‹ Histoire de l'Algérie française (volume 3)Chapitre 13 sur 17 · TB · texte numérisé non relu

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ler insensiblement l^rs privilèges aux Vénitiens, ne tenaient plos anssi 8cni> fraieusement à assurer les franchises de leur commerce. Ils stipullTenl, dans le traité de 1396, que si un Pisan occasionait quelque dommage à un sujet da roi, le consul de la république serait responsable du délit, et la nation ne paraît avoir étevé aucune piainte sur cette mesure, qui contrevenait ouvertement aux faveurs garanties par les anciens traités. Les marchands chrétiens acceptaient ces conditions en Syrie et en Egypte, où les consuls étaient considérés comme des otages; mais elle ne leur avaient pas été imposées dans le Maghreb; et, dans le temps même où le roi de Tunis les exigeait des Pisans, on ne voit pas qu*il lésait étendues aux autres nations italiennes. Il y a plus, les Florentins parvinrent, à ce qu'il paraît, à les faire révoquer, quand ils succédèrent complètement aux droits des Pisans en Afrique.

Cette révolution eut lieu au commencement du xv* siècle, lorsque FlorencOi après un demi-siècle de guerre pour étendre sa domination jusqu'à la mer , fut parvenue à assujétir la république de Pise à sa domination (4406) et à déterminer les Génois, dont le trésor public s'était appauvri au milieu des disseur fions civiles, à lui vendre la ville et le port de Livourne (U2i).

Florence, qui exerçait déjà Ui plus grande influence sur la politique intérieure de l'Italie, devenue alors une puissance maritime, domina le commerce des Génois sur la Méditerranée, et donna quelque temps de sérieuses inquiétudes à la république do Venise. Elle traita avec les empereurs grecs, avec les rois de Chypre, avec les sultans d'Egypte et les autres princes arabes de l'Afrique ; elle obtint d'eux l'attribution des consulats et des comptoirs que les Pisans avaient établis autrefois dans leurs États, et donna tous ses soins à développer son commerce eitérieur, dont un proverbe, longtemps populaire en Europe, rappelle encore les innombrables et lointaines ramilications du xv au xvu* siècle.

Les premières capitulations connues qui renouvelèrent en sa faveur, dans le Maghreb , les privilèges des Pisans sont du 7 de xucal, 827 de l'hégire (octobre 4424). Le traité fut négocié par Barthélémy de Galeo, citoyen de Florence, au nom et dans l'intérêt delà répubhque; mais comme il importait aux Florentins, bien assurés par.d'énergiques mesures de U soumission des Pisans, de ne point ruiner entièrement le commerce d'une ville qui leur appartenait désormais, lambassadeur, se conformant à ses instructions, étendit expressément la faveur du traité sur les Pisans, qui devinrent, par un retour de fortune, les sujets protégés de ceux qu'ils avaient patronés dans les siècles précédents. Les anciennes stipulations relatives à la sûreté du commerce , à la protection des naufragés, à la vente des navires, aux droits et aux obligations des courtiers interprètes, aux ventes à l'enchère sous la garantie des officiers de la douane, furent maintenues par le nouveau traité. U fut déclaré que les Florentins et les Pisans seraient libres d'apporter toutes marchandises en Afrique sous le droit ordinaire de 40 pour 400, et de 5 pour 400 sur Targent, l'or et les pierres précieusesi il fat dit qu'ils pourraient les transporter à leur gré

NOTE. 4il

dans tontes les villes dn pays, et qu'ils ne seraient tênns de payer les droits d'entrée que six mois après la sortie des marchandises des magasins de la douane.

Il fut reconnu que les Florentins, les Pisans et les sujets de la seigneurie de Plombino, admisaussrparla république de Florenceau bénéfice du traité, pourraient avoir des fondoucks dans les villes du royaume d'Afrique. Il fut stipulé cependant que les marchands, chrétiens ou musulmans, quel que fût leur pays, . ne pourraient y déposer leurs marchandises sans le consentement des Florcntins, et que les consuls résidants dans le Maghreb pour protéger le commerce des villes ci-dessus désignées seraient à la nomination de la république de Florence, ainsi qu'il se pratiquait dans tous les pays où les Florentins avaient recueilli l'héritage ;des Pisans. Les articles du traité qui établissent ces principes, prévoyant le cas où un homme des seigneuries de Florence ou de Piombino viendraii à causer quelque tort à un Arabe, obligent le consul de Florence à faire justice au marchand lésé, mais ne rendent pas ce magistrat passible des dommages, comme le traité de 1398 l'avait imposéaux consuls pisans, au mépris des anciennes franchises de la nation.

Les Florentins obtinrent encore le renouvellement des dispositions les plus favorables des premiers traités conclus avec la république de Pise , et notamment des articles qui avaient assuré longtemps à ses armateurs les profits considérables du fret et delà commission, en stipulant que leurs privilèges protégeraient aussi les hommes et les marchandises des pays étrangers venant en Afrique sur navires florentins. Seulement il fut convenu que les marchandises payeraient les tarirs de douane, comme importations étrangères non privilégiées, ce qui indique peut-être que les provenances directes de Florence, de Pise et de Plombino avaient obtenu une réduction sur le droit ordinaire de 4 0 pour 100. Il fut convenu en outre que les sujets ou protégés de la république do Florence jouiraient]desavantages stipulés dansle présent traité, lors même qu'ils viendraient en Afrique avec leurs marchandises sur un navire étranger.

En retour de si grandes concessions, la république toscane promit liberté et défense i tous les marchands arabes du royaume de Tunis et ses dépendances, . qui venaient commercer en Italie ; elle s'engagea à s'unir aux musulmans pour combattre leurs ennemis ou les corsaires, car le traité consacrait une allianco offensives et défensives entre les deux Ëtats.

Le pacte de 1424 est le dernier accord connu de nous qui ait été arrêté entre les princes arabes de l'Afrique septentrionale et les Etats dn nord de l'Italie pour régler leurs relations et leur commerce. Il parait avoir été regardé toujours comme le fondement des privilèges de la république de Florence et de ses nouveaux sujets, non-seulement dans le royaume de Tunis, où il avait été conclu, mais dans le royaume de Bougie et dans la partie occidentale de l'Algérie dépendant du Maroc, où l'esprit de ses dispositions fut généralement adopté.

Venise, parvenue au plus haut degré de sa prospérité, avait facilement con« T. I. 29

41» NQTB.

lervé S6d privilèges en àfrique. Affermie en lUtlie pal li chute de Piie, par la décadence de Gênes, par ses conquêtes de terre ferme ; ridie d*ane innoBi* brable marine marchande qui n'occupait pas moins de 25,000 matelots, et dont Ses gros navires portaient jusqu'à un million de livres en poids; disposant de grandes flottes armées qui protégeaient partout les intérêts de ses nationaux, Venise, par ses relations continues avec le Maghreb, qui loi doimait les productions de l'Afrique centrale; avec r£g>'pte, qui Itii fournissait en quantités immenses les épiceries de l'Inde, les gommes et les parfums de TAralâe ; avec rile de Chypre, d'où elle relirait du sel, du blé, du sucre, des plantes aromatiques, du cuivre et des étoffes; avec la Syrie, TAsie-Mineure et Constaiitinopie, où elle allait chercher les productions et les tissus variés d'Alep, de Damas, de Smyrne, de Trébizonde, de Sivas, de Broussa, de HoQSsool et de la Perse; avec les ports de la mer Noire et de la mer d'Azov, où elle trouvait le; pelleteries et les métaux que ne lui donnaient pas ses rapports avec l'Europe par les roules de terre; Venise était devenue l'immense entrepôt des marchandises de l'Afrique et de l'Asie, le véritable centre des aSaiies coaimerciales de l'Europe.

Gênes, malgré les révolutions qui la firent passer tour-à-tour sous la domination de différents princes étrangers, malgré la perte de ses colonies de Famagouste et de Gaffa, prit toujours une part active au commerce d'Afrique. La Lombardie et le Piémont versaient dans son port les marchandises destinées à l'exportation, et parmi celles que ;les Génois dirigeaient sur l'Arrique, on remarque des futaiues, des draps de qualité inférieure, en partie confectionnés à Gênes, en partie provenant des autres villes de l'Italie septentrionale; des toiles, des bonnets de laine teints en rouge, article dont la seule ville de Gênes expédie encore annuellement plus de 15,000 douzaines en Afrique et dans le Levant. Gênes faisait un grand commerce de cuirs et de cire avec Collo ; ses marchands étaient ûxés à Bougie et à Bone, et peut-être est-ce à cette époque qu'il faut faire remonter l'origine de l'établissement et du fort qui porte encore aujourd'hui le nom de fort génois, au nord-ouest de Bone.

L'île de Corse, enlevée aux Florentins par les Génois, en 1481, la Sardaigne, la Sicile et l'Italie méridionale, où régnait la maison d'Aragon, étaient toujours en rapport avec l'Afrique ; Ancône, quoique privée de l'exportation des marchandises de Florence depuis la conquête dePise, n'avait pas cessé d'y envoyer ses navires, dont les propriétaires ajoutaient à leurs cargaisons les expéditions particulières de Bologne, de Ravenne et de plusieurs petites villes de l'Adriatique.

Les ports de l'Algérie où les commerçants italiens se rendaient le plus habituellement, au XV* siècle, étaient ceux de Tabarque, de Bone, de Bougie, d'Alger, de Cherchel, deTenès, de Mazagran, d'Arzeu et d'Oran. Ils y apportaient, comme dans les temps anciens, des étoffes, des draps, de la verroterie, des ustensiles et autres objets fabriqués; ils en rapportaient des grains, des fruits secd, de Thuile, du fenouil, des poissons salés, des cuirs, des chevaux»

deihines, delà cîrê, desécorces tanniques, du bob d*aloës et des onvrages de sparterie, principalement des corbeilles, des cabas et des naltes confec- • tlonnés avec les joncs d'Afrique et les dépouilles du palmier dans les provinces

orientales*

Malgré la continuité des rapports de Tltalie avec TAfrique septentrionale au IV* siècle, qne les documents attestent suffisamment, il est impossible de ' croire que le commerce des deux pays ne se soit ressenti des grands évënc- : ments survenus à la fin de ce siècle et que la somme des produits échangés < « liar les Italiens et les Maghrébins ne fût alors moindre qu'elle n'avait été au } XIII* et au XIV* siècles.

SiDt ptrler de lA découverte de FAmérique, qui opéra une révolution dans le commerce do monde, l'extension des conquêtes du Portugal sur la côte occidentale d* Afrique et la découverte du cap de Bonne-Espérance, en attirant bientôt dans ces nouvelles voies une grande partie de la marine marchande de la Méditerranée et transportant de Venise à Lisbonne l'entrepôt des marchandises de TAsie et de l'Afrique centrale, dut nuire au Maghreb du milieu, où l'Italie et l'Europe venaient chercher une partie de ces productions. Néanmoins les relations des deux pays furent toujours considérables, actives, régulières ; les princes arabes les favorisèrent toujours ; ils respectèrent les propriétés, les personnes, les franchises et les consuls des nations étrangères, et particulièrement de l'Italie, car la France n'était pas encore la nation la plus favorisée dans l'Afrique septentrionale. Ils accordèrent une protection réelle aux commerçants italiens sur leurs côtes et dans l'intérieur du pays; ils leur garantirent et respectèrent le libre exercice du culte catholique; ils leur permirent de construire des maisons, des coiwents et des églises ; ils sévirent contrôla piraterie; ils ne donnèrent pas lieu de se plaindre de leur mauvaise foi dans l'exécution des traités : c'est là ce qu'il importe surtout de remarquer, parce que ces circonstances bous signalent au xv* siècle, comme uovA l'avons observé au xiii*, dans le fond de ta population arabe de l'Afrique septentrionale, surtout dans la partie orientale de l'Algérie et dans la province de Tunis, si ce n'est une disposition à la bienveillance et à la liaison avec les Européens, du moins, pour ne rien exagérer, des sentiments infîniment moins hostiles que ceux qui s'y développèrent plus tard.

Mais quand l'Algérie eut passé sous la domination des Turcs, par suilo d'événements dont il a été parlé ailleurs, qu'y voit-on au contraire? Un pays opprimé par les exactions ; l'industrie et le commerce renfermés dans quelques villes, les relations des Européens avec les Musulmans gênés par les mesures arbitraires et frauduleuses de la cupidité insatiable des deys ; les plus affreuses déprédations contre les marchands chrétiens sur terre et sur mer, encouragées et protégées par les dépositaires de l'autorité souveraine, qui prélevaient uno dtme sur toutes les prises ; la traite des blancs organisée; les privilèges religieux remplacés par la faculté donnée aux Pères de la Rédemption d'apporter te tribut que les Turcs prélevaient annueUemeot sur la chrétienté pour le

rtcbal des «dave» cfaréUens ; la violation des traités, la tnbison wnn les oonsab, la confiscation des propriétés des Européens, et souvent l'arrestation des personnes en cas de mptnre, devenus des faits habitoels, prévns, périodiqoes, et restés le pins souvent impunis : tels sont les résultats les plus manifestes de la domination ottomane en Algérie.

La France, qui a rétabli par ses armes la sécurité sur ces oOtes si longtemps inbospitalières, pourra-t-eiie, par sa sagesse et sa persévérance, y ranimer la civilisation et le commerce qui faisaient encore la fortune de la population indigène au ziv* et au xv« siècles P Oui, sans doute (4).

L'importance qa*est appelée k prendre la eolonisation de rAlgérie, nonslUt on def oir de reproduire tout ce qui, dans le commerce oa la culture algérienne, nous parait mériter l'attention publique, eoit par la lucidité des détails, soit par la précisioa des aperçus. A cet effet, k Taperçu des anciemes relations commerciales de ritalie septentrionale af ec les États musulmans, nous aUons Joindre quelques prèdeuses Indications sur les cultures, que nous empruntons k VAperpu s«r la cmttvtê •C la wl9mi$aUon d$ CAigérU, par MM. E. Rameau et L. Binel.

FOURRAGES ET BESTUUX.

Awiiniagê9 de la euUun du foin, — Ce n*est pas sans raison que nous plaçons le foin en tète et comme le premier de tous les produits : c'est qu'il est en effet le plus précieux et le plus convenable de tous pour la situation actuelle. C'est lui qui demande le moins de main-d'œuvre, qualité précieuse dans un pays où elle est si cbère ; il n'exige, pour ainsi dire, pas de déboursé jusqu'à sa récolte, avantage considérable là où les récoltes peuvent être pillées ou brûlées sur pied ; il vient naturellement, et sans gros frais, presque partout ; il donne des prodoits de suite, et ainsi fait attendre patiemment les revenus si longs à arriver des plantations ; il permet d'établir immédiatement la meillenrc des méthodes agricoles, qui consbte à produire surtout des fourrages ; enfin, I malgré la baisse de prix qui l'a frappé ces dernières années, vu la grande abondance de la production, c'est encore, surtout en le considérant au point de vue de la certitude, le plus fructueux des produits.

Culture du foin. — La culture du foin, en Afrique, ne ressemble ni à celle de nos prairies naturelles ni à celle de nos prairies artificielles : elle tient des deux. La plupart du temps, sans doute, si on laisse la terre livrée à ellemôme, elle porte naturellement une assez abondante récolte d'herbe ; mais ces herbes sont mélangées et d'inégale venue. Q est nécessaire que le travail de

»>.. . . ; ^■ :«) «ai-latrie. Tableau de la ait. des Et. franc, en Atg. «sio. .; ..

l'homme intervienne ponr obtenir des foins plus, propres, plus longs et mien fournis ; on façonne donc la terre à la cbarroe, qnand le défrichement penl 6*opérer ainsi ; sinon on fait on défrichement préahible, puis une année de céréales bien fumées, après quoi on herse et on laisse & elle-même la terre, qui, sans autres dépenses, fournit, dès l'année suivante, une abondante ré* oolte de fourrages. Telle est la simple méthode employée pour préparer et ob» tenir en Afrique de bonnes prairies.

Prix du fumier. — Quelques-uns fument encore après les céréales avanl de herser : c'est fort bon sans dpute, mais ce n'est guère faisable que dans le moment actuel, où le fumier ne coûte que la peine du charroi (à Alger seulement il vaut 50 c. par voiture) ; d'autres ne fument ni les céréales ni le foin : c'est une négligence impardonnable, aussi leur récolte s'^ ressent-elle. La prairie reste ainsi quelques années, après quoi l'herbe faiblit et se mâange de mauvaises plantes, surtout dans le voisinage des friches incultes qui y envoient leurs graines. Les uns se contentent da raviver l'herbe en y faisant répandre du fumier ; d'autres retournent de nouveau leurs terres à la charrue, et font une nouvelle année de céréales ; c'est, nous croyons, le meilleur parti. La durée de ces prairies est fort variable ; dans les vais, dans les terrains argileux et profonds, elles persistent beaucoup plus longtemps, et souvent, dans ce cas, il suffit d'y mettre de Temps en temps du fumier; dans quelques endroits elles dégénèrent promptement. La quantité du produit suit les mêmes variations.

Nature de l'herbe, -* La nature de l'herbe est fort diversifiée, mais toujours savoureuse, très nourrissante et saine. Communément, c'est un mélange d'herbes ordinaires de prairie, d'alpiste, de trèfle, luzerne bâtarde et minette. Dans les endroits humides, on trouve en abondance le trèfle blanc, qui se tient couché, mais qui atteint ainsi 4 à 5 pieds de long. Dans les co* teaux de Delhi-Ibrahim, et généralement dans les terrains glaiseux, vient une espèce de sainfoin connu sous le nom de grand-sainfoin, très rouge de fleur, très gros et charnu, n ne donne ses belles et pleines récoltes que tous les deux ans ; il pousse et fleurit néanmoins tous les ans : c'est un des fourrages les plus parfaits que l'on puisse trouver. Enfin, les plus beaux foins que nous ayons jamais vus étaient dans une prairie de la Milidja, non loin de l'Oued- Djemma, près d'une tribu dont le nom nous échappe. C'était à peu près uni* quement de grande et belle luzerne d'une espèce particulière ; les troupeaux y avaient pacagé librement comme partout ailleurs ; néanmoins la récolte, achetée par un colon, montait uniformément, et presque sans parties faibles, jusqu'au poitrail de nos chevaux. On espérait y cueillir par hectare 50 quintaux métriques (1) de foin.

Bendemeni. — Beste maintenant à établir le rendement et le produit pécu-

(ff) Lé qniatal métrique ctl d« fOO kilogr., il eo rtat daq pour lUrt les eeiit loilcf '^n !• millier petASt de ffranee.

iAM NOTE,

niaire da foia. D est des fonds de terre qui domMOt jusqu'à dix miniers dd foin par hectare ou KO quintaux métriques, et il n'est pas de prairie convenablement entretenue qui descende au-<dessous de six milli^s ou 30 quintaux métriques. D*aprèstout ce que nous avons vu des récoltes delAlgérie, nous ' sommes convaincus que la moyenne est au moins de 40 quintaux par hectare *, cependant nous ne calculerons que 35 quintaux de produit moyen.

Prix du foin. — Les prix du foin sont déterminés tous les ans par le gouvernement, qui en est le principal acheteur pour sa cavalerie \ ils étaient en baisse, cette année à, 9 fr. le quintal métrique ; mais pour nous placer au niveau de toutes les éventualités, nous ne supposerons qu'un prix de 7 fr. par quintal. Or, 35 quintaux à 7 fr., font pour le produit dun hectare, 245 fr., sur quoi nous allons déduire les frais de récolte et autres.

Frais de récolte. — La récolte des foins se fait à renUreprise, dans les petites exploitations des environs d'Alger, à raison de S (fanes par quintal au {dus, y compris le fauchage, fanage et botteUge. Dans les grandes exploitationsi ces opérations se font séparément : les faucheurs woX à la tiche à raisoi de 4 fr. par quintal ; les faneurs sont des Kabyles payés à la journée, que ]% maître ou un maître-ouvrier dirige et stimule : le quintal de foin, fané et ei|H « fneulé de cette manière, revient à peu près à 65 c. ; enfin, le bottelage s*exé« cttte plus tard, au moment de livrer le foin, à raison de 25 c par quintal ; ^ tout, cela fait 90 c. Hais on doit dire que nous avons vu des cullivateors, no* tamment MM. de Frandieu et M. Gaminade, à qui leurs foins n'étaient rêve* nus qu*à 4 f r. 50 c. le quintal.

Lorsque vous êtes près du lieu de livraison, vos frais se bornent & peu près là ; car vous faites conduire votre foin par vos bœufs que l'on nourrit dans les friches et pacages et qui sont ainsi fort peu dispendieux. Si vous êtes up pe^ éloignés, il faut recourir à un mode supplémentaire de transport, qui est foonû ordinairement par les chameaux des Arabes. On en a transporté ainsi, cette année, du fond de la plaine à Alger (environ cinq à six lieues, ce qui est 1% plus lointaine distance), pour 4 fr. le quintal; mais ces prix ne purent toi d>tenus que par ceux qui avaient de longue main la pratique d^ Arabes et qui s'y prirent d'avance ; les autres durent passer à4fr. 50a;Uyeaetti même qui payèrent 2 fr.

Produit nçt. — On voit par là que, dans un rayon da deux ou trois lieues autour d'Alger ou de tout autre centre de livraison, comme Blidah, Boufiarik,' etc., il reste net au propriétaire 5 fr. environ par quintal, ou 475 fr. par hectare. Dans un rayon plus éloigné, il lui reste de 3 fr. 50 c. à 4 fr. par qwntal, ou 429 fr. 50 c. à 440 fr. par hectare, le tout calculé sur la plus basse échelle. Du reste, quand la terre a été dépouillée de la récolte de foin, il ne faut compta sur aucun regain ; les tronçons d'herbe sont immédiatement brûlés par le soleil, et la terre est frappée de stérilité jusqu'à l'hiver, à moins qu'elle ne soîl dans un fond humide ou susceptible d'arrosement.

De» bestiaux. — Gomme les cultivateurs disposent de moyens fort restreints,

il existe snr fontes les propriélés d'immenses friches couvertes débroussailles, que le défrichement n'atteint que lentement, et qu'il ne peut même pas at- ' teindre du tout maintenant, quand elles sont couvertes de palmiers nains ; dans ces grands terrains, la faux ne peut courir librement, et cependant sous ces broussailles l'herbe vient abondamment, et même s'y conserve plus longtemps fraîche que dans les lieux découverts; ou recueille cette herbe au moyen du pâturage des bestiaux, que Ton vend ensuite avec bénéfice en bon état de graisse.

Des bceufs. — Il en est qui se contentent du simple pâturage, sans rien leur donner à l'étable ; d'autres ajoutent pour les bœufs, avant de les vendre, un peu d'orge et de féveroles. Les Arabes les laissaient toujours dehors; pour nous, nous les rentrons le soir par prudence dans une enceinte de murs ; on pense de plus qu'il est utile de ménager autour de cette cour des hangars où ils puissent se mettre à l'abri. La seule dépense importante est celle des pâtres; ce sont des Kabyles, très propres et très exercés à cette occupation, que l'on paie 4 fr. par jour, plus un pain de munition de 30 c. qui forme leur nourriture, soit 40 fr. environ par mois. Pour un troupeau de 400 bœufs, il en faudrait 3, ce serait donc 80 fr. par mois. Ces bœufs s'achètent maigres en août ou septembre, alors que la rareté des pacages (ait tomber les bestiaux aux plus bas prix ; puis on les revend en bon état en mars ou avril, les prix se relevant à la pousse de l'herbe. La paire de bœufs valait en août 80 fr., et on les revendait en mars depuis 450 jusqu'à 200 fr., les moutons s'achetaient 44 fr. pièce et se vendaient 20 fr. ; mais les prix d'achat ont beaucoup au-^ gmenté cette année, surtout pour les bœufs, et on ne peut guère prévoir sur quelle échelle s'établira désormais la proportion des bénéfices, mais ils no peuvent descendre au-dessous de ^5 à 20 pour cent tous frais déduits, autre* ment ils ne vaudraient plus la peine que l'on s'en occupât, et ils ne tarderaient pas ainsi à se relever.

Frais et profits. — La mise de fonds, pour un troupeau de 400 bœufs, doit être évaluée à 40,000 fr., car la paire de bœufs vaut bien maintenant 200 fr. La garde du troupeau coûtera, pour 6 à 7 mois qu'on le conserve, à 80 fr. par mois, 560 fr. Supposons en outre, pour faire la part des maladies ordinaires et des accidents, que nous ayons perdu 4 paires de bœufs, tant pour les pertes réellement éprouvées que pour la dépréciation des bœufs inférieurs qui peuvent rester en rebut, il ne resterait donc plus à vendre que 46 paires de bœufs ; en les plaçant à 260 fr., c'est très probablement se placer au-dessous de ce qui aura lieu, ils produiraient ainsi 44,960 fr. Nous avions dépensé 40,560 fr. II reste donc en bénéfice 4,460 fr., plus leur travail et leur fumier.

Jusqu'à présent l'élève des bœufs avait été abandonné aux Arabes, mais depuis que les bètes maigres ont si fort augmenté de prix, il serait peut-ctro fructueux aussi pour les Européens de s'en occuper.

Des moutons. — Quant aux moutons, la meilleure et la plus sûre manière d'en profiter est de les élever. La dépense s'élève environ à 2,000 fr. pour

l'achat de 450 brebis et d'an bélier; plus 480 fr. pour le payement et l'entre^ tien d'un pâtre Icabyle, en tout 2,480 fr. Les valeurs produites au bout do hinnée sont : 4° le lot de brebis que nous n'évaluerons qu'au même prix, soit 2.000 fr; ; ^ la laine : avec un minimum de 2 livres par bête, il y aurail. 300 livres de laine; elle vaut en Afrique 55 à 60 centimes par livre, ce qui produirait 460 fr. au moins; 3^ 400 à 430 agneaux, qui, à 6 fr. pièce, prix. minime, donnent de 6 à 800 fr. Total an bout de l'année 2,960 fr. Il reste donc un bénéfice de 480 fr.

Des chevaux. ~ Enfin, nous terminerons la question des bestiaux par un produit, qui est sans doute appelé à jouer un rôle important dans l'avenir de l'Afrique, et qui, dans le moment aetuel, malgré le défaut de haras et le manque plus grand encore de bonnes poulinières du pays, n'a pas laissé d'offrir de beaux bénéfices à quelques colons, en tâte desquels nous citons H. Frutié : c'est l'élève des poulains. Fort restreinte maintenant, nous croyons que cette branche de l'industrie agricole doit arriver un jour aux honneurs do l'exportation. L'excellence de la race arabe et ses prédeuses qualités en sont les garants ; et du moment que la pacification plus intime encore du pays aura fourni au gouvernement les moyens de. s'occuper davantage de cette question, on devra y trouver de grands et légitimes bénéfices. Dès maintenant cependant, plusieurs cultivateurs, comme nous l'avons dit, nous ont assuré avoir avantageusement élevé et vendu à plusieurs reprises de jeunes poulains.

Par ces quelques considérations sur le pacage et l'éducation des bestiaux»

, on voit de suite tout le parti que l'on peut tirer des grands espaces de terre

que le défrichement ne peut immédiatement atteindre, le tout indépendamment

des produits résultant de la culture et du travail dans les terrains nettoyés et

en exploitation.

DUBLfi.

CuHure des Indigènei. — Les Arabes, avant' nous, cultivaient le blé fort en grand, et en faisaient même un commerce étendu avec l'Europe, ainsi qu'en font foi nos anciennes rdalions commerciales avec les États-Barbaresques. Aujourd'hui encore ils continuent cette culture, et nous tenons à la décrire ici telle qu'ils la pratiquent, afin qu'on juge par là quels devront être nos bé-. néfices futurs, si avec de pareils moyens ils en réalisaient eux-mêmes autrefoisl de fort considérables.

Les anciens propriétaires louaient leurs fermes à portion à un fermier arabe, qui s'adjoignait, quand les terres étaient étendues, d'autres laboureurs dits khammas (laboureurs au cinquième). Les bœufs et les outfls étaient fournis par le maître, et les locataires, après avoir mis le feu aux mauvaises plantes,

donnaient «ne façon à la terre avec une petite charme de bols, effleurant àr peine le sol, le tout sans fumier ; puis le maître donnait ce qu'il pensait devoir être nécessaire de semence à son fermier, et celui-ci la transmettait, duneua pour sa portion, aux autres laboureurs; mais cette semence n'arrivait à la terre qu'après avoir «ubi de notables réductions de la part du fermier et delà part des laboureurs; outre ce salaire, sous forme d'escroquerie autorisée par Tusa^e, le maître faisait à tous par paire de bœufs une avance en argent de 70 francs, et une avance de deux mesure^ de froment et deux mesures d'orgCA

Cependant, après avoir été couverte par un nouveau coup de charrue et quelquefois par un fagot d'épines, la semence fort clair-semée poussait commo die pouvait sur celte terre mal préparée et non fumée. Quand approchait l'époque de la maturité dO l'épi, il fallait pendant plusieurs jours avoir du monde pour battre les buissons voisins, afin d'empêcher les nombreux oiseaux qui arrivent à celte époque, d*y établir leurs quartiers et de là de dévaster lo champ; c'était encore le maître qui payait. Puis arrivait la récolte que lo maître faisait exécuter, mais sur laquelle enfin il prélevait les quatre cinquièmes, plus les avances de grains et d'argent faites aux laboureurs. Et qu'on ne s'extasie pas devant cette proportion de quatre cinquièmes ; que l'on songo que le maître a tout fourni, tout payé, et que, de plus, sa semence ayant été consommée moitié, il n'a guère que le tiers du produit légitime de ses avances; car sans plus de frais il eût eu une récolte bien plus considérable ; et pourtant, malgré ces défavorables circonstances , non-seulement il couvrait ses déboursés, mais encore il vendait avec profit de grandes masses de blé sur lo marché des côtes.

Avantages oocasionels de celte culture. — Du reste, avec ces cultivateurs indigènes il n*est besoin de bâtiments d'aucune espèce, ni de frais de défrichement ou autres analogues ; ce mode économique d'exploitation a engagé plu- . sieurs Européens qui ne disposaient point de ressources suffisantes, à se servir de cette vie'dle méthode ; et il est hors de doute qu'il pourrait être souvent à propos de l'employer pour les terres encore en dehors de l'exploitation ou pour les acquisitions postérieures que l'on n'exploiterait pas immédiatement.

Examen critique de cette méthode. — A côté de cette triste culture, montrons ce qu'on pourrait faire et ce qu'on pourrait obtenir : d'abord nous dirons quelques mots d'une opinion bien souvent réfutée, à savoir, que ces labours superficiels et sans fumier, cette méthode des Arabes, était véritablement la méthode qui convenait au pays. Xa terre d'Afrique, pas plus qu'aucune autre, ' ne repousse les labours profonds et les fumures énergiques ; quel est donc lo champ qui peut perdre à avoir une couche plus profonde, pénétrée d'air, do chaleur et de sucs azotés? Hais, comme la terre est naturellement moins froide que celle que nous cultivons ici en France ; comme la moindre atteinlo donnée à la racine des mauvaises plantes les expose à la chaleur qui les brûle ; comme enfin la terre était neuve de cultures épuisantes, on a senti un besoin moins urgent des puissantes cbames qui renversent le sol et do fumier qui lo

fSpire>n rëcluinffant : roilà la cause de renenr. S càte obinvalkm «il utile, CD nous mcotrant qu'on peut provisoirement, du moins, conserver encore la petite charrue mahonaise, sans se causer un trop grand préjudice, et /en s'adjugeant des avantages très Importants dans les circonstances présentes . A^ cette charrue n'exige qu'un homme; 2* c'est celle à laquelle sont habitués les Espagnols, qui, sans contredit, sont les meilleurs ouvriers agricoles du pays; 3^ die est peu coûteuse, et si simple, que ses réparations peuvent are faites aisément et sans dépens par le cultivateur même, évitant ainsi le recours trop fréquent aux charrons, qui peuvent être éloignés et qui coûtent de 5 à 6 francs par jour. Dans les circonstances présentes, tout étant donc balancé, nous croyons qu'il y a avantage à conserver cette charrue, sans préjudice pour l'avenir, et sans préjudice aussi des perfectionnements que l'on peut avec elle seule apporter aux labours.

Du fumier. — Ce serait apporter de la négligence que de ne pas fumer ses terres convenablement par ses nombreux troupeaux, quand on a si aisément du fumier chez soi ; qu'en outre, sans autres dépens que le charroi, (m peut en prendre autant quç l'on veut près des camps de cavalerie, qui le jettrat; le fumier ne se vend que dans la seule ville d'Alger, et encore à raison de 50 a par tombereau, ce qui est à peu près pour rien.

Moisson. — Quand les blés sont presque mûrs;il est bon d'avoir comme les Arabes des batteurs de buissons pour écarter les oiseaux ; quelques Kabyles» à 1 fr. 25 c. par jour, préservent un bien grand espace ; et il est remarquable que, lorsque ces oiseaux ont été effarouchés ainsi pendant qudques jours à leur arrivée, ils ne reviennent point. La moisson se fait par des Kabyles, qui descendent alors des montagnes par troupes ; on bat immédiatement le Ué, dehors au dépiquage, c'estrà-dire avec les pieds des chevaux. Quand on veut obtenir de la paille longue, on bat à la planche, et la différence du prix de la paille compense amplement la différence des prix du battage. La récolte battue s'emmagasine rarement, on la vend de suite ; dans le cas contraire, on {ait des trous en terre en manière de silos, et on couvre de paille, puis de terre; la la paille se conserve en moulons. On voit ainsi qu'on n'a pas besoin de granges.

Rendement du blé. — Le rendement du blé n*a nulle part été observé moindre dans les années communes , de 8 pour 1 , et dans la Métidja souvent il s'élève à 18 pour 1 . Cependant nous prendrons le minimum de 8 pour 4 pour baser nos évaluations de bénéfices.

Frais de culture et de récolte. — Les dépenses se composent des €i$ons à " donner avec les accessoires, du prix des semences, des batteurs de bni^isonsi de la récolte et frais subséquents. Les façons étant données avec les bestiaux de l'exploitation, ne peuvent être portées en dépenses que pour l'homme qui tient la charrue; en mettant ses journées à S fr. 50 c, cela fiait, pour les deux façons d'un hectare, à deux journées l'une, la somme de 40 fr. ; plus pour le hersage et pour semer deux journées^ 6 fr.; plus pour porter les fumiers, 5 fr.;

A semence, à raison de deux hectolitrespar hectare, fait, à 4S fr. l'hectolitre, 30 fr. ; en mettant cinq batteurs de buissons pour douze hectares pendant cinq Jours, c'est une dépense de 2 fr. 55 c. par hectare; enfin, la récolte et ses accessoires ne peuvent être évalués à plus de 30 fr. par hectare ; car le battage se faisant par la pied^es chevaux est peu coûteux.

Nous avons donc pour la totalité des dépenses, 82 fir. 85 c; nous mettrons 83 fr.

Produits et bénéfices. — Passons maintenant aux recettes. D'après la base moyenne que nous avons prise de 8 pour 4 , nous récolterons par hectare 46 bectolitres; nous placerons rhectolitre, en calculant proportionnellement aux mesures du pays, au prix moyen fort basfe 43 fr. On peut espérer qu'un jour le gouvernement protégera plus efGcacement les producteurs indigènes, et qu'alors s'amélioreront ces prix, si inférieurs à ceux de France. Mais quoi qu'il.en soit, et en prenant tes prix tels qu'ils sont, nous avons 46 hectolitres, qui, à 43 fr. l'un, donnent 208 fr.; de plus, vu la grande facilité de se procurer des engrais, il est d'usage de vendre au moins la moitié de sa paille ; or, eu évaluant à 20 quintaux métriques la récolte de paille sur un hectare, nous au*» rions à vendre 40 quintaux; la paille brisée vaut 6 fr. le quintal, ce serait donc un produit de 60 fr. Nous avons donc 208 fir. de blé et 60 fr. de paille» soit 268 fr. de recettes. Nous avons, d'autre part, dépensé 83 fr.; il reste donc 485 fr. de bénéGce, que nous réduirons, pour faire un compte plus rond , à 480 fr., qui forment le produit net delà culture du blé par hectare.

De l'orge. — La culture de Torge donne lieu à peu près aux mêmes observations; seulement, comme on ne donne qu'une façon, et que les semences sont moins chères, les frais ne montent pas au^elà de 60 fr. Quant à la récolte, elle rend peut-être une proportion un peu plus forte; mais comme l'orge no vaut guère que 5 fr. la mesure ou 6 fr. 25 c. l'hectolitre, le produit, avec la paille, ne peut guère s'évaluer à plus de 460 fr. par hectare; il reste donc un bénéGce net de 400 fr.

Ces deux céréales sont à peu près les seules qui soient eoltivées en Afrique, n y a bien encore le mais, mais il est peu répandu; et comme d'ailleurs ses usages sont fort restreints, nous n'en dirons rien, si ce n'est qu'il a la réputation d*avoir un rendement remarqui^ble par son abondance.

nu TABAG^

Cetteplantcade tout temps été cultivée par les Maurcsen Afrique; leur tabac était fort estimé: il a beaucoup d'analogie avec celui d'Espagne. Depuis la conquête, personne n'en a encore fait de culture en grand ; les produits habituels des cultures indigènes, joints à ceux des jardins des Européens, conti-

Doent à défrâjrer en grande partie la consommation locale. Depuis on aa enH* ron, la ré^e des tabacs de France a eaVoyé an de ses employés, H. Le Besdra, qui, après avoir étudié la question du tabac en Afrique, a reçu F^dre de faire une plantation un peu considérable, et même dlLchet^ sur pied ce qui existait de tabac dans le pays. On,a donc lieu de croire qu(fle débouché une fois assuré par la régie, cette culture pourra s'étendre et donner un nouvel et puissant élément de prospérité ««.^terres de FAIrique, tout-à*iait propices à ce ridie produit.

DUJtfURIEIL

La négligence des Maures avait tout-à-fait laissé dans Fonbli cet arbro précieux; mais les plantations nombreuses qu'on en a faites dans ces dernières années ont montré que le sol et le climat lui conviennent merveilleusement. Nous ne pouvons que citer la belle plantaUon de M. trtis, la plus complète sous ce rapport de tout le pays ; mais il est certain que ses 6,000 mûriers présentent une vigueur et une belle venue bien encourageantes pour tous les cotons. Quelques essais de particuliers et une magnanerie établie depuis deux ans au jardin d'essai par le gouvernement, ont donné la certitude que les vers à soie se comporUient au mieux et donnaient une soie que l'administration fit comparer avec celles de la Lozère sans y trouver d'infériorilé.

Filature de soie. — Enfin , on a établi celte année (1843) une filature de soie dans le jardin d'essai; ainsi les colons sont assurés dès maintenant de pouvoir tirer parti de leurs cocons.

Le mûrier demande d^abord un capital d'établissement que nous allons poser avant d'arriver à balancer les frais dexploilaUon et les produits delà récolte.

Plantation des mûners. - Quelques^ins plantent les mûriers en quinconce en les espaçant de 30 pieds; quelques autres les plantent en lignes parallèles ?e8 lignes sont espacées de 50 à 60 pieds, et les arbres dans leurs Ugnes sont distancés de 20 à 25 pieds. Cette dernière méthode est, nous croyons, .préférable, 4» parce que plus les arbres sont séparés, moins on a à craindre les mcendies qae les Arabes pourraient allumer ; ^ on peut plulôt,et sans aucun préjudice pour les arbres, cultiver en céréales ou en herbages les terrains plantés de mûriers.

Prix de revient. - On pratique en lignes parallèles, de 25 en 25 pieds, des

trous de 1-33 de carré, sur 0-80 à i mètre de profondeur ; si le terrain craint

1 humidité, on creuse un peu plus profondément et on met des pierres au fond

, pour assainir. Ces trous peuvent être exécutés à la Uche, à raison de 0.40 ou

0,45 la pièce : c'est le prix qu'on a payé pour les plantations de M. UrUs/el

NOTE. 4ia

•tloraroiivnige étâil plos cher qn*aajourd*hQi. M. Gamiûade, M. le baroa Vialard, qtil n'ont fait lears trous qae de 4 mètre carré, ne les ont payés qv(è 0,35. Il est vrai qu'an jardin ^'essai on les a payés 0,60, mais c'est . dans un temps déjà bien loin de nous, et souvent Fadministralion ne peut atteindre les prix réels de l'ouvrage aussi bien que les particuliers. Néanmoins nous adoffterons ce prix de 0,60 (4). Chaque plant de mûrier est livré par le jardin d'essai au prix de 0,60; maintenant, en évaluant à 0,30 par arbre, les frais que nécessitent la plantation et les soins de sa première année, nous avons un total de 1,50 par chaque arbre bien établi.

De plus, il faut, pendant les 6 ou 8 premières années, lui donner d'abord trois façons, puis deux, puis une seulement tous les ans ; ces façons peuvent ôtre exécutées à main d'homme, et chaque binage, nous a-t-on dit, chez m. Urtis, revient à peu près à 0,08 par arbre, ce qui ferait pour l'ensemble des façons des premières années environ 4 fr. Suivant la bonne méthode que sous avons vu pratiquer chez M. Caminade, on peut façonner ses arbres à la charrue, ce qui revient, au moins, moitié moins cher. Enfin, si l'on veut, on peut calculer la perte de terrain que l'on éprouve pendant 8 ans autour de chaque arbre, par suite de ces façons. Tout bien examiné, nous croyons être d'un sixième au-deesus de la réalité, en portant à 3 fr. le prix de revient de chaque mûrier jusqu'à sept ans, âge auquel il commence à donner des produits. 0 faudrait ainsi un capitale d'établissement de 345 fr. par hectare, à raison de 445 mûriers.

CuUurea sous les mûriers. — Plusieurs pensent que, jusqu'à l'Age de 7 ans , il but se garder de rien cultiver sous les mûriers, à moins que ce ne soit quelques plantes sarclées. Nous ne pouvons partager cet avis, ce serait s'engager. dans la dépense onéreuse de façonner sans dédommagement, non plus seulement le pied des mûriers, mais tout le terrain, pour détruire les mauvaises plantes qui ne manqueraient pas de l'envahir. Aussi, la culture des plantes ssardées d'abord, et des céréales ensuite, ne peut qu*èlre avantageuse au mûrier, en façonnant tous les terrains qui l'environnent. Enfin, pour nous autoriser de l'exemple, nous citerons, non-seulement l'Algérie, où on le pratique ainsi sans encombre, mais surtout les environs d'Avignon, où depuis longtemps on cultive le mûrier avec une juste renommée. On procédera avec prudence, on ne cultivant les céréales, dont les racines sont plus épuisantes, que lorsque le mûrier sera devenu plus fort, et en proscrivant tout-à-fait les herbages jusqu'à sa dixième année au moins. Ainsi, nous porterons en compte les récoltes à effectuer par les cultures, sous les mûriers, récoltes affaiblies, sans doute, puisqu'elles sont restreintes et gênées par les binages annuels des mûriers, m$is que, néanmoins, Ton ne peut pas évaluer nettes de frais à moins

ti) Les MrttUii as U Plains seront plus ficiUi tt boIai eoûttns.

4fii NOTE.

de8Oflr*rheittreid'ipi«BOQqiieiio«0ftv<»t w eieefii» BMiY«mM«ir

^f les autres onlturei. « * ^

Réeolu dêê feuiUei. — On peut, à la rigaeiir,^oiiëUir les femlles dee mAriars de 4 à Sans ; oependanl, il est plas avanUgeux pour Tarim de cemmeoeer Un peu plus tard ; aussi, nous avons préféré ne le calculer que pov la septième année. Les frais d*eiploitalion se réduisent ;à la cueillelle des fèuillee/ Dans le midi de la Franee, on paie à raison de 0,60 pour 50 kilogranows de feuilles cueillies. Au jardin d'essai d'Alger, on a Jusqu'à présoit payé 4 fir. ; H est à espérer pourtant que ce prix diminuera à BMure que Ton Yerra s'augmenter le nombre des femmes et des enfants qui soiflsenl très bien à œ genre d'ouvrage.

Aendernsnl et produit nti. — Au jardin d'essai, on a recueilli SItr des arbres de 8 ans 30 à quarante kilogrammes de feuilles; à 40 ans on peut raisonnablement en espérer 50, chiffre qui est datasse et même doublé bienldt si l'arbre devient fort et vigoureux. Ces 50 kilogrammes valent moyennement en France 3 fr. ; aupposons que celte moyenne soit trop forte, ea AfHque, ft cause de l'éloignement, et réduîsons-la à 2 fir. 50, en déduisant poor cueillette 4 fir., il resteunbén^cenet de4 fr. 60 pour 50 kilogrammes. En ne prenait ^K ce rendement moyen par chaque arbre dans sa pleine production, on aurait par hectare de mûriers, à raieon de 1 4 5 arbres, 472 fr. 50 c, auxquels il convient d'ajouter, ainsi que nous l'avons exposé, pour les cultures du dessous, 80 fr. ; ce qui forme un produit de 252 fr . 50 c. pour un hectare de terre^ et un capital de 345 fr. déboursé pour plantation.

m L'OLIVIER.

La culture de rolivier offire en Afrique un grand avantage sur celle du mûrier. Presque partout on rencontre l'olivier à l'état sauvage ; on n'est donc grevé ni de frais de plantations, ni d'acquisition de plants, et l'arbre greffé entre en rapport vers sa cinquième année, le sujet étant déjà en freine vigueur. Cependant il est des endroits où l'on ne trouve pas d'oliviers, et, en tous cas, on peut être obligé d'en planter pour compléter ou régulariser une pièce ; nous renverrons, pour cette circonstance, aux frais d'établissement des mûi riers, qui se reproduisent à peu près semblables ici. La greffe se paie habituellement 4,25 par tète, et il n'y a que bien peu de façon à donner au pied d'un arbre que l'on greffe.

Rendement et produit net. — Partout nous avons trouvé un accord unanime pour dire que l'olivier, de même au reste que le mûrier, n'est point sujet, en Afrique, aux maladies qui l'affectent dans le midi de la France, et que ses récoltes sont régulièrement constantes, M. Hardv notamment, le ^itrecteur du

Jifdin d'eiBâl, tum ft plëoemeiit confirmé ees importa&ti fenseigftemeiita. Apprécions maintenant les produits qno pébt donner Folivier : l'huile d'olive, très commune, vaut actutllemenl, à B{||seille, 407 fr* l'hectolitre ; les huiles fines vont à 450 fir. et au^lelà; mais nous nous tiendrons dans les qualités communes, qui donnent, pour la valeur du litre, 4 fr. 05 et même un peu plus. U faut moyennement deux litres d'olives pour iiaîre Un litre d'huile, et les tourteaux paient la mouture; le litre d'olive vaut donc de 0,45 à 0,50. Il peut se faire qu'à Alger le prix en soit inférieur, soit à cause de l'éloignement, soit à cause de la plus grande cherté de la mouture. Supposons le litro d'olives à 0,35. Si nous portons maintenant la récolte d'un arbre en plein rapport à 40 litres, nous aurons par arbre 3 fr. 60, sur lesquels nous déduirons pourtfueillette et déchets 4 fr. 50 : il reste donc par arbre une somme nette de 3 fr., d'où il résulte pour 445 arbres, par hectare, un revenu dt 230 fr. plus la ré< oolte de dessous pour 80 fr*, total 340.

DCJABDINAGE.

Pour comprendre tout ce que nous pourrons dire ici, il faut bien se pénétrer au préalable de ce qui suit. La saison infertile de l'Algérie est l'été, depuis le milieu du mois de mai, époque où finit la moisson, jusqu'en octobre, époque où commencent les pluies : la terre, frappée par la chaleur brûlante qui la pénètre et la dessèche, est complètement inféconde. Si l'on peut, à ce moment, lui procurer l'agent de la fécondation qui lui manque, l'arrosement, réunissant alors au suprême degré les deux puissances génératrices de toute fertilité, la chaleur et l'humidité, sa végétation devient tellement vigoureuse, qu'en quinzo jours les plantes parcourent les mêmes phases qu'elles n'accomplissent pas dans nos pays, en moins de six semaines et quelquefois deux mois.

Ce point une fois bien compris, on saisira sans peine quel prix on doit attacher aux terrains qui sont susceptibles d'irrigations pendant l'été, puisque ces terrains, au lieu de fournir une récolte annuelle, peuvent en donner jusqu'à six et sept ; ajoutez à cela que leurs récoltes sont de ces denrées nécessaires à l'alimentation jonmalière des marchés, et dont, pendant les chaleurs, ils Ont forcément le monopole.

ProduUs du jardinage. — Aussi, tel est l'avantage de ces terres, que, dans les environs immédiats d'Alger, il en est qui se louent jusqu'à 4,000 fr. Théotare, et qu'à trois lieues d'Alger vous les trouvez encore louées sur le pied de 500 f. l'hectare. D ne faut pas se figurer que ces cultures jardinières ne s'exploitent qu'aux portes de la ville : il est des jardiniers arabes qui, dans l'été, apportent des légumes de dix et quinze lieues -, or, il n'est pas de propriété m peu élesdiM qui ne possède en plu» on moins grande quantité quet

ques terrains arrosables, soit par des sourees, soit par m droit à une prise d'eaa, soit par on noria, ou paits'à rooe, dont Teau est élevée au moyeu d'une . chatne à godets mue par un âne. 11 «^ donc importent d'exposer le jardinage comme une source de produits qui vivifient l'eiiploitation des colons.

Culture et irrigations. — Très généralement les eaux, à moins qu'elles ne soient extrêmement abondantes, sont reçues et accumulées dans un vaste réservoir, construit en briques et ciment, et disposé au-dessus du niveau da terrain que l'on vent arroser; puis, au moyen d'un robinet, l'eau s'écoule dans une rigole transversale aux planches du jardin et qui les domine; celles-ci reçoivent ainsi tour-à-tour l'irrigation par une tranchée faite à la brèche. Ces résarvoirs sont fort coûteux à construire; si l'on n'accumule de l'eau que pour le service d'un hectare ou moins encore, 4 à 500 suffisent ; mais si l'on en veut davantage, on arrive promptement à faire un, deux et trois réservoirs de 1 ,000 fr. chacun, et néanmoins on a encore un grand bénéfice, vu le haut prix de loyer que ces irrigations donnent à la terre. Nous avons vu H. le baron Yialar, à trois lieues d'Alger, au-delà de Kouba, faire ouvrir d'énormes tranchées pour aller chercher en terre de minces filets d'eau, puis faire construire les réservoirs pour les recueillir, et malgré ces grosses dépenses y trouver d'honnêtes avantages. On est bien plutôt limité par la quantité d'eau dont on 'dispose que pa« les travaux à exécuter.

Ces cultures sont la spécialité des Espagnols, qui se montrent en Afrique aussi laborieux et intelligents que sobres et économes. Ils arrivent de Mahon ou des côtes d' Alicante misérables et en guenilles ; ils louent des jardins à moitié fruits ou même à prix d'argent s'ils trouvent quelque confiance; au bout de deux ans, ils parviennent à payer la moitié des loyers d'avance, bientôt ils paient tout d'avance, et en peu d'années ils ramassent une jolie aisance.

Conclusion. — H ne faut pas s'exagérer, sans doute, la valeur du jardinage comme produit et bot d'exploitation : dans les propriétés neuves, des frais considérables sont nécessaires pour la distribution des eaux, l'assainissement des terres, leur nivellement, etc. ; en second lieu, la petite quantité d'eau disponible le restreint toujours beaucoup ; mais néanmoins on ne saurait méconnaître que c'est un aide efficace pour le colon et un très profitable supplément de produit dans l'exploitation.

La culture des terrains arrosables forme le fond et l'essence de ce qu'on appelle jardinage ; lès autres terres que l'on consacre aussi aux légumes n'ont rien de l'importance de cellesK^i, et c'est seulement à cause de l'analogie du sujet, que nous allons dire quelques mots de la culture des légumes secs, tels que pommes de terre, haricots, et aussi parce que jusqu'à présent ces plantes n'ont véritablement été cultivées que comme légumes et par très petites portions.

La pomme de te&e. — Les pommes de terre rendent moins en Afrique qu*cn France : la différence proportionnelle est d'un grand tiers dans le rende-

mml ; ce dë^tvaDtage est compensé par la possibilité do den récoltes par âDy ]*ane vers Noël, l*aatre dans Tété. De cette manière on peut, après les pommes de terre récoltées à Noël on un peu avant, taire immédiatement une nouvelle culture, ou bien faire succéder à un produit recueilli en février ou mars un semis de pommes de terre à cueillir pendant l'été ; cela peut considérablement augmenter le produit de quelques champs; et cependant leur cul> ture « été peu suivie jusqu'à présent, ce qui explique le prix très élevé auquel elles ont toujours atteint, celui de 5 à 40 fr. les cent livres, selon le moment ; aus^«n apporte-t-on des quantités considérables de France, et nous savons que, malgré le poids incommode de cette denrée, on en expédie avec avanta^ des ports de Bretagne et de Normandie.

Son produit. — D est difficile d'établir ici le produit certain et constaté de la pomme de terre en grande culture, vu que les jardiniers presque seuls l'ont cultivée jusqu'à ce moment ; mais il est incontestable, en considérant la proportion du rendement et les renseignements et observations que nous avons pu nous procurer, qu'en se bornant môme au prix de 5 fr. lo quintal, on pourrait avoir un produit net de 250 £r. par hectare, et plus, eu égard à la facilité que l'on a d'avoir après la pomme de terre un autre produit ; mais nous avons lieu de penser que c'est un des produits que les chances des saisons rendent le plus Inconstant en Afrique. »

Fives et haricou. — Les fèves et haricots se cultivent également en fort petite quantité, comme la pomme de terre; leur prix est de 50 c. la livre pour les haricots et de SOc. la livre pour les poischiches.

FEODUnS DIVEBS.

Soos ce titre nous parlerons de quelques produits dont la uns sont peu susceptibles d'extension, et dont les autres ne se trouvent encore qu*à l'état d'expérience.

Orangers. -> L'orange et le citron n'ont jusqu'à présent occupé personne ; cependant nous avons trouvé en plusieurs endroits et notamment à Blidah, de magnifiques plantations d'orangers; mais l'état d'incurie où on les a toujours laissées depuis la conquête, a fait dégénérer le fruit ; et d'ailleurs les chances du transport d'oranges par mer séduisent peu les négociants. Le gouvernement, à qui appartenaient presque^toutes les orangeries de Blidah, faisait simplement recueillir les fleurs pour les distiller ; c'est jusqu'à ce jour le seul produit qu'on en «t tiré. Cependant l'important commerce que le Portugal et quelques oOtes d'Espagne font de ce fruit précieux, témoigne assez quel parti ;on pourra tirer un jour de ceux d'Afrique qui étaient, il y a peu d'années encore, aussi beaux et aussi savoureux que ceux d'Espagne.

Le bananier, introduit par les Européens dq>uis la cosquète, â parfaitement T. !• • 30

458 Ne¥B.

réussi ; un bean régime de bananes vaat encore 45 fr., nais il est probaMa que cela tient en partie au petit nombre do plants capables de donner des fruits: cependant, comme il est facile d'en exporter pour les côtes d'Eoropo par les bateaux à vapeur, il pourrait se faire que dans une certaine limite do production, cette plante offrît quelques avantages.

fruité sec$, — Depuis longtemps les tribus de l'intérieur s'adonnent an

commerce de Ggues sèches ; il est donc très probable qu'il arrivera un moment

où les Européens prendront en considérations le pauvre figuier, maintenant

. fort méprisé, et qui aurait même disparu dans les environs d'Alger, s'il ne

I poussait de tous c^tés avec autant de promptitude que de ténacité.

Le coton. — Le coton a été introduit par les Européens, mats nulle part «h core il n'a été cultivé sur une grande échelle; quelques particuliers en ont essayé ; depuis plusieurs années on en produit au jardin d'essai, et le directeur de l'établissement, M. Uardy, nous a assurés qu'on pouvait fonder sur cette plantes de légitimes espérances. Quoi qu*i1 en soit, nous ne pouvons mieux faire que de présenter ici le tableau suivant du prix de revient du coton, publié par le gouvernement en 4833 dans son rapport sur la colonie d*« friquo.

Lofer préiumé d*an hectare de terre ....:.. T. .r.'.T.T.'T^Tr». SO rr. 00 c»

Cn fort labour par UQC charrue.... SO OS

Unhcrsagc <• S f^

Une Journée d'homme et do mulet pour tracer les raiei | S|

Doux hommes pour frmcr H 00

Trois hommes pour <îclaircir 0 00

Trois binages aTcc la houe ftchcTal....... 10 50

Sarclage à la raaia ealrc les cotonniers 15 00

Un liomme qui passera quatre bcarcs tons les Iroft jours, pendant quatre mois que durera la récpHc, en évaluant Ip temps à une demi-journée chaque fois, fait cinq journées par mois

a Ifr. 23c., en tout.. ^ Il •#

Frais de séchage 0 00

Frais d*égralnage •••••••• 20 00

Frais d'emballage 6 00

Csore d'ontilt !....,..., SP 00

Iti4s.i<n9rdviis e| tr#nfpofts..Mff • :•••• ^ ^

Uut ,iS^f^9fÇf

La récolte fut, par hectare, de SOQ kilogrammes de coton égrainé et netlofi, çç qui mettait ainsi chaque kilogramme à 77 c. 1|d; le compte rendo ajovto qu'à ce prix il y aurait encore de beaux bénéfices. Il fait remarquer, en entrt, que beaucoup de frais ont été plus considérables qu'ils ne devaient VHm par défaut d'habitude, notaouftent l'égraioage, qui, avec des machines, eftt (

Le cpUm doi)t jl psi ici rttiesUon est Je colon h ponrle Foîe : le coton à lonpe soie, contenant une plus forte proportion de graines, revient pins phpf, H fr. (^ cent, le kilogramme. Quant au colon arbusle, il n*avait pas encore élu çs^ sayé.

Importance de ce produit. *- Ep somme, pn ^*acçp]rde i. dif^ q^^ çeftS JP^'i tnre sera productive ; nous-pi^mes nou§ ne pouvons que V^T{^SfT ^l4 SP^'^, nion, d*après ce (jue nous avons vu de sa belle venue, e|; d*apres (oui cç quc^ nous savons des cotons d'Egypte et de la Grèce, qui se trouvent | ffn pfès cous la même latitude. Nous pensons donc qu'il y $1 grande chançp dp sifcpës et alors ce serait une question dun immense avenir, non-^uleinef^jl pQ9f l'A* frique, mais encore ppur toute l'Europe. Aussi, nous appellerops p^rtj.cu)iè|remcaat sur ce sujet Talteijtion de tous cibux qui sont intéressés ^ Tindustrie du coton ; si Ton parvenait, en effet, à le produire à bon compte dans un pays si près de l'Europe, nul doule qu'un prix inférieur pour la matière première no donnât encore une plus grande impulsion à cette industrie. Nous nous adresserons donc particulièrement à eux, pour leur demander leur concours pour une expérii»jC|9 qui peut avoir une telle portée pour eux; nous ferons mieux, et nous engagerons ceux qui sont les plus hauts placi^s par leur pasition ûnan- ' cière, à tenter par eux-mêmes des entreprises en Afrique, puisqu'ils y sont ppussés par un double intérêt.

Essais divers* -r Nous ne ferons que mentionner le nopal h cocbcnille et la ^ne à sucre, qui sont en essais depuis qaelqucs années dans le jardin du gouvernement : 1)3 premier semble assez réussir; mais il n'en existe encore qu'un si petit nombre de plants, que les données n'ont point yno grande cerlitude. Quanta la canne à sucre, tout, jusqu'à présent, porte à croire qu'elle viendrait à souhait ; mais nécessitant une grande dépense d'eau, il est proi^able que celte culture né peut avoir un grand avenir en Afrique. P'aillpurj^, les prix du sucre sont tellement bas, et les Antilles en si f&cbcuse position, que cette extension n'est pas à désirer.

Arbres et plantes utiles. — Nous terminerons en citant une foule d'arbres et de plantes répandus en Afrique, et dont les fruits ou le bois peuvent avoir plus ou moins d'utilité. Le caroubier, le jujubier, lo grenadier, le chèns à glands doux, le chêne-liège, lo lentisquc, le palmier-dattier, le pin d'Alep, le Irène, le platane, la sésame, le kermès, le riz, le chanvre, etc., eie.

Haies 4* Afrique. — Enfin, telle est la richesse de la végétation africsdio, (que Im baies de clôture sont formées par des plantes dont les produits pffrent me certaine utilité; ce sont le figuier de Barbarie (espèce de cactus) et l'agave (espèce d'aloès) : lo premier porte des fruits à profusion, fmils dqnt les Arabes font presque uniquement leur nourriture pendant l'été, et où les Buropéeos trouvent un rafraîchissement doux, légèrement acide et (ite juteux; les diameaux que plus tard, et surtout dans l'intérieur, nous utiliserons davantage à notre service, mangent volontiers les feuilles dianiiiet el épia^qse^ de cette pUpte grasse. Le second pdusse, en une quiiaaine «ie jeu»!

4fl0 NOTE:

an oomnienoement do printemps, un jet prodigien de 10 & 15 pieds delunt, de 0*U de diamètre à sa base, droit et ûa comme un I ; au sommet seulement il porte quelques grappes de fleurs. Cette pousse, arrivée ï sa maturité, offre b consistance d'un bois moelleux à l'intérieur, comme un sureau déjà âgé; \eê Arabes remploient souvent pour construire leurs ghourbis, et Ton peut s'en •ervrr pour édifier des appentis légers, ou former des toitures provisoires et sans importance. Ces plantes sont, en outre, dune rusticité qui les rend prcs> que indestructibles, et ont une rapidité de croissance telle, qu*en deux ou trois ans une haie, plantée de bouture, offre déjà une hauteur et une résistance fufiisantes. Si nous avons mis ces détails, ce n*est pas pour leur donner une importance qu'ils n*ont point, mais parce qu'ils montrent avec évidence la vigueur et la prodigalité toujours bienfaisanto de la nature véjgétale en Afrique.

CONCLUSION DES DEUX DEBNIEBS CBAFUBES^

Nous venons de parcourir le œrde des principales productions de FAIgérie; il nous reste à nous résumer sur ce sujet, et à arriver, pour conclusion, à la moyenne approximative du produit net qu'elles peuvent donner par hectare; puis nous ferons, d'après cette donnée, la somme des revenus que pourrait comporter l'exploitation résultant au bout de trob ans, des frais d'étaUissement que nous avons supposés. Alors nous mettrons en regard ces frais et ces revenus.

Produit moyen de l'hectare. — Nous avons pour le foin, dans les terres proches d*Alger, 475 fr. par hectare, et pour les terres plus éloignées, 430 fr. seulement ; comme nous avons établi le capital, à peu près dans Thypothèso de deux exploitations, l'une prodie, l'autre plus éloignée, il est raisonnable de fondre ces prix en un, el de poser pour le foin, au moins 450 fr. par hectare.

Le blé, 480 fr.; l'orge, 400 fr. Les terrains plantés de mûriers, pendant leurs premières année, 80 fr. Nous ne présumerons rien, du reste, pour les autres cultures dont le rendement n'est pas encore bien établi, et nous ne parlerons pas des Jardins, dont le produit restreint et local ne peut commencer de suite. Nous prendrons donc pour moyenne entre les prix ci-dessus, 400 fr., et ce, par égard aux chances diverses que court la récolte de Ué, et enfin pour in* cliner toujours au plus faible prix.

Or, le capital que nous avons porté en dépense pour le défrichement pendant les trois premières années, suppose 4S0 hectares au moins de mis en état à ce moment, c'est-à-dire 80 environ en état de récolte acquise. Nous au* rions donc zim à ce mom^t 800 fr. de produit net| auquel U convient d V

Jmif er 1m bénéflees da paiâage des bestiaux, qui, si Ton y emploie une smnme de 12^000 fr., ne peuvent pas être comptés pour moins de4,500 fr.; ce qui fait BD produit total de 9,S00 fr.

I Capital d'établissement. — D*aatre part, nous avons déjà vu qu1l Ulait débourser en capital d'établissement, pendant les trois premières années, pour détricber, adieter, bitir, 67,000 fr.; de plus, il &ut y ajouter :

Ponr achat de betlliux de produit, selon la tnppoalllon rat énoncée 13,000 f.

Poar achal de cbeTaux et moleU, an plus 3,000

Toiir pUntatloa de 2,500 pieds de mûrier et olivier» et la grclllB des sauvageons « 0,000

Tour mobilier aratoire et ustcnMIes de scrrico S^OOO

TourtraTanx de chcmiQs,asMinissemenls« et commencement d'approprlal Ion des jardi IIS 0,000

Tonr dépenses d*lnslallatloo, achat do semences, rrais de caltorc de la première année 3,000

Cn Joignaol a ces sommes les 67»000 rr. de premières dépenses susdites, cl 67,000

On a pour total 100,000 L

Accroissement ultérieur des produits. — Notre produit s'élevant à 9,500 fr., donne ainsi, dès la troisième année, près de 10 pour cent, et dans ce produit pourtant nous avons omis de compter celui des terres déjà en valeur, sur la propriété acquise dans le Ifassif. De plus, il faut considérer : 4^ Que les mû* riera et les oliviers sont entrés jusqu'ici en compte de dépenses, sans figurer encore dans les produits, et que, par conséquent, il faut aussi tenir compte de Tavenir qu'ils présentent, et qui nous donnera, au moment de leur rapport, 450 fr. en plus par hectare planté, ce sera au moins 6,000 fr. ajoutés au revenu sans bourse délier ; 2^ que les développements ultérieurs que prendront nos cultures produiront une proportion bien plus forte de revenus que de dépenses, les plus gros frais étant faits une fois pour toutes; 3^ que les jardins et autres menus produits ne sont comptés pour rien dans ce chifllrode 9,500 f.; et que, plus tard, ils fourniront de nouveaux bénéfices.

Aussi, nous ne craignons pas de dire que, dans cinq ans, 4S0 hectares^ dont la mise en valeur aurait coûté 400,000 fr., rapporteraient, avec les pacages y attenant, 20,000 fr. bien nets, sans supposer aucun produit plus fructueux que ceux énoncés. Dans 40 ans, 200 hectares, qui reviendraient de 42oi à 430,000 fr., produiraient de 30 à 35,000 fr. Il est facileau lecteur de vérifleri ces chiffres d'après la moyenne que nous avons donnée des prodoits, et ayant égard aux dernières observations que nous avons faites.

Proportions à donner à l'opération. — Il importe que nous fassions remaN quer ici qu'en déterminant en apparence l'opération sur une échelle limitée, nous n'avons point eu dessein de prononcer absolument sur les proportions à donner à l'entreprise ni de dresser un plan rigoureux; nous avons voulu

M Nom

eénleméiit préMhHir les rëtaltato probables d»s m eadre qoeleonqiie, et ee$ aperçiis tendent niiiqnetoent à prouver qu'avec 400,000 fr. i)a.peat établir ano opération sur une échelle assez raisonnable pour donner, dès le commènccjriènti des produite satisfaisants, en laissant néanmoins un lar^e champ aux cspéramseft el aux développements di Taveair. llien ne soppose, du reste, à ce que Ton adopte un plan diffêrent ou une proportion plus forte; les faits el les produits que nous avons constatés demeurent toujours, et produiront tou« jours des résultats analogues,- modifiés seulement en raison des sommes dépensées et des mesures plus ou moins heureuses que Ton adoptera. Quant S notre opinion personnelle, nous pensons qu'il vaut mieux être modeste et réservé dans ses débuts pour grandir ensuite progressivement : c'est une règle que donne Ttibservation des faits généraux, et que confirment les raisonnements de la prudence. Non^ pensons, de plu$, qu'on plan définitif et eii^ constancié de l'exploitation ne peut être établi qu'après la détertninatlod des lieux. Seulement, nous résumerons, dans le courant du dernier eHajiitre, let idées principales qui, à notre sens, doivent présider à toute exploitation, èi qui ont été annoncées en divers endroits de cet écrit. Toute réflexion nouvelle sur les produits d'une opération â faire èb Ifrique devient superflue après les chiffres exprimés ci-dessus ; il ne nous reste plus maintenant qu'à voir si les frais de gcittion et les détails d'âdministrationtho tiendront pas grever d'une manière (Irop lourde l'opération qu'ils rendraient mauvaise, malgré tous mi beadx produits : c'est ce que nous examinerons quelques pages plus bas^ ea etposant notre projet d'opération. Nous compléterons auparavant la disenssioa des etUtctres de l'Afrique, en étudiant quelle destinée probable attend dans revenir ce pays et ses produits.

AVENIR DE L'ALGÉRIE ET DE SES PàODUlTà.

En examinant les risques t courir et les errances à fonder, nons avons cuoccaMondo voir qu'une notable partie du capital de l'entreprise n'avait rien à redouter d'une invasion temporaire des Arabes, même dans les ciroonstan- ' ces les plus désastreuses ; qu'une autre portion et surtout les revenus pouvaient craindre d'une pareille catastrophe de fâcheuses conséquences; enfiôi, nous avons montré plus loin que les revenus, dans l'état actuel de la vente des pro* doits^ BufBsaîent abondamment à défrayer l'entreprise. 11 faut maintenant considérer l'avenir de l'Afrique sous cm trois points de vue; il faut étudier : 4° Quels risques peut courir la partie du capital que le pillage ne peut atteindre; 2^ quelle probabilité peut présenter une éruption d'Arabes, et ses résultats; 3« quelles modifications peuvent survenir dans Técoulement des produits. Nous aurons ainsi envisagé à peu près tgfutes les éventualités qui peuvent so

préstolértotlr tèxploltâtif, lîmht, da ircSlè, lèé présotopiion* itol rtsttUénI dcd faits à i'apt)KdatioD du lecteur, non comme dès certitudes, mais poUt èé qu'elles talent, c'est-à-dire pour des déductions logiques que thaeim petti jnger.

Avenir des droils de propriété. ^ La première t^artië du cat)ilal né petit èti'O détruite ou diminuée que par une eipulsion violente ou par la dépréciation de l'objet de nos travaux ; cette seconde supposition, dépendant entière^ menf de l'état de vente des produits, est soumise aux mêmes ebsértationsquè BOUS ferons à ce sujet. Mous ne nous occuperons doiic ici qûë des risqués d'expulsion qui peuvent exiêtcr.

De VéxpuUion. — Dt j9, nous croyons avoir suillsaînment montré par les faits du gouvernement en Afrique, qu'il avait trop lié d'intérêts dans ce pays pour craindre de sa part, même lo désir secret de Tabandonner; rexpui-j sioti ne pourrait être que le résultat de la guerre, et nous allons voir ce que l'on dojt en penser. Si Ton réilécbit sur l'beureuse situation d'une colonie placée sur le bassin le plus commerçant du monde, au centre de toutes les trabsaotions et aux portes de l'Europe ; si l'on observe les travaux imiUenses déjà opérés et que l'on continue tous les jours pour la création d'un port régulier sur une côle des plus dangereuses cl coKcrcment dénuéo d'abris naturels, on ne saurait s'empêcher, do prime alwrd, de reconnaître dans l'Afrique une position commerciale, militaire et politique, offrant d'incontestables avantages. Enfin, en considérant les établissements étendus et variés fondes de toutes parts par les Français, notamment dans la ville d'Alger, et les racines déjà profondes que la civilisation européenne a poussées sur celte terre, tant dans la ville même qu'aux alentours, on acquiert raisonnablement la conviction que ce pays a désormais trop d'importance pour retomber jamais dans les mains barbares et inintelligentes qui le détenaient précédemment. Turcs, Arabes ni Maures ne sauraient désormais reconquérir une ville comme celle d'Alger. Mdis, si les revers de la guerre ou la fureur des révolutions nous exposaient à perdre l'Afrique, aucune nation d'Europe ne laisserait échapper l'occasion de saisir une position si avantageuse, el de recueillir les fruits de nos dépensés . et de nos combats. Or, quel que soit le peuple qui s'emparât de cette côte, il aurait trop d'intérêt à recueillir et à protéger tous les éléments de civilisation qui pourraient s'y trouver pour ne point se montrer le soutien des colons et de leurs établissements.

Partant de ce principe, on peut conclure qiie \(^ m tard, inais avee certitude, ravemr appartiebl au pays et à la propriété, fàk application spéciale à notre objet, on peut donc alDrmer que cette portion de capital, qui ne saurait être atteinte par l'irruption passagère ëes barbares, demeurera toujours et sans risques réels entre nos mflinSi

Avenir des superficies. — Déjà, en traitatl du maraudage Ses Arabes, nous avons discuté les chances que peuvent eourir le capital snperfleld et les pro« doits. Noosavoiis montré qu'fectttellefiiinilrbgitt la tranquillité la (dus parfaite;

qna&e nonvène guerre ne pourrit atteindre les établissements, qne n la France était forcée de laisser trop peu de troupes dans le pays. Nous avons exposé que, si celte bypotbèse ne se réalisait que dans trois ou quatre ans, riodustrie naissante des tribus voisines, les progrès de la population française et des travaux publics, nous couvriraient alors amplement.

11 ne reste qu'à faire voir le peu de probabilité d'une guerre européenne» *fleule cause qui pût nous forcer à dégarnir Alger, tout en fomentant les révoltes arabes. Ce n*est point ici, sans doute, le lieu de faire de profondes discussions sur l'élat du monde; nous observerons néanmoins avec brièveté, que l'état des finances de presque tous les pays d'Europe, les crises intérieures qui les j travaillent, les immenses et impérieuses relations du commerce et de l'industrie, rétat actuel des mœurs, le cours général des idées sur ce sujet, nous ont toujours paru rendre la guerre de plus en pli|s improbable. Les lecteurs, du reste, apprécieront et balanceront aussi bien que nous le pour et le contre de ces considéralions.

« Nous ferons remarquer, en outre, que cette prolongation de la paix, en peN mettant mieix de consolider et d'étendre la colonisation, donne des gages de plus à la durée de la domination française, avantage qu'il est juste de porter en compte dans l'avenir des colons français attachés à leur patrie.

Quant au développement à espérer de la population européenne, sans répéter les faits concluants de la progression rapide des villages, nous rappellerons l'attention sur les émigrations qui se pressent de toutes parts, qui ont donné et donnent encore tant d'impulsion aux populations des États-Unis, de Montevideo, etc., etc.; émigrations qui commencent avec raison à se diriger vers l'Afrique, ainsi qu'il résulte des rapports dressés à cet effet par les autorités administratives de plusieurs départements de Test.

Tels sont donc les risques que Ton a à courir, qu'il ne faut plusque qudques années de paix encore pour faire disparaître tout danger probable.

Avenir des exportations. — Il ne suffit pas de constater que nous pourrons dans l'avenir comme aujourd'hui récolter à l'abri le fruit do nos travaux, il • faut encore savoir si l'écoulement qu'on en trouve aujourd'hui demeurera constant. Nous avons vu qu'on peut sans désavantage accepter les prix des producteurs actuels; il reste à examiner si dans un temps donné ce surcroît de production n'amènerait pas pour certains objets du moins une concurrence dépréciative^ Ce sont les effets de cette lutte qui détermineront l'avenir du marché algérien, et que nous devons étudier ici : elle s'établira sur deuxjerrains bien différents, l'exportation pour la France, et l'exportation pour Tétrangcr.

; Exportation pour la France. — Dans Texportation pour la France on ne saurait mettre en doute que nos produits nationaux, avantagés sur les droits de douane, ne tirent de là une supériorité incontestable sur les produits étrangers, contre lesquels ils pourraient lutter à conditions égales. Mais il est très important de savoir si ces faveurs accordées à l'Afrique, ne tourneront pas au

NOTB# 4C5

Mrimeiit da ooouMree et de rindastrio frAof&tte. On a déjà répété en bien des lieux que si les produits de TÂlgérie enlèvoDt par leur concorrence aax ËUls-Uiiis, à l'Italie, etc., une partie de lears importations, ils nairaient d'an* tant aux exportations que la France envoie dans ces pays. La conûdép^tion des faits fera prompte justice de cette objection.

Les principaux pays auxquels TÂlgério opposera des produits sift^laires, sont : 4* les Ëtats-Dnis, dont la France reçoit pour 94 millions de coton, et pour 47 millions de tabac ; 2^ les États Sardes et les Deux-Siciles, pour 47 millions de soie ; 3* les Deux-Siciles et la TurquiOi pour S6 millions d*buile d'olive et une certaine quantité de coton.

Telles sont en effet les riches fournitures auxquelles la cdonle est appelée en Franco.

Observons maintenant la position du commerce français vis4t-vis de ces pays, d'après le dernier rapport publié par l'administration des douanes. Les £tats-Unls reçoivent pour 48 millions de marchandises françaises, et lis en expédient pour 135 millions. Les Ëtats Sardes reçoivent pour 39 millions et expédient pour 59 millions. Les Deux-Siciles reçoivent pour 7 millions et expé* dient pour 46 millions. La Turquie reçoit pour 44 millions et expédient pour 31 millions. D*où il résulte que la Sardaigne, celui de ces états qui reçoit la plus forte proportion de nos marchandises, élève ses envois à 59 4 tiers pour cent sur la masse totale des transactions, tandis que nos expéditions chez elle ne sont que de 40 2 tiers pour cent. Aux Ëtats-Unis et en Turquie nous expédions environ 96 et demi et nous recevons 73 et demi. Ainsi donc vis-à-vis de tous ces peuples nos exportations sont infiniment inférieures aux importations; la plus grande partie des navires importateurs sort de nos bassins sans marchandises de retour : il n'y a donc point lieu de craindre que la diminution do ces extMrtations préjudicic en rien aux expéditions que lecommmerce français fait pour ces pays.

D'un autre côté, il n'est point à craindre que, frappés de la diminution de leurs exportations, ces peuples cherchent à y obvier en menaçant les produits français d'une surcharge de droits; nous fournissant beaucoup plus qu'ils ne consomment chez nous. Ils s'exposeraient à des représailles trop préjudiciables.

Nous savons que l'on objectera ici que ces pays ne se sont jamais émus do cette crainte, qu'ils ont toujours été les maîtres des tarifs , et ont surchargé nos produits à merci. La réponse à cette objection nous fournira l'occasion do présenter une observation puissante dans l'intérêt de notre colonie. Pourquoi , jusqu'à présent, avons-nous dû subir si souvent des tarifs onéreux? c'est que /ces pays nous envoient des matières premières d'une rigoureuse nécessité, et que nous ne pouvons recevoir que d'eux ; de plus, si ces matières s'étaient trouvées enchéries par l'exhaussement des tarifs, la France eût frappé sur die* même le couple plus terrible, le bien-être général en eftt été vivement atteint, et des industries immenses eussent été partiellement paralysées. 11 était donc impossible de charger ces marchandises d'un droit bien lourd d'entrée, et

46ft NOtÈ.

leurs impoHâtéii» éUféoi véritabieiiiént les mahrés dé thUèrIèê AdIïM llftltf gré. Hais si rapprovisioDoément de ces produits (Kxivait se trouver eu Atriquo, reprenant toute sa liberté vis-à-vis d'eux, La France pourrait sans àtiintd, non-seulement protéger les importations de sa colonie, mais elle pouhait piô^ filer de cette position nouvelle, afin d'obtenir des dégrèvements pour les taxei imposées tout dernièrement encore sur nos eaux-de-vie, vins etsùieKëS. Ainsi, bien loin de souffrir du développement de l'Algérie, lindustrie et le commercé français en tireraient le plus grand avantage.

^jus conclurons donc que l'intérêt véritable de la France bous assuré lè pf js heureux avenir pour l'introduction favorisée de nos prodm'ts , en mémo temps que les chiffres cités plushant manifestent l'énorme consommation qu'ils 8unt appelés à défrayer dans chacune de leurs branches. Cette consommation est si considérable, comme on a pu le voir, que, pendant un espace de temps dont le terme ne saurait être précisé, elle suffira et bien au-delà à absorber les exportation de rAlgérie. Cependant, quelque éloigné que soit l'avenir où uous serons obligés de recourir aux marchés étrangers, l'étude du sort qui nous y attend rentre trop dans la questiou qui nous occape pour que nous l'omettionà CBlièremcnt.

Exportation pour V étranger. * Il est certain que, dans quelques pays de productions similaires, les tarifs protecteurs de la culture nationale nous rendront l'abord de ces marchés sinon impossible, du moins bien difficile. Mais ne restet-il pas pour les soies la fourniture si importanto do l'Angleterre; 1)our les tabacs et l'huile, celle de l'Angleterre et de tous les pays du nord ; pour le coton, celle do r£urope tout entière ? Dans tous ces cas, placés sur le pied d'égalité, aucun obstacle sérieux ne peut nous empêcher de soutenir U concurrence ; et même n'avons^nous pas sur les États-Unis l'avantage de la proximité du marché; sur l'Italie et la Turquie, l'avantage de l'industrie plus grande, du bas prix du terrain, et de l'habileté des ouvriers de Provence, oii se fabriquent les premières qualités d'huile? En considérant toutes ces choses, ne peut-on pas espérer vraiment aon plus uue égalité, inais une victoire dans le résultat de cette lutte?

SéBBCES DIYEBSE6 SB NOS BENSEIGNEUNTS^

Toici maintenant là première partie . de hoti^e tâche àcctfïïiflliè. te t>assé nous a offert d'heureux exemples et d'utiles leçohs ; la t^anqdilliti3 à6tuelte, la population qui croît avec rapidité, les ricbes produits t[ue Toh peut obtenir» tout nous engage^ dans le présent, à concourir à l'édillcation de ce mondé nouveau ; et les présomptions de l'avenir entratneiit encore âava&ta^ iiolf^ ^ prit vers les riches espérances que ron peut ooncevôlf •

fîOtiB; i^

ïellés ^nt Tes 6ôf)S(Scn]en(^ed (jne noas avonâ dimtiâ 1 ëlabllr, slnom afèè {Profondeur cl habileté, du moins avec conscience, et dprës de laborieuses t^ cherches dans lesquelles nous avons reçu une bienveillante assistatice de iâ plupart des nouveaux habitants de TAfriquc. Aussi croyons-nous remplir une obligation de reconnaissance, et en même temps acquérir un titre à la tx>^ fiance publique, en citant quelques-uns de ceux qui ont bien voulu nous prêter leur expérience et souvent nous exposer, sur les licux,Ieurs travaux ei leurs œuvres de tous les jours*

Sources de noi renseignements. — Dans la plaine de la Métidja, nous avons été accueillis et renseignés par M. de Montagu et M. le baron Vialar, l'un à llaTssous, dans le canton de Beni-Mouça, l'autre non loin de la fôrme modèle; )Is relevaient courageusement leurs fermes brûlées dans la derniëre guerre, et ne désespéraient point, malgré tant do perles, d'un sol si fécond. — A £!• Diar, MM. de Franclicu nous ont montré avec détail leur belle et fructueuse propriété, contenant plus de 300 hectares et déjà mise alors en culture à peu près pour moitié. Elle peut leur rapporter près de 30,000 fr. nets. — Dans là môme commune, la ferme Fougeroux, possédée par MM. Martin de TEsplasso et Gaminade, présente également les résultais les plus satisfaisants en cul* (nre et en produits. Noos y avons remarqué des plantations assez considérables de mûriers présentant la plus belle venue. — Presque à rentrée de la plaine do Staouëli, tout proche do Cheraga, nous avons visité la ferme dé Oeni-Moussous : son propriétaire, M. Fruité, qui nous accompagnait et qui cultive depuis près de neuf ans, nous a donné les renseignements les plus précieux et les plus détaillés sur les obstacles qu'il avait eu à surmonter et les résultats qu'il avait obtenus. — Sur la propriété de M. Urtis, près de Kouba, nous avons va la plus belle et la plus complète plantation de mûriers et d*oliviers qui existe dans l'Algérie; M. Barrot, gérant de cette propriété, BOUS accompagna partout, et nous avons pn connaître à fond, en cet endroit, tout ce qui intéresse la culture de ces arbres en Afrique. — M. Astruc, mairo de BirmandraiSi nous a montré lui-même la propriété qu'il exploite sur celle commune, et nous avons pu juger des ressources qu'offrent en ce pays les petites cultures destinées à l'approvisionnement du marché des villes. — Nous avons de nouveau retrouvé M. le baron Vialar à Kouba, où il possède quelques bonnes fermes qu'il exploite à moitié avec des Espagnols que nous y avons appréciés comme d'excellents et laborieux cultivateurs : là nous avons plus que jamais compris la valeur de l'eau devant les travaux considérables de terrassements et de maçonnerie que M. Vialar a fait opérer pour la recherche de quelques filets d'eau dans les entrailles de la montagne.

H. l'abbé Landmann, anciennement curé do Constant! ne, et actuellement curé de Mustapha, près d'Alger, a eu la bonté de nous communiquer tous les documents précieux que la spécialité de ses études sur la colonisation le met* tait mieux qu'ducun autre à portée de nous fournir.

Enfin M. Guyochin, architecte db la province d'Alger, ôl it. Hardy, diroc-

leur da Jardia d*e8sai, ont bien voola mettre & notre disposition les rensdgnemeots que leur position et leurs connaissances particulières les mettaient on mesure de nous donner.

Nous avons visité, en ontrc, plusieurs petites exploitations des environs d'Alger, Blidah, et rétablissement des nouveaux villages. f

Si I*on joint à ce qui précède quelques relations avec des notaires et bom- f mes d'affaires du pays, la lecture des rapports publiés par radministration «ir ^ TAIgérie, et des différentes publications faites à ce sujet, on aura complété.' Tcxposition des sources diverses où nous avons puisé les éléments de ce travail. 1

Conclusion de eetu partie. — Après ces études^ ne doit-on pas avouer^ que Ton s'était étrangement exagéré les dangers personnels et les riques pé- 1 cuniaires de l'Algérie, et que l'on avait toul-à-fait méconnu la richesse du sol 1 et les produits du pays? Conclurons-nous au rebours que l'Afrique est une mine d'or, ou Ton n'a qu'à se baisser pour puiser des trésors? non certes; mais nous en déduirons ({u'avec un travail suivi, une surveillance exacte et une économie sévère, on peut arriver à recueillir promptement des revenus do • plus du double de ceux de France, à les voir grandir encore par la suite des travaux, et à préparer pour l'avenir le développement très considérable delà valeur capitale. C'est dominés par ces idées, que nous avons dressé le plan d'opération dont on va voir ci-après le détail.

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