‹ Histoire de l'Algérie française (volume 3)Chapitre 10 sur 17 · HOTE · texte numérisé non relu

HOTE

169 protiiKei (fé rÂfrIqne septentrionale portant les noms d^Àfrique propre, de Numidie et de Mauritanie, sous ladministratioa romaine, et qui formèrent, ftprèd la flOflqodte da pays par les Turcs, les régences barbarcsqnes de TripoH, de Tunli, d* Alger et de Maroc, étaient passées, an vu* siède, de la do* mlnatkn bytaniine, sons l'autorité des conquérants arabes, déjà maîtres des pays de la Méditerranée orientale ; mais les gouverneurs que les kalifss, soccessaors de Mahomet, envoyèrent dans ces contrées, désignées ehet les Arabes sons le nom de Maghreb, ou Couchant, se détachèrent de lear obéisia&oe, et se rendirent indépendants dès le vin* siècle. La révolntion ne s'aeeomplil pas sans qu'il y eftt des luttes terribles de part et d'autre, el le triomphe de l'insurrection fut suivi de déchirements et de guerres Intestines qui agitèrent violemment le Maghreb pendant plusieurs siècles, en divisant le p^ voir entre plusieurs dynasUes d'origine berbère ou d'origine arabOi car II y eut une fusion presque générale des deux races.

A la chute des Almohades, qui avaient soumis tout le pays à leur puissance, le territoire attribué plus tard à la régence d'Alger se trouva partagé entre les Beni'Zian, dont la capitale était la riche ville de Tlemeen, et les Abi^Hafs de Tunis, qui étendirent leur autorité souvent contestée sur la partie orientale do la régence, jusqu'à Bougie, auparavant le siège d'un royaume que les Almohades avaient détruit. Les principales villes du Maghrefo-el-Aouçath (Maghreb du milieu), où de l'Algérie actuelle, étaient, à cette époque, outre celles qui Viennent d'être nommées : « Tenèe, port fréquenté par les navires, dit un

• géographe arabe du xit* siècle; Oran, ville commerçante, Mer^^Kebir, a le port le meilleur et le plus vaste de toute la côte, et où viennent des naa vires espagnols de tout tonnage; MUiana, dans un pays fertile et bien culc tivé; AlmaiUa, dans un terrain fertile, ville commerçante et bien peuplée; « Tahart, à quatre journées de la mer, qui s'adonne au commerce et àFagric culture ; Cherehel, dont les habitants récoltent de l'orge et du blé [dus qu'ils € n'en peuvent consommer ; Alger, ville très peuplée, dont le commerce est c florissant et les bazars très fréquentés ; Tobna, situé au milieu de jardins,

• de plantations de coton, de champs ensemencés de blé, et dont les habitants

• se livrent avec succès au commerce ; Conetantine, ville peuplée, commefc çante, riche, l'une des plus fortes places du monde; i)/td/eit, dansun paysfer- « tileet sur une côte très poissonneuse; Collo, ville autrefois petite mais floris-

• santé, qui possède un port fermé par les montagnes; itrseu, bourg considô- « raUe où l'on apporte du Ué que les marchands viennent chercher pour

• l'exportation ; Mostaganem, petite ville située dans le fond d'un golfe, avec a des bazars, des bains, des jardins, des vergers, etc. ; Bâne, ville de médioa cre étendue, dont le commerce était florissant, située dans un pays qui pro-

• duit en abondance des bois d'excellente qualité, des fruits, du blé, de l'orge, c du lin, du miel, et auprès de laquelle se trouvent des mines de très bon fet;

• enfin Médiama^ petite ville dont le territoire produit beaucoup de safra», et

• doDi les montagnes renferment des pierres de moulin tellement parfiutei,

m NOTE.

c que leur durée égale quelquefois celle de la vie d'un bmiime, sans qa'3 soit c besoin de les repiqaer. »

Edrîsi, qoi donne ces détails, nous montre ragricoltare en donneur dans toutes les campagnes da Iftaghreb; Findustrie développée dans les rilles; partent on commerce fiicile, actif et prosptee. Noos aurons occasion de rev&* nir sur ces faits.

Un trait caractérisque qui avait marqué la sdssion des dynasties arabes d'Afrique avec les kalifes de l'Irak et de TÉgypte, c'est leur neutralité dans les guerres que ces derniers eurent à soutenir depuis le n* jusqu'au xtii* siècle» pour résister d'abord aux invasions des armées chrétiennes en Syrie, et reprendre ensuite sur les croisés les contrées soumises par leurs armes. Les Arabes du Maghreb demeurèrent étrangers à ces grands événements, qui absorbèrent pendant trois siècles l'attention et les forces de l'Europe et de l'Asie musulmane; ^, loin de faire cause commune avec les Arabes orientaux, ils en vinrent plusieurs fois aux mains avec eux.

Us eurent cependant des guerres terribles avec les durétiens ; et leurs agressions acharnées tinrent au xi* siècle dans un état d'hostilité presque continud les pays de l'Europe et de l'Afrique dans la Méditerranée orientale, longtemps après que le flot de l'invasion arabe se fut arrêté ; mais ces expéditions n'avaient d'autre but pour les Maures que de défendre leurs conquêtes en terre ferme et dans les lies d'Europe, ou d'éloigner les ennemis des côtes de leurs États d'Afrique. Leur politique ne se rattacha jamais à celle des princes musulmans de la Syrie; et, quand leur intérêt les porta à déposer les armes pour entrer dans une voie nouvelle, ils firent sans hésiter la paix avec les chrétiens, et entretinrent des relations pacifiques, régulières, avec les villes d'où partaient les flottes qui allaient attaquer les Sarrasins d'Egypte et de Syrie.

n serait intéressant de tracer le tableau du commerce maritime du Maghrd>, en prenant les intérêts arabes pour base des recherches et des considérations diverses que cette question peut suggérer : il serait fort utile de savoir, JM exemple, quelle part chacune des villes notables des provinces, qui furent plus tard l'Algérie, prenait dans l'ensemble du commerce extérieur du pays, suivant ses besoins, les ressources de son agriculture et l'industrie de ses habitants; mais lesdocuments hitorisques, sans lesquels on ne ferait que de vaines et dangereuses conjectures, ne sont pas encore assez nombreux et assez connus pour qu'il soit permis d'entrqprendre cette histoire spéciale. U faut doncse transporter dans les États d'Europe, pour examiner de là, et avec les secours que fournissent loirs annales, quelles forent, au moyen-âge, la nature et les vicissitudes de leurs relations avec les Arabes de l'Afrique sq[)tentrionale. C'est ce que nous allons faire pour l'Italie, ou du moins pour les républiques de Pise et de Florence, de Gênes et de Venise, qoi ont eu, durant le moyen-âge, une influence prédominante sur la politique et la fortune de la Péninsule. L'Italie méridionale, par suite de la longue domination des Sarrazinsen SiciK par

reflet des dOTi(ni6(es des rois chrétiens de cette Ne snr les cfties d'Afrique, el la similitude des prodactions territoriales des deux pays, se trouva dans des oonditions particulières, et ses rapports avec le Maghreh demandent à être appréciés séparément. Ce sera Tobjet d'un travail ultérieur.

Réduite même à ces proportions, la notice qui va suivre ne peut présenter un exposé complet et détaillé du commerce de Fltalie septentrionale avec l'Algérie ou le Maghreb el-Aouçath ; des circonstances qui retendirent ou le modifièrent à diverses époques ; de la quotité et de la variété de ses exportations. L'insuffisance des renseignements ne le permet pas; c'est par une sorte de hasard que l'on trouve, en effet, dans les chroniqueurs ou les voyageurs antérieurs au xiv' siècle, quelques témoignages sur ce sujet. La source historique la i^us importante est ceUe des traités et des lettres échangées entre les princes d'Afrique et les villes chrétiennes, mais ces documents, disséminés dans les archives des villes d'Italie, sont malheureusement fort rares. Toutefois, en complétant les renseignements certains et souvent détaillés que les pièces diplomatiques fournissent sur certaines époques, par les indications éparses dans les historiens et les géographes, on peut former les traits principaux d'une histoire du commerce des Italiens avec l'Afrique septentrionale, signaler les villes qu'ils fréquentaient particulièrement, la nature des privilèges dont Ils y jouissaient, les produits que le pays leur livrait, ceux qu'ils y apportaient; on peut enfin suivre les événements qui ont quelquefois suspendu ces relations amicales, ou qui leur ont donné en d'autres temps plus d'extension.

Les premiers navigateurs italiens qui fréquentèrent habituellement les ports du Maghreb sont les Pisans, dont la puissance maritime, alors supérieure i celle des Génois, balançait, souvent avec avantage, les forces de Venise. Le XI* siècle avait vu les flottes arabes et chrétiennes de la partie occidentale de la Méditerranée se combattre et porter la désolation sur les côtes d'Afrique et d'Europe ; mais la fin de ces luttes fut le commencement d'une ère nouvelle et ouvrit aux marchands chrétiens les ports dont leurs navires ne s'étaient • approchés auparavant que dans l'espoir du pillage. Les graves échecs qu'a- { valent reçus les Sarrazins d'Afrique jusque sur les côtes de leurs États les dis- - posaient à la paix, et leur faisait désirer de réparer leurs désastres par lo commerce. Ils avaient perdu laSardaigne, soumise au protectorat de la république de Pise ; la Sicile, dont les Normands avaient fait la conquête; et si ces revers étaient compensés pour la cause de l'islamisme, par les succès de lousef ben Tachfin en Espagne, rien ne dédommageait particulièrement lies princes du Maghreb de la défaite de leurs flottes devant Alger, du pillago ! «^de Tunis par les pisans et les Génois, de la prise de Bône par Boger do Sicile.

Les événements survenus pendant le même temps dans les mers et dans les Etats chrétiens du Levant réagissent sur la politique des peuples de l'Europe, et portaient les sujets de la république de PIse, dont les négations étaient avant tout dirigées pv l'intérêt commercial, à nouer des relations pacifiques

la NOTE.

avM IM Arabes d'Àfricpif. Vernis des premiers en Orfent lors des croisades qui iTaient ouvert luie carrière si vaste ei si féconde aux armateurs des villes maritimes, les Pisans avaient reçu des privilèges dans les ports du royavme de Jérasalem, et, sormoiitanl des difficultés que les considératloiis rèiigieiiasi et les rtvaiiiés eommerdales leur opposaient, ils avaient, les premiers, traité avec les sultans d*Égypteet fondé des comptoirs dans leur royaume, en même temps qu'ils s'étaUtssaient avec les Vénitiens et les Génois dans lesprovinees des souverains de Dyzance. Ds exploitaient avec leur ardeur accoutumée les diverses branches de ce commerce, dont ils retiraient de grands bénéfices, quand leur alliance avec l'empereur Frédéric II vint diminuer leur crédit en Syrie, où le parti gibelin fut toujours en défaveur, et leur fermer successivement les ports de la Sicile, de la Morée, de la Remanie et de la mer Noire

C'est dans le cours de cette révolution, et quand les Pisans luttaient encore en orient pour maintenir les droits de leur pavillon, que, tournant leurs vues vers le commerce du Maghreb, ils firent la paix avec les princes dont ib étaient naguère les plus redoutables adversaires, et obtinrent le droit de s*ét2^ blir dans leurs Etats pour se livrer au commerce d'importation et d'exportation. Ces avantages furent dus en grande partie à Gocco Griffi, premier consul de Plse, envoyé en ambassade auprès de l'émir de Bougie et d'Abdallah Doucoras, roi de Tunis.

Des documents positifs, conservés en original dans les archives de Florence, dont les principaux sont les lettres épar^ d'une correspondances suivie entre l'archevêque et les consuls de Pise d'une part, et divers princes sarrasins d'autre part, constatent que, dès le milieu du xii* siècle, les Pisans étaient fixés en corps de nation daos les États du roi de Tunis et de l'émir de Hougie.

Tunis et Bougie dans Test, comme Ceuta dans l'ouest, étaient alors, et de* meurèrent pendant plusieurs siècles, les centres les plus actifs des affaires et des communications des Européens avec les Arabes et les entrepôts les plus considérables des marchands africains. Étendu et fortifié par les Béni Aghlab vct les Fathémites, agrandi et enrichi encore par l'imagination des habitants de la nouvelle Garthage et de Bône depuis les expéditions des I^ormands, Tunis présentait au moyen-âge un aspect d'opulence et de force que la longue V ^incurie des Turcs n'a pu lui faire perdre tout-à-fait, quoique la ville de Su^ i soit aujourd'hui le port le plus commerçant de la Régence. Ses magayins et ses bazars renfermaient en abondance du blé, des cuirs ans et des cuirs ooiw royés, de la cire, du miel, de l'ivoire, des plumes d'autruchCi des omux^ de l'alun et de la poudre d'or, qu'y apportaient les caravanes venues de ïu^ térieur de l'Afrique.

La position de Bougie n'était pas moins favorable que celle de Tvbu, viito dont die était tour-àrtour, suivant les chances de la guerre qui divisait encore les conquérante do Maghreb, b rivale ou la stuette,* 9m Itfimlm et

. NOTBw US

ton commen» soutenaient Avantageusement la concurrence des marchés tunisiens.

Les Pfsans s'étaient élabiis en grand nombre dans cette ville, au xii* siède : ils y étaient administrés par un consul qui jouissait de toute juridiction sur ses compatriotes ; ils y avaient construit des maisons, des magasins, des bains, une église, une bourse, qui servait en même temps de douane. Léonard, tlls de Bonaccio, plus connu sous le nom de Fibonacci, ou de Léonard de Pise, écrivain de la douane pisane de Bougie, se rendit célèbre au commencement du XIII* siècle, en composant un traité de l'Âbacus, d(mt le manuscrit est conservé à Florence, dans la bibliothèque Magliabecciane.

Les marchandises dont les Pisans exportaient les quantités les plus considérables de Bougie, étaient les peaux de boucs, les cuirs de bœuf, de cheval et de ebamcau, quelques-uns lanés et déjà mis en teinture, mais la plus grande partie frais encore, et seulement salés. De grandes usines, établies sur les bords de TArno, préparaient et coloraient ensuite, dans les murs de Pise, ces peaux qui devenaient ainsi un des objets les plus productifs des exportations de cette industrieuse cité. L'extraction de cuirs africains, pour la ville de Pise, s'élant considérablement accrue, éveilla la jalousie des commerçants espagnols, qui se rendaient aussi dans les ports du Maghreb orienta], et à leur instigation, sans doute, rémir de Bougie voulut obliger les Pisans à payer un droit nouveau eu sortant des limites de son territoire. La république s'en plaignit aussitôt par une lettre qui montre les sentiments de confiance et de bonne harmonie qui régnaient habituellement dans les rapports des Pisans avec les princes ds Maghreb.

Les navigateurs toscans obtinrent vraisemblablement satisfaction de Témiri car on ne voit pas qu'ils aient plus tard renouvelé leurs plaintes ; mais il n'est pns probable que leurs réclamations aient eu pour objet de faire affranchir complètement leurs exportations des droits de douane qu'ils payaient sans doute à Bougie comme à Tunis, et dans les ports de Syrie et d'Egypte. Cet droits varièrent suivant le temps, les lieux et les marchandises, depuis la franchise entière jusqu'au taux de 40 p. 400. Âbdallah-Boucoras, le premier prince de Tunis qui eût assuré, par des privilèges, le commerce des Pisans dans soa royaume, consentit plus tard, en sa faveur, à une forte diminution sur les droits de sortie du blé ; il l'exempta même totalement des taxes pour l'exportation de Taiun, et affranchit, dit-on, ses importations du dixième auquel elloo étaient assujetties en entrant dans ses États.

Les Pisans profitèrent de la paix et de la bonne harmonie qui régnaient entre eux et les Sarrasins pour s'établir dans Ftle de Tabarque et la peliln ville voisine, nommée alors Jfers el-Djom, dont les côtes ont été, de tout temps, extrêmement fertiles en corail. Les Italiens, comme les Catalans, prenaient part à la pèche qu'en faisaient les indigènes; et ce commerce, garanti seulement par la France à son industrie au xvi* siècle, était, dès le xii", dans on état de prospérité extraordinaire. Cinquante barques, montées par mille

kommes d*équipage, c'est4ndire par un nombre de marins {xvsqve doaUe do oeloi qu'employait notre ancienne compagnie de la Galle, exploitaient annuellement les gisements de Tabarque, et en retiraient des coraux dont la vente, effectuée dans llle même, où se rendaient les marchands des pays les plus éloignés, s*él&vait à des sommes considérables. Les produits des bancs sousmarins de Mers el>Djoun et de Tabarque étaient renommés, dès ce temps, comme d'une qualité supérieure & tous les coraux de la Méditerranée, et notamment à ceux des gisements de Ceuta et de la Sicile.

Les bénéfices que procuraient aux Pisans leurs relations avec les villes maritimes de la côte d'Afrique s'accrurent à mesure que leur puissance s'affermissant en Italie, sous la protection des empereurs d'Allemagne, ils purent augmenter leur marine. Aussi, lorsque le cours des événements d'Orient et la fondation d'un empire latin à Gonstantinople les eut, pour quelque temps, rappelés sur les cdtes de l'archipel et de la mer Noir, les marchands qui avaient dirigé leurs navires, leurs cargaisons et leurs capitaux vers les ports africains, ne les retirèrent pas. Tout en assurant leurs privilèges à GonsU&tinople et au Caire, les Pisans surent donner encore plus d'activité à leur commerce du Maghreb.

Us ne se renfermaient pas dans les simples opérations d*exportaUon et d'importation entre les deux rives de la Méditerranée ; leur génie industrieux et l'amour du gain les portaient vers d'autres entreprises non moins lucratives. Ils étaient devenus, dans plusieurs villes, les courtiers les plus habiles des Irànsactions commerciales entre les indigènes et les Européens; ils louaient leurs navires et leurs hmnmes aux marchands musulmans; ils disaient souvent, soit pour le compte de négociants arabes qui les commissionnaient, soit à leur profit et à leurs risques, le commerce de cabotage entre les différents ports de l'Afrique, et comprenaient, dans leurs navigations, toute la côte, depuis Ceuta jusqu'à Tripoli et Alexandrie. Il semble même qu'ils eussent, dès ce temps, la faculté de s'adjoindre aux grandes caravanes qui traversât annudiement le nord de l'Afrique, dans toute son étendue, pour se rendro à la Mecque, privilège remarquable, et peut-être sans exemple dans les autres États arabes, mais dont les Pisans et les Vénitiens jouirent oositivemeni ao XIV* siècle.

I Des conventions écrites garantirent de bonne heure aux Pisans les foveani i qu'ils avaient obtenues en Afrique: on ne sait cependant à quelle époque re- ! monte le premier accord public qu'ils arrêtèrent à ce sujet avec les princes I musulmans, et le traité le plus andeo que l'on connaisse est seulement de l'an 1230 ou 627-628 de l'hégire. Il accorde les franchises aux navigateurs pisans sur toutes les terres dnfnd deê Sarrasins d'Afrique, titre particulier du roi de Tunis, qui régnait alors sur le royaume de Bougie. Ce traité, dont l'original paraît avoir disparu des archives de Pise ou de Florence, où il était conservé, a été traduit en italien el publié par Flaminio dal Borgo, dans son recueil de diplAmes pisans. Ses dispositions consacrent les conventions principales dont

resprît M retrouve dans les traités cootempondns oo postérieurs des CaU* bns, des Proveoçaax, des Géoois, des Siciliens et des Vénitiens; on peat donc, en l'examinant, avoir nne idée des conditions générales qni réglaient les rapports des Arabes avec les navigateurs chrétiens de la Méditerranée an XIII* siècle.

Les premiers articles de la convention, compi/.tés par les articles 5, 6 et 47, garantissent aux marchands Pisans, pour Fespace de 30 ans, une entière sécurité et protection quant aux personnes et aux marchandises; la libre faculté d*aUer et de venir pour leurs afiiures dans l'intérieur des terres, d y vendre et acheter toutes marchandises, de se retirer et de reprendre la mer quand ils voudraient; enfin, le droit d'établir des fondouks, des bains, des cimetières et des églises dans toutes les villes de l'Afrique et du royaume de Bougie. Co privilège absolu et sans restriction reconnu aux Pisans, ne fut pas d'abord accordé dans toute son étendue aux Génois et aux Vénitiens, qui eurent besoin de négociations renouvelées pour obtenir suosessivement la faculté de s'établir dans les diverses villes du Maghreb.

On voit, par le traité de 4230, que plusieurs des immunités accordées par Abdallah-Boucoras étaient seulement temporaires et spéciales à certaines marduindises, car l'article 5 montre que les Pisans payaient dès lors un droit sur leurs achats en Afrique, et Tariicle 3 constate que les provenances de Pise étaient toujours soumises au 40 p. 400 en arrivant dans les États du prince arabe ; seulement l'or et l'argent importés n'étaient frappés que du 5 p. 400. Mais, une fois les tarifs payés à la douane, les marchands pouvaient transporter leurs cargaisons d'une ville à une autre dans tous les États du roi, sans aucune entrave, et sans être assujettis au paiement de nouvelles taxes, en vertuderariicle40.

L'article 9 est important ; il montre dans des temps et des pays que Ton est généralement porté à considérer comme étrangers aux idées de justice et do liberté commerciale, le plus grand respect du droit des gens, et la protection la plus certaine du privilège des neutres, une des plus heureuses conquêtes do la législation moderne sur la barbarie. On y voit en même temps que les princes musulmans, dans le but d'augmenter leur marine, favorisaient la vente de'navîres chrétiens dans leurs États. « Les Pisans qui voudront vendre un « navire, dit Abdallah, ne seront obligés de payer aucun droit, à moins qu'ils « ne le vendent aux ennemis du roi. » En rapprochant cette disposition, un peu vague, des termes précis du privilège pisan de 4265, et des privilèges génois de 4236, 4250, 4272, on voit, non-seulement que les princes arabes avaient supprimé les droits levés auparavant sur les ventes de navires faites par les chrétiens à Tunis on à Bougie, mais qu'ils leur permettaient même do vendre des vaisseaux et des agrès maritimes à leurs ennemis. Seulement dans ce cas, il était prélevé un droit de 40 pour 400 sur le marché. Au temps de la domination des Turcs, les chrétiens qui auraient ainsi vendu leurs navires l'auraient vu à l'instant saisi ou i

. Les pridCêt ttttfiolitti&s ayant conservé les mdenrs et les luAittdei dei um^ vpraios d^Orient, paraissaient toujours en public dans nn appareil imposant et ne laissaient pas facilement approcher de leur personne; les mimstveset les grands du royaume imilant leur mattre, renvoyaient souvent à leurs oAciers la connaissanee des affaires qui les concernaient. Mais les Pisaas sUpolèrent, parFarticIe 13, que leur consul serait admis an moins une fois par mois en présence du roi, et qu'il pourrait traiter des intérêts de ses Halinnai on tout temps et directement avec les chefs du gouvernement.

L'article 1G consacre la juridiction du consul de la république pour oomiattra Gcul des différends survenus entre Pisans.

Les Génois qui avaient souffert comme les Pisans des variations de la polllique des empereurs de Constantinople, n'avaient pas tardé à suivre leurs . rivaux sur les côtes d'Afrique, et là, comme ailleurs, les deux peuples furent en lutto et en vinrent quelquefois aux mains. Renfermée dans un territoire peu étendu, et qui ne fournissait pas de denrées en quantité suffisante pour la nourriture de sa population, la ville de Gêues, par une nécessité qui devint la cause de sa fortune, fut impérieusement poussée vers le commerce maritime^ Entre tous les métiers auxquels le peuple génois s'était adonné, la préparation et le lissage des laines, la confection et la vente des draps était l'un des plus importants, et celui que le gouvernement encourageait plus particulièrement. Les Génois faisaient un immense trafic de laines brutes, de laines teintes ou tissées, avec les villes de la Provence, du Languedoc, de la Champagne, de la Catalogne, et ils exportaient ensuite ces matières dans les divers pays de la Méditerranée après les avoir façonnées en draps, en bougrans, en futaine^, en bonnets de couleurs. L'industrie de^ étoffes en laines prit chez eux une si grande extension au xiii* siècle, {qu'ils durent se ménager des approvisionnements réguliers dans les villes de Bdne, de Bougie et de Tunis, où ils trouvaient des laines à meilleur marché ou de qualité supéneure à celles que l'Espagne, la France et les États-Romains leur avaient jusque-là fournies exclusivement.

Les Pisans, qui auraient voulu s'attribuer le monopole des échanges corn* mcrciaux avec les Sarrasins, cherchèrent à entraver les opérations de leurs concurrents et à leur susciter des difficultés dans le pays ; mais les Génois soutinrent vigoureusement les droits de leur commerce, et les navigateurs toscans, battus en 1200 dans le port même de Tunis, furent obligés de se soumettre et de partager avec eux le commerce du nord de l'Italie. La faveur des musulmans soutint les efforts des Génois, car les princes arabes désireux de favoriser le développement du commerce de leurs Etats, devenu plus nécessaire aux peuples de l'Europe chrétienne depuis que le royaume de Jérusalem penchait vers sa ruine, reconnurent qu'il était de leur intérêt de ne pas donner à une nation, au désavantage des autres, des privilèges exorbitants, et qu'il leur importait d'accorder une égale protection à leur commerce. Aussi voit-on dbs cette époque que leurs traités publics ont pour but, sans diminuer

Im îimiiiiiiitAi aMordéei «mr Pjmim, de faire pArtfdperniMeflsi^MfeDt les Génois, les Catalans, les Provençaux et les antres peuples d'Europe à peu pr^ aux mêmes faveurs.

Les laines n'étaient pas le seul article des exportations génoises venant âa Maghreb. Les traitée publics désignent rarement en détail les objets du commerce qu ils sont destinés à régler, et les comprennent tous fious la dénomination générale de marchandises; mais les documents privés, les contrats et les lettres échangées entre particuliers nous montrent que les Génois achetaient, au XIII* siècle, dans les ports d'Alger, de BAne, de Bougie et de Tunis, de l'alun, de l'huile à savon, des plumes d'autruche, des pelleteries, des maroquins, des cuirs communs, de la cire et des fruits secs. Ils y vendaient des ' navires, des bateaux, des agrès, de l'or et de l'argent monnoyé ou en lingots, | des vins, des liqueurs, des draps, des étoffes de soie, des toiles d'Italie, des toiles de Rouen et de Reims, des objets de quincaillerie et de mercerie; enfin, des drogues du Levant ; car ils se livraient, comme les Pisans, au commerce de cabotage entre TÉgyple et les autres pays do l'Afrique septentrionale.

Il est à remarquer cependant, et celte observation concerne le commerce des Pisans et des Génois, comme celui des Siciliens, des Napolitains et des Vénitiens, que les navigateurs d'Italie se dirigèrent vers les côtes orientales dn nord de l'Afrique de préférence aux pays du Maghreb el-Aksa. Bien qu'ils visitassent les ports du couchant et que les Génois se fussent même avancés, dès la fin du XIII siècle, sur la côte occidentale du Maroc vers le cap Bojador,lcurs relations étaient infiniment plus actives avec les côtes orientales, à partir de la position d'Alger jusqu'à Tripoli. Les Portugais et les Catalans, au contraire, par leur proximité des provinces du Maghreb de l'Ouest, furent toujours en rapports fréquents et immédiats avec Tanger, Ceuta, Salé, Melilla, Tlcmsen, Arzeu, Mostaganem et Alger, de préférence aux autres ports. Quant aux armateurs du midi de la France, ils se rendaient également dans les ports do Test et de l'ouest, à Ceuta, comme à Bougie et à Tunis ; mais l'intérêt du commerce des concessions d'Afrique les porta particulièrement au xvi* siècle sur les plages qui font face aux côtes de Provence et de Languedoc, entre Djidjeli, LaCalleetTabarque.

On n'a pu retrouver le traité de commerce conclu par les Génois avec lee Sarrasins d'Afrique en 4230 ; mais on connaît celui qu'ils arrêtèrent, pour le renouveler sans doute, quelques années après. Il est de l'an 4S36 et du règno d'Iahîa, suriHMnmé Àbou-Zakaria^ prince valeureux, qui avait maintenu soue sa dépendance les royaumes de Bougie et de Tripoli, qui étendit plus tard sa . domination jusqu'au pays de Tlemsen. L'émir de Tunis assure les Génois do sa protection dans toute l'étendue de ses États, depuis Tripoli, sa limite à l'est, jusqu'aux confins du royaume de Bougie, à l'ouest ; il leur confirme la faculté de vendre et d'acheter toutes marchandises sous les droits ordinaires, dans les votes ob Us avaient coutume de se rendre, et d'en retirer les marchandises qu'ils n'anraittiiim nndi» sans payer teadonanes; mab il sa nÉierfe express*»

i» Nom

ment Ia liberté du eomn^ree avec les ports'où ils ii*4Tâient pas ooutome d'aDer, et déclare même qu'il De sera permis aux navires de Gènes d'abords en ces lieux qu'an cas de nécessité imminente, soit pour écbaniieran naufrage, soft pour renouveler les provisions, ou pour réparer quelque avarie après la tem- 1 pète; restrictions sévères, qui constatent la jalousie et l'influence encore ooA- 1 sidérable des Pisans auprès des princes musulmans.

11 fut convenu que les Génois pourraient vendre librement des navires et des bateaux aux hommes de tous les pays amis, mais que si la vente était faite aux ennemis du roi, une taxe, probablement de 40 pour 100, serait prélevée $ sur le prix d'achat. i

Les Génois possédaient déjà des établissements importants dans plusieurs villes, et le traité pisan de 4230 nous apprend même que le magasin des Génois à Tunis était plus vaste que celui des Pisans ; mais les Liguriens n'avaient pas de comptoirs dans toutes les viUes où il leur était libre de commercer, et souvent ils se voyaient obligés de louer fort cher une place dans des magasins étrangers pour y déposer leurs marchandises. Le traité de 4S36 améliora cette situation en leur permettant d'établir des fondouks séparés do ceux des autres nations chrétiennes, dans les villes où ils avaient le droit do vendre et d'acheter. Diverses dispositions réglèrent les conditions des ventes et des criées aux enchères que les chrétiens faisaient faire par des drogmans autorisés des magistrats arabes, et fixèrent les droits dus à ces interprètes. Un article spécial consacra pour les Génois la faculté d'exporter annuellement du blé des États du roi, et exempta ce commerce des droits de sortie, quand il était constant que la disette se faisait sentir en Italie ; mais une res* triction de prévoyance, dont le but était à la fois de favoriser l'exportation des autres nations commerçantes et de conserver au pays les subsistances nécessaires, fut apportée à la concession. On arrêta que les Génois pourraient acheter seulement le chargement de cinq navires par an, et qu'ils s'obligeraient, en donnant caution, à expédier les grains à Gènes même, et non ailleurs.

Les conditions du commerce ainsi réglées et garanties, Abou Zakaria assura la liberté et la protection des marchands en déclarant que le corps des Génois, pas plus qu'un Génois individuellement, ne pourrait être responsable des crimes ni des délits de leurs compatriotes, et l'on ne voit pas que la république de Gènes ait eu plus tard à se plaindre de la violation de ce principe important. Les traités que les pachas ottomans des régences barbaresques conclurent avec l'Europe, du xvi* au xviii* siècle , renfermaient la plupart des stipulations semblables, mais ne garantirent jamais efiicacement la liberté pe^ Bonnelle et l'irresponsabilité des nationaux. Quand un délit était attribué à un Franc, ses compatriotes se trouvaient passibles de sa faute, et quelquefois le consul lui-même, malgré la foi des traités, était obligé de réparer les torts qu'avait puoccasioner un malfaiteur. Cet usage barbare et si funeste à la liberté du commerce, se reOrouve presque consacré dans là législation de

rfigypfe sons le règne des Mamelouks, mais ne parait paa avoir été admU dans le Maghreb, aa temps des dynasties indigènes.

Le traité de 1236 n'accordait pas encore aux Génois des privilèges aussi étendus que ceux dont lesPisans jouissaient dans les territoires qui devinrent les régences d'Alger et de Tunis; il restreignait pour eux la faculté de se livrer au commerce, et le droit d'exportation ; il semble même qu'il n'admit pas en toute matière la juridiction du consul; mais il consacra un état de choses favorable dans son ensemble au commerce des Génois, et prépara les privilèges plus amples que leur assura le traité de 4250.

Dans ce nouveau pacte, négocié au nom de la république par Guillelmino Cibo, avec le roi Mohammed Âbou Abdallah, surnommé ordinairement AI-iiostanser-BUlah, celui qui cherche son secours en Dieu^ les droits et les possessions des Génois dans les États de l'émir furent confirmés, leurs privilégesrenouvelés et augmentés. La juridiction et l'inviolabilité du consul génois fut reconnue, l'adjonction d'un écrivain ou chancelier de la nation pour veiller, de concert avec les employés indigènes, à l'acquittement des douanes et aux contestations nombreuses qu'occasione ordinairement la perception, fut assurée. Boabdil, c'était le nom d'Abou Abdallah chez les chrétiens, promit protection et secours à tous les Génois commerçant en Afrique, et s'engagea à prendre sous sa garde particulière les hommes et les biens que la tempête jeterait sur ses côtes, accédant ainsi au nouveau droit des gens qui commençait à s'établir en quelques pays, mais qui fut méconnu longtemps encore par beaucoup de peuples de l'Europe chrétienne, chez lesquels la sauvage coutume de spolier les naufragés était regardée comme un droit naturel et imprescriptible.

L'émir accorda la liberté des mardiés aux Génois, comme son père lahla, et réduisit, par une faveur extraordinaire, le tarif des douanes de 10 à 5 pour 100, non-seulement sur les métaux précieux apportés aux hôtels des monnaies que les princes arabes avaient établis à Tunis et à Bougie, mais sur toute espèce de denrées ou de marchandises.

Une disposition du traité, dont le principe se retrouve dans les conventions de 1236, prouve que la marine des Maghrébins ne suffisait pas toujours à leur commerce, et que les Génois, comme les autres nations européennes, participaient à leur industrie par le louage des navires. Le commissaire arabe stipula en effet que le roi ou ses sujets venant à manquer de vaisseaux dans un de leurs ports, les Génois seraient obligés de mettre à leur disposition le tiers de ceux qui s'y trouveraient, en recevant un juste prix de nolis; mais il fui déchiré que les officiers du prince pourraient seulement mettre en réquisition les navires dont le chargement ne serait pas encore commencé. l

Les Téniliens n'étaient pas restés jusque-là étrangers au commerce du Maghreb; toutefois, il ne faut peut^tre pas faire remonter leurs premières relations avec ce pays aussi loin que l'auteur de Y Histoire civile et politique du tommercê de Venise, Dandolo, ou plutôt Sanuto le jeune, rapporte bien, dans

m NOTE»

ik chrottigiie, que le doge Urseolo n, dont le règne s*étend de lân 994 à l'an 4003, « se lia d'amilié avec tous les princes sarrasins ; » mais cela doit plutôt s*enteDdre des émirs arabes encore maîtres des fles Baléares, de la Sardaigne, de la Sicile et d'ane partie de l'Italie méridionale, où les marines chrétienne" de TAdriatique les avaient souvent combattus, que des Arabes de l'Afrique occidentale, avec lesquels rien ne montre qu'ils aient eu de rapports ni avant le règne d'Urseolo H, ni de longtemps après sa mort. Belenus d'abord en Syrie et en Egypte à la suite des premières croisades, attirés plus tard ea Roroanie et dans les Iles de l'Archipel, lors de lia .fondation de l'emiure françai8« de Gonstantinople,lesYénitiens se reportèrent peu aprèssurles cdtes d'Afrique, quand la chute des princes latins de Byzance devint imminent ; ils traitèrent avec les émirs dès Fan 4230, à la même époque que les Pisans, les Génois et les Marseillais ; vingt ans après, la république, par cette sage et habile politique qui assurait le succès à toutes ses entreprises, obtint pour ses nationaux commerçants dans les royaumes de Tunis, de Bougie et Tripoli , des privilèges qu'elle ne tarda pas à rendre aussi importants que ceux des Pisans, les plus anciens alliés des Bilaghrebins. Ce fut l'objet des négociations de Philippe Julien, envoyé à Tunis par le doge Marine Morosini, et du pacte que conclut cet ambassadeur avec Mohammed Abou Abdallah, le V^ avril 1251.

Le traité, après avoir assuré pour 40 ans le commerce des Vénitiens de la protection de l'émir, sur terre et sur mer, leur donna le droit d'établir des fondouks dans toutes les villes où ils commerçaient déjà, leur garantit la propriété et la libre administration de ces établissements, où personne ne put entrer sans leur permission, n reconnut que le doge de Venise avait seul le droit de nommer le consul; qui siégerait dans le fondouk et y rendrait la justice; de plus, que les Vénitiens devaient avoir un écrivain de leur nation dans la douane du prince, pour tenir lui-même les registres où s'inscrivaient les marchandises de ses compatriotes.

Les importations d*or et d'argent, de perics et de pierres précieuses, faites par des Vénitiens, devaient être exemptes de tous droits. Les achats de blé pour les Etats de la république furent autorisés et affranchis des gabelles, sauf les cas de disette, où l'exportation était suspendue.

Un article, dont l'objet mérite d'être remarqué, garantissait aux Vénitiens la libre expédition du plomb de toutes les villes des États du sultan. On pourrait se demander si ce métal, qui devait être en abondance dans le Maghreb, puisque le prince ne met aucune limite à sa sortie, y était apporté par les caravanes venant de l'intérieur de l'Afrique, ou bien s'il provenait de mines existantes dans le sol même des provinces septentrionales? Bien qu'il d&tsû i faire en Afrique, au xni* siècle, des acquisitions de plomb assez importantes ^1 pour qu'il en soit particulièrement question dans un traité public, on devrait admettre cette dernière supposition avec d'autant plus de réserve, que ce métal n'entre plus pour rien dans les produits livrés par l'Algérie, ou l'industrie de M habitaatoi an commerce extérieur, sous la dénomination de frodum du

NOTE. Îi3

cru émpeup. C«peAdâ&t les frétés postérieure, arrêtés p» les émîrs musul* mams atec la répuUiqiie de Venise, et notamment le traité de 1260, constatent qa*il s*agit bien ici du plomb de Maghreb et de mines ouvertes sur le terri- ' toire mdiiie de d'Abou Abdallah, entre Tunis, Bougie, Alger et TIemccn. On sait d'aiilears que les Italiens, se rendant à Oran et dans les ports lîu Maroc,* exportaieni beaucoup de plomb \ on peut donc considérer comme un fait certain qu'il existe dans plusieurs parties de l'Algérie dés gisements considé-^ râbles de ce minerai si précieux pour l'industrie. Léon l'Africain et Sbaw ont signalé l'existence de dépôts dont l'imporlance ne peut être encore connue sur les limites occidentales de la province dOran et dans les monlagncs des Bcni Boa Tbaleb, à 7 lieues au sud-ouest de Setif ; l'étude géologique du pays servira à diriger les exploitations dans une voie plus précise.

Les Florentins, dont le commerce était déjà très étendu au xiii® siècle, mais qui ne possédait pas de marine, s'étaient assuré par des traités, la faculté d'établir des comptoirs à Pise; delà ils se livraient au commerce maritime, à la faveur des privilèges que leurs voisinsavaient dès longtemps obtenu dans les pays étran-, gers. ils venaient ainsi, sous leur pavillon, et moyennant certaines contributions dans les royaumes de Tunis, de Bougie, de Tlemcen, où ils étaient considérés comme Pisans. Vers l'an 1252, le roi de Tunis ayant vu des florins d'or, monnaie nouvellement émise par la république de Florence, voulut connaître un peuploj gui frappait de si belles espèces. Un marchand florentin nommé Péra Balduccl,! emmené en sa présence, lui parla de la richesse de ses compatriotes, et l'émir déclara aussitôt qu'il leur accordait les privilèges commerciaux et notamment le droit d'avoir une église et un fondouk à Tunis. Les volontés du prince furent maintenues, malgré la jalousie des Pisans qui, jusque-là, au rapport de Jean Villani, avaient fait passer les Florentins comme des montagnards de leur voisinage faisant chez eux le service de porte-faix. On ne sait si le prinoo régnant alors à Tunis, où ses successeurs immédiats garantirent par des traités écrits les faveurs accordées à la commune de Florence ; mais il est certain que les Florentins purent dès lors commercer librement dans le royaume de Tunis, et, bien qu'ils aient continué à se servir de navires pisans pour apporter leurs marchandises en Afrique, ils eurent dans le pays des comptoirs particuliers qui appartenaient à leurs plus riches compagnies, telles ^e led Bardi et les Acciaiuoli. En transportant plus tard, l'an 1356, leurs établissements commerciaux de Pise à Sienne et à Télamone, ils consolidèrent leur indépendance et leurs immunités en Afrique ; mais ils n'obtinrent que longtemps après, et à la suite d'événements que nous rappellerons, la piéol-* pùàA des privilèges pisans.

L'extension du commerce des villes d'Italie ave^ !e Maghreb du milieu ne nuisait pas en effet à la position privilégiée que les Pisans occupaient toujours dans le pays. Les sujets de la république étaient admis à porter en Afrique toute espèce de marchandises, de les exposer et de les vendre dans toutes les iûkêy et de s> approvisionaer librement de toutes dioses. Us Arabes le

litieot d'affaires atêe en ; ils sMntéressaîeiit, par lenr argent m leurs fournitares, dans les cargaisons; ils venaient eux-mêmes faire leconunerceàPlse et dans les possessions marilîmes de la république. Le terme du traité conclu en 1230 étant arrivé, Âboa Abdallah et Parent

^ Tisconti, ambassadeur. pisan, le renouvelèrent à Tunis, le U du mois de

^ éhoual 662 (11 août 1265). Rarement les nations chrétiennes arrêtaient do nouveaux traités avec les princes musulmans sans demander une extension des privilèges qu'ils avaient reçus précédemment. Visconti ne se contenta pas de faire confirmer par l'émir l'entière liberté du commeite pour ses compatriotes, la protection promise aux naufragés, l'inviolabilité et la juridiction des consuls pisans, leur droit de voir le roi au moins une fois par xnxàs pour l'entretenir directement des intérêts ou des plaintes de leurs nationaux; l'assurance pour les marchands pisans d'obtenir immédiatement justice des magistrats indigènes, quand ils auraient quelque contestation avec un Arabe, leur privilège exclusif de construire des magasins, des fours, des bains, des églises, dans toutes les viUes du ik)yaume, qu'ils s'y fussent déjà établis ou qu'ils y vinss^t pour la première fois, la faculté enfin de réparer leurs foudouks de Bougie et de Bone, et d'agrandir celui de Tunis, de manière à ee qu'U fui pareil à eeiui des Génois; Visconti obtint encore du roi l'engagement de traiter comme Pisans et de faire participer aux privilèges des Pisans tous les les chrétiens qui viendraient avec eux dans ses États. Par cette habile politique, il rendait tributaire de Pise le commerce de toutes les villes de iltalie centrale, qui manquaient de marine et qui n'osaient aventurer leur pavillon trop loin des côtes de la Péninsule. Fidèles à ce système, qu'ils suivirent plus tard dans l'ile de Chypre, les Pisans prenaient sur leurs navires les marchands de Sienne, deLucques, de Pérouse, d'Arezzo, de Pistoia, deBdogne, de Florence même; ils les transportaient en Afrique eux et leurs cargaisons, ils les logeaient dans leurs fondouks, mais leur faisaient payer cher ce patronage, dont ceux-ci, il est vrai, se vengèrent plus tard cruellement. Un article du traité

I arrêta eipressément que l'entrée des entrepôts pisans serait seulement accessible d'après la volonté du consul ou de la nation, et que les Pisans ne pourraient être jamais forcés d'y recevoir les marchandises d'aucun autre peupla

'• chrétien. Abou Abdallah stipula avec Visconti comme il avait arrêté avec Guillelmino Cibo, que le tiers des navires pisans, arrivés dans ses États, pourrait être requis dans chaque port pour le service des Maghrébins, moyennant une juste indemnité.

Le soin que prenaient les Pisans de suivre et de dominer toujours le développement'du commerce des Génois en Afrique se reconnaît dans plusieurs dispositions du traité. Les deux peuples étaient alors au plus fort de la lutto qu'une puissance à peu près égale prolongeait entre eux, sur les mers et dans leurs colonies. Us n'étaient pas toujours en guerre ouverie, mais leurs intérêts les mettaient en tout temps et partout en opposition et entretenaient leur inimitié. Les Génois, qui avaient enbore a étendre leur commerce et leur mariao

IIOTE. iSS

ivwr arriver an degré de prospérité où les Ksans se maintenaient depuis nu siècle, ne reculaient devant aucun moyen pour nuire à leurs rivaux, et, n'osant toujours tenter le sort des armes, ils cherchaient à entraver leurs opérations, soit en indisposant les chefs arabes par leurs rapports contre eux, soit en les empêchant de compléter leurs cargaisons. Abou Abdallah promit d'arrêter leurs menées en Afrique, et déclara que ni les Génois, ni aucune autre nation ne pourrait priver les'Pisans du droit qu'ils avaient d'acheter toute espèce de marchandises dans ses États.

Ce privilège illimité pour commercer dans toutes les villes du royaume, privilège qui allait jusqu'à exclure la concurrence des autres Européens dans les lieux, où ceux-ci n'ayant pas de factoreries, ne pouvaient en établir sans Tassentiment des Pisans, n'était pas accordé gratuitement. Leurs navigateurs payaient 40 p. 400 sur toutes les marchandises qu'ils importaient en Afrique; excepté sur les métaux précieux soumis seulement au 5 p. 400, et la république consentit à laisser cette charge sur son commerce, bien que les Génois, les Vénitiens, les Aragonais, les Provençaux, les Siciliens, eussent vu succès» sivement réduire pour eux les tarifs. Mais Parent Yisconti obtint d'Abon Abdallah un arrangement qui fut très avantageux pour ses compatriotes, et qui leur valut réellement une diminution des droits, en stipulant que les frais de douanes devraient se prélever seulement sur les marchandises vendues, et ne seraient exigibles qu'au départ du marchand pisan pour retourner en Italie, tandis que les autres nations acquittaient les douanes en débarquant dans les ports de l'émir. Quant aux Pisans ou protégés pisans qui voulaient séjourner longtemps en Afrique, ils n'étaient tenus d'acquitter les droits qu'à la troisième année seulement après leur arrivée. On ne s'attendrait pas à trouver, dans un pays où la mauvaise foi et l'avidité sont aujourd'hui les traits les plus marqués du caractère national, des témoignages aussi évidents de la confiance qui régnait alors dans les relations des Arabes avec les chrétiens et des principes aussi favorables à la prospérité du commerce. L'immense développement qu'ont pris de nos jours l'industrie et la concurrence ne permettraient pas aux nations les plus libérales de l'Europe d'accorder chez elles à un peuple étranger les privilèges dont les Pisans jouissaient dans les temps arriérés du moyeu-âge et au milieu des barbares d'Afrique.

La république de Pise et Abou Abdallah se promirent mutuelle amitié, et s'engagèrent à punir respectivement les attaques que pourraient tenter leurs navigateurs sur les vaisseaux de l'autre peuple ou sur quelque point de ses côtes, •oit dans les royaumes de Tunis, de Bougie, de Tripoli et les autres dépendances des États de l'émir, soit dans le territoire continental delà république de Pise ou dans les iles de Sardaigne, de Corse, d'Elbe et de Pianosa, qui lui appartenaient. Afin de donner plus d'authencité au traité, dont la durée fut fixée à 20 ans, et d'en assurer la fidèle exécution, on convint qu'il serait publié dans les villes principales des deux puissances contractantes. ' Jlne expédition, dans laquelle le roi des Deux-Sioiles et le roi de Franco, T, i. 28

«SO AOTB.

ios frèit, imirMit Ifon ram ptmtfm et hm îMmêémmmÊÊm, fM échouer en 4370^ par un évènemeni inattendaf sont let mm d» TmU ; nuls les princes croisés ne quittèrent pas le rivage d'Afrique, après la mort de saiitt Louis, sans avoir assuré par des traités la liberté réciproque du oonmerce al de la navigation avec Aix>u Abdallah. L'émir fat ffième <Mi8é do réUhlirto Wbol que ses prédécesseurs payaient au roi de Sicile*

Les armateurs des républiques italiennes, que FoocàslOQ de tmtiiier trravaH . toujoursdisposésàtenterlesévènemeDts, n'avaieBtpascraint,dumoi&loeQtde Venise et de Gènes, d'entrer en coopération dans la croisade de saint Louis, en louant à ce prince, moyennant un droit de noUs, dont iia retirèrom des hénéfices considérables, la plus grande partie des galères qui tfaas^tèmil son armée du port d*Aigues-Morles sur la côte de Tunis. Après la fatale Issue de Teapédition, dans laquelle les navigateurs italiens ne prirent pas du rosle tt rôle actif, ils purent d'autant mieux renouveler la p^i et leurs privilèges daao le Maghreb que les traités leur garantissaient, comme on l'a vu, bouhmI^ ment la faculté de louer leurs navires aux ennemis des émirs tturalmans, mais même de les vendre en temps de guerre dans les ports do l'Afrique. Lis Vénitiens et les Génois eurent donc la faculté de contracter immédiatement de nouveaux accords avec le roi de Tunis pour rétablir les bomiefe mlaliions, et s'assurer encore de sa protection.

Les Vénitiens obtinrent ces résultats par le traité du mois de juin l£7l, aavel ou choual 669 de l'hégire, dont une transcription authentique existe aux archives de Venise, et les Génois, par le traité du 6 novembre 4i7S, conservé en expédition originale aux archives de la cour à Turin. Abou AbdaUah régnait toujours sur les pays àe Tunis, de Bougie, de Btoe et d'Aller, et c'est avec lui que les communes d'Italie eurent à traiter. Il est facile de reconnaître, en effet, sous le nom de Miramamoni-Abo-Àbdale Ebnolomera Rasidm, que les ioterprètes chrétiens donnent dans les traités au souverain de Tunis, YÊmir Àl-Moumenin Abou AbdaHah. Ce prince, afin de consacrer dans sa famille la souveraineté usurpée parles Abi Hafs, pr^endaitèlre le descendant d'Omar, l'on des quatre premiers kalifes auxquels les mnsulaians sonntles donnent la qualification d'émirs légitimes, et prenait le titre d'^èti êl^mera el^Rachedin^ « le fils des émirs légitimes. »

La négociation que Jean Dandolo suivit à Tunis au nom du doge de Vc« nlse n'avait pas seulement pour objet d'obtenir une reconnaissance de concessions qui avaient été faites aux Vénitiens en Afrique; l'ambassadeur, conformément aux instructions qu'il avait reçues, conclut un traité d'alliance avec le sultan, reposant sur une complète réciprocité de navigation entre les deux Ëtats. La république promit que tons les sujets d'Abou Abdallah, venant coffi^ mercer à Venise ou dans ses autres possessions, y trouveraient liberté et protection ; elle s'engagea de phis à venger les torts que pourraient leur occasioner ses nationaux, et à les indemniser des dommages qu'ils auraient souiferts. P&r une disposition dont l'esprit nous étonne aujourd'hui, et qui

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