héros, quels sont les oiseaux qu il sacrifierait pour plaire aux dieux. Pislhétérus répond : « Ce sont les oiseaux séditieux qui ont attenté à la liberté publique. »

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