‹ Histoire de l'agriculture ancienne des GrecsChapitre 8 sur 32 · ÏO · texte numérisé non relu

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réflexion, fort juste , ressortit de répis^de de Dolon , ehv#yé comme e&pîon dans le camp dés GrecsV Ulysse dit qu'il passa près de lui, à; la distance d un sillon tracé par des mules (i). ■ -V. '•.-• - •• • -; .-

Il résulte de cette comparaison, que les^ bœufs attelés à la charrue composée, faisaient des levées de terre larges et profondes, tandis que les mules n'ayant à soulever quun terrain meuble , traçaient des sillons plus petits; et cest à cette exiguité qu Ulysse fait allusion, pour exprimer que Dolon paçsa tout près dç lui.

Les hommes superficiels, et tous ceux pour qui le mot du maître fait autorité exclusive, pourront peut-être contester la réalité de ces labours, parce-quils sont offerts dans un poëme dont l'imagination peut avoir fait tous les frais; car il faut s'attendre à tout dans un siècle où Ton renie la nature, où Ton ne veut que du bel esprit, certains beaux arts, des théâtres, des romans et de l'agio; dans un temps où le niente le plus absolu, et où la poésje sentimentale et romantique suffisent pour faire asseoir au fauteuil académi- - ' t ' ■ ' • -^ ' ■

(i) Quantuhi sunl suki mularum, {lUad.y 1. t6.)

qtie» et; eharger les auteurs piivilëgiës de maûitea sinécuree. Mais si un poëte épiq«è oiui géftrgiqne daiimit aujourd'hui la destrip** tîon d^une charrue, dont chacun de nousra^ connaîtrait la rëalîté, dirait-on que c'est une œuvre de Tioiagination ?

C'est une fiction^ sans doute, que la blonde Cérè$, <:édant a son penchant pour Jasion, Fait épousé, et quelle ait dormi avec hit dans un champ labouré pour la troisième fois (i); mais cette fiction, au réel, est, pour l'homme qui a la moindre idée de la culture , un excellent précepte ; car il signifie qu'une terre est plus féconde quand la charrue, à certains intervalles, Ta disposée trois fois pour recevoir l'ensemencement. Hésiode, dans sa Théogonie, a dit aussi que Plutus était né de Cérès, dans un champ qui avait été labouré pour la troisième fois (2).

(i) Ççme^ pulçhrtt Cciis^ suo arlimo obseçmUty con^ ndxta cunore et conwbùuy novali m tertio. (Otfy'ss.y !• 5^

(2) Cerès quidcnis Plulum pepent prœstant&sima dea-nmiy Jasione ndxta ^jucundo novaîi^ in pingui tractUj cuivero obviam ittwn Locuptetem fecil. (Hësiod., de Gen.

Toute idée àe fiction, an sirrplM, diÈrpi raît, quand onp6ii«e qtfHomàVe n'a j^if dîrt!, sur uni tel SK^et, que ce quil^atàif vttj qtiând lesi modes qu'il décrit se trouvent être prédsément cedi^ diT siècle immédiat et de tous les: siècles intérieurs, jusqu'à tioils.

Supposons (fùûn poefee, riche dlmagîna* tibn , fasse , dans de^ géorgîques fratiçaiseS:, la description du mode par lequel on bat encore çn France les blés en plein air, au lur et à mesu]?e de la moisson. Il dirait : « Dans; plosietirs coôtréès dé Theureuse et opulente France, mère d'hommes forts et généreux^ on a renoncé à l'antique usage de faire sortir les grains du blé sous lés pieds dès chevaux, des boeufs et des miilels. On voit dans F Aquitaine, et à chaque moisson, de vigoureux jeunet gens s^umelttd à leurs fléaux les gerbes^ des champs fertile^. Dès que le soleil a dissipé la rosée, ils délient les gerb^es; ils en font d'abord un chevet moelleux, sur lequel ils étendent autant de gerbes que Taire peut en t^nir, ^t de telle manière « qu'on ne voit plus briller au soleil que la surface des épis. *

« Quand Taire est ainsi garnie, huit, seize ou trente^déttx ^^hlèt^s amis et rivaux , s*ar-

( 48 ) ment chacun d'un flëau jpris à de jeulied frênes ou à de jeunes poiriers. Ce précieux et simple instrument est divisé en deux parties : la première est longue d'environ quatre pieds; elle est tenue et exercée à deux mains; l'une, celle du bas, est assez éloignée de l'au^ tre ; la seconde partie , tout à fait semblable au.sceptre antique, tient au sommet de la première par un fort lien pris au cuir d'un bœuf tombé par le fer. Ce lien, ingénieusement contenu , est à la fois mobile et fixe ; et ces deux parties forment ce qu'on appelle le fléau.

« Au signal du chef, les seize ou trente^ deux batteurs font aussitôt, mais succès-^ sivement, tomber les fléaux sur les épis. Tous leurs coups tombent en mesure ; les uns frappent les épis; les autres lèvent Içs fléaux ; ceux-ci sont levés ; ceux-là vont tomber : tous les fléaux sont en mouvement; chacun frappe à son tour, sans se heurter ni se confondre ; car le moindre accident qui arriverait à l'un d'eux ferait aussitôt arrêter les autres : tant la mesure est de rigueur pour l'oreille. »

Voici , certes ,. une description qui passerait, dans l'esprit du phis grand nombre de

hors Jèttrés pâmre)is, pour un épisode poeti-^ que, c'eist-à-dire, drimagînâtiôn ; cepencjant, cette description est de toute realité dans ses parties : j'en appelle aux propriétaires de rindrè,, de la Viepne ou de la flofreze, qui font valoir lèiirs terres. Il est possible même que ce ihode se perde un jour, soift parce qu'il n est pas ecoïiromique ,• soit parce que les intempéries, devenues extrêmement fréquênies, perdent souvent, sur ces aires en plein air, ïés blés et les pailles. On me saura gre^ peut-être un jo»r *afe l'avoir décrit tel qti'ii a existé : il appartient d'ailleurs à Thistoii:e de lagricuUureJ^i). \ - *^

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(ly Si nos agrcNDomes de Paris; A tous ceux qiie le désQeûyfceBQ^Dt a fait se jètér dans l'ag^icultiire avaient fait d^abord ce ^e j*ai fait 'p3ùr ,1a charrue et pour le mode de bSittre les grains au fléau , on ne Iqs Terrsrft pas acheter fort dier des machines qijii perdent \^ païUe , propre au' fourrage; des machines qui exigent des manegeç^ cinq, huit à dix: |^ersonnes pour leur , service; qui se détraquent ' souvent , et que., fauté d'ouyriei^ , il • faut ahandonner. Je conçoiç que les bourgeois du raidi en approuvent- imç qui , en huit jours , les met en posses- . sion^de leur moitié de blés; mais que faut-il penser de la raison de ceux quij.ont taiat d'iut^ret à conserver longtemps leurs grains dans l'^pij et à s'assurer, en outre, un excellent Iburrage poitr toute Tanàée? ^ *

Agricvl. èm Grecs. A

J*ai fait cette digression afin de prévenir/ pour la suite, une foule d^objections qu'on est si prompt ou enclin à faire, quand on trouve plus commode de nier, que de s'instruire. Qu'importe, en effet, que ]a description d'un mode rural se trouve sut le bouclier d'Achille, si d'ailleurs elle est parfaitement juste et conforme à tous les perfectionnemens de l'expérience?

Si Homère n'eût pas été un agronoriie, aurait-il pu dire que, pour exécuter un bon labour, il fallait une forte charrue attelée de deux bœufs de même âge, de mêitie taille, et habituellement bien nourris; que la levée de terre, dans un défrichement (noi^ale)^ devait être bien renversée, et prise à une égale profondeur; que les sillons devaient être droits, et qu^il fallait que les premiers fussent croisés par d'autres sillons avant d'être ensemencés en blés? Car c'est encore le labour d'émulation, et celui que pratiquent les meilleurs laboureurs en France*

Qui lui avait dit encore que la vigne, pour produire du bon vin, devait être tenue en rangées, appuyée sur des tuteurs? Tout ce que dit Homère, à ce sujet, est parfaitement juste, ir avait donc vu, observé et raisonné

(Si )

i€S effets des modes qu'il rapporte : il serait impossible d'attaquer ces conséquences, que les siècles ultérieurs ne cesseront de confirmer!, i

Poursuivons Fart du labour : il rie s agit plus du bouclier d'Achille.

Un des amans de Pénélope raille Ulysse -, déguisé en mendiant, sur sa faiblesse et sa décrépitude.

« Qu on nous donne à chacun , dit Ulysse , « une bonne charrue ; qu'elle soit attelée de « deux bœufs d'un poil roux, de même taille « et de même âge : nous les conduirons dans « une terre qui n'a pas été défrichée ; et dn « jugera lequel de nous deux aura mieux ren- « versé le gazon, et tracé les sillons les plus « droits (i). »

Tout homme un peu familier avec la vie des champs, qui aura seulement observé la tâche que s'impose un laboureur, en restant à la charrue, depuis le lever dn soleil jusqu'à son coucher, reconnaîtra aussitôt la justesse de la comparaison suivante.

Ulysse brûle du désir de revoir sa patrie ; le roi des Phœaciens lui apprend, unmatin, que

(i) Experiamury boves ag^idi^ opUriéy /tUHi^ moffiéf

tout est disposé pour son départ, après le coucher du soleil : jamais jour, dit-il ^ ne lui avait paru plus long et plus insupportable.

«r Tel un laboureur, fatigué d'avoir tracé u tout le jour des sillons avec une forte « charrue attelée de deux bœufs noirs, nas- « pire qu au moment de voir le soleil se courte cher, afin d'aller jouir du repos dans sa « maison (i). »

On trouve la même exactitude dans ce que dit Homère des moissons ; toujours au sentiment de la gloire de la patrie, il rappelle Tantique usage de décerner aux héros, vainqueurs des ennemis , des parties de champs couverts de riches moissons, à prendre dans le domaine sacré. Il dit :

« Des moissonneurs armés de la faucille «t aigue font tomber et placent en ordre les « poignées d'épis; trois hommes sont occu- « pés à les rassembler en gerbes et à les

paresque œtate^ in arvo {fuatuar ju^rum timc videres

an- sulcum condnuwn proscinderem , an caderet gleèa sucf aratro. {Od^ss.^ 1. 18, v. Syo.)

(i) ut vir, cid tota die^ per novale boves nigri traxe^ runi aratrum compacUle , optai ad cœnam ut soUs lumen evanèscal; (Odyss.yl. iZ.y

ff lier (i); de jeunes eafans le& suivent et « leur présentent les javelles;, pendant ce « travail; le ipaîtr^^de la mbîsson, tenant son (^ sceptre en main, ^st assis au milieu d^eux

tf et sans parler; mais son cœuç est pleiii de à joie en conteinplant la richesse qui lui est

•■■*■ « réservée.

« Non loin, à l'ombre d'un chêne, des hé- « rauts. préparent le festin ; ils viennent diu^- « moler un bœuf; à quelques pas du chêne , « des femmes sont occupées à détremper a desfarines blanches pour le (Mner des mois- « sonneurs (2).»

(1) Homère pe dit poinl de celles ^sortes étaient les Ueqs des gerbos :. tout porte à croire qu'ils étaient de jets de bois en sève. (îe mode, Joipt au parcours des chèvres, aux Desoins des lances pour la guerre , a où bâter, la dëiiùdàliôn cfu tél'ritôi^ë grec. La F'çancè , pendant àéi siècles, t( èti ^écbtirs aux liens de bois pdùi' les gerbes j l'usage en :exi6te encore; mais MM. ksàyôcats du plilt|nétoiitdtt,, par l'organe de M. Laine, qu'un code rural ëiait inutile : les avoues n'auraient peut-être pas ose le dire.

(9) Agrunt pr&fiAtulœ. segedsji.^ltes stuidùs in manipus ; manipuli rectâ série çadekant; tres" autern inskUfant, et jfOpè puét^j in ulttis ,ajffènsnies, ^orri^àamL Rex verb sikntio sceptrum (àmns ^ }aiius<orçle^y isiàbai^ iwprœcoHês seanimi sub ifuetcu cenxfismm parabMitik bovètn n^npè

Dans quels poëmes de nos jours troure-t-on des descriptions de ce genre? Ils n'oseraient, parce que T Académie, Topinion et le romantisme réputent indignes de la poésie des dé^ tails champêtres : ce serait bien le cas de demander à l'Académie , si elle regarde Xlliade comme un poëme, et Homère comme un poëte (i). Le chantre des Grecs ne s'est point borné à ce premier trait sur la moisson ; il a trouvé moyen d'en tirer une belle comparaison, qui a le mérite encore de se reproduire telle parmi nous, et surtout dans les pays hors Loire.

Les Grecs et les Troyens sont près d'en

venir aux mains :

ce Telles, dit Homère, deux bandes de mois- « sonneurs se placent aux deux extrémités te d'un vaste champ couvert d^une belle moia- « son; elles s'élancent à l'envi l'une contre « l'autre I en faisant tomber précipitam- « ment les épis d'orge et de froment (2) :

macUitwn curabant; mulieres autem messoribusjarinas aU bas imndscebant. (IHad,, t. 18, y. 555»)

(i) Je suis convaincu que les hommes à prose n'ai^ l'aient , sur ce point , qu'une opinion vague ou complexe.

(2) 1,^ Grecs ne cultivaient que Torge et le fromei^t^

« tels les Grecs et les Troyens (i), etc. »

Les Aristarques ont dû approuver la belle figure poétique qu'il a su faire ressortir d'une plaine couverte de beaux épis , quand les vents Fagîtent, se jouent à sa surface en faisant djes vagues et des ondulations qui se forment et s effacent à tous les instans.

Agamemnon propose aux Grecs de retourner dans leur patrie ; cette proposition excite un murmure général.

« Tels sont les flots de la mer Icariëhne , " quand ils sont agités par les vents d'orient « et du midi : tel, continue Homère, par une « comparaison redoublée , on voit dans une « vaste plaine les moissons ondoyer à grands « flots, lorsque le fougueux zéphyr vient « s'abattre sur elles et les forcer de s'abais- « ser jusqu'à terre (2). »

Les labours et les moissons avaient dû nécessairement conduire les Grecs , déjà si

(i) Quemadniodum messores opposili invicem segetes metendo , obviam festinant : manipuU crebri cadunU Sic irojani et achivi, {Iliad.y 1. a, y. 147 •)

{il) SiciU , cùm zephirus ingentem segetem supemè ùir gruêiu tiincumbens inclinât spicits, {Id.y 1. 7. y t. 149O

instruits, à inventer des modes de préparai lions pour battre et nettoyer les grains ; Homère nous en dit deux qui ont été adoptds. dans les siècles suivans,; çt c'est en parlant d'Achille , son héros îavori , qu il fait inteiv . venir le mode de battre le^ blés. Achille , au combat, tue ou^ renverse tout ce qui se présente à lui.

« Tel, lorsque les bœufs au large front fou- « lent les épis d*orge sur une aire aplanie ; « ils sont aussitôt mis en débris sous les ic pieds des bœufs : tel Achille (i).»

Les Troyens se rallient; les Grecs surpris font volte face ; ils sont encore couverts de la poussière des derniers combats.

« Tel , quand on vanne les blés des aires « sacrées , et que les pailles et les grains , *t chargés de la poussière de Taire , sont « poussés au loin par le vent qui s'élève (2), ^ tel »

Le mode de vanner le blé en le jetant au

(i) Ut ciun qms junxerii boves lotis fronUbus y ut tritu-rent hordeum in ared equalij prolinits commùutentes sub^ pecUbus mugienlium, {IHad.^ 1. 20, v. 49S-)

(2) Sicutcuitem per areas sacras^ vins veniilantibus ,

vent à tour de bras, est bien certainement d'invention grecque ; leur van était une pelle creuis)^ et qui ressemblait à uïie raine de vaisseaii; Ulysse en a mém^ (ait, un signe de rec^nnaissancW Ce mode , .«lalgré tous les moulins d'AIl^îïiagite et d'Angleterre, est encpf^'lè.flmeiileur^oiU*' blé positi-

vement net, et le gl:àîn 1$ plus parfait pour les sémenceâC;M*À'^ai indiqué* le mode et Je^ motifs dans moïk- Cours d'agriculture.

On suivait lemAênië mode pour vanner les grains légumier».

Helenus et Ménélas se combattent à coups de flèches; mais '^celles d^ fils 4e Prîam ne font qu'un vain b.rciit'Silr le Wuclier du fils d'Atrëe. ^ '

Telles retentissent les fêtes noires et les pois que lance un vanneur vigoureux sur une grande aire découverte (i).

Aucun traducteur, -aucun historien na

quandb jlava Cerès , ventis urgentlùus , secemil paleas fjructumque et sub albicant paiearum receptacula.'{Iliad,y I. 5, V. 5oo.)

(i) Ut videUcel y ventihions impetu j m(ignam per areaniy saUunl fabœ nigrœy vel cicera. {Iliad,jh i3, V. 589.)

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