TOTAL
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Martinique 4827
Guadeloupe 1829
Bourbon 4827
hectares on 31 lieues un quart carrées, la lieue ayant 5,000 mètres de longueur.
« Soixante-dix-huit mille cent hectares, c’est-à-dire trenteune lieues un quart carrées, suffisent donc à la production de vos produits coloniaux, y compris les terrains occupés par les habitants, les cases, les jardins de luxe, etc.
« La plaine de la Metidja seule présente une superficie de cent lieues carrées, et le côté de la lieue étant de cinq mille mètres, elle donne une étendue de 250,000 hectares propres à la culture.
a A supposer qu’on remplaçât tous les produits coloniaux par ceux d’Alger, il resterait dans cette seule plaine de la Metidja 171,900 hectares libres.
Après avoir établi que la quantité de coton que la France achète à l'étranger pour sa consommation industrielle pourrait être produite et au-delà dans les 171,900 hectares libres, et que tous les produits coloniaux de la France ne sont dus qu’à une population de 331,264 individus, le général Glausel ajoute :
« Doutez-vous qu’en moins de trois ans, la population d’Alger ne dépassât ce chiffre de 331,000, si on excitait par une éclatante protection les agriculteurs à s’expatrier? N’oublions pas qu’il y a vingt-six ans les États-Unis d’Amérique comptaient à peine une population de trois millions d’habitants, et qu’aujourd’hui cette population est de plus de treize millions. J’ai fait moi-même partie des colons qui ont formé l’état reconnu sous le nom d’Ëtat Alabama. Eh bien! Messieurs, avec des terres inférieures à celles d’Alger, avec une population inférieure à la population actuelle de la Régence et avec treize ans d’existence seulement, elle livre au commerce une plus grande quantité de produits que ceux que je viens de vous détailler.
« Pour éviter le titre d’utopiste, je me renferme dans une étroite possibilité, dans la colonisation seule de la plaine de la Metidja, dans une culture faite pour ainsi dire sous le canon d’Alger.
« Sans doute, si l’on voulait embrasser tout d’un coup la colonisation de la Régence depuis Bone jusqu’à Oran, et disperser ainsi dans une immense étendue de pays des habita-
lions isolées, sans appui et sans correspondance entre elles, l'entreprise serait impossible; mais en partant d’un centre puissant, comme l’est Alger, en marchant graduellement de ce centre à une circonférence chaque jour plus étendue, en faisant protéger cette circonférence par des moyens militaires qu’il serait très facile d’établir, vous obtiendrez rapidement des résultats heureux.
« Une ligne de fortins, à la manière des Romains, à l’entrée des gorges de l’Atlas, des marches militaires constantes et bien dirigées, une correspondance bien établie d’un poste à l’autre, couvriraient plus que suffisamment les travaux des colons qui, eux mêmes organisés militairement, participeraient à la défense de leurs villages. Une portion de la plaine de la Metidja acquise à la culture, il serait facile de s’étendre peu à peu , à condition que les habitations resteraient liées entre elles par leur proximité.
« On dira peut-être que ces moyens sont insuffisants et que les Arabes n’en feront pas moins une guerre perpétuelle aux colons extrêmes qui borderont l’étendue des terres cultivées. Je répondrai que l’on connaît mal l’esprit des Arabes, que je crois l’avoir profondément étudié, que j’y ai vu, comme dans la plupart des hommes, une obéissance prompte et facile à ce qu’ils croient une volonté ferme et invariable; mais qu’en même temps, lorsqu’ils voient de l'incertitude dans les projets qui leur sont contraires, ils ne sont ni moins empressés ni moins habiles que d’autres à combattre ce qu’ils espèrent détruire et ce qu’ils voient surtout mal défendu. Que le gouvernement se persuade bien de cette vérité. Qu’il fasse que les Arabes ne doutent pas de son intention de conserver et de coloniser Alger, et bientôt toute cette inquiétude cessera.
« La colonisation d’Alger me paraît un de ces évènements qui datent, comme les découvertes dans l’histoire des peuples, et je ne fais aucun doute qu’Àlger bien administré pourrait, en peu de temps, non seulement remplacer toutes nos autres colonies, mais encore nous affranchir du tribut que nous payons aux Indes. Dans peu d’années, Alger suffirait aux frais de son occupation, de sa défense, de son administration ; Alger,
en un mot, pourrait être la gloire d’un gouvernement et une source de rickesses pour la France. »
Telles étaient, en fait de colonisation, les vues du généraladministrateur qu’on semblait entraver avec préméditation. L’avenir s’est chargé de les justifier : on a fini par les adopter toutes, mais après dix ans de tâtonnements, de fautes, d’incroyables aberrations dont on ne trouverait d’exemple dans les annales colonisatrices d’aucun peuple. La France a dû payer de son or et de son sang l’ignare routine des bureaux. En février 1831, le général Clausel fut sacrifié à des répugnances sans raison et de vaniteuses puérilités de pouvoir. Le général Berthezène le remplaça.
Soldat de la République et de l’Empire, le général Clausel avait gagné tous ses grades au champ de bataille. Enrôlé comme volontaire en 1791, il était devenu aide-de-camp du général Pérignon dans l’armée des Pyrénées-Orientales. Il fit la campagne d’Italie sous Bonaparte, et, de 1796 à 1799, s’éleva au grade de général de brigade. Après l’expédition de Saint-Domingue dont il fit partie, de 1800 à 1804, il fut promu au grade de général de division. De 1805 à 1815, il dirigea divers corps d’armée, en Autriche, en Prusse, en Pologne, en Espagne, en Russie, en Saxe, en France. Exilé après les cent jours, il ne rentra en France qu’en 1821, fut appelé à siéger à la Chambre des Députés en 1827, et promu, en 1830, au commandement de l’armée d’Afrique, où, comme général et comme administrateur, il donna des preuves d’une incontestable capacité.