CONCLUSION DES DEUX DERNIERS CHAPITRES
Nous venons de parcourir le cercle des principales productions de l’Algérie; il nous reste à nous résumer sur ce sujet, et à arriver, pour conclusion, à la moyenne approximative du produit net qu’elles peuvent donner par hectare ; puis nous ferons, d’après cette donnée, la somme des revenus que pourrait comporter l’exploitation résultant au bout de trois ans , des frais d’établissement que nous avons supposés. Alors nous mettrons en regard ces frais et ces revenus.
Produit moyen de Vhectare . — Nous avons pour le foin, dans les terres proches d’Alger, 175 fr. par hectare, et pour les terres plus éloignées, 130 fr. seulement ; comme nous avons établi le capital, à peu près dans l’hypothèse de deux exploitations, l’une proche, l’autre plus éloignée, il est raisonnable de fondre ces prix en un, et de poser pour le foin, au moins 150 fr. par hectare.
Le blé, 180 fr.; l’orge, 100 fr. Les terrains plantés de mûriers, pendant leurs premières année, 80 fr. Nous ne présumerons rien, du reste, pour les autres cultures dont le rendement n’est pas encore bien établi, et nous ne parlerons pas des jardins, dont le produit restreint et local ne peut commencer de suite. Nous prendrons donc pour moyenne entre les prix ci-dessus, 100 fr., et ce, par égard aux chances diverses que court la récolte de blé, et enfin pour incliner toujours au plus faible prix.
Or, le capital que nous avons porté en dépense pour le défrichement pendant les trois premières années, suppose 120 hectares au moins de mis en état à ce moment, c’est-à-dire 80 environ en état de récolte acquise. Nous aurions donc ainsi à ce moment 800 fr. de produit net, auquel il convient d’a-
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jouter les bénéfices du pacage des bestiaux, qui, si l’on y emploie une somme de 12,000 fr., ne peuvent pas être comptés pour moins de 1,500 fr.; ce qui fait un produit total de 9,500 fr.
Capital d’établissement. — D’autre part, nous avons déjà vu qu’il fallait débourser en capital d’établissement, pendant les trois premières années, pour défricher, acheter, bâtir, 67,000 fr.; de plus, il faut y ajouter :
Tour achat de bestiaux de produit, selon la supposition sus énoncée . 12,000 f.
Tour achat de chevaux et mulets, au plus . 3,000
Tour plantation de 2,500 pieds de mûrier et olivier, et la greffe des sauvageons . 9,000
Tour mobilier aratoire et ustensiles de service . 3,000
Tour travaux de chemins, assainissements, et commencement d’appropriation des jardins . ü,000
Tour dépenses d’installation, achat de semences, frais de culture delà
première année . 2,000
Enjoignant à ces sommes les 67,000 fr. de premières dépenses susdites, ci 67,000
On a pour total . 100,000 f.
Accroissement ultérieur des produits. — Notre produit s’élevant à 9,500 fr., donne ainsi, dès la troisième année, près de 10 pour cent, et dans ce produit pourtant nous avons omis de compter celui des terres déjà en valeur, sur la propriété acquise dans le Massif. De plus, il faut considérer : 1° Que les mûriers et les oliviers sont entrés jusqu’ici en compte de dépenses, sans figurer encore dans les produits, et que, par conséquent, il faut aussi tenir compte de l’avenir qu’ils présentent, et qui nous donnera, au moment de leur rapport, 150 fr. en plus par hectare planté, ce sera au moins 6.000 fr. ajoutés au revenu sans bourse délier ; 2° que les développements ultérieurs que prendront nos cultures produiront une proportion bien plus forte de revenus que de dépenses, les plus gros frais étant faits une fois pour toutes; 3° que les jardins et autres menus produits ne sont comptés pour rien dans ce chiffre de 9,500 f.; cl que, plus tard, ils fourniront de nouveaux bénéfices.
Aussi, nous ne craignons pas de dire que, dans cinq ans, 120 hectares, dont la mise en valeur aurait coûté 100,000 fr., rapporteraient, avec les pacages y attenant, 20,000 fr. bien nets, sans supposer aucun produit plus fructueux que ceux énoncés. Dans 10 ans, 200 hectares, qui reviendraient de 120 à 130,000 fr., produiraient de 30 à 35,000 fr. Il est facile au lecteur de vérifier ces chiffres d’après la moyenne que nous avons donnée des produits, et ayant egard aux dernières observations que nous avons faites.
Proportions à donner à l’opération. — Il importe que nous fassions remarquer ici qu’en déterminant en apparence l’opération sur une échelle limitée, nous n’avons point eu dessein de prononcer absolument sur les proportions à donner à l’entreprise ni de dresser un plan rigoureux ; nous avons voulu
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seulement présenter les résultats probables dans un cadre quelconque. et ces ■aperçus tendent uniquement à prouver qu’avec 100,000 fr. on peut établir une opération sur une échelle assez raisonnable pour donner, dès le commencement, des produits satisfaisants, en laissant néanmoins un large champ aux espérances et aux développements de l’avenir. Rien ne s’oppose, du reste, à ce que l’on adopte un plan différent ou une proportion plus forte; les faits et les produits que nous avons constatés demeurent toujours, et produiront toujours des résultats analogues, modifiés seulement en raison des sommes dépensées et des mesures plus ou moins heureuses que l’on adoptera. Quant à notre opinion personnelle, nous pensons qu’il vaut mieux être modeste et réservé dans ses débuts pour grandir ensuite progressivement : c’est une règle que donne l’observation des faits généraux, et que confirment les raisonnements de la prudence. Nous pensons, de plus, qu’un plan définitif et circonstancié de l’exploitation ne peut être établi qu’après la détermination des lieux. Seulement, nous résumerons, dans le courant du dernier chapitre, les idées principales qui, à notre sens, doivent présider à toute exploitation, et qui ont été annoncées en divers endroits de cet écrit. Toute réflexion nouvelle sur les produits d’une opération à faire en Afrique devient superflue après les chiffres exprimés ci-dessus ; il ne nous reste plus maintenant qu’à voir si les frais de gestion et les détails d’administration ne viendront pas grever d’une manière trop lourde l’opération qu’ils rendraient mauvaise, malgré tous ses beaux produits : c’est ce que nous examinerons quelques pages plus bas, en exposant noire projet d’opération. Nous compléterons auparavant la discussion des cultures de l’Afrique, en étudiant quelle destinée probable attend dans l’avenir ce pays et ses produits.