‹ Histoire de l'Algérie française (volume 3)Chapitre 6 sur 17 · AL6£RIE · texte numérisé non relu

AL6£RIE

nationalité arabe, donnèrent un but et un centre à des idtes qui n'avaient eu jusqu'alors ni Tun ni l'autre.

L'élection de la plaine des Eghris ne tarda pas à être suivie d'une prise d'armes. Âbd-el-Kader ayant réuni une troupe assez nombreuse, se porta sur Oran qu'il attaqua. Heureusement le général Boyer qui y commandait venait d'être renforcé d'un régiment de cavalerie commandé par le colonel de l'Etang. U fut prévenu de l'attaque des Arabes et se tint prêt à les recevoir. L'agression fut vive et sanglante. Les Arabes arrivèrent jusque sous les murs d'Oran massés sans ordre suivant leur coutume. Âbd-el-Kader était à leur tète : Mohhi-ed-Din son père était à côté de lui , exaltant par ses prédications le fanatisme de ces hommes dont le courage victorieux pouvait cimenter d'une manière durable le pouvoir naissant de son fils. Ds se battirent avec acharnement, mais leur fureur venait se briser contre l'impassibilité , le sang-froid des Français , qui par des feux de mousqueterie bien nourris ou des décharges de mitraille bien dirigées, portaient l'effroi et la mort dans les rangs ennemis. Un moment cependant les Arabes parvinrent à se loger jusque dans les fossés des retranchements , faisant d'incroyables efforts pour tenter d'escalader l'escarpe. Heureusement deux pièces de 6 purent être dirigées sur ce point où prenant les Arabes d'enfilade et d'écharpe, rendirent là tout succès impossible. Le désordre se mit parmi eux : une charge de cavalerie faite à propos acheva de les mettre en déroute.

Pendant cette attaque Abd-el-Kader toujours combattant au premier rang avait fait preuve d'un grand courage : un de ses frères Sidi-AU avait reçu la mort à ses côtés. Hais cet échec suivi de razzias promptes et nombreuses que des colonnes expéditionnaires françaises firent sur les tribus voisines, avait jeté le découragement parmi les Arabes et porté un rude coup à l'autorité naissante de l'émir, que beaucoup de chefs de tribus traitaient d'usurpateur. Cette autorité frap* pée ainsi, dès son début, de défaveur se serait probablement de plus en plus affaibUe ou peut-être même éteinte, si, comme on le verra p^us tard| les Français, par une série de ivm»

mesures, n'avaient plusque tout contribué à la mettre en relief.

Pendant ce temps, le duc de Rovigo débarrassé à Alger de l'intendant civil Pichon, continuait à faire preuve de bonnes intentions et d'activité. Ce dernier avait été remplacé par M. Genty de Bussy, mais cette fois sous Tautorité immédiate du général en chef. Cet administrateur seconda activement le duc de Rovigo, soit pour la création des deux villages agri* coles Kouba et Dely-lbrahim, soit pour d'autres ébauches de colonisation ou de construction qui devaient faire disparaître par degrés les traces de dévastation qui avaient suivi la conquête. On peut lui reprocher seulement d'avoir apporté en Algérie cette routine bureaucratique qui consiste à réglemen-* ter à tout propos et à vouloir trop hâtivement administrer tous les peuples à la française. C'est là, on l'a déjà vu, une des manies les plus fatales des gouvernements de France. Nous aurons, avant la fin de cette histoire , à revenir sur ce que nous appelerons volontiers une infirmité administrative, qui , en Algérie plus qu'ailleurs , a déjà porté des fruits si amers, sans autre compensation que de mettre à la disposition des ministres des places et des emplois. Au point de vue personnel d'un ministère, ce motif a malheureusement une certaine importance; mais il est douteux que la France qui paie et qui n'attache qu'un intérêt très secondaire à ces corn* binaisons de personnes, soit de cet avis.

A la fin de février 1833, le duc de Rovigo, attaqué d'une maladie cruelle , demanda et obtint un congé. Rentré en France, il y mourut peu de temps après son arrivée. Le général Avizard le plus ancien de ses maréchaux-de-camp avait été appelé par intérim au commandement supérieur de l'armée d'Afrique. Son pouvoir seulement de quelques jours fut signalé par l'institution d'un bureau arabe , création importante qui, donnant aux relations des Français avec les indigènes plus d'extension et de régularité, fonda un service spécial et fut une innovation heureuse d'une utiUté incontestable , mais qui, se trouvant totalement en dehors des ignares routines burea^cr9^c[^ç$ , fut à peine comprise et moins encore appréciée.

L'adaiinistratioa dn duc de Ro?igo n'avait pas été sans fruit. D avait eu d'abord à lutter contre les conséN|uences des fautes de sou prédécesseur. Pour rétablir l'ordre autour du Fash (banlieue d'Alger) et maintenir la prépondérance du nom français, il eut à déployer de grandes rigueurs dont l'apropos est, avec les populations arabes, une garantie toujours certaine du succès. L'établissement des Français en Afrique n'était encore ni bien affermi, ni bien étendu ; mais les indigènes commençaient à reconnaître l'inutilité de leurs efforts pour faire abandonner la conquête : de là, à l'acceptation du fait accompli, U n'y avait qu'un pas. Mais pour cela U fallait un gouvernement qui voulût fermement , sincèrement, proclamer la prise de possession de sa conquête , qui par une déclaration expresse, explicite, voulût favoriser le développe^ ment d'une colonisation quelconque ; et quand nous disons quelconque, c'est à dessein : car il eut beaucoup mieux valu adopter le plus mauvais des systèmes et le suivre avec perse- . vérance que de n'en adopter aucun comme on a fait pendant si longtemps. La confiance seule peut appeler la confiance, et malheureusement, depuis la conquête de l'Algérie en France, le gouvernement a plus que personne douté de la possibilité de la conserver. Tous les embarras, toutes les difficultés, tous les obstacles qui se sont alors accumulés devant de si pusillanimes tendances, n'ont pas eu d'autre cause.

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