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Lettre de Dom Pernety sur une Histoire critique de Nicolas Flamel,
Il a paru chez Desprez, imprimeur Libraire rue S. Jacques, un gros volume in- 12 sous ce titre Histoire critique de Nicolas Flamel, etc., par M. L. V***. — Dom Pernety, religieux bénédictin de la congrégation
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de saint Maur, a bien voulu m'épargner la peine de lire cet écrit fort ennuyeux. La lettre qu'il vient de m'adresser vous mettra au fait de l'ouvrage en question. Monsieur,
Après l'analyse que vous fîtes dans votre année littéraire au mois de novembre 1758 de V Essai Historique sur saini Jacques de la Boucherie, par M. l'abbé V***, j'aurais cru que cet auteur se serait condamné au silence. Mais vos remarques au sujet de la digression sur Nie. Flamel, et l'envie de justifier une opinion hazardée qu'il a pris le parti de ne pas abandonner, ne lui ont pas permis de se taire. De plus, des personnes avantageusement connues dans la République des Lettres et pour qui toute vérité est précieuse, lui ont marqué un désir ardent de connaître à fond un homme aussi renommé que Flamel. Il a été excité encore par la communication d'un article qui le regarde, dans une nouvelle édition que l'on prépare d'une description de Paris, où l'on adopte et l'on donne comme vraisemblable votre opinion qui est aussi la mienne ; tous ces motifs détaillés dans un Avant-propos lui ont fait entreprendre une Histoire critique de Flamel, et il se flatte d'avoir porté jusqu'à la démonstration tout ce qu'il a annoncé.
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Un écrivain très versé dans cette matière va publier incessamment une réfutation du nouveau livre de M. l'abbé V***, parce que, dit-il, toute vérité lui est précieuse et qu'il ne peut voir de sang-froid que M. l'abbé •V*** se flatte d'avoir de meilleurs yeux que tous les •gens avantageusement connus dans la République des lettres depuis près de trois siècles.
Je laisse à cette personne le soin de désabuser M. l'abbé V*** et je me contente de lui proposer quelques problèmes à résoudre et de lui présenter quelques réflexions que ses ouvrages ont fait naître.
Quand on avoue qu'on ignore absolument une science, doit-on s'ingérer d'en raisonner, déjuger de ce qui peut y avoir quelque rapport, et de contredire ceux qui sont unanimement regardés comme maîtres en ce genre ? M, l'abbé V*** sçait-il ce que c'est qu'un philosophe hermétique, la conduite qu'il doit tenir pour sa tranquillité, la manière dont il se comporte dans la distribution •de ses bienfaits, etc. ?
Ignore-t-il l'essence et le caractère distinctif des emblèmes, qui consistent à cacher sous l'apparence d'objets connus, des choses qui ne sont apperçues que par des yeux plus clairvoyans que ceux du commun r
N'y a-t-il pas au moins de la témérité à traiter de.-
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fable pure ce que des Scavans dans tous les genres, des gens très sensés, ont cru pouvoir regarder comme des réalités ?
Peut-on raisonnablement s'imaginer qu'un philosophe liermétique doive s'afficher tel? et M. l'abbé V*** a-t-il pensé trouver Flamel philosophe dans les contrats de rentes, les quittances, etc., de Flamel homme privé ?
Fallait-il employer plus de 400 pages pour nous accabler du détail minutieux de ces rentes, de ces quittances, . etc., de Flamel se conduisant comme bourgeois bon chrétien ? M . l'abbé V*** pour se convaincre que Fla-^ mel mérite le nom de Philosophe voudroit-il que dans les contrats qu'il a faits, dans les quittances qu'il a reçues ou données, il eût signé, Nicolas Flamel, Philosophe Hermétique ?
A-t-il cru de bonne foi qu'en secouant la poussière dont il s'est couvert, en feuilletant les ^vieux parchemins des archives de saint Jacques de la Boucherie, il persuaderait aux sçavans qu'ils sont aveugles ; qu'ils doivent le prendre pour guide, que Flamel n'a jamais su le secret de la science hermétique, ni même travaillé à s'en instruire, ni écrit sur cette science, parce qu'il n'a trouvé dans son coffre de six pieds de long, ni poudre de projection, ni lingots d'or, ni les ouvrages manus-
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crits de Flamel ? Pense-t-il que sur de telles preuves sa décision sera sans appel ; que Flamel sera dépouillé pour toujours du titre de philosophe et dégradé de la classe dés sçavans dans ce genre ?
Il ne me reste que quelques réflexions à présenter à M. l'abbé V... sur la manière dont il s'exprime au sujet du manuscrit de Flamel que vous avez cité dans votre lettre du mois de novembre 1758. « On trouve, dit-il, « ce langage presque paternel dans un autre traité de « l'œuvre hermétique, que dom Pernety, bénédictin, « prétend avoir été écrit en 1414. Ce révérend père « qui a fourni quelques mémoires littéraires à l'occasion « de ce que j'ai dit de Flamel dans l'essai, assure avoir « vu ce traité manuscrit^ qui est, dit-il, de l'écriture du « temps. Cela peut être. Il dit encore que le manuscrit « est écrit de la propre main de Flamel, comme ajoute- (( t-il, le manuscrit le porte. Cela peut être encore. Un « écrivain copioit alors des livres, c'étoit sa profession; « il pouvoit y mettre son nom pour se faire connoître. « Flamel, écrivain et libraire juré de l'Université peut « par cette raison, avoir mis son nom au manuscrit qui « est un psautier ; mais qu'il ait composé le traité allé- « gorique que dom Pernety, dit être sur les marges, « c'est ce me semble ce qu'on ne peut admettre. » Voici
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la preuve qu'en apporte notre sçavant critique : « Je « trouve qu'en 1414 Flamel fît crier et subhaster une « maison rue du cimetière ^aint-Nicolas... II acheta « encore plusieurs rentes qu'il serait trop long de détail- C 1er. La seule année 1414 nous fournit de sa p)art huit « actes, reste de beaucoup d'autres qui ne sont point « parvenus jusqu'à nous. » Donc il n'a pas composé ce traité. Autre preuve, ce traité est allégorique, donc il n'est pas de Flamel. Troisième preuve: « J'observerai « encore que. dans le peu que contient l'extrait donné « par l'auteur de V Aïiné& littéraire, on ne trouve pas à « la vérité, des preuves de: fausseté aussi évidentes que « dans l'explication des figures du charnier, mais il est « aisé d'y remarquer que ces deux auteurs sont égale- « ment peu au fait de la véritable histoire de Flamel. « Ils rapportent sérieusement l'un et l'autre ces expres- « sions de notre écrivain : Après la mort de ma fidèle « compagne Perenelle, y me prend fantaisie et liesse, « en me recordant d'icelle, escrire en grâce de toy. Il y « avoit au moins 17 ans que Perenelle étoit morte. « Après une si longue viduité on ne s'exprime pas « comme on fait parler ici notre écrivain. » Flamel n'avoit pas oublié une femme qu'il avoit tendrement aimée, au souvenir qu'il en avoit, son cœur tressailloit encore