‹ Histoire de l'Algérie française (volume 2)Chapitre 25 sur 37 · PRODUITS DIVERS · texte numérisé non relu

PRODUITS DIVERS

Sous ce titre nous parlerons de quelques produits dont les uns sont peu susceptibles d’extension, et dont les autres ne se trouvent encore qu’à l’état d’expérience.

Orangers. — L’orange et le citron n’ont jusqu’à présent occupé personne ; cependant nous avons trouvé en plusieurs endroits et notamment à Blidah, de magnifiques plantations d’orangers; mais l’état d’incurie où on les a toujours laissées depuis la conquête, a fait dégénérer le fruit ; et d’ailleurs les chances du transport d’oranges par mer séduisent peu les négociants. Le gouvernement, à qui appartenaient presque toutes les orangeries de Blidah, faisait simplement recueillir les fleurs pour les distiller ; c’est jusqu’à ce jour le seul produit qu'on en ait tiré. Cependant l’important commerce que le Portugal et quelques côtes d’Espagne font de ce fruit précieux, témoigne assez quel parti on pourra tirer un jour de ceux d’Afrique qui étaient, il y a peu d’années encore, aussi beaux et aussi savoureux que ceux d’Espagne.

Le bananier, introduit par les Européens depuis la conquête, a parfaitement t. i. 30

NOTE

réussi ; un beau régime de bananes vaut encore 15 fr., mais il est probable que cela tient en partie au petit nombre de plants capables de donner des fruits; cependant, comme il est facile d’en exporter pour les côtes d’Europe par les bateaux à vapeur, il pourrait se faire que dans une certaine limite de production, celte plante offrît quelques avantages.

Fruits secs . — Depuis longtemps les tribus de l’intérieur s’adonnent au commerce de figues sèches ; il est donc très probable qu’il arrivera un moment où les Européens prendront en considérations le pauvre figuier, maintenant fort méprisé, et qui aurait même disparu dans les environs d’Alger, s’il ne poussait de tous côtés avec autant de promptitude que de ténacité.

1 Le coton. — Le coton a été introduit par les Européens, mais nulle part encore il n’a été cultivé sur une grande échelle; quelques particuliers en ont essayé; depuis plusieurs années on en produit au jardin d’essai, et le directeur de l’établissement, M. Hardy, nous a assurés qu’on pouvait fonder sur cette plantes de légitimes espérances. Quoi qu’il en soit, nous ne pouvons mieux faire que de présenter ici le tableau suivant du prix de revient du coton, publié par le gouvernement en 1838 dans son rapport sur la colonie d'Afrique.

Loyer présumé d’un hectare de terre ....... T. . r. .T.T.T.T;. . 20 fr. 00 c.

Un fort labour par une charrue . 20 00

Un hersage . > . . 3 50

Une journée d’homme et de mules pour tracer les raies . 3 50

Deux hommes pour semer . Ô 00

Trois hommçs pour éclaircir . 0 00

Trois binages avec la houe à cheval . 10 50

Sarclage à la main entre les cotonniers . 15 00

Un homme qui passera quatre heures tous les trois jours, pendant quatre mois que durera la récolte, en évaluant le temps à une demi-journée chaque fois, fait cinq journées par mois

à 1 fr. 25 c., en tout . 25 00

Frais de séchage . 6 00

Frais d’égrainage . 20 00

Frais d’emballage . 6 00

Usure d’outils . 10 00

Frais imprévus et transports . . . 5 50

Total . 155 fr. 00 c.

La récolte fut, par hectare, de 200 kilogrammes de coton égrainé et nettoyé, ce qui mettait ainsi chaque kilogramme à 77 c. 1?2; le compte rendu ajoute qu’à ce prix il y aurait encore de beaux bénéfices. Il fait remarquer, en outre, que beaucoup de frais ont été plus considérables qu’ils ne devaient letre par défaut d’habitude, notamment l'égrainage, qui, avec des machines, eût coûté moitié moins.

NOTE

Le coton dont il est ici question est le coton à courte soie ; Te coton à longue soie, contenant une plus forte proportion de graines, revient plus cher, à 1 fr. 82 cent, le kilogramme. Quant au coton arbuste, il n’avait pas encore été essayé.

Importance de ce produit. — En somme, on s’accorde à dire que cette culture sera productive; nous-mêmes nous ne pouvons que partager cette opinion, d’après ce que nous avons vu de sa belle venue, et d’après tout ce que nous savons des cotons d’Egypte et de la Grèce, qui se trouvent à peu près sous la même latitude. Nous pensons donc qu’il y a grande chance de succès et alors ce serait une question d’un immense avenir, non-seulement pour l’Afrique, mais encore pour toute l’Europe. Aussi, nous appellerons particulièrement sur ce sujet l’attention de tous ceux qui sont intéressés à l’industrie du coton ; si l’on parvenait, en effet, à le produire à bon compte dans un pays si près de l’Europe, nul doute qu’un prix inférieur pour la matière première ne donnât encore une plus grande impulsion à cette industrie. Nous nous adresserons donc particulièrement à eux, pour leur demander leur concours pour une expérience qui peut avoir une telle portée pour eux; nous ferons mieux, et nous engagerons ceux qui sont les plus hauts placés par leur position financière, à tenter par eux-mêmes des entreprises en Afrique, puisqu’ils y sont poussés par un double intérêt.

Essais divers . — Nous ne ferons que mentionner le nopal à cochenille et la canne à sucre, qui sont en essais depuis quelques années dans le jardin du gouvernement : le premier semble assez réussir; mais il n’en existe encore qu’un si petit nombre de plants, que les données n’ont point une grande certitude. Quanta la canne à sucre, tout, jusqu'à présent, porte à croire qu’elle viendrait à souhait; mais nécessitant une grande dépense d’eau, il est probable que celte culture ne peut avoir un grand avenir en Afrique. D’ailleurs, les prix du sucre sont tellement bas, et les Antilles en si fâcheuse position, que cette extension n’est pas à désirer.

Arbres et plantes utiles. — Nous terminerons en citant une foule d’arbres et de plantes répandus en Afrique, et dont les fruits ou le bois peuvent avoir plus ou moins d’utilité. Le caroubier, le jujubier, le grenadier, le chêne à glands doux, le chêne-liège, le lentisque, le palmier-dattier, le pin d’Alep, le frêne, le platane, la sesame, le kermès, le riz, le chanvre, etc., etc.

Haies d'Afrique. — Enfin, telle est la richesse de la végétation africaine, que les haies de clôture sont formées par des plantes dont les produits offrent une certaine utilité ; ce sont le figuier de Barbarie (espèce de cactus) et l’agave (espèce d’aloès) : le premier porte des fruits à profusion, fruits dont les Arabes font presque uniquement leur nourriture pendant l’été, et où les Européens trouvent un rafraîchissement doux, légèrement acide et très juteux; les chameaux que plus tard, et surtout dans l’intérieur, nous utiliserons davantage à notre service, mangent volontiers les feuilles charnues et épineuses de cette plante grasse. Le second pousse, en une quinzaine de jours,

NOTE

au commencement du printemps, un jet prodigieux de 10 à 15 pieds de haut, de 0m14 de diamètre à sa base, droit et nu comme un I ; au sommet seulement il porte quelques grappes de fleurs. Cette pousse, arrivée à sa maturité, offre la consistance d’un bois moelleux à l’intérieur, comme un sureau déjà âgé; les! Arabes l’emploient souvent pour construire leurs ghourbis, et l’on peut s’en servir pour édifier des appentis légers, ou former des toitures provisoires et sans importance. Ces plantes sont, en outre, d’une rusticité qui les rend presque indestructibles, et ont une rapidité dé croissance telle, qu’en deux ou trois ans une haie, plantée de bouture, offre déjà une hauteur et une résistance suffisantes. Si nous avons mis ces détails, ce n’est pas pour leur donner une importance qu’ils n’ont point, mais parce qu’ils montrent avec évidence la vigueur et la prodigalité toujours bienfaisante de la nature végétale en Afrique.

Page 1