‹ Histoire de l'agriculture ancienne des GrecsChapitre 27 sur 32 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

ARISTOTE. (384 ^^^ açant Jésus-Christ.)

Sa réputation a fait sa fortune. — Il est nomme précepteur d'Alexandre ; il le suit dans ses conquêtes. — Il est témoin des cruelles expéditions d'Alexandre. — Il ne le quitte qu'après avoir vu ses actes de fureur contre des philosophes ses amis.—* Goup-d*œil sur Alexandre \ il a perdu la Grèce et une partie de l'ittie. — Des preuves authentiques en sont données.

Deux grands hommes de la Grèce ont fait ombre, l'un au plus cruel tyran, l'autre au plus grand dévastateur de la terre. Cette double circonstance historique n'a pu rendre les historiens et les orateurs plus sages, les rois plus modérés, ni les tyrans moins communs; au contraire, un sentiment d'admiration semble plutôt dominer dans la vieille Europe : car Platon, malgré ses courtoisies envers Denis, se fait toujours admirer; car Aristote , après avoir été une puissance for-

rmidable dans les écoles, jouit encore de la gloire d'avoir été le précepteur d'Alexandrele- Grand.

Âristote était né avec du génie; mais la passion de Tambition le porta vers les cours des rois. C'est dans celle d'Hermias, en Mysie, qu'il épousa la sœur même du roi. S'étant fait un nom déjà parmi les disciples les plus distingués de Platon; annonçant d^ailleurs , par ses travaux propres , une grande sagacité pour éclaircir et juger des questions de physique et d'histoire naturelle, sa réputation parvint jusqu'à Philippe, roi de Macédoine, qui mit du prix à confier l'éducation de son fils à un savant de ses Etats (i).

Aristote a suivi le fils de Philippe dans ses trajets, dans ses expéditions et ses conquêtes. On ne s est point encore avisé, dans

(i) Dans l'histoire, on fait peu d'attention à Philippe, roi de Macëdoine , tant la gloire du fils est immense et exclusive. Mais , pour le véritable historien et pour le publiciste même, Philippe est un des rois les plus habiles qu'on puisse citer : son fils n'est pas même digne d'approcher des talens et de la sagesse de son père. Lecteurs , vous allez en juger.

Agricul. des Grec«. 2^

( .370 ) rhistoire, de juger le philosophe par let hauts fiaits de son élève; mais ce moyen a eut pas indifférent. Je ne prétends pas, sans doute, rendre le précepteur ou le savant responsable des actes de cruaulés d^Alexan* dre conquérant; mais j'ai assez bonne opi^ nion de Thomme de bien, du vrai savant ou du sage philosophe, pour croire qu à la place d'Aristote, il aurait fui et abandonne pour jamais Thomme puissant qui se faisait un jea d*outrager, en sa présence , le Ciel , Phumanité, la pitié et les lois sacrées du droit dçs gens. Combien Aristote et Platon eussent été plus grands et plus respectables, s'ils neussent jamais fréquenté Denis et le fils de Philippe, ou du moins si, après avoir bien connu leurs cruautés et leur délire, ils se fussent retirés au lycée d'Athènes !

C'est un grand malheur pour les sciences qu Aristote se soit jeté dans la carrière de Tambition, et qu'il n'ait pas consacré sa vie à observer la nature , ses productions et ses phénomènes : il aurait pu en être surnommé l'historien; il eût rendu Pline et Dioscoride plus circonspects dans leurs explications. Aristote, néanmoins, avait plus de propension à observer les animaux que les végétaux ;

i$t parmi les premiers, il préférait les animaut sanvages aux animaux domestiques; cohime ; pour les rëgétaux^ il a plutôt traité des plantes rares que des plantes nourricières, écohamiques.

Je n'ai point à m'obcuper de sa philosophie, qui seule décèle im rare génie ^ et manifeste tout ce que tkouà avons perdu quand il a suivi Alexandre.

Aristote n*était pas agronome ; Fesclavage était déjà trop constitué, pour qu il s'occupât à tif'availler sûr une chose qui était devenue le lot exclusif des esclaves, car alors mâihe il n y avait qde àtuii états pour les tiomines élevés : le milièiÂFeet le sacerdoce/ Mais je il' en regrette pas moins son sikacë suFime foule de choses c|u il serait si impor^ tant de connaître pour les époques de Thistok^e et de la science.

La vie d^ Alexandi*e appartient aussi à Tfais^ toire de lagriculture de lai Grèce ; car le mal ou les fléaux ont le privilège dt faire con^naître, mieux qu'e le bien, les causes dés misèi*es publiques : de même que les tyrans font mieux sentir le prix des bons pritices. Je n*ai point à faire Fhistoi^e de eelm que tonte la terre encense encore : il a fatigué

( 372 ) I«s orateurs et les po'étes profanes et sacrés? il est le point de mire encore de tous ceu3L qai aspirent à la gloire et au pouvoir par le métier des armes. Cette notice a donc pour but de faire connaître la faiblesse d^Aristote, et de démontrer qu^Alexandre a été le plus grand fléau de Fagriculture.

Pour bien juger d' Aristote, suivons la marche et les actions d^Alexandre. En Grèce, il surprend la ville de Thèbes; et pour se faire précéder par la terreur, il fait exterminer les hommes, les femmes, les vieillards et les enfans; il en fait démolir les maisons; mais il épargne celle de Pindare : cette exception, dans la bouche des flatteurs et sous la plume des historiens, a couvert, comme d*un manteau sacré, toutes les atrocités commises à Thèbes,

Fort et fier de cette victoire, que les Athéniens avaient sollicitée, Alexandre persuade facilement qu'il fallait porter la guerre en Asie, et notamment chez les Mèdes et les Perses, qu'il nommait des barbares et les ennemis des Grecs. Il fit une irruption en Phrygie, où le grand-prêtre du temple lui prédit qu'il se rendrait le maître de toute l'Asie.

L'armée de Darius s'était avancée déjà vers

ta Phrygic, quand la renommée publiait les Tictoîres d'Alexandre. Memnon, général en chef de l'armée des Perses, donne Tordre àé détruire partout ce qui pourrait servir à larmée d'Alexandre, les moissons, les arbres, les prairies, les pâturages et les maisons.

Arrivé aux pyles de Syrie, Alexandre est Vainqueur à Issus. L'armée des Perses , dans M retraite ou ses déroutes, détruit les villes, les villages, et généralement tout ce qui pou- ^vait^ervir à l'armée ennemie. Alexandre suspend sa marche vers TAsie ; il passe en Phénicie,- prend la ville de Sidon, qu'il fait détruire. Ephestion, son favori^, lui propose ^ faire roi un jardinier, pour occuper le trône de Sidon; il lui fait une généalogie , Tante ses vertus et sa noble résignation à . siou'ffirîl:' son usurpateur. Par le roman ou le caprree du courtisan, Abdolonyme fut roi. Toos lès^historietissse sont . extasiés sur cet acte de justice d^ la part d'Alexandre^ ■ ; Tyr avait oiâé fermer ses portes au vainqueur de Thèbes et d'Issus ; Alexandre en fait le siège, et il le prend d'assaut. Il ordonne d'exterminer toutç la population. Las d'égorger, les soldats se retirent ; mais le courroux du vainqueur n était pas assouvi ; le lende-

(374) main , il fait aligner sur le rivage deux millt croix, auxquelles il fait attacher deux mille Tyriens. Cependant , il fait grâce à des dér pûtes de Carthage ; et cet acte a £ait célébrer la pistice et la modération du héros macédonien. Ainsi a disparu du théâtre du yieux monde lantique et superbe Tyr, qui, par 6on industrie et par son agriculture, jaVait fait, civiliser une partie du monde, et fondé, par ses colonies, Thèbes, Carthage et Gadi&

Damas, la gloire de la Syrie, subit le même sort

Jérusalem avait pris parti poaii DarÎM; elle s^attendait au. sort de Tyr et de Sidon. Le gir^nd^ prêtre, en habits de pompe, tt toiAS les habitans, vêtus de robjes. bilanches^ vont aurdevant d*Alfexandre., pour lui demander grâce. La. politique, après tant de massacres, commandait une démence ;i h circonstance de Tannée sep tennaire (i) acbeità plutôt de le pendi*e favorable oo clément.

La ville la plus riche, de la Polesitine , et la

(i) Gîtte ipstilution, iraposëé aux Hébreux, est une des chofiies les plus remarquables clans Thistoire de ragricallure : nous mvh en expKqueroûs phis au long dans l'hittoirtt du peuple de Dieu ; qti'ii.< %uSÛBc dii fam obMrv^

( 375 ) plys renomme^ par sa culture « Gaaa^ fut livrée à toutes les horreurs d':un sac. Tous les hommes^ fureut éj^orgés ; et le vainqueur,» pour ressemblera Achille, 's*y donna le plaisir de faire attaicher vivant, à un char attelé de chevaux fougueut, le général ennemi ^ prisonmer. Cest à cette expédition que, ten^A/^ant à sa part du butin y il i^e prit qu'un petit coffret, où^ disait-il^ il voulait mettre so» Uûmère. Ce petit trait a valu des fluets 4VnceBis si considérables et si continus, qu on a<ibUe tout à fait Gaza et ses désolations.

A Memphis^ il veut que Toracle atinonce «P^'iÂlco^andre sera^ le roi de toute la terre ; q)>^il recevra les^himneups divins; etToracle n-y.pianque pas. De son côtéy le conquérant fait proclamer partout cette précUction.

, De retour aux bouches du Nil, il veut laÎMev ea Sgypte un grand monument , en bâtiâfiani^ une viUe ^ui pointera dOA nom ;•. et pour quoiv ne s* y méprenne pas,, elle aura la forme du XBAo^au maeédonienw

qtie la destinictiôn ae Tyr, Sidon et Gaza a^të'une calatcSXé irrëjparatble, non seulement pour les territoires de ébi'V^s^pîtaks, mais encore pour toàs les pays que leiir «mintroe vitifiait dans les autres oontrëes.

L'histoire n'a point révélé qu^Âristote, si philosophe, avait cherché à détoarner Alexandre de ses exterminations san'goinaires et de ses froides cruautés. Aristote, cependant, vivait dans son intimité. Elle n^a point dit davantage qu il s^était opposé à ce qu'il se fît adorer ; mais elle a parlé des éner- ^ques représentations des vieux Macédoniens de son armée contre ce projet insensé. Elle a dit encore quHermotaus, Càllystène et Lysimaque, philosophes suivant la cour d'Alexandre, avaient essayé de le dissuader sur l'adoration qu'il allait ordonner; mais que l'un en perdit incontinent la vie, que l'autre fut jeté à un Uon affamé , et que Lysimaque fut enfermé dans une cage de fer^ ayant le nez et lès oreilles coupés.

C'est dans de telles circonstances qu'Aristote s'est retiré. C'est au lecteur, maintenant, à apprécier le caractère du philosophe. Voilà ce qui concerne Aristote ; passons mamte^ nant à ce qui regarde le conquérant.

Alexandre a été le plus grand fléau de l'agriculture. Il convient donc de rappeler 5on rcgne et ses exploits dans XHistpirc de l'agir culture de la Grèce , au iw>iii de laquelle il. a. ravagé la Carie, la Lydie; laBéotîe et 1» plus

belle partie de l'Asie. Quelques esprits superficiels, qui se sont de nouveau façonnés à la servitude et au pouvoir absolu, trouveront peut-être que ce coup-d'œil sur Alexandre est un hors-d'œuvre à l'histoire que j'écris ; mais je me console d'avance de leur censure ou critique, en me persuadant que je serai fortement approuvé par tous les hommes de bien qui attachent du prix aux Tcrtus et au véritable héroïsme.

On a déjà vu que Darius, avec son armée, . avait ravagé tous les territoires de son passage et ceux des rois ses alliés, pour résister^ où' pour vaincre Alexandre.

Le seul bien qu'il a voulu faire, la fondation et rédification d'Alexandrie , a été la cause d'une perturbation générale parmi les peuples. Le site en était heureux et superbe; Àais le voisinage des maréotides , et le sol imprégné d'eaux saumâtres , le rendaient insalubre. Personne n'osa contredire le héro» divinisé à Memphis; des milliers d'ouvrier» furent aussitôt eftiployés. Pour peupler la nouvelle ville-, on fit partir de nombreuses cohortes, qui, le fouet à la main, selon l'u-^ sage des rois de Perse , furent chargées de foire des presses dans les viltesetles champs

de la %f ie« de )a Phénici0« et d^ln» Cum partie de 1-Asi^« déjà ravagés. L*inimense et soudaine agglomération de tant d'individus étrangers au sol et au ciel d'Alexandrie ; la nourri tare, qui consistait en poissons salés» en ail, en oignons et en Tiandes desséchées, fVrent Relater une lèpre, connue depuis j^ous le nom à^éléphantiasis. La mortaUté y fut ex* trème ; maisi des flots nouveaux de peuples^ étrangers i^e laissaient point apercevoir de vide ou de lente uir dans les travaux. Des nuées de corbeaux ne quittaient plus ces pâK ra^s V Us, Quyriçrs s en alairmaient. Les de* vins furent consulta ; ils déclai7è?Si»t quecess cer^edux aniK>nçaient <;^*AleMndfte serait Iç: grenier du mpndev

PçjQ^^qt l)Qu^ ces trajets, pi^ndant ees terrlblesi «;(p^diitj^n(» et qes boule verseinens, Athènes^, rivale de Lacédémone„ acciieiUaiÊt avec transport tout ce qsue faisait e£ ojrdonnait Alexandre^Les Qoqy ejiles de $/9n.armée et de ses ^iUrcpri^es;;€t^i[e.nrt Uies sur la place publique: çest J2^ que llprateiirPén^^s^ proposa aux At^éi^?^ d^ d^c^r^^^r les hofineurs divins an grap4t Alexandre,, Ip çpnquéranti du mondes ^ PeA^aiM qu A)le;sandre sjoccupait de; sa di- \m^. ea Egypte, Dariac^ se composait une

(^79) f^PfM^ de (Jeux ÈiniUkins d'heamties; IVarail gaiwi de/fi^ux-toiifi âes ohar», et juaquaiix je^ftgA 4e9^ ^Uelagieai; Ce iprimea avait adopté dew?^ teRnièr^s pour combattre le cenquér. T^^: run^t (în Jtii tenant tiète par ses armées ; laufifç^ «m'falaaîQt.^^Qtr'uirfi toutes, les vesr aQXii^.^ft que la terre et les viUcs pouvaient oKirÂr^Alj&xaBdFevrraigaaitpeula chance des Wiwibfiii^; capeoxlanl, pour .neutraliser les ordiVes donnés par Darius aux rdîs circonv ^oisiiiis 'et':ai]?i yiUeis^ de toutilétruirc à Tap^proch§ de son année , il fit une contre-pror djwyrfteit ( par laquelle U lurûm^ttaôtalliance JtttBi(^U: à Ipus). deux qui resteraient tranti]UÎ|[Ic6. dt. ne détruiraient rien» : ce^ moyen prâvalvb^aicUementsur les ordjres de Persee^ gtoârai de Darius*: : : .. ..^ .. \ i • frcftltsanidirQ arpÎYa jusqoîà PërsépiiiUs. La ré- SftMancedets babûtans.fut forto.et opiniâtre: idqt leitojren se fit soldat; raàisl Alexandre fut encore yaiaqufiiir.. C'est, dans 'Vkîstoire «néira» qulon KtqiMfTbaaSvSà^cottcuhîne, afin déiiwtagM la iir&ee'v^Lui pensa^daïqu^ devait iJaJbeB-deifondien'CQiB^eXbBgoeiUèuàe Fer- $iépdUB f' qui, pasaatt pour > uoer desr i|ierv)eâllë6 dH/x&OHde; «t Wjffaépolia disparut du soi i^'t^Ue^occupaÂt..:

Dans là Ba^nriâne , d»B8 Tlfide , la taetiqà^ macédonienne triompha des armëes de toâs }e9 rois. Combien il eh a Cfyèté au raonide, pour donner au conquérant la satisfaction d'élever un autel conim^moiratif de ses^ocfti-^ quêtes sur le fleuve Hyphasift^^Indostan ! !

Les débauches , les excès 'dans tous les genres; 'et'tant d'actes de barbarie, àvaMÔI; à trente^^dbux ans , ' épuisé les f orceii* vitales d'Alexandre r il revint sur ses pas;' et \é^2 mai die lan>lsi4i la teire fut délivrëe de'^on

•fléau." •. «-■..• •»• '■ <: ■' '-î '.î'^ '■ •": "b ^ii >:ii ;

' Ma ^4:èèr comme hièlo|PÎen^.i|ie âfiilyiht à' la itiort >d^Alexai}dr6j')Ce<i}iil ine^ reste^i ^ire) sur ;ce règne de douze àils,oest*biett(jplqs affligeant^et même plus hbnteoii z%jèsô yeux de la vraie philosophie et de là ^siïfapfe raison: jervieûx pav)er dés hommages rendus^ etîdans rtoûs les siècles, à ce guerk*ier; ils «sont teU, qti* Alexandre «n resttoujoàrs'' vivant, iet tpïii fait encore, la guerre am-monde. ! ( : ! ; ' . Il a été^ en effet, le'àbiwt dé mire detons les chd& de guerre, des Gésar^ des 'Attila> des Akric ; des «Gen'giskaB ^ > dés Charles JUk Ilinest :pas* besoin d'e^i nommer d*aiitnps^; maisisi Tardeur des-cpmqirétes', siilasmf^ $ang et si les palmes des triofi»phes en dnt pa

)etei^ dan^ le déliFe des. combats, ' commeiit excuse^, coiriknënt concilier ayec la philosô-* phie le concert unanime et non interrompu, des sayains , des lettres , des poëtes et des orateurs, même sacrés, à célébrer Alexân-^ dre comme un héros ?

Onésicrite a gagné ses gages à écrire Fhis-' tôire d'Alexandre; Plutarque s'est fait l'interprète de l'opinion dé son temps; Justin, Qidnte-Gurce , et Arrien , quoique prêtre de Gérés , ont eu des motifs particuliers pour chanter les hauts faits d'Alexandre. Il était difficile d'ailleurs, à l'épbque où ils écriyaient , de se prononcer contre une opinion qui légitimait tout de la part des guerriers, et que chacun nommait des héros; mais on s*/étonne, autant qu'on s'afflige, de voir que d^.pablicistes,. que nous honorons à juste tittCf se soient autant mépris sur le compte d*Alexandre. Il est surtout pénible de lire que Fauteur de Y Esprit des lois et De la déca^ dence des empires ait^ugé qu'Alexandre n'avait entrepris la conquête de l'Asie que pour la civiliser, et pour y introduire la langue et les mœurs des Grecs : selon lui, en un mot, c^€St un héros par excellence. Il ne pouvait ignorer cependant que, défendant les inté-

r^ts, la'gloite et Tbohneur de la Ôrècd^ Alexandre airail mis Thèbëâ' fc feu et à Màgv qu'il arait raragé le» riches plaine» d^Hali-^ carnas6e ; d'Isau» et de Gkifigamèle rîl n^p&tH Yaitîgtiorercte'qa*]! aTaitfait àiSîdoQ, àTyr^ à Damas, à Gaza; qu'il^ avait voulu se faire regarder comme un dieu; qail avait tuë de sa main celui à qui il devait la vie; qu'après un massacre qlii avait lasse le^i sol^ts^ il avait fait aligner deux mille èroix^ aa^qtiellei il avait fait attacher deux mille Tyriens) qull avait inventé des supplices inouïs pourfatt*e périr des philosophes ses camn^èffiSàu^, p^tcé qu*ils n'approuvaient pas qu*il sefhun dieiif qu il se faisait suivre par un sërail^ $t w lafis-" sait dominer par une concubine; que les noms d'Ëphestion et de Bagoas raccu9ént d*un autre genre de prostitution; que) Yiytù^ gnerie, enfin, était un vice qui lui était h»" bituel : tous ces points socyt indiqua ^r rhistoire.

tr Pour les dépenses ffrivées-, dît Montes-» quieu, Alexandre était un Ma<:éâonieif, tandis que son luxe était insultant^ car il se fai-" sait suivre par un trône d'or, sa tente étaii appuyée sur cent colonnes incrustées de pierreries et tfor. Des chariots, renrplîs àe

tnirrhe et d'encens, le Suivaient partout. i> Montesquieu encore ne pouvait ignorer que, dans la G^drosie, pour quelques matiifestations hostiles, il avait fait marcher la population entière à la suite de son armée , et que, pour l'orgueil de jouir d'un grand triomphe naval, il avait fait couper tous les bois et les arbres qui dominaient TËuphrate et le Tigre.

On lui a supposé des desseins de prospérité pour son pays , parce qu'il avait fait enlever quarante mille cavales et huit cents étalons des plaines de Syrie et de Persépolis ; mais aucun de ses historiens n'a pu nous dire si un tel convoi avait pris terre en Epire.

Montesquieu, dans son enthousiasme pour Alexandre, a dit que l'empire de l'univers paraissait plutôt le prix d'une course que de ses victoires. Alexandre, dit- il encore, a fondé des colonies; et il esquive le fait qu'il a fait périr ou exterminer plus de trois millions d'hommes (i)*

( I } L'admiration de Montesquieu pour Alexamdre frappe d'autant plus, qu'il a dû 'Toir et méditer du moins sar le âorC de tant de conquêtes et d'eiploits. Peut-on oonslde'rcr et dire héros et gi^avid hornnne, celui qui, de son vitaot^

Il a voulu civiliser 1* Asie ! mais Xénophon nous apprend qu elle était florissante açant le règne d'Alexandre. Il suffirait, pour s*en convaincre, de lire la description des pompes de Cyrus, d'évaluer les immenses approvisionnemens en blés et en vins , de considérer les cérémonies annuelles du roi pour honorer Tagriculturé , et dans lesquelles il traçait des sillons avec une charrue attelée de deux superbes taureaux blancs, Ués sous un joug d'or.

Il a voulu encore introduire en Asie la langue et les mœurs des Grecs ! \ mais Montesquieu n a pu ignorer que les indigènes asiatiques avaient une haine prononcée contre les Grecs, qui eux-mêmes suivaient par force l'armée d'Alexandre. Quatre mille d'entre eux, mutilés par les indigènes, se présentèrent devant Alexandre, en lui déclarant

s'est occupe de donner à desIPUes les noms de son cheval et de son chien , et qui a abondonnë aux hasards de la vie, la gloire et la dure de son empire? Le sort seul des pays conquis, après la mort d'Alexandre, aurait dû dessiller les yeux de Montesquieu, et le porter plutôt à faire d'Alexandre un brigand ou un barbare heureux , qu'un hëix)$ digne de l'encens de la postérité.

qu ils voulaient absolument retourner dans leur patrie. C'est Xénophon encore qui nous apprend que jamais Alexandre n'avait pu déterminer les Grecs qui avaient pris parti pour Cyrus, à rester dans son armée.

Toute l'antiquité dépose de la prodigieuse fertilité des plaines arrosées par le Tigre et FEuphrate. Les rois de ces contrées y permettaient périodiquement des prises d'eau aux fleuVes et aux rivières, pour faire des irrigations (i).

Nos savans et nos lettrés ne se sont point départis de l'opinion sur Alexandre ; ils eti ont donné une triste preuve dans l'examen et le jugement qu'ils ont porté du livre de M. de Sainte-Croix, à l'époque du jury décennal ordonné par Napoléon^

Les annalistes des Gentoux n'ont pas été si imprudens ni si complaisans ; car, d'après

(i) Jusqu*à présent/ leiraigénieurs et les administrateurs, en France, se sont entendus pour prévenir ou punir des prisiès d'eau à des fleuves qui ne naviguent rien , ou à des rivières qui ne servent qu*à des moulins àfFei*més deux à trois cents francs, et dont les prises d'eau, bien réparties, produiraient à des plaines deux à trois cent mille francs de revenus.

Agritul. dM Grecs. ■ tzS

M. Holwel, ils ont déclaré qu Alexandre s'est conduit en brigand et (en assassin.

M. Rochon de Chabane , dans une épiCre énergique, a dit et publié, en 1764, sur Alexandre :

II ëtouffe à râroît dans i'encânte du monde (i)... Rentre dans Babylone, ira modeste cercueil Est tout ce que le sort téaetyrt à ton orgueil : Tu n*e$ à mes regards qu'uo heureux assassin.

M. labbé Guyot, aumônier du due d'Orléans, a dit : « Alexandre n^a produit Jè%xr It génie de U Grèce qu'un stupide etigottirdiii* sèment. »

Dans lé tette sacré, on trôuTO ces tnots terribles : « Il a tué les rois de Ja teri*e, tMerfecit reges terrœ. »

Alexandre a fait de la Grèce un archipel de déserts ; il en a tué Tesprit public. Les hommes que les arts EL que les sciences y retenaient encore se Sont ri^fugîés, les uns auprès de Ptolomee, les autres en Italie. La misère s'est emparée d^s Athéniens, comme

( î) Mot de Jnyënal.

(387 ) la tnousse et le tamarin se sont empares de leurs riches <îoteaux si redotnmés.

La Perse, Id Mésopotamie ^ la Syrie, après le passage d Alexandre i sont devenues des: déserts : celui d'une flamme dévoranlel n'eût pas été plus terrible. Ce tableau ne m'est point suggéré par l'histoire seulement ; j'en trouve la triste preuve dans le récit du voyage de M. Olivier, de l'Institut de France , moh antien collègue et mon ami : c'est lin de nos sa vans voyageurs dans l'Orient, auquel on aura le plus d'obligations, par ses recherches et ses observations sur la physi^é en général, et sur toutes les productions de là teri^é et de llndustrie. Il a vu et visité les ruinée d'Alétsmdré ; il a comparé l'ahcieime clima'* tune de la Perse avec celle qui y existe au^ j.oiird'hui; il m*a rapporté et dit plusieurs foistun fait à peine croyable, qu'auprès de la capitale de la Perse et sur les bords du Tigre^ on est maintenant dUigé , comnie dans cer^ tains climats de France , d'enterrer la vigne et le figuier pour les faire échapper aux froidures subites et vîolénies du printemps.

Il m'a redit souvent, parce qu'il connaissait mes pensées sur l'influence des végistaux, qoe, dépuis qu'il n'y a plus de forêli^ et d ar--

bres sur les monts de la Perse (i) ni dans \ëê plaines, la population y est misérable et souf' frante; que les fleuves, qui, du temps d*Alexandre, portaient leurs noms et leurs eautjusqu^à la mer, expirent auj ourd*hui dans led sables, où ils forment des marais, foyers de peste et de mort ; que la terre des plaines se charge dé plus en plus d*efflorescences salines, ce qui est le dernier terme de la stérilité : voilà l'histoire de Tagriculture sous les pas et le règne d'Alexandre-le-Grand.

J'ajouterai à ce lugubre tableau, trop réel, la déclaration faite par deux Anglais, MM. Cristié et Pottinger, qui, les livres d'histoire à la main, ont suivi le trajet que le héros macédonien avait terni jusqu'à l'Indostan : ils affirment qu'ils ont parcouru douze cents milles entre la Perse et l'Inde^ sans trouver ni ruisseaux, ni riçières, ni bois. «C'est, ajoutent-ils, un exemple peut-être unique sur la surface 4u globe ! ! ! »

(i) Cette réflexion a été faite par M. Ramond, dans son Voyage aux Pyrénées* Devenu savant , conseiller d'Etat ministëriel , il a approuvé le plan de finances qui avait pour but de vendre nos forêts. Il a fait plus. Quoique son collègue à l'Institut, il a refusé net, étant pr&ident de

rÂcad^mie des sciences , de rentretenir de mon ouvrage SQT les forêts de la France ^ dans lequel j'établissais, d'une manière positive et presque officielle, l'influence des grands végétaux sur la température, sur la salubrité et sur tout le système de notre^xmomie et de notre agriculture : par lui , jugez de beaucoup d'autres*

(Sgo)

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GHAPiTRE Xlfl.

THÉOCRITK. (252 ans açant Jésus- Christ.)

Motifii qui ont dëtennmë Théocrite à choûir le genre de l^yOe. — Ha ëté mal traduit pour les réalités historiques. — Il a bien connu l'agriculture. — Les labours. — Les noyales, les moisr sons. — Les modes économiques pour disposer les grains. — L'ensemble du régime diététique. — Les vétemens d'usage.— Le luxe et les mcenn du temps.

Théocrite est le dernier des grands po'étes de la Grèce, et le premier des poëtes bucoliques. C*est sous les auspices d*Homëre que je me suis ouvert la carrière toute nouvelle de rhistoire de Tagriculture des Grecs, auxquels se rattache tout ce qu il y a de grand dans le monde , et c'est Théocrite qui Ta fermée pour des siècles, si ce n'est pour toujours ; car tous les poêles, de siècle en siècle, depuis Virgile, se sont mis et se tiennent aux antipodes de la poésie géorgique. Qu!il me

soit donc permis, en finissant cette histoire, d'offrir quelques réflexions sur la différence du génie d'Homère avec celui de Théocrite. Le lecteur qui m*âurâ bien compris, ou qui voudra se reporter à ce que j'ai dit du chantre des Grecs, pourra facilement apprécier le juste et dernier hommage que j*ai rendu à Homère, et celui que je vais rendre à Théocrite,

Homère, dans ses Œuvres, offre une belle et majestueuse simplicité ; il plaît à tous les regards, et de tel point ou sous tel aspect qu (m le considère ; mais si on a le bonheur ensuite de l'étudier et de l'approfondir, il enchante et il enrichit : c'est un architecte divin, dont Pédifice est un type de goût, et qui, semblable à la nature, est inépuisable dans ses richesses. Grand et bon comme eUe, il est d'un accès facile ; il se révèle ou se manifeste dans toutes ses parties. Vllîadû et V Odyssée, en effet, sont deux superbes palais que les hommes ordinaires ou novices peuvent comprendre, visiter ou admirer ; il suffit à chacun d'en avoir la clef, pour y trouver, le poëte, des inspirations; Thistorien , des faits ou des autorités ; l'ami des arts y des modèles; le philosophe, une haute

(SgO

sagesse; Thomme d*Etat, des principes de morale ou des règles de conduite pour bien gouverner une république ou un empire ; et rhistorien agronome, enfin, plus de certitudes pour les origines.

Théocrite, au contraire, est d*un accès difficile, parce que les siècles qui le séparaient d*Homère, et qui sont ceux du despotisme , ont successivement fait jeter le mépris sur Fart de cultiver, et sur les idées franches et généreuses qu inspire la liberté des champs. Les Syracusains et les Siciliens, qui ont été ses contemporains, ont au le comprendre, et mettre à profit ses vues et son génie ; mais les vingt siècles d^ignorance, de guerres et de barbarie qui, depuis Rome, ont pesé sur l'Europe, ne nous offrent plus, dans les œuvres et le sens de la poésie de Théocrite, que des idées confuses, ou du moins non senties, qui ne sont de primeabord, à rintelligence , que ce que sont, dans les creusets du chimiste, les résidus d'un métal précieux, entremêlés de cendres et de terre native.

Théocrite n avait point, comme Homère, cette ferme assurance qui éclaire, anime et guide les grandes inspirations : il avait vu , il

Toyaît encore toutes les lices ou les entreprises de la tyrannie ; il voyait bouleverser les villes et les comptoirs, avec une horrible émulation; il avait, enfin, tout à craindre des tyrans, des envieux et des flatteurs, sorte de gens qui sont éternels comme le temps , et vivaces comme Xlliade (i).

Pour le bien comprendre , il faut absolument se reporter aux circonstances de sa vie.

Il a d*abord peu occupé les poètes de son temps; et il y a autant de différence entre ses idylles et celles de Bion et Moschus, qu il y en a entre celles de nos Roucher et Millevoie, comparées à celles de Virgile.

Théocrite , au surplus , a moins écrit pour sa gloire propre que pour charmer ses loisirs, et pour donner aux grands de son siècle des avis ou des leçons de sagesse. Il était cependant essentiellement poëte ; il était en même temps philosophe, ami des arts, et un excellent observateur ; il honorait la liberté et les bons princes. Vivant dans un siècle corrompu, où les moindres efforts du

(i) Eb Grèce , c'est encore un proverbe.

génie , où (les élans généreux pouvaient irri^ ter Içs tyrans» et leurs flatteurs, bien plus dangereux encore, il n a pas cru devoir composer de grands po'émçs comme cçux d^Qpr mère, desquels, au surplus, la bonne for-, tune était déjà passée , car les Grecs de son temps n aimaient plus la poésie que par ëtin*: celles ou par circonstances. Aio^i disposé, Ttépcnte s est donc borné à offrir des des^ sins isolés, auxquels les hommes de goût ont reconnu, quoique fort tard, le cachet d*un grand maître» Il a fait des idylles dans le niéme esprit qu Esope avait fait ses fables* Ifui ausai, cependant» a. voulu dire des vérités, cachée sous Je vodk de la fiction ou des allégories ; il a pris, en conséquence» ses interlocuteurs parmi les hommes qui pou* vaient s*exprimer avec une rude et piquante franchise. JDes bouviers, des chevriers » des moissonneurs, au temps de Théocrite, né-^ taient pas cependant, comme aux quinzième et dix-seplième siècles de Tère chrétienne, des êtres ignorans et des esclaves, mais des pasteurs considérés, parmi lesquels, comme aux temps antiques des sacerdoces, il y avait tradition des grands évènemens qui avaient occupé le moinde ; ils pouvaient même citer

( 395 ) des hëroç céièbres p^r leur fprce et par leurs exploita; il§ aav^çnÇ les noiQ$ des grands qnchaiH^W^ , h^ ca.taatraphes ou les prpidige^ de Ia nature : telle avait été, au surplus, U science des peuples, aous les rois cit les patriarches. Je ne fais moi-même ces QbserTltlions, que pour prévenir les mouvemens du dédain de certain& lettrés, qui, fafoonéd à Vécple du puris^ne, n^ verraient d'abw4'4»Xis.le$ îdyllçs de Théoearite que des pâtres, de:s cbevriera, ou des ouvriers de xqai^iNis. Il est de fait que, pendant plu- 9)€wrs siècles d* études littéraires en Europe» qn n% vu que (le Tîgn^ble et 4e Tabject dans len siij^ts d^6 idylles de Théocrite ; et ce n est qH^^Xk milieu çUi dis^rhuitièsTie, que, par un çsipwçQ aye^turiepx» çp y a e«fi» entrevu 4'mf9ab]eA traits de mours, des tableaux (lili|i9i^n ou pittoresques, et des pensées prftfpadea.

Théoorite a été encore plus maltraité par leA traducteurs , quç ne Ta été le grand Ho-^ 0lfiii*f^. (Je n*entenda parler, bien entendu, queÛA cbosea qui se rapportept à Tagricul^ ture.) L'un d*eux, quoique helléniste en re-^ nâfn, et professeur imperturbable, a tout iioiplement habillé Théocrite à sa manière «

c'est-à-dire au ton du siècle de Louis XJV; on autre, possédé ou dominé parle besoin, ou plutôt par la passion de Xélégance, a fait un Marivaux, un Florian, un Millevoie du po'éte le plus âpre, le plus indépendant et le plus original ; tous ont confondu les sexes, changé les espèces et même les genres des choses et des animaux. Pour eux, les épis sont des gerbes; les fruits sauvages, des pommes; les violettes, des lis; les amphores, des tonneaux ; les fromages, des gâteaux; les flocons de chardons, des feuilles d'acanthe, etc., etc. Ces travcstissemens ne sont pas moins bizarres ou extrêmes, quand it s'agit des animaux : tes taureaux sont des génisses; les cigales, des sauterelles ou de petits oiseaux. Un berger, par exemple, offre à son ami deux ramiers ; certain traducteur le.s change en poulets bien tendres : il fait mugir les génisses comme les taureaux, et il leur prête une égale fureur, etc. Mais, que devient le style antique propre, c'est-à-dire le bon sens et la science du poëte ? quelle idée peut-on prendre de ses observations sur la nature et sur les mœurs du siècle?

La jeunesse élevée dans les salons, ou par des précepteurs formés au ton du siècle , ou

( 397 ) par des pédans, se prévient facilement ert-* core contre le style antique et ses sujets. Ne -voyant que des choses rustiques dans un Thëocrite classique grec, le nouveau nourrisson de rëcole dominante saute les feuillets qui s'y rapportent, pour arriver à l'idylle quinzième , en l'honneur de Hiéron, où il est question de palais, de luxe, d'ornemens et de parures. Il faut donc avoir, du moins, quelque teinture de Tagronomie, et connaître un peu la physionomie de la nature au temps du poëte, afin de bien saisir l'esprit et le sens du poëte bucolique.

Théocrite avait une très-grande idée du théâtre des champs ; il y voyait la gloire des rois, la transmission de la liberté, et le repos des nations : on en juge ainsi par les cultes et les fêtes consacrés à Cérès. Il était persuadé qu'en les rappelant, c'était bien servir les dieux et l'agriculture ; car les fêtes d'Eleusis, les lustrations et les consécrations diverses ont soutenu l'émulation des hommes des champs. On peut même affirmer que, dans chaque Etat ou contrée, ils ont tous, et respectivement, institué à peu près le culte à Cérès.

Théocrite invite Lycidas à se rendre aux

fêtes thâlësiennes, où, luidilril, ieshottimëë qui cultivent et élèvent des troilpèayx, de font un devotr, chaque année, d*offrir à la belle Cërès \M prémices de îètirâ fruits. Là déesse, sensible à leur hommage, reteplit de grains lenrs greniers (t).

Il représente Cérès tenant d*uyié tMâu dié épis mêlés de pavots (2).

Dans sa dixièm^ô idylle, il pfâclatnë Gérés la mère des fruits et des blés, et il pr6Méf la fécondité à ceu* qui Thonoréi'Ont (3).

L'agriculture, soila Théôcrité , s'el^étçâit à la charrue, mais exelùsivem^t atetr dèâ bœufs. Il n'est déjà plu^ qttè&fiôti de ttÉdUs pour les labour:», comme ktt tbmps' d'fiû^ mère. Il paraîtrait, au surplus, qu'en Sicile, le labour était mdè et pénible (4). Mais comme, aa temps d'Hômèré, ilyayàîtùfhe grande émulation, et même lili pdiiV'É d'ht^ft^^

{\) Homin/^s j pulcht^ Cereri... pfir/dtiaaff'érèîifei.,.i, dea frugibus abondantèr repleni areUWi* {léf\i ^j éààU d'Ëtleane, 1759.)

(2) Mergites etpapavem uLraque manu lenens, {Id,)

(3) Spicifera bene culUi, quant maxime fœcunda, (Idyl. 10.)

(4) StUcos dita/ant baves tettnlet aralruttt. {Idi i3.}

(399 ) neur, à tracer droits les sillons, et à suivre d'un pas ëgal et ferme les chefs moissonneurs : « Malheureux! dit Milon à son ami, que l'est-il donc arrivé ? tu ne peux ni conduire droit un sillon, ni suivre les autres moissonneurs (i)! »

On donnait aux terres novales trois à quatre labours : elles en étaient plus fécondes, et les moissons plus belles. Que ce fait, en tout conforme aux avis laissés par Homère et par Pindare, éclaire donc enfin nos vains amateurs, nos tristes professeurs et les académiciens (2) , qui proscrivent les jachères ^ commandent à la terre une fécondité perpétuelle, et souvent jusqu à deux et trois moissons par année (3) !

Le précepte d*un labour annuel aux arbres complantés en verger, est excellent; car les

(1) Qidd miser nequh snlcum ducere fectniriy neqtiè

siniul segetesy cum aliis. (Idyl. 10.)

(a) G*ëtait la chimère de Fi^nçoîs de Neufchâteau; c'est celle des Tessier, des Yvart, de l'Académie des sciences.

(3) Terj suhactis novalibtts et quatuor aratis simUil^r, acquirimus juslè , jugera frumenti/cra et kortl arboribu» consiti. (Idyl. 24O

( 4oo)

plus beaux arbres à fruit sont incontestablement ceux dont le sol ressent plus souvent le soc de la charrue.

La saison pour labourer et pour semer est indiquée, dans Théocrite, par des signes empruntés de la nature; quand, en France, on se fait un jeu de ces signes, et même des règles de Texpérience. Au temps de Théocrite, il fallait semer ou labourer quand la cigale chante , et quand les araignées tendent leurs toiles (i) : ce pronostic est encore vrai pour la plus grande partie de la France.

Les modes de la moisson et les circons-*tances sont précieux à recueillir. Gomme, dans toute Tantiquité, ces travaux» en Sicile, étaient des jours de fêtes, Hypocooa avait invité la fille du riche Polybotas à venir charmer ses moissonneurs par la douceur de son chant (2). «Moissonneurs, dit Milon dans la même idylte , serrez bien vos javelles, de peur que si quelquun vient à

(i) NovcUia autem excolantur ad sementeniy quum ctcadœ résonnant in summis ronds , ciun lelas araneœ tenues distenduni. (Iclyl. i6.)

(2) MelendbuSf apud Hypocoonten f caniabat, (Idyl. i o.]

( 4oi )

passer, il ne dise tout haut : Cette moisson dépérit {\). »

Le précepte pour la disposition des gerbes est très-sage ; mais on ne le suit, en France, que dans les pays de grande culture : c*est un mécompte fort peu senti. Théocritè veut que chaque tas ou monceau de gerbes (ce qu'on nomme, en Brie, des dixeaux) soit disposé, en raison du site des terres, ou vers le nord, ou vers le zéphyr (2); il dit, avec grande raison, que les grains s'y perfectionnent. Ces tas de gerbes, dispersés dans les champs, avaient pour motif, en Grèce, la facilité d'enlever les gerbes pour les transporter au fur et à mesure sur Taire ; tandis qu'en France, au contraire, on les forme ainsi pour attendre le jour auquel on en fera des meules, ou Fengrangement. Je ne dirai point que les grains en deviennent plus gros ; mais je dirai que c'est une bonne méthode de laisser quelque temps les gerbes sur le champ, et au midi comme au nord.

(i) StrùigUe messores manipulas^ ne prœtenens ali" qids cUcal : péril hic messis. (Idyl. 10.)

{1) Ad boreamy vel %ephirum spectet acervi seclio ^ sic pinguescwit aristœ, {Id.)

Théocrite ne dédaigne point dindiquer le» heures du travail par le chant des allouettes: cet oiseau, en effet, ne chante point aux heures du jour où il fait le plJs chaud (i).

Comme au temps d*Homère, les blés se battaient ou se foulaient sur Taire. Milon, dans Théocrite, recommande de battre et fouler à midi, parce qu'alors le grain s'échappe plus facilement de l'épi : il avait raison (2).

Le van était celul*là même qu*Homère a désigné ; c* est-à-dire , une pelle creuse (3).

Les troupeaux sont déjà connus par le titi'e même des personnages. On voit, en effet , qu'il y avait des troupeaux de bétes à cornes, de brebis et de chèvres.

Je dois faire observer que Théocrite ne parle point de haras ni de mulets.

La consommation des céréales , au temps de Théocrite, après tant de guerres, de révolutions et de tyrannies, formait déjà les

(i) Incipe messoresj quandà galerita cantat.,. desiiiCj ciim dormit. (Idyl. 19.)

(2) Triturantes frumentum méridien ejs culmo iùm

maxime excant. {Id.)

(3) Magnum ventUabrum. (Idyl. 7.)

quinze vingtièmes au moins dos vivres du peuple. On ne consommait plus de viandes des troupeaux que dans les jours de festins et de fêtes, ou à la suite des grands sacri* fices. La tenue ou la conduite des troupeaux ëtait néanmoins à peu près celle du temps d^Homère : les espèces ëtaient cessées et séparées; les élèves suivaient leurs mères aux champs* «Il était doux et agréable, dit Théocrite, d'entendre, chaque soir, mugir les jeunes taureaux (i). »

Quant aux arbres fruitiers , Théocrite fait mention seulemeat du pommier, du poirier, du figuier, du noyer, du prunier; et, parmi les arbres forestiers,^ du pin, du chépe, du bétre et du saule. Je fais observer de nou* veau que je ne fais mention ici que des ar« bres indiqués par liiéocrite (2). Il paraîtrait que la figue était en proie aux scarabées (3).

(i) Dulce mugU vùulusj duke et boa. (Idyl. 9.)

(2) PimiSy pyraferaU (Id. i .)

Eoce tibi decem poma qffero , dec^rpsi undè me jus^ sisti, {Id, 3.)

MaUs amores mbendbus simUes. {Id. 6.)

Pyra ad pedes et mala curvatà$ ramiSf prunis gm-

voie... non euro nucesy puUe apposUâ. {Id. $.) ' (3) Odi scarabeos ficus vorarUes. {Id. 5.)

Quant aux légumes, Thëocrite nomme seulement Toignon , Tail, Tache, Fasphodèle, la sariette (même observation que pour les arbres)é II est aussi question de la fcre , mais seulement de celle qu on fait griller sur lâtre des foyers (i).

Le régime diététique ordinaire semblait se réduire, dans la grande Grèce,- au laitage et k la viande des agneaux , des chevreaux , des porcs de lait et des pigeons. Il n^est, du reste, question de céréales, dans Théocrite, que par leurs préparations sur les âtres , sur les trépieds, ou dans des vases, pour la bouillie* La chasse ne fournissait de vivres qu aux riches qui avaîei;it des filets ou des meutes. L*attirail décrit pour un pécheur, portera croire que les Grecs modernes ne faisaient pas plus de cas des poissons que les anciens. Une chèvre, un chevreau, un agneau et même un fromage étaient donnés en prix (2).

Les gâteaux cuits sous la. cendre, et la bouillie, étaient les mets les plus usités. II n'est pas question des fours dont parle Hip-

. (1) Fabam^ in igné torrebil, (Idyl. 5.)

(2) Caprum dedi in pretium j caseumgue maffuun.alii laclis. {Id. I.)

pDcrâtc^Egon, dansunTepas, mangea quatrevingts gâteaux (i). La chasse se faisait aux lacets, pour les oiseaux ; et aux filets, pour les bêtes fauves (2), Parmi les oiseaux domestiques., il n'est question que de pigeons (3), -Quant aux porcs, il nest question que de •ceux qui tettent leur mère (4).

En ce qui concerne les boissons, il est seulement mention du vin et du vinaigre. On n'y dit rien de la bière, ni du vin de dattes, de pommes ou de poires.

La vigne avait pour fléau les sauterelles (5).

Théocrite parie positivement du pressoir pour les raisins : on peut en induire que les premiers ont ëté vus dans la grande Grèce. Ces pressoirs, au temps de TThéocrite, étaient devenus des lieux de plaisirs. Lycidas, étonné ' -de voir un de ses amis marcher vite , lui demande s'il va danser sur quelque pressoir (6).

(i) OEgpn octoguita^ sohiSy voravit placenta ^ (Idyl. i.) EdiUus pulle.».

^) Âvibus autem laquds 9 feris sylvesiribus , retin. (Idyl. 14.)

(3) Mactaveram duos colombmos* (Id.)

(4) Lactentemque porcum, [Id.)

(5) Locustœ, ne meas lœdatù vineas, (Idyl. 5.)

(£) jétt aUcujiis cMmn tortulmry properoê? (Id. 10.) -

La possession d^une quaùtité d^ mesures de via était Un bonheur. Milon dit à Battus : «c Que tu es heureux! tu puises le vin à volonté 9 et moi je n ai pas même assez de Tindigre (i). • La conservation du vin , dans la Sicile, était la même que dans la Grèce pélagique ; c'est-à-dire, dans des amphores. Le mode pour les ouvrir y est exprimé sans aucune ambiguité. Théocrite rappelle à Amynthas le souper délicieux quils firent chez Phrasydame : on humecta le couvercle des amphores, qui conservaient du vin depuis quatre an^ (a).

Ëschyne traite deux amis ; il leur sert du vin de quatre ans, qui était encore si parfumé et si doux , qu il semblait qu on venait de le puiser au pressoir (3).

La quinzième idylle est un tableau charmant de mœurs et d'industrie : le naturel et Fart y sont exprimés avec une grâce parfaite.

(t) Dolio...^. haurii ego vero ne qwdem aceii satà

habeo. (Idyl. lo.)

(2) Quadrinum autem biblinum à doUorum lui^cio relinebaUir vinwn, . .

(3 j Relevi auletn biblinum y odoriferum y quadrinum et dulce, quasi ex torcularijam haufan, (Idyl. i40

Deux femmes se disposent à aller au palais d'Hiéron : leurs apprêts , leurs discours, leur toilette» l^s rencontres, et les obstacles pour y arriver, sont autant d'épisodes d'une aimable et précieuse vérité dans les d^scrip*lions (i).

S*il fallait juger de^ vétemens communs par ceux des chevriers , on donnerait au vulgaire des habits de peaux ; la misère publique, }e premier fruit de la guerre, le fait trop présumer. £h! d'ailleurs, tel a été et tel sera toujours le sort des peuples esclaves dans les Etats despotiques; car, dune part, 4^ voit un grand et superbe luxe chez les iprandsetles courtisans, et» de l'autre, des yétemens de peaux d'animaux domestiques, ou des baillons.

Il y avait sans doute des vétemens de laine, puisqu'on y connaissait la manière de la prél^ar^r, de l'affiner, et de là rendre moelleuse (2); On s'assemblait, les soirs, en veillées, où il y avait toujours des chanteuses.

Il en était des chaussures comme des ha-

(i) Qttaks vercBj animatœ y intextœ. (Idyl. i5.) (2) MoUe stamen , inter genua , manibus versahant , ejSriremo vespere^ cantu célébrantes, [Id. 40

bits ; les uns allaient pieds nus, et les autr«t^ avec de riches brodequins. Un berger s'était mis une épine au pied ; on Tavertit de mettre des chaussures de cuir, quand il gravira la montagne, qui est remplie d*arbustes épineux (r).

L'idylle de Praxinoë et de Gorgo a montré le côté brillant du luxe et des mœurs; mais quand il s'agit des passions amoureuses, le revers est scabreux et difficile à produire.

Sous le climat de Syracuse , les feux de l'amour étaient extrêmes et désordonnés : les chévriers surtout, de génération en génération , y étaient devenus des hommes en quelque sorte distincts de ceux des villes. Si les occasions d^un sexe différent manquaient à leurs passions, ils ne se faisaient point scrupule de les assouvir autrement : c^est du moins là une des raisons qu'on peut donner de leur brutale dépravation. Mais quelle raison alléguer pour ces hommes élevés, riches et poljs , et qui , libres de choisir des femmes, n'en faisaient aucun cas? On a blâmé Théocrite d'avoir relevé ces turpitudes, qui

{i) In monte y cum ambulas^ discalceatus non eas, quoniam ntbi el tribuli virent. (Idyl. 4%)

(4o9) ont traversé tous les siècles, et dont les chroniques, celles même de la cour de Louis XIY, et celles des temps présens, signalent encore, dans la capitale, de si honteux penchans. Le pudique Virgile s'est exprimé sur ce point comme Théocrite : Tun et l'autre ont pensé que la poésie était la première muse de l'histoire ; et qu'en fait de mœurs , si on se bornait à ne dire que ce qui est honnête selon le culte et la morale, on connaîtrait bien peu l'homme, sur les pas duquel se trouveront toujours plus de vices que de vertus.

Théocrite ne s'est point expliqué sur la division du temps , d'après l'astronomie , la première dès grandes sciences de l'homme. Il n'en a dit qu'un mot géorgique, et, je le répète , il se rapporte au chant du coq : ce chant est toujours observé par les habitans des campagnes ; le texte sacré ne l'a point dISédaigné, pour marquer les heures de la nuit (i).

Je n'ai reproduit qu'une faib)^ partie des richesses et des beautés de Théocrite, et celle qui se rapporte le plus à l'histoire de Tagri-

(i) GalU iertium, jani ultimum dilucuhim cantu indicabant. (Idyl. 24.)

( 4io )

culture ; mai^ ce que j*ea ai dit suffit pour inspirer le désir de le connaître dans son ensemble. Ses idylles 9 en général , respirent de généreux sentimens , et toujours une parfaite connaissance de lantiquité. Il lui était facile de monter sa lyre sur un plus haut ton ; mais il était modeste comme un poëte géor gique doit Tétre. Il ne croyait pas^ d^ailleurs, quil fût possible de se faire Témule d'Homère, sur lequel il s est exprimé ainsi : «Ho* tf mère, le plus grand des po'étes, suffit assez « aux hommes (i). »

A toutes les qualités , Théocrite réunissait encore un grand amour pour la liberté : il aimait les rois » car il aimait Hiéron ; mais il n a pas craint de dire qu'il lui préférait Ptolomée. «Si tu yeux être heureux, dit -il à Eschyne, pars pour TËgypte : là règne Pto<loméé, le meilleur des rois pour rhomms libre ; il aime les muses; il est bon, af£ablei plein de bienveillance; il connaît un ami, encore plusjan ennemi ; il fait des largesses, et il accueille les supplians, comme il con*-

(i) tStflû omnibus f Home fus hic poetarum optimus. (ïdyl. i6.)

Tient à un roi. Pars donc au plus tôt pour l'Egypte. »

Théocrîte, enfin, réunît à ses titres propres la gloire d^avoir inspiré à Virgile, sinon ses ëglogues , du moins ses gëorgiques.

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