‹ Histoire de l'Algérie française (volume 3)Chapitre 11 sur 17 · ROTE · texte numérisé non relu

ROTE

fftm9% esnUm rMdrK commercial avait rapproché les Arabes tMOldentanx <l66 durétieof , an oioycihâge, malgré les guerres qoi les divlsatenl quelquefois, Aboa Abdallah gtipuls^ ces eonditions, non^aeulement pour ses sujets, mais même pour les chrétiens, ses amis ou protégés, allant à Venise. En retour de ces avantages, Fémir garantit la juridiotion des consuls vénitiens établis en Afrique, rirresponsabilité de la nation pour les crimes et les délits des particuliers, conformément au privilège du mois de moharrem 649, qu'il confirma expressément dans toutes ses dispositions. Abdallah permit, en outre, aux Vénitiens, de vendre des navires et des agrès dans les ports de ses Blats, aux mêmes conditions que les Pisans et les Génois ; il s'engagea à faire payer au propriétaire le prix de toutes les marchandises vendues par rintermédiaire des courtiers-interprètes, dans la quinzaine qui suivrait la livraison; il ne prohiba iïmportation d'aucune marchandise dans ses ttats, et permit aux Vénitiens de requérir, en tout temps et en tout lieu, moyennant salaire, le service des bateliers et porteiaix indigènes pour les transporter. D maintint cependant les droits de douanes au taux de 40 pour 400, tarif plus élevé que celui des Génois et aussi fort que celui des Pisans, bien que les Vénitiens n'eussent pas encore en Afrique des privilèges aussi larges que les commerçants des rives de l' Arno. Mais l'émir accorda l'immunité des droits de douane pour une quantité de marchandises égale en valeur au prix du nolis des navires.

Opizon Adalard, ambassadeur chargé de la négodation au nom de la république de Gênes, fit confirmer les franchises du commerce de ses compatriotes en Afrique, dans les limites et aux conditions réglées par les anciens accords, en accédant à une disposition qui autorisait la confiscation totale de l'argent importé par les Génois, si le métal n'était pur de tout alliage. Il stipula, en outre, que les ventes faites dans les États du roi de Tunis par les Génois à d'autres chrétiens ne seraient assujetties à auoun droit; que la douane arabe serait responsable du paiement des marchandises vendues devant ses officiers et ses courtiers-interprètes, et que les objets non vendus pourraient être réexportés sans frais» ce qui permettait de les déposer en firanchise dans les entrepôts d'Afrique. Il détermina même Abou Abdallah à étendre les droits accordés aux Génois, à tous les marchands qui viendraient avec eux en Afrique, à l'exemple de ce que pratiquaient déjà les Pisans, et fit insérer dans le pacte un article particulier qui maintint pour ses compatriotes la faculté de vendre des navires aux ennemis des Maghrébins. Les traités conclus vers ce temps par l'Aragon avec les Ali Hafs constatent d'une manière certaine que le royaume de Tunis comprenait alors, outre la régence de ce nom, les pays de La Galle, Dône, Collo, Djidjeli, Bougie, Dellis, et se prolongeait sur la côte occidentale jusqu'aunielà d'Alger et de Cherchcl.

Ces renouvellements si facilement accordés, ces franchises garanties et étendues à chaque confirmation, prouvent combien les princes n^usulmans, Jalou de la prospérité du pays, appréciaient les relations que les chréUeos

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enfretenaient avec leurs sujets ; et le traité de 4974 montre (MirUcnlièmeiit b sollicitude constante de la république de Venise à rechercher tonjonrs des dè> bouchés nouveaux; pour son commerce, aussitôt qu'il était menacé sur qudquo point.

Au xni* siècle, Tltalie, presque affranchie de la domination impériale ou rassurée sur ses prétentions parles fédérations de communes, voyait s*accrottre chaque jour, malgré les troubles civils, les ressources de son industrie, kt force de sa marine marchande, l'importance et le nombre des échanges oom* merciaux qu'elle faisait avec les différents ports de la Méditerranée. Piso, toujours fidèle aux empereurs, était encore dans un état prospère, mais voyait avec inquiétude le développement extraordinaire que prenaient leoouh merce et la puissance de Gènes et de Florence; Venise préparait sa grandeur future par une sage administration et des guerres souvent heureuses; lltatio méridionale et la Sicile, dont le sort avait été un moment compromis par l'invasion des seigneurs français, reprenait une vie nouvelle sous radministratton de ces princes. Dans toutes les villes de l'Italie s'étaient établies des manufao tures de laine, de lin, de chanvre; et les produits de l'industrie agricoledupays ne sofiisant pas à la consommatiçn, les fabricants employaient encore les provonances de l'étranger. Le lin et le chanvre leur venaient en grande quantité do l'Egypte, de la Syrie et des lies de l'Archipel ; les plus considérables approvt* sionnements de laine leur étaient expédiés par les marchands arabes ou les courtiers chrétiens de Tunis, de Bdne, de Bougie, d'Alger. Pise recevait toujours les chargements considérables de cuirs et de peaux que ses fadeurs achetaient dans les diverses villes du Uaghreb, et les rassemblaient dans ses ports, d'où se faisaient les expéditions.

L'industrie et le commerce du Maghreb étaient dans une situation non moins prospère. On est accoutumé à juger de l'état de celte contrée, depuis la conquête arabe, par les notions que l'on a de sa triste condition sous le despotisme inepte et barbare de la Turquie. On croit trop communément encore qu'il n'y a eu en Afrique, tlepuis le vu* siècle, que des villes ruinées, des populations opprimées, toujours en armes pour défendre un reste de liberté, et partout les excès d'un fanatisme intolérant et féroce ; mais il faut reconnaître que la situation du pays était au moyen-âge tout autre qu'elle ne fut sous lo règne des ministre de la Porte. Les relations des auteurs qui ont vécu dans ce temps, et qui ont été rendues accessibles à tout le monde par des traductions, celles d'Ëdrisi, d'Ebn-Batouta, d'Aboulféda, montrent, comme les autres documents originaux, que l'Afrique musulmane a eu d'aussi longues périodes de calme, de tranquillité et de prospérité qu'aucun des pays les plus florissants de l'Europe du moyen-&ge. La puissance souveraine y maintenait l'ordre et la sécurité plus efficacement que dans la société féodale; les vcnes de communications étaient sûres, l'industrie agricole et manufacturière encouragée ; il y avait, dans toutes les villes importantes de l'intérieur, à Constantine, à Biskra, à SeUf, à Uilab, & Miliana, à Tlemoen, comme dans les

Vi11«f( (1« la edte, des foires, des magasins, des bazars fréquentés; on voyait partout raclivité d*un commerce lucratif qui, trouvant ses premiers éléments dans les produits du sol, se développait à mesure que les établissements euro* péens se multipliaient dans le pays.

Les Abi Hafs, souverains de Tunis et de la plus grande partie de TÂlgérie actuelle, étaient une dynastie d'origine indigène; ils n*avaient pas comme les Turcs, à veiller sans cesse, pour maintenir leur domination par la guerre et les supplices, sur une population vaincue; ils pouvaient s'occuper avec plus de suite des mesures qui Fintéressaient et qui devaient accroître sa fortune. Les autres princes d'Afrique, délivrés comme eux du joug des Almohades d*£spague et des prétentions des Béni Merin du Maroc, chercbèrent à entretenir des relations paciGques et commerciales avec les princes chrétiens do FEurope; les émirs musulmans voulurent même s'assurer l'amitié du Saint- Siège, du moins pendant les croisades, lis permirent en effet aux commerçants chrétiens qui venaient dans leurs États, non-seulement d'y construiro des églises et de se livrer publiquement à l'exercice de leur culte, ainsi qu'on le voit par le traité de 4271 , conclu avec les rois de France et de Sicile, mais encore ils autorisèrent rétablissement de couvents et d'ordres monastiques dans leurs États. Ces faits sont constatés par les bulles pontificales, qui accordent divers privilèges aux religieux fixés dans les royaumes de Tunis, do Bougie, de Tlemcen, de Maroc et qui nous apprennent que ces religieux étaient des frères cordeliers et des frères dominicains ou prêcheurs; circonstance remarquable : car, si eUe ne prouve pas la liberté de prédication de l'Évangile au milieu des Arabes au xiii* siècle, elle atteste au moins que le ministère de la parole évangélique avait à s'exercer sur un nombre considérable de chrétiens demeurant en Afrique.

A l'ouest des pays qui forment aujourd'hui l'Algérie, la ville de Tlemcen, et le territoire qui en dépendait, avait contribué puissamment à l'essor général . de l'industrie et de la fortune du nord de l'Afrique. Longtemps soumise aux Almohades, dont elle était une des plus florissantes cités, Tlemcen, confiante dans les forces et les richesses acquises par un commerce fort étendu, avait enfin proclamé son affranchissement, et s'était constitué en royaume indépendant, sous le gouverneur laghmour Essen Ben Zian, qui fut son premier souverain, îan 645 de l'hégire (4247 de J.-G.). Les pays de Fez et de Maroc avaient échappé aussi aux Almohades, dont la puissance s'affaiblissait chaque jour en Espagne, et les guerres que les Béni Merin, nouveaux maîtres indépendants du Maghreb de l'ouest, entreprirent contre les successeurs de Ben Zian pour les soumettre, n'avaient servi qu'à augmenter la prospérité de Tlemcen, qui s'était entourée de hautes fortifications, et avait vu s'établir, sous la protection de ses murs, une foule de tribus, auparavant errantes dans la campagne. Une colonie chrétienne, principalement composée de Catalans et d'Aragonais, mais qui comptait aussi dans son sein plusieurs familles françaises et italiennes, avait obtenu la taculté de se fixer dans la ville, où elle possédait des maisons,

4a0 NOTE.

des magiBiM, dM bilnt, des églises, et contribuait m ridie i

TtaBoen cntrotenaK alttre, par les ports d'Oran et de Mers d-&ebir , avec toutes

les villes importantes du littoral de la Méditerranée.

La diminution des droits de douane, que la république de Gènes avait oh* tenue d'Agou Abdallah, dès Tannée 1S36, et que le traité de 4872 respecta,

. attira, dans les pcNrts du Maghreb, les navigateurs génois et les mardNinds des

(Villes des deux rivières, qui protégeaient son pavillon oomaïke VintimiUe, Om>

1 glia, Albenga, Noli, Savone, Ghiavari, Spezia.

. La quantité de denrées et de marchandises apportées en Italie par les G^ nois de Tunis, de Bougie, de Bône, d*Alger, était devenue si conâdéraUe, que, dès Tannée 12S3, la répubTique avait créé dans le port de Gtees un office spécial pour la perception des droits sur les provenances du rorauaa de Tunis.

Ce commerce n*é(ait pas exempt d'entraves, et souvent nnême de dingeis. Quel que fût Fintérèt des Arabes d* Afrique d'entretenir des telaUcns avec les Italiens, et bien qu'ils se soient montrés favorablement disposés à leur égkié^ au moyen4ge, la différence de rdigton perpétuait d^ antipa&ies profondes entre les deux nations, et laissait toujours quelques sentiments de méfiaaoa^ quelque haine de part et d'autre. L'on ne doit pas douter, malgré le sileMl des dironiqueurs, que les chrétiens n'eussent souvent des quereUes, soit avst les marchands arabes, soit avec les agents du fisc, dont les suites durent oc> casioner plus d'une fois des agressions violentes. On Voit, par exemple, dam un acte conservé aux archives royales de Tnrin, que phisieurs natîns gé** nois, se trouvant dans le port de Tunis, vers Fan 4i66> j éprouvèrent des dommages notables de la part des musulmans ; mais le roi, dâirenx de vivro en paix avec la république ligurienne, indemnisa immédiatement h» csmmer^ (ants qui avaient éprouvé des pertes. Dans le nombre se trouvait un SMtrchand de Savone et la compagnie des associés de Pasoid Use di Mai^ niembf% de rillttstre famille qui fournit plusieurs doges à l'Etat. Le montant des réda* mations ne s'élevait pas à moins de 63,616 besants, somme qui répeiMtralt à peu près en valeur absolue, àcdle de 600,009 llr. de notre nvoimaie 4K!tueite^ s*il s'agit id, comme nous le croyons, de besants dTor. tl n'est pas pessIUo d'évaluer, d'après cette seule indication, rensemUe des capitaux «ngagis fMir le eommeice de Gènes et des villes dépendantes du territoire de la r^«^ Ulque dans les aikires d'Afrique ; on peut, toutefois, m fecoumllrs TimpoN tance, car la somme totale de 63,616 besants état iManrfe «sutomut par 9 maisons de commerce.

Le royaume de Tlemcen avait toujours à défendre tm indépendantes, coi-* tre les attaques des Abi Hafs de Tunis et des Béni Marin dn Haroo ; mais là guerre, en assurant la défense de la capitale, et développant le muraetère éné^ gique de sa population, contribua au maintien de la liberté et dès ridiessêft qu'elle avait laborieusement acquises. Une sage adminlstralMi téndktit àlei dévdof^enoore^ on f^vorisam les commnnicsilimis dfl «kMfM» «fte M

indignes. iM ÀrftgOttais, Im GasUllans, Jes Portages 86 rendaient en grand nombre dans les ports el les marchés principaux du pays^ et les Italiens, quoique adonnés plus particulièrement au commerce de l'Est, s'y trouvaient \aussi. Les Vénitiens paraissent avoir été ceux qui les fréquentèrent le plus habituellement et en plus grand nombre, dès la fin du xiu* siècle , dans le 'cours de leurs navigations qu'ils prolongeaient, après avoir quité l'Afrique, le long des côtes du Portugal, de la France, de l'Angleterre, de la Flandre et vers les contrées septentrionales. Us avaient établi des dépôts de marchandises à Oran, à TIemcen et dans le Maroc ; ils venaient régulièrement aux foires qui se tenaient dans chaque pays, ils y versaient des quantités considérables d'acier, de verroteries, d'étoffes légères, et en rapportaient de la poudre 4f or, de l'ivoire, du musc, de la civette, de l'indigo, et des esclaves, branche 4e commerce dont il se faisait un grand trafic sur la Méditerranée.

Venise trouvait dans les pays et les ports de l'Istrie, de la Dalmatie, des nés Ioniennes, de la Morée, de TArchipel et de l'ile de Crète, qui lui appartenaient en grande partie, ou qui lui livraient en franchise toutes les richesse» de leur sol, des ressources inépuisables pour son commerce d'exportation, al la facilité d'entretenir en même' temps des flottes nombreuses, montées par une armée de matelots formés dès leur enfance aux pratiques et aux fatigues de la navigation.

Pendant que les guerres des maisons d'Anjou et d'Aragon empêchaient l'Italie méridionale du jouir de tous les avantages que l'heureuse situation do Palerme, de Messine, de Calàne, de Syracuse^ de Ti*apaui, de Cephalu, do Naples, et des autres ports du continent offrait à son industrie marilime, Pise el Gênes déployaient dans l'intervalle de leurs guerres toute l'énergie do leur activité : Pise pour conserver sa fortune commerciale, Gènes dans 1 es* pérance de surpasser et d'écraser sa rivale. La Sardaigne fournissail du Q)ino rai d'argent aux Pisans ; l'Ile d'Elbe leur donnait des approvisionnemcuU do fer, d'autant plus importants que la Suède n'envoyait pas encore ses métaux dans la Méditerranée. Les armateurs de l'Arno faisaient ainsi d'immenses bénéfices en transportant le fer dans le Maghreb, n'osant braver toi^ours les défenses apostoliques, qui avalent interdit l'exportation des armes, des métaux ' et du bois en Egypte et en Syrie durant les guerres saintes. Gènes, Jalouse de cette industrie, déclara la guerre aux Pisans, et ne consentit à la paix qu'après avoir obtenu la franchise des douanes dans l'Ile d'Elbe, et la cession do Sassari avec son port de Torrès en Sardaigne. Ces succès ne firent qu'enflam* mer son ambition ; elle recommença bientôt la guerre avec phts d'acharnement, et la bataille de la MeSiora, suivie peu après du pillage du port pisan à l'embouchure de TArno, et de la pertd ëe l'Ile d'Elbe, «a portant un coup funeste à la marine de Pise, vint, en quelques années, prjcipiUrljirépuLiiiiuo vers sa décadence, et affermir la fortune grandissante de sa rivale. - La république de Pise n'était pas seulement une puissance maritimf" ; son atUcboment tnébranlaUe à Frédéric II, à Goorad, à Mainfroy, à C( nr ^din et

plos tard ant empereurs d^Allemagne, bériliers desiMrétentioM des Hobeastaufen sur la Sicile, Tavait mise à la tète da parti gibelin en Italie, et loi avait donné une influence considérable dans la politique intérieure de la pé« ninsulc. Mais les guerres incessantes qu'elle fut obligée de soutenir sur lo continent épuisèrent ses forces, et arrêtèrent le développement de sa puissance. Devenue trop faible pour tenter de recouvrer sa supériorité, pendant les guerres des Génois avec les Vénitiens, et les séditions qui troublèrent si fréquemment la république ligurienne, Pise se vit peu à peu dépouillée de ses possessions lointaines ; elle cessa de dominer à Gonstanlinople et dans l'Archipcl, où Venise et Gènes la supplantèrent ; elle ne put, comme ses rivales, obtenir des sultans d'Egypte le rétablissement de ses comptoirs dans b Syria Après la destruction du royaume de Jérusalem, elle perdit le commerce du royaume do Naples, d*où la maison d'Anjou éloigna ses marchands en baino du nom gibelin ; elle ne put soutenir la concurrence des Catalans et des Siciliens eux-mêmes, dans File de Sicile, passée à la maison d'Aragon depuis lo soulèvement de 42S2; et, bientôt réduite par la succession rapide de tontes ces calamités, au rang des Etats secondaires de l'Italie, elle n'eut pour conserver les débris de sa fortune et de sa marine que le commerce d' Afrique, de la Corse et de la Sardaigne. Ces deux îles, depuis longtemps conquises par les Pisans, étaient devenues pour eux de riches colonies, et les fortifications qu'ils avaient élevées autour de leurs principales villes avaient assuré jusquo là la défense du pays contre les ennemis du dehors, en maintenant les sei* gncurs feudataires dans la soumission. Mois, au xiv* siède, la noblesse, séduite par l'espoir de reconquérir son indépendance, ou trompée par la politique de l'Aragon, appela dans l'Ile les troupes du roi Alphonse. Vainement les Pisans, un moment alliés aux Génois, qui se trouvaient intéressés à protéger aussi leurs entrepôts de Sardaigne, essayèrent-ils de reprendre lo dessus dans le pays livré aux Aragonais; ils furent partout battus, et obligés de demander enfin la paix, qui consacra pour eux l'anéantissement de leurs établissements sardes.

Malgré tous ces malheurs, malgré la perte de ses possessions maritimes, & l'exception de la Corse, malgré la destruction successive de deux flottes, on ne voit pas que le commerce de Pise avec le Maghreb se soit ralenti un moment. Les relations et les intérêts des Pisans étaient trop fortement engagés avec ceux des marchands de Tripoli, de Tunis, de Bougie, de Bône, d'Alger, pour que les événements d'Italie les eussent encore sensiblement altérés ; et c'est dans le temps de ses guerres les plus funestes que la république de Pise renouvelle avec les princes Arabes les pactes de son alliance et les privilèges qui assuraient pour longtemps la prospérité de son commerce dans leur pays.

Le Maghreb avait, comme l'Italie, ses troubles el ses révolutions. A la mort d'Abou-Abdallah, dont le long règne avait comprimé l'ambition des grands, de terribles dissensions éclatèrent dans la Camille royale. Ces disoor-

tfes dont nôQS ii*a70M \m l rftn^Ier ici les vicissUodes^forent enreniméM et quelquefois renouvelées par rintervenlioo de la maison d*Aragon, qui, se considérant comme suzeraine du royaume de Tunis, en vertu des droits de la couronne de Sicile, voulait souniettre le Maghreb entier aux familles indigènes, dont les chefs s'étaient assuré secrètement son appui. Mais le parti des Aragonais et des Siciliens ne put jamais établir un gouvernement stable dans le Maghreb. Les luttes, ks invasions, les triomphes suivis bientôt de défaites qui se prolongèrent pendant un demi-siècle, en réunissant quelquefois sous la même autorité les pays du Maroc et de l'Espagne, de Tripoli, de Tunis, de Constantine, de Bône, de Bougie et de Tlemcen, ou leur rendant l'indépendance, eurent enfin pour résultat la réunion définitive du royaume de Tlemcen an royaume de Maroc, sous la domination des Béni Merin, vers Tan 1337, et l'établissement d'une dynastie libre de toute sujétion, dans le royaume de Bougie. Cette famille, issue de la souche des Abi Ilafs de Tunis, régna dans l'ancienne capitale des Béni Hamad pendant toute la durée du xv siècle et jusqu'aux premières années du xvio sièdOi où les Espagnols firent la con* quête de Bougie.

Par un contraste qui n'est pas sans exemple dans l'histoire, c'est à Tépoquo où les divisions politiques agitaient le plus violemment le Maghreb que lo commerce atteignit dans ce pays le plus haut point de développement et do prospérité. Les Pisans, les Vénitiens et les autres peuples d'Italie qui na>iguaient sous leurs pavillons faisaient le commerce d'exportation et d'importation entre l'Afrique et l'Italie. Ils avaient établi des comptoirs dans les principales villes; ils s'y étaient fixés en grand nombre, et s'y livraient à un commerce considérable, soit pour eux-mêmes, soit pour les maisons d'italio qu'ils représentaient.

Gènes avait toujours des consuls dans les royaumes de Tunis, de Bougie et de Tlemcen ; Palerme, Messine, Gastello di Castro, Sienne, Florence, Ancône, Gaëte, Naples, étaient en relations non interrompues avec ces Etals, ainsi qu'on peut en juger par les chroniques du temps, les voyages de Raymond Lulle et surtout par l'ouvrage que Balducci Pegolotti, marchand florentin, écrivit vers le milieu du xiv« siècle et qui est parvenu jusqu'à nous.

Ces rapports continus, qui duraient dr jà depuis plus d'un siècle, en sou* mettant les préjugés que pouvait susciter la différence de religion, avaient établi entre les deux peuples une tolérance et une sécurité que n'ont pas connues les commerçants chrétiens sous la domination des Turcs, et qui nous semblent aujourd'hui si éloignées des idées de la population arabe. Les rela* tiens des chrétiens et des musulmans devinrent encore plus intimes au xiv* siècle, où Ton vit des Européens investis des pleins pouvoirs des princes arabes pour négocier en leur nom. Des documents positifs prouvent, en effet, que les Pisans et les Vénitiens prenaient part, comme les indigènes, au commerce intérieur, et quelquefois au gouvernement du pays. Ils affermaient la peroeptioi des gabelles et en faisaient compte an roi ; ils avaient le droit de trans-

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porter, d'etposer et de vendre à l'enchère lears màrehandîMê dâfti MM les villes du Maghreb ; ils pouvaient librement parcourir le pays sous la pro* tcclion du roi ; ils avaient des courriers qui leur servaient à entretenir une correspondance entre les différentes villes où se trouvaient leurs entrepôts. Les marchands chrétiens, en nombre infiniment moins considérable que les Arabes, jouissaient donc de la plus grande sûreté au milieu d*euz, pui$QU6 leurs messagers pouvaient, sans danger, traverser tout le Maghreb.

Les Vénitiens et les Pisans avaient enfin obtenu la faculté de faire des ctra* vanes en Afrique, et il était même passé d'abord dans les usages du pays el ensuite dans les traités, qu'en toute les stations de leur route, ils auraient 16 droit de faire paître au moins pendant trois jours les animaux qu'ils oondui'^ saient. Les traités, datés du mois de sefer 717, ou du 12 mai 1317 de 1,41., 22 décembre 1320, 17 des calendes de juin (16 mai) 1351 , et 28 rabié 759 ou 7 avril 1358, conclus par les républiques de Venise et de Pise, ave6 les différents princes du Maghreb du milieu, assurèrent ces privilèges aul commerçants de leurs États et à leurs protégés, en renouvelant les dispositions des anciens pactes, sous le droit ordinaire de 10 pour 100.

Cette liberté laissée et garantie au commerce des chrétiens, qui nous reporte à un état de choses si différent de celui qui existait encore il y a peu d'anûéeâ, CB Afi'ique, permettaient aux Pisans et aux Vénitiens de s'avancer dans Tintérieur du pays, de communiquer avec les caravanes musulmanes qui, paiw tant du Maroc, traversaient le Maghreb et se rendaient en Egypte, en Âby^ sinie et à la Mecque; ou, quitt;|nt la route de Test, pénétraient dans le paya des nègres de l'Afrique centr&Ie. Les marchands italiens suivaient-ils les caravanes dans toutes ces directions? Quels étaient les pays jusqu'oà ils s*a^ vançaient? Allaient-ils acheter la poudre d'or, les plumes d*autniche, rivoiri et les esclaves du Soudan? ou cherchaient-ils de préférence les gommes, les parfums, l'ambre el les autres productions venant des régions du îîilP On nd pourrait faire que des conjectures à ce sujet.

Le droit de former ainsi des caravanes dans le Maghreb ou de s*adjo!ndre & celles des indigènes est l'indice le plus certain du rapprochement que les relations commerciales avaient amené entre les Européens et les Sarrasins d'Afrique; mais il est un fait non moins frappant, qui nous montre jusqu'à quel point l'alliance et les communications avec les chrétiens étaient entrées dans ks idées des Arabes, avant la conquêtes des Turcs, et combien l'on doit «spérer de surmonter avec le temps les difficultés rencontrées de nos jours dans les préjugés des indigènes : c'est l'admission dans les rangs de la milice M des officiers de la cour des rois du Maghreb, d'hommes d'armes et de •eigneurs européens. Cette circonstance est attestée par les témoignages les plus certains. Le continuateur de Nicolas de Jamsilla parle, dans sa chronique «îeilienne, de 400 hommes d'armes toscans, de 200 Espagnols et de 200 Allemands ^u'entrelnnait le roi de Tunis, 4 la fin duxni* siècle ; un bref inédit de Nicolas IV, qui existe aux archives du Vatican, nous apprend qu^il y avait en

effel hdbUQellemetit des hottmès d'arnes et même dès Mtgneors cbrétie&s m service des rois de Tunis^ de Maroc et de Tletnceo. Le pape en leor écrivant, Je 5 des ides de février <290, les engage à rester fidèles aux princes arabes, mais à faire respecter toujours le nom chrétien. Les seigneurs des rives de rAdriatiqne prenaient aussi volontiers de hautes charges à la cour des princes de Maghreb, comme on le voit par un document des archives de Venise, con« cernant un noMe Vénitien qui^ après être demeuré quarante-quatre mois au service du roi de Tunis, avec ses domestiques, ses'.chevaux, ses hommes darmes, et avoir fait pendant ce temps de grandes dépenses, dont Fhonneur devait surtout revenir au prince, n*en avait pas reçu la solde qui lui avait été promise. Dans les traités du xiv* siècle, il est encore question de seigneurs chrétiens, demeurant auprès des émirs d'Afrique.

U est douteux que les Pisans fussent en grand nombre, parmi les 100 hommes d*armes toscans de Tannée tunisienne ; ceux qui n'étaient pas exclusivement adonnés au commerce étaient retenus en Italie par les dernières luttes où la puissance de la nation achevait de se perdre, dans la guerre implacable que la coalition des villes guelfes entretenait contre son indépendance.

Les Arabes profilèrent, de leur côté, du développement qu'avaient pris le commerce et les rapports avec les Européens. Durant le xii* et le xiti* siècle, lis s'élaient liés d'affaires avec les marchands chrétiens ; ils les avaient favorablement accueillis sur leurs terres; ils avaient acheté leurs marchandises et leur avalent vendu leurs produits; beaucoup d'entre eux faisaient même le voyage d'Europe, et Pise était citée, dès le xu* siècle, pour le grand nombre de marchands africains qui fréquentaient ses marchés. Au xiv* et au xv* siècle, la part que les Maghrébins prirent directement au commerce d'Europe fut {dus Importante encore. Chaque année des navigateurs arabes de Tunis, de Bougie, de BAne, de Collo, d'Oran embarquaient pour leur compte les mardiandisesdu pays, et les allaient vendre sur Iesc6tes d'Espagne, de France ou tfltalie, en Sardaigne, en Corse, en Sicile, à Gênes, à Fise,à Télamone, devenu l'entrepôt des marchands de Sienne et de Florence, à Gaëte, à Naples, à Ancône, à Venise, à Raguse, et rapportaient de ces villes de grandes quantités d'étoffes et d'objets fabriqués dans les manufactures de la Péninsule.

Bougie et Tunis étaient, après Alexandrie, les villes d'Afrique où se trouvaient le plus grand nombre de marchands venant de Fllalie, de la France et de l'Espagne. Les relations des chrétiens s'étendaient cependant sur toute la oOte méridionale de la Méditerranée. En même temps que les armateurs des villes maritimes d'Europe dirigeaient des cargaisons vers les provinces da Maroc, ils envoyaient des navires dans les pays de l'est : à Tripoli, dont Fazio atteste la richesse, à Gerbah, renommée parmi les Orientaux pour ses beaux Jardins ai ses plants d'oliviers. « Gerbah, dit un auteur de ces temps, est une Ile qui se trouve au milieu de la Barbarie, puisque, si vous calculez bien, il y a autant de distance de Gerbah à Geuta que de Gerbah à Alexandrie. Elle est llnpprocliée du coMioeot que site détroit tflpf^ fortifié et défeudo, U pourrai

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