‹ Histoire de l'Algérie françaiseChapitre 3 sur 13 · PÉRIODE ARABB ET BERBÈRE · texte numérisé non relu

PÉRIODE ARABB ET BERBÈRE

Ici va commencer une des périodes les plus importantes de l'histoire d'Afrique. Ce qui reste des divers éléments phénicien, romain ou \andale qui s'étaient pliisou moins fondus avec la race indigène, vatlisparaitre. Un peuple nouveau poussé par le fanatisme etTardeur du pillage va, sur ce sol bouleversé, substituer ses mœurs et ses lois à ces civilisations diverses dont les débris s'efiaceront complètement devant Timpérieuse exigence d'une religion trop exclusive. A peine même en réstera-t-il quelques traces dans le passé et, grâce à une communauté d'origine des Maures et des Arabes, s'ctabliia, après trois invasions siit cussives, une domination ([u\ a [)i'oduit l'élément que nous avons à combattre aujourd'hui. Pour bien l'apprécier , il est indispensable de suivre à sa naissance ce flot arabe qui va envahir l'Asie, l'Afrique septentrionale, l'Europe orientale et une grande partie des côtes de Ja Méditerranée dans l'Europe occidentale.

Vers le vn* siAcle, du fond d'une bourgade d'Arabie, s'éleva une voix prêchant une docli'ine à la l'ois civile, politique et religieuse. Ralliant à un seul cri les races auxquelles il manquait un symbole, les émeutant, les excitant jusqu'à l'exaltation, elle humilia tout ce qui avait vieilli dans l'ancien monde. En moins d'un siècle, elle retentit des rives du Danube aux monts Himmalaia, du désert africain aux steppes de l'Asie centrale. Résonnant partout oii s'étaient développées les civilisations primitives ; inoculant l'enthousiasme et

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le fanatisme au cœur des hordes in^^ouciantcs et presque sans culte; en arrêtant d'autres dam leurs mouvements die migrar, tipn et les transformant en nations; galvanisant jusqu'à des peuplades mortes; sur les ruines d'un passé mystéricnix etj solennel, jetant Tédat d'une splendeur exf^iidinture.ql complissant enfin, dansTOrient, Tceuvre d'assimilation qui s'opérait en Occident, Al fut, à son début, le mahométisme.

De toutes les révolutions qin ont inlluu d'une manière durable sur l histoire civile et morale du genre humain, aucune n'a été plus en dehors du cercle des prévisions humaines, que la, révolution produite par la religion de l'Arabie. La seule ^plication satisfaisante des causes qui ont pu contribuer à son «ucc^s, c'est de considérer le inahomét^iae conuaie 1% dçarûlère : protestation de Fégoîsmo et sensuall^et, mii^l^ antique, qui, se formulant en loi religieuse, put inspirer cette foi si sincère, si ardente, si forte, si durable, que treize siècles et 1 idée chrétienne ont encore à peine pu l'ébranler. *

Le spiritualisme chrétien, en opposition formelle avec les mœurs de l'Orient, n'avait pu s'y implanter que difficilement.. Les mcBurs romaines que les Arabes avaient connues par leurs échanges journaliers, dans les provinces asiatiques de TËm-, pire, avaient dû les captiver parce qu'elles n'étaient que ViSXfir, gération de leurs instincts élevés, sensueljs, matériels et guerriers. Pour se faire écouter, admirer et suivre, Mahomet n'eut (pi a favorisei cette tendance dans certains cas et la régulari"^ ser dans d'autres. ., . .

11 le ht : cela décida du succès de sa doctrme.

Par les notions justes et élevées de la nature divine et des devoirs moraux, qu'il sema dans le Koran, il frappa les esprits; d'un l^uple fier, réfléchi, déjà dégoûté des superslittons de. son ancienne idolâtrie, et dont la doctrine nouvelle jr^çyait la dignité. m

Par l'heureuse fusion dans h Koraii, des rites et des traditions (jui existaient en Arabie, il ne blessa aucune suscepti^i-, lilc rchgieuse et les captiva toutes.

..par les Qpmbreuses applict^tions des préceptes dul^o^a^ià

tbUtes lés tràh^ctîonii IcgiUes et les actions de lu vie citîîe, il' MtiàVèW, ÈotM Yorire et lâ régularité ddntse moittHtît^ jdfdto àtm M fôimllè F Ai^bé, feliez qui s*ëlaU ^ei^éhié

- EiMïî, aiiribtttaîit ùhè religion oh ddihiiriail fe^rit bélKquëux, exteriniiiftteiirét pillard d'une race à passions violenter, H flatta SOS instincts brutaux ; puis taisaht du meurtre et du piltelgé tiii titre aux joiiissances de cette vie et de Tautre, il se comHHà tous les instincts sensuels de cette même racé à Titim- ^hàtibn si Tive ctsi ardënté.

fâlë ëst la loi polttique et fêligietise libi p6j[>iilâti0m nia- BlHlïMàtiés^; tedës illi^t lëà càiise^ qui 6ài pn la motiVer^ éé ISà^ÈÊà tftt'ëHê iîit àpi[ièlèe k produire â son début. Cé dé^ loppement sommaire était nécessaire pour nous faciliter dans la suite à expliquer des résistances qui, en apparence, sembleront complètement manquer de motif et de but.

Satts suivre Mahomet dans le développement de sa doctrine, sans Constater les différences des lois chrétienne et Hiiyksnlniane qui prtk;édaiènt l'iiiie pài* là peiâuésioiî, l'autre pà» l*ââtè)riiilhâti^ii; il ûm sUffird d'établir ce qii'étaiéiit tes Atttbbi âîfaiii IKihdliiët, bt ce qu'ils flilrentà sa mort. Knjafiibéttt ériâ^itê iiil deihi-èîèclê, notik suivrons ce peuple dàiig 1^^ détails de son invasion dans l'Atrif[ue septentrionale.

L'Arabie forme une jurande presqu lic, enclavée enti'e le Golfe Persiqué à Ttest, la mer des Indes au sud et la mer Rouge à l'ouest. Elle était divisée parles géographes anciens, en trois contrées: TArabie-Heureuse, rArabie-Pélrée et l'Arabie Déserte. L'Ârabils-Heureuse, situéé eiitre le Golfe Ârabiquë et le bdUe Pëi^iqiie, ëst rVeiiien des Àriabes dte nds Ji^tiri: Là, bst ht lifétïqilé dû naquit Mahomet : là ëèi Atëdine .dti il inbonit. L'Arabië-Péthéé ést située dans la partie Occidentale du golfe arabique, fintre elle et l'Arahie-Heureuse, s'étend une région immense et nrifle qui, au nord-est, est bornée aux plaines de de la Mésopotamie, c'est l'Arabie déserte. La race Aralie est divisée en trois grandes familles : les Arabes primitit^, les Arabes purs et les Mosarabes. Ces derniers sont les Arabes nâifai^l^ ; tes t^tétiiiers sont fos descbiidânti directs des habi-

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tmts primitifs de l'Arabie ; les autres s<Mit ceux qui sdnt restés purs de toute alliance étranfzcre. Cette différence de race est entre eux une source continuelle de divisions et de guerres. Voici, selon l'auteur arabe Aboul-Féda, le portrait de ce peuple arant Mahomet. « L'Arabe est guerrier, sobre, robuste, ne « craignant ni les fatigues ni les privations. Son vôtemcnt a c'est une courte saye de couleur ; sa nourriture des fruits, « du laitage, desgAteaux de froment; son occupation la guerre « ou la garde des troupeaux. 11 n'a pas d'habitation fite; sa « tente c'est son foyer. Monté sur son coursier rapide ou sur « sa Tasaye (chameau), si agile que les voyageurs qui les mon- « tent n'ont pas le temps de se saluer lorsqu'ils se rencon- « trent, il erre ça et là à la recherche des pâturages ou des «t etpéditions aventureuses. Tls sont divisés en tribus. Le plu^ « ancien de certaines familles de la tribu en est le cheik « (ancien). C'est lui qui dirige les travaux de défense, le « choix des pâturages, tout ce qui se rapporte aux intérêts « communs, excepté la guerre qui se décide à la majorité des a voix des chefs do famille. Le conseil des cheiks prononce « souverainement sur les griefs entre les tribus. Ces griefs sont « nombreux et fréquents. La possession des sources et des

pâturages et surtout le divers genre des opinions reUgieuses « leur mettent, en tout temps, les armes à la main. Chaque « chef de famille s'arroge le droit de modifier à son gré le « culte; de là une confusion inextricable dans la foi et d'inçe»- « santés querelles intestines. Avant M.ihomet, l'Arabe man- « quait de symbole et n'avait de comnuui ([ue l'origine et la « manière de vivre. 11 n'existait en lui ni nationalité, ni foi « commune, ni direction unitaire. »

Comme nation. l'Arabe de nos jours a subi une modification capitale : il est rallié à un symbole commun ; comme individu il n'a pas varié : il est ce qu'il était à l'époqUe où le peint Aboul-Féda. A la mort de Mahomet cette modification avait déjà eu lieu. Animées d'un même esprit, une même loi religieuse et politifpie ne tarda pasà unirces populations. Elles formèrent aloi-s un grand corps, doté d'une force nouvelle, l'unioii, mu par un but unique, la propagation de l'Islam.

AL€E!iUE.

Aussi en peu de temps les successeurs de Mahomet, Abou- Bekr, son onde, Aii, le premier de ses disciples, Omar, le plus vaillant de ses lieutenants, conquirent la Syrie, la Perse, la Judée et TËgn^te. Aux cris mille fok r^tés de : La JMak Ut AUaht Meàômmet rastaul Athhî (il n'y a d'autre Dieu que Dieu, etAfohometestson prophète), toutes les tribus, de* puis le Golfe Persique jusqu'à Suez, depuis TEuphrate jusqu'au détroit do Bal-el-M;indel, rangées sous la bannière de la foi nouvelle, portèrent partout la teiTcur de leurs armes et la gloire de leur nom. Des dissensions intestines, des rivalités de jalousie, d'ambition, menacèrent de compromettre au début le développemeut de la puissance do ces formidables conquérants. Un scbîsme édata. Omar fut le chef des &mnilef, musulmans orthodoxes; Ali, celui de la secte des j3Ubtes : le premier mourut assassiné, le second en combattant. Mohawiah-ben-Ommyah fut nommé kaiifc et établit sa résidence à Damas.

Sous son règne, en 647, Abdallah, un de si s lu iitenants, partit d'Égypte à la téte de quarante mille combaitants. pour arracher l'Afrique occidentale à l'empire de Byzance. 11 traversa le désert et d'autres régions brûlantes qui n'avaient jamais subi la domination romaine, battit sous les murs de Tripoli l'armée byzantine, que commandait le patrioe Gré* goire, et s'avança jusqu'à cent cinquante milles au sud de Carthage. Cette première invasion se borna là. Lt s iatigues et les maladies obligèrent l'armée iiiusuliiiaiie à regagner l'Égypte. Si\ ans après, une nouvelle expédition battit encore les Byzantins et s empara cette fois de l'antique Cyrène. Ëlle fut suivie d'une troisième qui, après avoir complètement battu en plusieurs rencontres les Byzantins et les Berbères, dirigea sa conquête le long du revers méridional de l'Atlas, resserra chaque jour davantage, entre la mer et le désert, les débris des anciennes populations grecque et carthaginoise, et fonda àbuitjouis (îe marche de Cii thagc, la ville de Kairouan. Le valeureux Oiikbah commandait cette expédition. Il fut tué dans une grande bataille et noblement vengé pîirson successeur Hassan le Gassanide, qui prit Gartibage, la livra au pillage

et^ta^(4^^fÂt«<ie fqûd ea comble. La piMaflanm duikaiifeisde OffqiD^ il6](t4^ifiiiitîv^meiiit ,ét|ibUé.idaiis :le:]i8iligrtth.'iB9Ziiiu» ^^q^ya jei^ ^Alrique que la majeuiia partie d» littt>ral»<É9«^ pmB Ja ^ftontière 4e Tunis j usqu'ài TOoian Atiaiili<|iie. Ck^

possession elle-niciiit lut de courte durée. Non-si iiloment ces t('rril>l(;s (i'il)iis de l'Yémen clia^sci'ci il les l>ys:uiLiiib de l'AI'fique occidentale, mais encore elles envahirent l'Espagne, ia^ ^mirent, i'rauQbÂJWt le^ A^y^éu^, ,6'èUdi)lirenl à Narbonnc,^ ini^èiroal. lea pn>^Qoea dtt ^ Languedoc .et. de^rAquita^B^j^ :viiire]iit arbmri leur diiapaaUi "m^tmi^K jusque supi lest »mui^ 4a ,1^ (^plUde de la Touivine ^et o-'aifètèceiit ; leuv BMwdMa qu^ dans les plaines deiPoiUeis où desmdiien de cadamaidedéiiiis soldats tombèrent sous la valeur des armées l'rançaises. Leurs conquêtes en Asu» furent aussi rapides qu eu Kuio^ie.

En contact iiiimt'(]i;iî avec les civilisai ions de i Orient et li^lIOccidcnt, ces iaruuclies propagateurs d<^ rifilamisme dédafgnèreut bientôt la simplicité des premiers musulmans;! de Ike^ÂireDt plus ces saïutages tribus de l'Yémen dont nousiavons jb;M la peinture. Les kalifes de Datnasejt de ^ Bagdad. nvalil^ sèineiit de. pompe et de splendeur airec > les empdraursf lê^ ;Bj^ zance. La soie, l'or, les pierreries, brillaient sur leurs ^véte-jnents, dans leurs ficnicures : les lailinements du luxe le ]tliis merveilleux, entrèrent comme élémpiiN dans leurs crcaliiMiss artistiques et architecturales. L'industrie poui- les choses utiles autant que pour les choses futiles ûi des progrès rapides^ et| tout, jusqu'aux lettres et aux scieuoes, reçut une jmpmisioli iifoi n'eût pas di^Hiré les civilisations grecque iet;V0Diaîiiet)> • i t iiu L'Afrique. ne^ resta pas étrangère à cette rénovatioay<dt sur •eette terre qui semblait destinée à recevoir rempreîlitie» deftmit les grands peuples qui se succédaient sur la scène du mond©, lesconuaissa nées arabes s'y ju'opr^aèrenL cuunuo leurs doctrines relii^ii uses. Kairouan et Fex di viiu ent en peu de temps des Jio^rs de lumière, de luxe et d'érudition. ' : . Les annales arabes sont si confuses et si trququées qu^'oti r^Wày dans l'Afrique toccidentaley cette civilisation anifae^piliit- 4iwent développe i et . la reli^^ musulmaiie. ; étaiUie> flaas ,qu'«il} puisse tdécouvrir iiar queb m^ griiduèb leq tmir

aÈBÊmx

veaux cûiiquérants â'fQtent -pu taire accepter leut% connaisiBnoeB^kuniiM}BW^i.4eu»tiK^nc6B. Cette lacune èBtdéplo-^ iaMe. n e9t tiii nioauâuMit «efèpdmit «(ni pourra Jeter ^oiel^ jou9«itr ce ptfint qv*!! eût été si important pcnrir iScm

L*itiafoiiine ordeimdt deeowbattre sans répit les infidèles

jusqu'à la domination complète de la religion miisulm;me. C'est un précepte prrc du Coran : Combuttez les injîdefes jusqu*à ce que la religion de Dieu domine seule sur ia terre, Santque les tribus de l'Yémen u'eureat àeombattre que des populations peu nombreuses, la coilietttoii'Ourex.tePi^atidll ib^Éit .&eile et l'apptioalioa de ce précepte ptiâieakië. Mb û «'èn liil pu» 4e même lofsfsie eette. deôUe actioiii dut t*exeroer JîfMiUanéHie&t ou laetémeAt sur de grandes aglbmé^ Httkms. Utié transaction devint alors nécessaire, et c'est ce qui eut lieu en Afrique. Le^ villes ou les tribus conquises, cbrètienues, juives (m idolâtres eurent à choisir entre le libre exercice de leur cuite et le payement d'un tribut^ l'exclusion des fonctions publicpies. Dans toiHes lee transactions civiles les «t^oaiflitniiits étaient en outire dans une eonditipn d^inÉSâfionfté «ir^piée a'veé Ictt ero^f ante, La popqlaltOQ eonqune «e trouvait 4uiti^ difiièe en deux dasBea : lei eixyyants^ meoibiies dé 4a «aeiélé minulmane et, à ce titre, aptes à toute place proportionnelle à leur rang, à luur courage ou à Icui's talents, et les infidèles, rfduitsà une sorte d'ilotisme non^seulement dégradant mais encore onéreux. W dépendait dès lors de chaque ilote d^entrer dans la classe privilégiée : une simple abjuration lui donnait droit à Tégalité) -aiixlionBeim et le dédiai^eait du Mm, Gela seul peiit «OMenlmeiit eipU^pier nafe encore aniiw crament preiqpie toutas populatioiia alrioainei -idopliapeBt sudMehoiiicnl le maliométiame.

Cette feotiverBioit dent Tintérét de position ou de fortune etiiit ie seul mobile, ne put avoir, dès le début, rien de sincère. Cela explique eneore le nombre inlini de sciusmes et d'hérésies, qui, après avoir divisé les Berijeres musulmans entre eux, amenèrent une seifiiionavec leurs vjiinqueurs et fini- HHKt par détruire ïwojAé fmwi|ira«tie> L'enpire da^ kaiA»,

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i existence croulait déjà de son propre poidii. N ayant à iiilasser dans cette graade et rapide décadence, que ce qui se rapporte à notre sujet, nous nous contenterons de mentionner les faits seuls qui nous paraîtront nécessaires pour faire comprendre l'action de la domination excentrique des kalifes sur les populations atiicalnes. ^ La société islamique en Orient était divisée en trois sectes qui avaient eu, avaient ou allaient avoir chacune leur branche dynastique. Les Onnniades, descendants de Moaviah qui avaii vaincu Ali ; les iU^assides descendants d'Abhas, oncle de Mahomet et les Fatimites, descendants de Fathmé fille du prophète. Ces trois partis se haïssaient autant qu'ils haïssaient les chrétiens et se fîiisaient une guerre acharnée. Chacun d'eux avait des points de doctrine et de rite différents ; chacun d'eux avait adopté mie couleur particulière pour ses vêtements : la couleur blanche était celle des Onnniades ; la couleur noire celle des Abassid^i Itiis patiffliles a4qptère|U p|jus toi la couleur

Après une grande défaite, mi seul des membres de la dynastie des Ommiades, Abdcrrhamai), avait échappé au masr sacre de tous les siens. Après avoir longtemps erré en Egypte et dans le désert, il passa en Espagne et y fut proclamé kalife. U devint la tige des Ommiades d'Occident, qui, pendant pi-ès dp trois siècles, régnèrent sur l'Espagne. Le représentant des Abassides Safl'ah, fut proclamé kalife d'Orient. L'Arabie et la Perse reconnurent sa puissance, et quittant Damas, oii les Ommiades avai^t beaucoup de partisans, il transporta le liiége du kalifaîsur la rive orientale du Tigre, où il fonda Bagdad dont la population s'éleva bientôt à plus de huit cent raille àmcs. ,,„^,,. ^

Cette grande scission du kalifat d'Orient avait eu son contrecoup en Afrique. Des sectaires de noms et de croyances diverses, avaient répandu les mêmes germes de dissension qui venaient de détruire la grande unité politique et reUgieuse que Mahomet avait léguée à ses successeurs. Les JOadis, les SofrîSf sectaires connus sous le nom conunun de Kouaridj, avaient envahi une grande partie du Mahgreb et resserré les

Arabes orthodoxes dans Kairouan. A la suite d'une longue guerre intestine, suivie de succès et de revers réciprotjues et d'un état d'anarchie qui dura près d un siècle, la puissance temporelle du kalite de Bagdad s'anéantit dans le Mahgreb. Il n'y eut plus d*émir titulaire : chaque chef de tribu victorieuse s'arrogeait oe titre à son tour, et enfin sur les débris de toutes ces fractions désunies, s'élevèrent deux forts partis dans lesquels tous les autres se fondirent : à l'ouest, les Edrissitâs commandés par Edris-ben-Edris descendant d'Ali, et à l'est, les Aghlabites de la tribu des Beni-Aghlab. Edris fonda en 808 la ville de Fex, dans le Maroc, et prit le titre de kalife de Fex. Presque à la même époque, Ibrahim, fils d'Aghlab, établit à Kairouan la dynastie des Aghlabites qui passa à ses succèsseurs.

A cette époque peut se rapporter, en Afrique, l'avènement de dynasties purement africaines. Les Edrissites et les Aghlabites ne restèrent étrangers à aucun des progrès de la dvilîsàtion de l'Orient, et l'imitèrent ;ui>si dans ses conquêtes. Pen- " dant près d'un siècle ils saccagèrent les côtes de la Méditerranée où s'y établirent depuis les Pyrénées jusqu'aux Aîpes. Mais d'autres tribus indigènes, les Zenètes, les Hawarah, qui peuplaient le Tereant oriental des montagnes de la Mauritanie qui bordent le détroit, les Maimoudes qui résidaient dans les plaines et les vallées de la partie occidentale et méridionale de TAtlas qui s'étend vers les frontières de Maroc ; les Gomeraies, les Sanhadjah, dont les tribus nombreuses étaient répandues dans les montagnes de la Maurit uiie et derrière les diflerentcs chaînes de l'Atlas, d'autres tribus de l'est de TAfri- -que septentrionale, toutes désignées sous la domination générale de Berbère, se souleyèrent à la fois contre les kalif^ de 'Fex et de Kairouan. Les Beni-lfequineça de la tribu des TA- -nètes battirent le premier, s'emparèrent de Ilèmçen qui lîit •érigée en principauté indépendante et étsdilirent le siège de leur domination à douze lieues de Fex, dans Taneienne Sidda qui lutappeléeMi(|iiine/.dunoni de leur tribu. En même temps un célèbre marabuul. descendant deFatmé, lille du prophète, vleva dans l'est l'étendard de la révolte et s'auuuuça comme

i iluaii régénérateur qui devait opérer k réunion de tous les Musulmans dans une même croyance. Il se nommait Obeid- AUah-Aboii-Mohammet, plus connu sous le surnom de Nabadi, fondateur de la puissance de ces kalîfes Fatimites, dont te domination s'étendit ensuite jusqu'en Egypte. Mahadi attaqua Kairouaii, en chassa les Agblabites, se porta de là sur Fex, qu'il prit, ainsi que Ceiita et Tanger. Chausses (Je Irur capitale, les kalites de Kairouan et de Fei demandèrent du secours au kalife de Cordoue Abderrhaman. Ce dernier fit passer une armée en Âfricfue qui refoula Mahadi dans J* partie orientale de la Barbarie, délivra les Edrissites, mais réunit leur kalifat à celui de Cordoue. Il se fit proclamer dans Fex prince des croyants. Se mettant ensuite à la poursuite des Fatimites, il les assiénfoa dans Tunis dont il s'empai .i, Jes rejeta jusque daub Kauuuan et ra[)[ii'i ta d imuienses liesui'sde cette expédition. Toute la partie occidentale du Mahgreb passa dès ! lors sous la domination des kaiifes Ommiades d'Espagne. ' Pendant près d'un demi-siède (de 925 à 972), toutleMahngreb Ait déchiré par cette lutte entre les Fatimîtes contre les Âghlabiteset les Edrissites^ et les Ommiades contre les Fatimites, jusqu'au moment où ces derniers, vaincus dans l'ouest de l'Afrique et pour réparer les cruels échecs faits à leur puissance, tournoreni 1cm s aunes contre les kaiifes d'Orient, les Abassides. et leur arrachèrent un des derniers ileurons de leur couronne, l'Espagne et la Syrie. Bagdad resta seule aion» i k cette puissante dynastie des Abassides, si célèbres dj^ns Jjes ^lannales d'Orient. < VIP Les FatinuteSy vainqueurs des kaiifes de fiagdad, traos- ^BDrièrent le siège de leiir gouvernement au maire, et confié*rent à un cheik Berbère l'administration de Kairouan, leur ancienne capitale. Dès ce moment (an iOOO), la plus grande cont usion régne dans les annales arabes comme dans celles de tous les peuples. Au milieu des déchirements coutuiuels, fie luttes incessantes, de factions qui se forment, se fractionnent, - «e multiplient, il est impossible non-seulement de suivite, mais -mième de classer les diverses dynasties plus ou moins puissantes qui, au milieu de l'anarchie la plus profonde, régnent, T. i, 6

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dominent et se renversent mutuellement. DeuK règne» seuls : ceux des Almoravides et des Almohades mériteraient de trouirer place dans ce récit sommaire, si on pouvftiidécouTriv dans leur domination un caractère qui jetât un jour nouveau sur les mdeUrs ou Id mobile des populations' aMeatnes à cette époque. Mais c'est toujours [a même instabilité, la niônie ambition, le même enthousiasme religieiiv (|iii les poussent au {Kinvoir, îhs renversent, et sur leur débris en poussent d'autres qui sont renversés à leur tour.

Quelques grandes figures dont les poètes arabes ont chanté le^ escploits, èt dont les contes populaires ont, plus que les annales nationales, perpétué le nom et Ui mémoire, méritent cependant d*ètt% signalées. Tels sont TAlitiohave Abdel-Moumem fpii, après avoir arraché fout le Mahgreb aux Almoravides, depuis l'Océan jusqu au dAserf de Baï ka. allait leur arrachei" l'Espaprne, lorsqu'il mourut à l àge fie 65 ans : son petit fils Moliammed~Abou-Ai>d-Allah, dont la défaite en Espagne, aux Aaves de Tolosa, par les armées de la chrétienté entière, sa*réta la marche incessante des peuples de TOrient vers ^Occident ; Yahya, de la tribu des Bem-»Mericin, qui, ét&itla terrëtir de T Afrique lors de la sixième croisade, comtnandéie par Saint-Louis en 1270; le sultan Elkhal, roi de Mequihez et de Tlemcen, et surtout le célèbre lierhère Joussef-Biii-Taschcfin cfui. étayant de sa main puissante ledilice chancelant de la domination musulmane en Afrique et en Flspagne, en réunit les éléments dissidents et parvint pour ttn moment à les reconstituer. Son nom est resté populaire panni léft Arabes, et c'est le rééit de ses exploite qui définye encore les longue^ heures des haltes des tribus dans ie désert. Yoid, d'aprèé une ehronlque arabe quelques-uns de ses faits.

L'an 41 4 de l'hégire (1026), vivait à Sux, parmi les Lamplunes, ini saint et savant marabout, A]»d-Aliah-ben-Yasim. Il Revivifia la foi chancelante ; les préceptes de l'islamisme qui prescrit le prosélytisme par la conquête étaient négliges, il en * prêcha la pratique, sa voix réveilla l'enthousiasme des populations guerrières qui habitaient les déserts de Tancienne Gétnlie au-delà de la chaîne atlantique. Leurs premières excur-

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'«iîons furpiil (les poriqiîMésa la rMîgirtri, cf ilsfukMit*siirnoiîini& AI-mombi(li ^los lioniiiios de Dieu.) AlMl-AlIali les corifluisit victorieux jusque rlaiis le Saliel au milieu des plaines d'Agmat, où ils dressèrent leurs lentes. F.à il mourut après leur avoir prophétisé la conquête de tous les pays du Malig:i'eb. II nomma pour son successeur Abou-Bekcr-ben-Omar qui, après avoir solidement assis son pouvoir dans le pays par la force de sés armes, fut oblit^é de repasser l'Atlas pour aller secourir les Lamptunes qui étaient restés dans leur Dciras et choisit pour le remplacer Joussef-ben-Taschcfin, de la tribu de Zanaga, dont les Lamptunes étaient une fraction. i. ^..- -".v env.-*/*..

Sous la conduite de ce nouveau chef, la prophétie de Abd- Allah s'accomplit, et le nombre des prosélytes s'accrut tellement que, se trouvant trop à l'étroit dans la plaine d'Agmat, Joussef résolut d'envahir le royaume de Fex, l'ancien héritage des Edris.

Joussef était appelé à de grandes destinées. Dans s^ jeunesse un essaim d'abeilles était venu s'abattre sur lui, et le laleb le plus célèbre de la li ibu avait dit, que, par ce signe, le ciel avait voulu déclarer que Joussef réunirait les parties divisées d'un vaste empire, comme étaient venues se rassembler, autour de lui, les abeilles, membres dispersés d'une grande famille. • " En effet, Joussef envahit le royaume de Fex, s'empara de la capitale, chassa les Zénètesde TIemcen, poussa sa conquête jusqu'il Beni-Mezegrenna (Alger), et retourna dans le pays d'Agmat, oii il jeta les fondements de la grande ville de Meur-Quec (Maroc), dont il voulait faire sa capitale. Bientôt il poussa plus loin ses conquêtes; il s'empara de Bougie, de Tunis et conquit tout le pays, depuis les limites du désert jusqu'à la Méditerranée et l'Océan.

Peu après il passa en Espagne au secours des nmsulmans. qui, après la chute du kalifat de Cordoue, s'étaient fractionnés en petits états et avaient peine à lutter contre les chrétiens. Il joignit les armées d'Alphonse VI, roi de Castille, et deSiin- ' che, roi de Navarre et d'Arragon, et les défit complètement ùZalacca. Ensuite, pour mettre fin à toutes les dissensions in-

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cessantes des rois rausuliiians irAïuialouiûe. il s'euipaiv àft Grenade, de Cordoue. de Séville, de Valence et se fit proclamer souverain de l'Espagne musulmane. U mourut en 1107. chargé d'ans et de gloire, léguant à son fils un empire colossal, et aux géncratious t'iituies de l AtVique septentrionale le récit des exploits fabuleux du plus grand des conquérants Ber> bères.

A sa mort son empire se démembra. Fractionnée en mille petits états,- l'Afrique devint successivement la conquête de tribus plus ou moins puissantes, mais cependant les Berbères ne cessèrent d'y dominer. Ën Espagne, au contraire, les descendants des anciens conquérants arabes parvinrent à y assu^ rer leur domination ; mais refoulés peu à peu par les rois de Oistille et d Arragon, ils étaient réduits au seul rovaimie de (ireiiaiU', et enfin, en i 492, sous le règne de Kerdinaud et Isabelle, ils furent deiiuitivemcnl expulsés de 1 Kspagnc.

Un nii-sièelc s était écoulé depuis i]ue Mahomet U, à la téte desl urcs-Ottomans, avait renversé les murs de la yille des Constantins, et, avec eux anéanti l'empire d'Orient,, lorsque Ferdinand-le-Gatbolique balayait de l'Europe occidentale les derniers débris du Mahométisme et anéantissait cette civilisation mauresque qui lui mi liliwi d'or diiiis ce monde tout granit et tout fer du nioyen-àge. Sur les ri\es du \enil et du Oouru, ees tribus maures, iières et grandes dans leur malheur, vaincues, mais non avilies, jetèrent un dernier et triste reigard sur TAlbaïam, le (léuèralifVe, l Alhambra, les tours Vermeilles, la promenade Alameïa, le jardin des Myrthesoù Abencer- ;rage fut surpris avec la sultane Alfaîma, la porte d'Ëlvire, et furent enfouir dans l'Afrique, d'où leurs ateux étaient partis, huit siècles auparavant, leurs lauriers flétris et les quelques ilèlii is de science antique qu'ils purent sauver de ce grand naufrage.

La, dépouillées par leius co-rcligionnaires des derniei'S débris de leur fortune, la Iribu des Zégris et des Gomèles se fixa dans le royaume de Fex, celle des Yanega ei des Alabis, de^ :puis Oran jusqu'à Alger, celle des Abencerrages dans les environs de Tunis près des ruines de Garthage.

ALGÊHIË. 85

A cette époque la conquête de TÂmérique avait donné à I^Espagne une telle importance commerciale, que le détroit était infesté de pirates sunreillant les arrivages dans les ports de Cadix ou de Garthagène. Ces pirates^ la plupart airîcaikif^»' trouvaient un refuge assuré dans les ports de la côte occidentale de l'Afrique. Les pi^oscrits maures qui avaient été double-* ment dépouillés par leiii-s \ainqueurs en Espagne et par les Berbères et Arabes en Alriipio. s'adonnèrent presqu'excbisîvcmcnt à la piraterie, autant pour se venger des Espagnols que pour refaire leur fortune. L'Eqmgne, pour mettre un terme à ces déprédations successives, adopita^uii système de répression des plus énergiques, ce futile s^empàrer de plusieurs points du littoral Africain : c*est en effet, de cette époque, de f505à 1515, que date son omipation d'Oran, de Mers-el- Kebir et de et pnron d'Arfje/ , petit fort armé de pièces de gros calibre, a\aiit deuv cents hommes de tram is( ta et bâti sur les îles B(iii>Me/cgrenna, là où s élève aujourd'hui le phare d'Alger. ' ' Parmi les pirates qui commençaient aiprs à être la teneur,' Aon-seulement de TEspagne, mais encore de toute la chré^ tienté , étaient les frères Âroudj et Khanved-Din , si célèbres ^us le nom des deux Barberousse. Ils étaient nés dans une des îles de l'Arrhipelgrec : leurpère était patron de petit cabo-' tage, musulniaj t Imouclie. noun issuiil conire les chrétiens une haine violente et invétérée ({n'il inocula à ses enfants.

Jusqu'en i 505, Aroudj et Khaïr-ed-Din ne furent que d'avei»ttii^ux et d'audacieux pirates, n'ayant à leur disposition ({u'uii Aflivire. llfoisàcette époque ils en armèrent quatre et furent dèitiànder'le droitde bourgeoisie au bey de Tunis: Les deux ft^èi^ «"étaient déjà rendus si formidables aux chrétiens, que le bey leur accorda non-seulement leur demande, mais leur donna les îles Gelves, moyonnanl la dîme de leurs prises et le droit de suzeraineté. Les Bart)eronsse s'y établirent, les fortifièrent, et, en peu de femps, lurent en mesure d'armer une flottille de dou/e voiles. Leur réputation s'étendit au loin : oii ne parlait que de leur audace et de leurs exploits ' en peu de temps ils eurent k leur disposition hua petite armée : léurs

na^im toujoun» à k voile^ non-4enlement écumaieut la mer, mm ftiisfiiçnt de» i^osçentes sur le» c6tes, depuis le golfs de tyan jusqu'au détroii4e Gibraltar, pillaieut, captwwent et

revenaient toujours chargés d'esdaveset de butin. BsdeTinr^nt si redoutables, que les villes de la côte africaine, attaquées par les Espagnols les appelèrent successivement à leur sei;ours. Tantôt ce fut Bougie, où Aroudj reçut une blessure au bras gui eu iiéçessita Tamputation : d'autrefois ce fut Gigel, 044 ieç» 4ewc (rèr^ s'établirent : d'autrefois eniio, ce fut Algof qui^ ^près la iK)ori de Ferdinand, voulut attacpi^r ia forteresse 4u Peno^ et les appela k son aide pour eu chasser les EipfignQls.

Aroudj conçut alors le projet de profiter de cette occasion pour s'emparer d'Algei*. 11 donna à un de ses lieutenants le comuiandenieut d'un corps de douze cents Turcs tpii s y dii igèrent par terre, et lui-même entra dans le port avec dix-liuit voiles et plusieurs navire» chargés d'artillerie. Selim-Utemi, sçbejk a^e qui oqmpiandait à Alger, le reçut comme uu libérateur, mais après quelques jours d'occupalion. Barberons le fit étrangler et se déclara souverain à sft pl9<»- U d^assa les Ajrabesde leurs emplois, en investît ses ofiiciers et s'occupa activement à instituer cette terrible Odjéac d'Alger qui, à quelques modifications pics, s'est perpétuée pendant l(»ut le temps de la domination tur((ue, dont B^rberou^ venait de jeter les fondements. C'était en 1516.

Et c'est ici le cas de relever une grave erreur , concernant la piraierie desBarbaresques.Un fait acquis, dont tousles ]|is- (ori^ns semblent s'être rendus àTenvi l'un d^ l'fiutre^iaraiits» c'est qu'à cette époque les Barbaresques se livraient exclusive* ment à la piraterie. Cette appréciation peu exacte fausse entièrement les idées sur la nature des relations des Arabes avec les clirétiens. Elles étaient, comme nous le verrons plus tard, bien différentes. Quant à lii piraterie, elle était commune aux. uns et aux autres, a £n temps de guerre les hostilités, quelles qu'elles fussent» ne pouvaientètre considérées comme actes de piraterie ; la course réciproque des navires, celle même des navires armés sur des vaisseaux marchands, n'avait rien que çte patureUt, de nc^ jours encore, le di'oit international rau->

ALGÊBIfi. 87

torise pleinement. Ce n'est donc que durant la paix ou dCQf i'intéÉMdke ^des tràvès que la course est un t|rigaBdigèai4irv diuië et cas, les marohands ithrétiensi lesOé£Mâfe<et 1^ flm» swioiit^ les OijeoB de rÂrchipel, legSieili«nfi^ le» VéiuiiMift«l le^Catid^na sraiblentai^oir Hépassède beàuooop. non pas [miii-f èim \ii fcrofilo. niais i aviflilf; des corsaires barbarcsques sous Bhi Im rnussc et srs sucC('ss(Mifs. Crn\-ci al lu k i 1 1 ra.i t.'iueiil ijati|U('ï> Mil k's navires appn! t< naiil aux luusuluiaii^ » JeS' Jyan;>{)éeii& ne s arrêtaient (icvai^L aucune coiisi(iérati(»ii. ' Bëancmip (l'an rialeurs chrétiens conapf a lent, dani^i^'s héné- Imcb èrenlifei» de leur commune * le produit des courtes J)èi le l^II* sipole les princes musulmans de Tunitf et Bougi^ise plaignaient à la répuliUquedePise,aYec laquello ils éUUeai liés d^aînitié, fies pirateries des Pisans et Hen anlivè -chfétttni» mt les u.'imus nuisiil;: An Xlll . des (îénois pill<M'enl le vaisseau ([iii pitiliiil Ic^ [ii'isciil^ (iivou's ,iu pape par 1 ci n j>ri-t;ni' Baudouin. J.es CliNpnoU s enlevèient en pleine paix leH(ieputés ({UisÊ rendaient a Consiantinopie an nom de UitMirSr-Boildocdar : an XlVe, la Oatàlogue devenue la ti*oisièui(i puiaaMio roantime de la Méditerranée^ fiiurnit aussi son caalinffoiii atU éeitmèurs de mer: Ses navigateurs aussi entrieprelumtâ et aussi' aiidacieuxque les marins génois, exercèrent pendant up detnisièele les plus cruelie:> déprédations sur les côtes de l'ilc de (Jiypre, dertiirr honlcNarl delà chrétifutéen Orient. r'( m vinrent souvtMit .itâ\ mains a\ee les ^aieres des ciicsaljers de Kiiodes qui veillaient à leurdéiense: en 1 4()0. le vaisseau qui nbcnait la reine de Chypre en Italie, lut dévalisé par un navire vénitieii , etc. Ces exiemples que Tpa pourrait mitltipher à r4iilmi suffisent poiir ihontrèr que, durant tput le moye^r^ègé, les corsaires chrétien» né respectèrent nile rang^ ni^ la pqii^ sanee, ni les Sarnr/ins, ni leurs comjiatrioles. Les Ai ahes de leur coté ne m'i^hj^caient pas roeeiision <!.' se \<mi^('|-, fpiaiid ils se tn>u\aient assez loris peau* tiMiler nii coup di' main sur un navire européen, et ïmi cumpren<l <[ue!> jtri ii le conuuercr avait à t»i nver sur k nier, qiii clail uioi-ji iu^leinejit apbdéé le cnatnp des Pirates.

Il est un autre point qu1| imporlf atist^i de r^tiriei\ ihi est

habitué à juger do ['état des contrées jharbares(|ue8. depuis la conquête arabe par les notions que l'un a de sa triste condition soHftrinepte et barbare despotisme des Turcs. On croit trop oommunément encore qu'Û n'y a eu en Afrique, depuis le Vll^siëcley que des villes ruinées, des populations opprimées, toujours en armes pour défendre un reste de liberté, et partout les exeès d'un fanatisme intolérant et féroce; mais il faut reconnaître que ia situation du pays était au moyeu-àgo tout autre qu'elle nu lut sous h n lmk i1< s «Icns. Les relatious des auteurs qui ont vécu dans ce temj)s, cciies d'Edrisi. d'F)bn-Batouta, d'Aboulieda montrent, comme les autres documents originaux, que FAinque musulmane a eu d^aussi longues périodes de calme et de prospérité qu^aucun des pays les plus florissants de FEurope au moyen-ège. La puissance souveraine y maintenait Tordra et la sécurité plus efficacement que dans la société féodale. Les voies de communiciitions étaient sùn's, Tindustrie agricole et manufacturière encouragée ; il y avait dans toutes les villes importantes de l'intérieur à Constantine, à Biskra, à Setif, à Milah, à xMiliana, à Tlemceu. comme dansles ville de la côte, des foires, des magasins, des bazare fréquentés. On voyait partout Tactivité d'un commerce lucratif qui, trou* vant ses premiers éléments, dans les produits du sol, se développait à mesure que les établissements se multipliaient dans le pays (1). »

Au moment où nous allons entrer dans quelques détails sommairessur la Honiinafion turqiie, dont 1* inepte despotisme a annulé tous ses précieux éléments de richesse et d'activité, il nous a paru utile de consigner un fait intéressant sous le double rapport de l'esprit commercial des Arabes et de leur activité, lorsque des causes accessoires ne le paralysent pas,

FKaiODfi TURQUE.

Ce que nous appelons aujourd'hui l'Algérie n'a joué jusqu'au seizième siècle qu'un rôle secondaire. Connu tour à tour

Cl) TtAlêou dêktgU,d9t HaMitPmêntif frmçai» «n Afrique.

ÀLG&RIË. 80

sous le nom de Numidie, Mauritanie, le Mahgreb, ce pays a suivi le mouvoinent général de l'histoiie deFAlnque occidentale, mais n tn a ini])i niio uu «jui lui fut propre. L'importance d'Alger priucipaleuienl. ne date que de Tocc^patiott d'Aroudj;' Ce chef de pirates était aussi habile politique qa^ vaîUaaii gs^mer. À cette époque vivait à Alger un marabout ; célèbre et renommé, connu sous le nom de Sid-Abd«^RIiaK manv'Ardudj sutse l'attacher. Exploitant au profit de s» pdlitwjue, la popularité du marabout, il hii atlribua Fidée de la forme de gouverneuieiil qu il mrdilail *! ( tal^lir <?t ijiii lut a|>pelé rOdjeae d';M«jer, Cette cun^litiilloii rl le iiuiiMMii pouvoir d'Aroudj, anisi re\ètu d'une siinclioii rehgi<*use et appu^fée paries cimeterres des satellites turcs, furent subis sans résîs-^ taneie par la population entière. L'Odjeac était une sorte de* répabHque militaire dans des conditions à peu près^ntfblables' à ceMft des chevaliers de Saint-* Jean de Jérusalem à Bhodeï. Le«TurcsourenégatSB qui étaient au serviced^Aroud j. formèrent* une milice dont les membres eurent seids le droit de concourir cmfvlois piililics. Les Arabes fuinil lit tin alcinruf, exclus deh t'iiipiuisel de la milice. Pour avoir le droit défaire partie de rOdjeac, il fallait ètrr musulman originaire de la Turquie ou renégat ; les olliciers de la milice composaient le divan >ou conseil de régence; le chef de l'armée était aussi le chef de radministration ; les enfants des miliciens eux-mêmes, nés dtms le pa^» étaient exclus de rodjeac et formèrent dans la suite la classe connue sous le nom de Koulouglis.

I^e poiiNoii d'Aroiidj lut lunitot consolidé à l'intérieur. Les Arabes et les xVlaures ccderent à h fon-e el se soumireid, du moins en apparence. Mais rusurpainir eut bientôt à lutter contre ùn ennemi redoutable, le roi d'ii^spagne» qui ne pouvait voir sans inquiétude les Barberousse se rapprocheriaiipsii des C^teb de soti royaume. • <

'Séliiè £utéini« Tancien possesseur d'Alger, ([u*Arodd|«vaiil( fait étrangler, avait un iils qui était parvenu k échapp^er au< mas!<ari (' sit-ns et à se réfugier en Espagne. Cliai lcs-Quiut y rt'guail aiois. La cireoii;^lan« e était favorable pour intenenir dans ' i«& tilfaîres d'Afrique et à la possession du' Pétion

1» AliûËRIE.

d'Àlger, ajouter celle d'Alger méifae. U aeoiièiUit irrec flUveiir le fils d'Eutémi, arma une flotte de quatre-vingt» navires, portant dix mille hommes de débap({uement et titannom t'r dans la Metidja e\ le Sahcl. qu'il ne prenait les armes que pour liaire rendre au lîls d Ëutéuii Théritage de son père ; li croyait, put ce moyen, pouvoir compter sur le concours ém iiuligèDe» ou du moins s'assurer leur neutralité.

Frfiiieiflco de Veio, grand-maître de Tartillene, fut d(fe9igné pour coimdander cette expédition qui partit de Curthagène à kt fln de septembre 15i6. Le succès paraÎMatt eertain. Alger n'avait pas aloi's d'euceinti; Ibrtiliéo. et Arouilj n'avail pas plus de deux mille Turcs ou renéorafs a uppdsn aux E&paj?n(>ls. Heureubeiuent que son frère Khair-ed-Din (pii, tenant depuis plu8ieiu« mois la mer avec sa llottiiie, ignorait la haute fortune d'Aroudj, t'apprit sur les côtes de Sicile où il se troûYaii ahin, èt Yint mettre à sa disposition ses troupes et ses navires. Ce sëcmirs nrriva à propoe et augmenta les forces d'Ârou^j. Les Espagnols débarquèrent sur la cAte d* Alger ets'avaticàrent vers la ville divisén en quatre petits corps. Ce fut une i^ute. Aroudj les attaqua sepai ément avec toutes ses forces et le* culbuta. Les cavaliers» arabes et bédouins qui, dès le commencement de l'action étaient restés postés par masses compactes sur les hauteurs voisines, pour piller, selon leur usage, le vaincu, sé précipitèrent comme un ouragan sur 1^ Ëspa^ gnobdès qu'ils les virent ébranlés. En peu d'ins^dts la dé» route devint complète : Francisco de Yero put à poine rallier sur ses vaisseaux la moitié de son ttrméê, et au moment où la flotte allait mettre à la voile, une épouvantable tempête l'assaillit, brisa la majeure partie de ses vaisst^aux et dii^peisa les autres ; il ne rentra pas même eu Ëspagae. uu quart de IVmée. expéditionnaire.

Cette défaite accrut en Afrique la puig^nçe d'Ai'oudj, et eu Europe la terreur qu'il inspirait. Les Arabes d^la )tetidi»^Qulurent venger le meurtre d'Eutémi et nu ncmbre de m inille, s'avancèrent vers Alger. Le roi de Ténès, Hammed-el-Abid, les commandait. Âroudj marche à leur lenconlre , les joint près

de BUdab, les bat, § t^njpare de Ténès» de ^ie^eah,,de Mi'dm

q»*ï\ réunit à l'état d'Âlger. Se portant 4e là slirTiwoeiifilen chasse (e wllaa Bou-fiammoud et prend posseanon la

ville.

Cotte dernière coiiriuete menaçait les Espagnols daus leur possession d'Oran où ils étaient établis depuis 1 509. Oran avec la quantité de pirates qui &iUûonai«jat ia détroit , pouvait étl!e que difficilement approvisionné par mer, exisapté par dai navires d^ guerre. La ville tirait alora exdusiTeipent «ea ap^ provirionnemeata de Tlemeaii, et Aroiidj^ 0p opcppaut eeUe dernière place, ordonna exprescément aux habitanta de rompre toute relation commerciale avec Oran. La situation des Kspaguuls devenait précaire, et le marquis de Coniarès, gouverneur d'Oran, mit une partie de sa gai riison au service du sultan , dépossédé de Tlcmcen, pour l'aider à recouvrer son royauine, et ne pas se trouver réduit à une pénurie dont Ma spldata commençaient à murmurer. Bou^ttammoud rallia un corpa nombreux d'Arahea, et soutenu par lea Espagnola, in- ^tli Tlemeen et en commença le alége régulier. Aroudj qui y était enfermé n'était pas en mesure de faire une longue résiatance. Opendant le siège dura [)rès d'un mois et les Turcs commençant à manquer de vivres et de nuinitions, Aruudj sort avec ses troupes, s'ouvre un passage à travers les lignes enne- U}ies. Poursuivi à outrance par tea Espagnols et les Arabes, il ae battit toute la journée avec un courage indomptable. Placé (oiyoun à rarrière-^rde, il protégea longtemps la retraite dea siens. Quoique privé d*un bras, il se jetaitau milieu de la mé^ lée avec upe&ibleescorte de ses meilleurs soldats, et qea.eoups prompts et terribles suûisaient souvent pour arrêter des colonnes entières. D'antre fois, il ralentissait la marelie des troupes qui le poui-suivaient en semant sur la route, la vaisselle, les monnaies d'or et d'argent, les bijouxi les riches étpfiiqs, finiit du pillage des viilea qu*il avait conquises. Mais enfin enveloppé de toute part, il engaigea un cooôbat déçîaif oii,apriN a*étre défendu longtemps contre des flots d'auMllanta dont le nombre allait toujours croissant, il fut tué d*un copip de pique. 11 avait alors quarante-cinq ans.

. Tellp fui U m«?rtdu fondateur dy i Odjeaç d'Alger» î>Pe ftère

Khaïr-el-Din lui succéda. Après la \icloirc que venaient de reiiipoi ter les Espagnols , il s'attendit à être bientôt attaqué dans Alger. Il s'y prépara à se déreudi*e par un acte de haute et bonne politique.

Depuis la fondatioD de l'Odjeac^ Algerétait en quelque sorte une propriété purticulière des Barfoerousse, qui ne payait ni ne devait tribut à personne, mais qui aussi n'avait pour fse défendre, que sa milice et les Arabes qui, parfois faisaient cause connnune avec elle, mais ((ui étaient [)lus souvent ennemis qu'alliés. Cette miliec? fjuoique incessamment recrutée, était insultisante pour tenir tête à uii ennemi nombreux et discipline comme l'étaient les Espagnols : les Arabes qui ne voyaient dans les Turcs que des oppresseurs, étaient des auxiliaires sur lesquels il eût été iinprudent de trop compter. Kaîr-ed-Din jugea sainement cette situation, et reconnut que pour conser^ ver l'héritage de son frère, il devait en sacrifier une partie. Selim régnait alore à Constantinople; Khaïr-ed-Dinlui envoya une dépntation chargée de lui offrir de riches présents et i liouiiiKii^e derOdjénc d Alger, comme trihutaire de la Porte. Selim accepta Tollre, coulera à Kair-ed-Din le titre do dey, lui envoya un premier secours d'hommes pour résister à Tattac|ue projetée des Espagnols, et, par un firman spécial, il accorda le passage gratuit et le traitement des janissaires de €!onsftantinople à tous ceux qui voudraientse rendre à Alger. Cesl de cette éporpie. en Tan ISIS, que date le droit de Tempire Ottoman sur Algei*.

Comme l'avait prévu Kaïr-ed-Din, les Espagnols ne tardèrent pas à venir l'attaquer. La mort d'Aroudj et les succès de h garnison d'Orau sur les troupes turques tirent présumer à Charles-Quint l'occasion favorable pour chasser définitivement les Turcs de la côte occidentale d'Afrique. Une nouvelle expédition, forte de huit mille hommes, partit des ports d'Espagne sous les ordres du marquis de Moncade, vice-roi dé Sicile. Elle débarqua une partie de ses troupes dans la baie d'Alger et commença les opérations du sié^c : mais une tempête comme celle qui, deu\ ans aupin iM» il. avHÎt assailh la ilotte espagnole, engloutit dans une seule nuit vmgt-buit na-

vues el loules les Iroupes reslées à bord : elles étaieulau iiouibre de quatre mille hommes. Ainsi réduite; à la moitié de ses forces, Tarmée expéditionnaire s embarqua à la hâte, abandonnant sur la plage tout le matériel débarqué. „ ^, Ce second et terrible échec éprouvé par les Espagnols accrut Taudace et la confiance des Turcs de TOdjeac. lisse considérèrent comme spécialomnni protégés par Allah, et Alger prit le nom d'Alger la bien gardée. Sous l'influence de l'ascendant moral que lui donnèrent ces événements, Kaïi-ed-Din étendit rapidenuîut ses conquêtes. 11 prit successivement ïlemcen. Tenez, Mostaganem, Messouna. Mais les rapides accroissements de sa puissance lui suscitèrent de nombreux ennemis. Moula- Mohammet, souverain de Tunis, redoutant les efitreprisos audacieuses de ce formidable voisin, excita le mécontentement des tribus dépossédées de la Melidja et du Sahel, il parvint même à gagner quelques-uns des olUciers de rOdjeac et Kaïr-ed-l)in fut piMidant quel((ue temps menacé de conspiralions sans cesse renaissantes. 11 se retira à Gigel où, pcmlaiit trois années consécutives, se livrant exclusivement à la piraterie, il jeta sur toutes les côtes de la Méditerranée l'épouvante et l'effroi, arrêtant le commerce, saccageant les villes, enlevant les habitimts. Mais pendant C(; temps des usurpations successives excitées par les Espagnols ou par l'ambition de ceux à qui il avait confié des gouvernements, avaient ruiné son pouvoir dans tout le territoire de rOdjeac. Un cheik arabe. Hanietben-el-Cadi, s'était emparé du gouvernement d'Alger; Kaia- Hassan s'était emparé de Cherchell ; d'autres n'attendiiient que le moment favorable pour lever l'étendard de la révolte. Kaïr-ed-Din, prévenu à temps, réunit toutes ses forces et parut devant Alger. Sa vue seul jeta l'épouvante parmi les rebelles qui, à Alger, comme à Cherchell, lui apportèrent la tète de leui-s chefs. Pour se venger des Espagnols qui avaient lomenlé toutes ces insurrections, il résolut de faire le siège du Pênon et de les chasser du voisinage d'Alger. Ce fut pendant cet assaut que, lors*ju*après dix jours de canonnade, la brèche se trouvant praticable, et la garnison, décimée par les maladies ou le feu de l'ennemL hoi-s d'état d'opposer toute résis-

tance, le gouvtTlitnir fin fort, le brave don Martin de Varias, se préfienla seul sur la hrèche, l'épée à la maia, au pied du drapeau de Castiile, flottant encore âur les remparts, et décidé à le défendre contre les flots d'assaillants qui enirahisBaientte ibrt. KAîT-ed-Din, raâitre du Pènon, qu'A fit raser, et dont les matériaux servirentà former la digue qui lie encore aujourd'hui à la terre ferme les îlots de Benî-Mezegrenna, eut la cruauté de faire périr sous le hàtoii le vaillant don Martin de Vargas, parce qu'il reftisa d'embrasser l'islàmismo.

Les succès étonnants de KaiiMîd-Din l'appelèrent bientôt sur un plus grand théâtre. Le sultan Soliman, alors régnant à Gonstàntinople, battu à plusieurs reprises par les tuéHnéi «ombiilées de Charies-Quint et des Vénitiens, nomma Ràfr 6ifîtaii-pacha, et lui confia le commandement des flottés ottomanes. RaTr se rendit à Gonstantinople avec sa flotte de quarante galères, ra\a^rea tout ce qui se trouva snr sa route et y entra chargé d'esclaves et de butiu. 11 prit aloi-s le commandement de la flotte ottomane forte de quatre-vingts vaisseaux, reprit toutes les conquêtes que les Vénitiens avaient feites dans l'archipel, en Morée, la Dalmatie, fit des descentes CB Italie, jeta l'épouvante Jusque dans Rome, et eut Taudaeieiise témérité de débarquer de nuit avec une ikible escorte fMMir aller dans Tintérieur jusqu'à une petite ville de la Pouille, tâcher d'enlever une noble femme d'une gi^ande beauté, Julie de Gonzague, qu'il désirait offriren présent au grand-sei^^nenr. A son retour, youv se \en«:er du hcy de Tiinis Moula-Mohanimet qui, pendant les trois ans qu'il était resté absent d'Alger, avilit, comme on a vu. fomenté des troubles dans rOdjcac. il enleva pav surprise Biserte et la Goulette, s'empara de Tunis, en prit possession au nom du Grand-Seigneur, et s'en ftt nommer bey.

Ces succès Si lApides, ces conquêtes si éclatantes, jetèrertt la cx)nsternation sUr toute la côte d*Itaïie. Charles-Quint craignit pour ses possessions italiennis et arma une flotte de quatre cents navires et de vingt-cinq mille hommes pour aller reprendre Tunis. Il prit le commandement de cette expédi- (kiB, s'0m|kara de Tunis et remit sur le trône le bey dépossédé

qui ie rfMY)nmjt \m\r siizetaui ê\ sVn^ra^ea à rpiioncer à ta piraterie. Tiie tiai-nison tspa<2iit»lr occupa la Guulelte.

Cette expédition n'avait eu qu'un demi-rtîsultat. Kaïp-ed- Din n'ayant que des forces insuffisantes pour résister à Tarmée de Mii lui euiBt, s'était Fepiié at«c ses troupes swr Algér d'où il êiâlt sorti peti dé tempÉ après pour nmigêr lès ebtei de TEspagne. Pendant près de deux ans il porta partout h ferfèur, détHiisant les malsc^ns, incendiant les réiioltes, traînant des populations entières en esclavage. Rappelé alors, par oî-dre du sultan, à la tête de la flotte turque, ii j»orta en Grèce, en Italie, là tert^nr qu'il venait de répandre en Espagne. Vingtcinq lies appartenant aux Vénitiens tombèrent en son pouvoir. Réiièontrant à la hâutetir de Gorfou la flotte vénitienne, forte de téni toliante navires et commandée pat lé eèlèiNFe André Doria, il livra bataille et resta maître de la mer. tl tei^ tninâ enHh cette brilknte campagne par arracher % Venise itn traité par lequel la république cédait au sultan quatre places fortes de l'archipel grec, toutes les îles dont Kaïr s'était emparé et payait troi^ cpiif mille ducats comme indtniiiite.

Avant de partir pour cette glorieuse campagne, le chef suprême de TQdjeac d'Âlger avait confié le commandement de la ville à un renégat sarde, Hassan-Aga , officier bntve, ëntrfiprenani et dévoué. Kaîr^^-Din l'avait élevé l«i«mérae. hnitani Texemple de son maître, Hassàn-Aga, pendant son absence, se rendit tellement redoutable sur le littoral de la Méditerranée, depuis Fréjus jusqu'à Cadix, qu'on fut réduit à élever, de distance en distance, des tours de vifrie, pour signaler l'apparition d'un pirate algcnen. L'alarme se répandait aussitôt : les témmes et les eniîmts se retiraient dans les villes de l'intérieur, et les hommes prenaient ies armes ponr repousser ces formidables bandits traînant après eux le pilhigè, i^eiclayme, Tincendle, la mort. L'humanité outragée rédannUt un "Vengeur : Taventureux Gharles^}uint accepte encore une fois cette tâche. . .

Un armement tbrmidahle fut résolu contre Alger. Majorque fut le lim ti\é pour le rendez-vous geneial. A la fin de septemiure 1541, soixante-dix galères et quatre cent cinquante

M ALGËHiK.

navires de traniiport y furent réunis. L'armée ex|téd(lioiinaire se composait de douze mille matelots, dix-sept mille hommes

de troupos de pied iilleinands, italiens, espagnols uu siciliens; quinze cenis cavalière, trois mille volontaires, deux cents chevaliers de Malte, cent officiers nobles et deux cents gardes impériaux. Charles-Quint se mit en personne à la tête de rexpédition. L'amiral André Dorîa commanda la flotte.

Les moyens de défense d'HassanrÂga, gouTemeur d'Alger en Tabsenoe deKaîr-ed-I>in, étaient foin d*ètre proportionnés à une au9si formidable attaque. Un millier de Turcs de TOdjeac, (jiiaire mille Algériens, deux mille Maures-Andaioux armés d'escopettes et d'arcs en fer, étaient ses seules tivMijies réprnlièr(;s pour défendre la ville. Les Arabes et les Kabiles devaient tenir la plaine. Il éleva à ialiâte de nouvelles fortitidtations, lit armer toutes les iuitteries, prit les précautions les .plus minutieuses pour empêcher rapproche de la place et attendit tranquillement Tennemi. Ses soldats étaient comme lui, rcmplisde confiance, et se représentaient Tancienne (irédiction d*un marabout célèbre annonçant qu'Alger ne serait pl is que par des soldats habillés de rouge et que les Espaj^nols seraient dit tu lis dans h os expéditions. Cette prédiction devait s'accomplir dans tontes ses parties.

La flotte Espagnole ne put approcher de Majorque que le 1 5 octobre. L'époque était peu fevorable et malchoisie. Les'vents d'équinoxe nord*ouest et nord dominent alors assez généralement sur la côte d'Aft*ique, y soufflent avec furie et y déterminent de terribles tempêtes qui pouvaient renouveler les grands désastres des premières expéditions.

Après une traversée des plus heureuses, rarmée navale se trouva rallicc dans la baie d'Alger et put, le i3 octobi^, opérer son débarquement. 11 eut lieu , sans opposition sérieuse, sur la plage de la rive gauche d'£l-*Harach. Avant de se porter en avant, Charles-Quint envoya à Hassan un parlementaire qui lui dit : « Au nom de Tempereur, mon maître, je suis « ' chargé de te sommer de te rendre pour t'éviter les mal- « heurs qui te raenarent ainsi que tes soldats et ta ville : 0 j ai dil. » — a Retourne à Ion maître, répondit Hassan, et

« \a lui tlirr <|iniassan ne rendra qu'avec sa vie la ville dont « le glonoux Kair-ed-Din lui a coulié ieciumiKuidenieiit. Tu « ajouteras, qu'après s'être déjà illustrée par les défaites de « Francisco de Vero et de Hugues de Moncade, Âl^ espère « aequérir une nouvelle gloire par celle de l'empereur lub- M même. »

Tout eBpoir de reddition étant perdu, l'armée espagnole m porta en avant sur trois colonnes. Ferdinand de Gonzague

commandait l'avant-garde et formait la gauche qui tenait le haut de la plame. Le (;orps de bataille, composé des troupes allemandes, formait le centre et était commandé par Charles- Quint, ayant pour lieutenant le duc d'Albe. L'arrière-garde, oii étaient les chevaliers de Halte, suivait le bord de la mer aux ordres de GamiUe Golonna. L'armée, harcelée jour et nuit parla cavalerie arabe, s'avança dans cet ordre, parvint à gagner les hauteurs qui dominent Alger et s'assura, 'dès le dé* Lut, une position avantageuse qui isola les Arabes de la ville. Le centre s'établit sur la colline du Coudiab-el-Saboun, là * même où fut bâti plus tard le fort de rEm[)ereur, qui a pris Bon nom de cette circonstance. La droite occupa le bord de la mer prolongeant sa ligne depuis le fort nommé aujourd'hui Bab-Azoun jusqu'au pied des montagnes. L'avant-garde, qui formait la gauche, s'étahlit auprès du ravm de Bab^l-Oued. La flotte vint s'emboeser aussi près que possible de la côte, et on procéda au débarquement de la grosse artillerie.

Le choix heureux du terrain, les forces formidables de l'expédition, la faiblesse des murs de la ville, de ses fortifications, de ses troupes, tout pouvait taire croire à un succès prompt et assuré. Mais dans la nuit du 25, à la suite d'une pluie diluvienne qui avait détrempé le sol et ruiné les chemins, uii grain violent assaillit la flotte : la nuit survint, nuit terrible, pendant laquelle les vaisseaux chassés sur leurs ancres s'en^ trechoquaient avec fracas, ne pouvaient ni s'éviter, ni se garantir des vagues d'une mer monstrueuse; la plupart sombrèrent, d'autres furent jetés brisés à la cùte, sans qu'au milieu de l'obscurité profonde qui régnait, il fût possible d'en secourir m seuL

91 hkmm.

Vtn lè liialin, à cette aSrèuse tempête Ity^it mc^^ un brtfuttkrd épBk et humide qui masquait la plàge et bl mfer.

Charles-QuliU. les regards fixés sur la pleine mer, se flattait eneore que sa ilotte avait échappe a un grand desablre. Il es^ pérait que ie brouillard en se dissipant la lui laisserait découir \Tir. Il pressentait son malheur, mais il en doutait enoçre» Les Turci étaient déjà mieux informés q/ùA lui, jPe iH>]||]tf^ttx dèhmmBMrtééiup lîpi^i leur ^ymni révél^o^serted^MT t|rT»iili#ii inroviftantiêlle iptU PQ^ tK»lBii}iiie fùî$f i kpip aideebnfreuii si formidable eoBenii. moment Iffur paf

rut favorable pour attaquer l'armée impériale. Ils se portèrent avèc do gi aiids cns jusque silr les retranchements de i amere» ^rde. Le corps d'Italiens qui la composait cédait déjà du terrain, lorsque les chevaliers de Malte se précipitent au milieu doi tangB Mmt chargent lee assailli^tf Tépée à la main, les K«itiow0lit, Itt refouleiit juMpie aiit portos de h ville pù ^eHËbent ^tcéa av0e eUx |i Eumn n*m e^tfiadt péqipitftpinieiit ftkmer Ids j^oartes* Il sa^fift «in#i nm partie dat siein^ mais t| i|$uva la villet Ce fut à ce moment qu'un ehevalier de Langi^e dé France^ Ponce deBalagaer, porte-éteudard de l'ordre, entraîné par sa bouillante valeur^ au milieu d'une grêle de traits et de balles, s'ébulça contre la porte qui, en se fermant, venait 4^ leiir tavir une si ^oheuse proie et y enfonça son poignarda .

^pi^di^nt lu bnnne se diwipa et lai^ voir cent ciaqunntf navire^ )NÎ4é|} ou nanfing ^ : tQua le^ b^teanx de tr^nvp^rt qni {MNCMMlef iniltériel de siège avaient été èn^^tiB; tout ce qaî avait échappé aux flots : artillerie, munitions^ équipage, élail toMiln' au pouvoir des Bédouins. Ce désastre elïroyablÉ? plQilgt'd l ai iuée dans la stupeur. Les soldats n'avaient ni vi^ vres, m tentes, et Tauiiral Doria [)ressentant l'impossibilité de 9» nrâltenir dan;» ces parages, se dirigeait vers le cap Matiibux Vf^M partie de la Hotte qui avait échappé à la tempête. £n i|P#iQe temps» il écrivit ^ GharleMîuint.

~ « Mon eller (Impereur et fils, j'ai trop d'amour poiir vous^ n pour ne pas remplir un douloureux devoir, c'&A de vous « annoncer que si vous ne profitez pour vous retirer, de Fin- * staiiL «Je calme que le ciel vous accoi*4le. 1 armée navale «it

« 6el(e de terre, eitpasées à la laiiu, à k «Qi(, et à la fureur « dea eonemis» soqt perdues sans ressources. Je vous donntî « cet avis parce ({ue je le crois de la dernière importance»

« Vous iHcs mon maître; continuez à nie donner vos ordres, « et je perdrai avec joie, en vous obeiï>î>aut, les restes d une « vie consacrée au service de vos ancêtres et de votre per-

Les e%oyab|es effets de la tempête donnaient tant d'autor rjtA au conseil exprimé dans cette lettre, que Gfaarles-Quint se décida iiK\médiatement à lever le siège et à battre ep retraite pendant que Farmée encore fraîche et peu démoralisée pouiv

rait opposer une résistance énergique aux attaques dont les Turcs et les Arabes allaient infailliblement rasï- ullir. La retraite s'opôra simultanément sur toute la ligne : l ai tillerie et les bagages turent abandonnés ; les chevaux de tiait tués pour servir d^ nourriture aux soldats, jusqu'au moment où la flotte pourrait fournir des vivres. Mais à peine Farmée fut^elle ea marche que des nuées d'Ârabes se précipitèrent sur ses der-* rièree et sur ses flancs. Profitant de tous les accidents du terrain, des chemins défoncés, des torrents débordés, les Turcs ou les Arabes lie cesscrejitde harceler sa iuarclie, rh; inasvsacrer les iuyards, d'eiilaaier parfois les colonnes, et rariiiéo de (^liarles-Quint n'arriva au lieu designù pour l'embarquement, à jBAatifoux, qu'après avoii' jalonné la route des cadavres de ses soldats.

Telle fut cette expédition de Charles-Quint dont la malheureuse issue cimenta, dans TAfrique occidentale, la puis* sance barbaresque, et qu'il était réservé à la France d'abattre après trois siècles d'insultante domination.

Peudaiit que le lieutenant de Kaïr-ed-Din, si puissamment secondé par rinrlémonce de ia saison, triomphait à Alger d'une armée ibrmidable, le vaillant souverain de rOdjeac s'apprêtait à cueillir de nouveaux lauriers. La France s'était alliée au sultan de Gonstantinople pour a^r de concert confire l'Espagne. Kaîr-*ed-Din commandait la flotte turque forte de cent einqiiante navires^ le comte d'Enghien, la flotte iWin* ^aîse composée de vingt galères et de vingt bàlimients de

transport. Le terrible Capitan-Pacfaa, en se rendant à Marseille, lieu fixé pour la réunion des deux flottes, prit, chemin faisant. Rep:prio qu*il livra aux 'flammes, occupa les embouchures (lu Tibre i t lança SOS lieutenants sur Rome; il rallia ensuite la flotte française et se pdi la sur Nice dont il a\ait commencé le siège, loi^sque des loi ees considérables qui arrivaient au secours de la ville assiégée, le forcèrent d'abandonner son camp. Cet échec fut principalement dû à l'imprè» voyance des Français qui étaient arrivés là presque sans munitions. Ce fait mérite d'être consigné comme un des traits caractéristiques de cette cour ftitile et galante de François l", ce mauvais roi parmi les plus mauvais qu'ait eu la France, qui savait, en pressurant son peuple, trouver de l'argent pour ses plaisirs, et ne sonj?eait pas même à s'en procurer pour munir ses armées de poudre et de fer.

Kair-ed-Din ne cacha pas son mécontentement et traita fort cavalièrement ces galants seigneurs français qui avaient suivi le comte d*Ënghien sans poudre et sans boulets. Pour Tapaiser, on lui compta à Toulon, où U se rendit avec sa flotte, une somme énorme pour Tépoque. Voici ce qu'en dit Vielle- Ville : « Barberousse portait le titre de roi. A louloii, il se w montra en public, accompagné de deux bac lias et de douze « autres personnes vêtues de longues robes de drap d'or. U « était en outre suivi d'une foule de gens et d'oifîciers qui lui « servaient de secrétaires et d'interprètes. Les sommes qu'A •c reçut alors de la France dépassèrent huit cent mille éeus. « Il y avait à Toulon deux trésoriers qui, trois jours durant» « ne cessèrent de faire des sacs de mille, de deux mille, de « irms mille écus, et passèrent à cet emploi des jours et des <( nuits. »

Pour se venger de l'échec qu il avait éprouvé devant iSice, Kaïr-ed-Din saccagea suc(!essivement les cotes d'Espagne, celles de la Toscano, Tile d'Elbe, et rentra à Constantinople, gofgé d'or, de butin, et avec une si grande quantité d'esclaves que, pendant ta traversée, ils périssaient par centaines. U y mourut peu de temps après, en 1547, à l'âge de quatrevingts ans.

Tel fut ce fomeux Ka!ived-Dm, surnommé Barbecouase,

qui, plus célèbre que son frère Âroudj, fit, pendant trente ans^ trembler la chrétienté entière. Les écrivains européens de i époque ont voué la mémoire des deu\ frcres à l'exécration publique. Les Espagnols surtout les ont peints sous les couleurs ksrplus odieuses; et peut-être, pour leur rendre plus de justice, n'aïu^kient-ils eu besoin que de mettre en regard les actes et laàijMi» des Barberouase en Europe et les leurs en Amérique. Jhapiraieiit compris alors qu'il y a eu plus de gloire à lutter 430fitre leur grand empereur Cbarles-Quint et ses vaillants soldats que d'aller en Amérique lancer, pour nu peu d'or, contre de malheureuses populations des<irmces, des chiens dressés à la chasse des Indiens. Ils auraient pu se convaincre qu il ne suffît pas de traîner à sa suite des prêtres, ministres indignes d*une religion de charité , pour justifier les crimes les plus .horribles qui aient jamais souillé le martyrologe des peuples.

La souveraineté des Barberousse sur FOdjeac offire un fiiit

particulier qui mérite d'être signalé : c'est Taccroissement rapide de la marine algérienne. A la mort de Kair-ed-Din , Alger était une puiss^uau; mai itimc qui coopérait à toutes les ej^péditions dans lesquelles la Porte se trouvait engagée. Un mot sur cette marine. La population d'Alger ne vivait que de piraterie. Les navires croiseurs étaient ordinairement des chebecs de diverses grandeurs, armés de rangs de longs avirons et dont le gréement en voiles latines et volks carrées à la fois leur permettait de courir avec tous les vents sur les bâtiments qu'ils voulaient capturer. Ils étaient bien étiuipes, iuen pourvus d'armes et de munifions, inmités par des Turcs, des Maures ou des rénégats ; un rais ou capitan les commandait : ce rais ne sortait du port qu'avec la permission du divan et après raccomplissement d'actes religieux, tels que la visite à quelque marabout renommé pour se recommander à ses prières ou le consulter sur le résultat de son voyage. De retour de la course, s^flyavaitdes prises, quatorze pour cent étaient d'abord prélevés, savoir : douze pour cent |)Our le hey. un pour cent pour ies marabouts et un pour cent pour rcnti*etieu

102 ALGÉHIK.

du ittôle. Le reste était divisé t»n deux parts, Tune pour ïe raïs et les amintciirs. l iiutro pour ré(jiiipa<re.

Cette rriMi'i no doui les janitisaires pouvaient fiiirr j Rrtieétait à la fois force de mer et force de terre, et consiituail cette redoutable milice algérienne, danslaquellecependant lejanis- «ariat jouissait de grands pri\ilcges, tels qu'uii supplément de solde et ta sunreiUaiice de la police; ses ttfteïnbrcfi avaient en outre le droit de nepouvoir être jugés que par léun olfiden».

Cette marine ainsi constituée (Ut bientôt de quelque poids dans la balance des intérêts maritimes de l'Europe. Sous Henri II, elle aj^it avec le célèbre Dragut contre l'île de Coree, de concert avec la ilotte^ française coniiiiaodéc jmr le baron de La Garde. Au tameux siège de Malle, en 150'o, commandée par Kandelissu, kbalifatdu bey Hassan, elle attaqua Téperon Saint-Michel par mer, et malgré l'héroïque résisiance des ebeniieiSy parvint à planter sept étendards sur le painpet. ËH 1571, à la célèbre bataille de Lépante, la marine algérienne» commandée par le vaillant Ali Kilidj, paeba d- Alger, formait 1 aile gauche de la Hotte ottomane et disputa longtemps la vietoiîe a Taiîe droite de la flotte ( hielit jine, coniiiiandée par Doria. Ainsi, dans les lutU s les plus memorablefe de l'e}K)i|iie, la marine algérienne prenait une part assez grande pour que • son iraportanoe alors soit un fait hors de doillè.

Malheureusement la source de ce rapide aceroissetneiit 4e puissance maritime était la pirateriie qui , parmi'la grande Iluantité d- esclaves amenés à Alger , recrutait et augmentent lans cesse le personnel de la marine par un grand n(nnbré de renégats, toujoui-s sûrs d'acquérir par l'abjuration une certaine existence sociale, bien préterable à l'esclavage. En etîet, la loi musulmane ordonne impérieusement la libération de to«i iniidèie embrassant l'islamisme : aussi ce tanatisme de pfopiqgande qui^ après avoir menacé d'arracher les plus beaux . fteiirons de la couronne du Christ, a étendu si loin sa doniiaalion et s^ conquêtes , n'est en définitive que la mise <|n pratique du femeUx Can^petteintrare de l'église catiioli(|u« «t peutsè réduire à ceci : Fais-toi musulman, ou sois esclate et meurs. Cette ^Iroce maxime a été généralisée parje mahonijè-

AUÎI^.RIK. 103

tisaie : elle Teùi été par le catholicisme si, heuremeiiient pour *ia religion chrétienne, la force n'avait pa$ man^é à Ifome ^pale. Et c'efit ici l'occasion d'entrer dans quelques détails sur l'esclavage dos chrétiens à Alger. ' "''La ville ou 'ses environs comptaient ordinairement de vingtcinq à trente mille enclaves. Ils étaient divisés par catégorieft. Le capitaine, les officiers de la prise, les passagei-s et leur famille, formaient une première classe qui, présumée rarhetablê, était généralement assez bien traitée. Les hommes servaient oomme domestiques à la ville ou aux champs, on bien ^isak^it im petit négoce pour le compte du maitre. Les iém- «Ki'éiÉtrsilÉHt «1 ^erviCf 'des daines ' Maures ou dans les bk- 'll&ilSi l^ÀiliaiiV Bonrris dans le palais du dey ou dans les 'tfM^lis des premièreg familles, étaient traités avec assez de ménagement, dans i i^spuir de leur rachat ou de^ieur convereion.

Les matelots et ceux ou celles qui etaienj, présumés trop pàuyref» pour être rachetés, étaient conduits dans/e Batistaft, iaxar particulier où se faisait la vente des esclaves. La va^eiir >on était très variable et dépendait, si c'était un bornée, de forot, de la s^nié, des dents, droonstance importante pour ^manger le biscuit sur les galères; si c'était une feinme, la violeur vénale en augmentait considérablement suivant 1 âge, la be|iuté ou rerabonpoint. Les uns et les autres étaient vendus aux enchères de k même manière que les chrétiens ont si longtemps vendu et vendent encore les nègres ; on les faisait 4ever^ marcher; on les tàtait pour juger de la force de leurs iniaac^ : on séparait le fils du père, la fille de la mère, mal- -gré leurs cris et leurs lamentations, pi on leur donnait des .oiDhpade fouets quand elles devenaient trop ennuyeuses; les musulmans barèaves n'mvaient rien imaginé de plus que les clirétiens civilisés. Le sort de c^s esclaves était plus ou moins supportable, suivant maîtres aux mains, de qui ils tombaient.

Il y avait une troisième classe, la plus malheureuse de -toutes, c'étaient les esclaves appartenant à i'Ëtaiel qu'on ap- } pelait esehyeyde mag<tan. Ils étaient logés dsnt> des bagnf^,

vastes cdiiices distribués en cellules basses, sonibi*es et peu aérées : quinze à vingt de ces malheureux étaient amoncelé» dans ces bouges infects, dévorés de vermine, n'ayant pour lit qu'une natte ou la terre; pour nourriture, qu'un morceau de pain grossier et un peu d'huile rance; pour vêtement, une tunique de laine et un manteau, et soumis à la cruelle surveillance d'un bachi (gardien) qui. sous les raoindre& prétextes, les acciihlait de mauvais traitoiuciiLs.

Le rachat des esclaves s'opérait de trois manièi es : d'abord par Tentremise des religieux de la Merci qui rachetaient avec le produit des quêtes destinées à cette œuvre ; par les parents des caplift; et enfin par l'Ëtat, auquel appartenaient les esdaves. La rançon était arbitraire et atteignait parfois des chiffres très élevés. Tel était l'esclavage algérien, effroyable tribut quç les nations chrétiennes ont payé aux Barbaresques pendant près de quatre siècles.

C'était là la principale source des richesses d'Alger, et, en quelque sorte la base de ses relations commerciales et politiques avec les divers États de la chrétienté. Eu effet, à cette époque ou plus tard, tous se résignèrent à lui payer un tribut ^'argent pour se racheter du tribut de sang que ces audacieux pirates de TOdjeac prélevaient indistinctement sur les amis et sur les ennemis.

La mort du dei iner des Bai berousse amena dans rodjeac un événement qui révéla les vues ambitieuses de cette puis- 'iante milice, les janissaires, qui en avaient fait la force. Kaïred~Din laissait un fils nommé Hassan, qui était à Çonstanti- ■ nbple, auprès du sultan. Il reçut Tinvestituredu gouvemeioent de soir père ; mais les janissaires avaient déjà nommé un suc^ cessèu." à Kair-ed^Din : c'était un d'entre eux, nommé Agi, qiii se hâta de résigner ses fonctions dès que Hassan parut pour p endre possession de son gouvernement, à la tète de douze galères que le sultan avait mises à sa disposition.

Quoique tout lut rentré dans l'ordre sans avoir eu hcsom de recourir à la force, c'était là un fâcheux précédent. Les janissaires venaient de faire un acte de pouvoir et d'insubordination qui dénotait assez leur tendance à ^'arroger le droit

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ÂLGËRIË. i05

d'inveititure de leu»cliéftet par coDséquQnt |i Inéèpmt k

' volonté.

Ce n'était pas là le seul vice de roiganisalion de rOdjeac. H en était un autre radical qu'il était devenu urgent d'extii-per ou tout au moin$ de comprimer : c'étaient les mauvaises dispositions des diverses races qui peuplaient TAlgérie et qui •voyaient les Turcs maîtres des emplois, du commerce, c'est^dire de la piraterie : riches, considérés, privilégiés, tandis que eux, les possesseurs primitifs du sol et du pa^, n'avaient que ce que leurs ra^iaces vainqueurs ne pouvaientleur enlever, des parts modiques dans les partages des prises auxquelles ils coopéraient de leui lui tuneet de leur sang. Puis les mœurs, les coutumes, la religion même de ces nouveaux venus difléraient avec les leurs ou dans ses dispositions i-udicales ou dans ses rites. £n efiet, les Berbères, les Maures, les Arabes étaient musulmans makkites; les- Turcs au contraire suivaient la tradition hamelite ; les Juife eé les Nègres professaient le mosalsme; Tidc^àtrie dominait encore dans quelques trifaas. Avec des populations aussi turbulentes que les popuktions africaines, belliqueuses, mesd'ardeur et de courage, promptes à s'unir, dans un senliment commun de défense et de pillage, malgré leur fractionnement et leurs divisions, ilyavait là trop de germe de mécontonlement et d'insoumission pour ne pas former t^t où tard des nœuds de. coalition contre la domination turque.

La souveraineté d'Hassain se trouvait ainsi, dès le début, menacée à Alger, par les janissaires, au dehors, par les indigènes. Heureusement pour lui les haines invétérées de ti ilîu à trilni remportèrent sur celles qu'avait soulevées la domniation des Turcs. Exploiter ces haines au profit de l'Odjeac était dèslors, à la fois, un moyen certain d'affaiblir les tribus en les divisant et de contenir les janissaires par l'activité de la guerre et Tapp&t du pillage.

. Deux pHinantes tribus se disputaient Tlemcen : l'une redieitha Tamitié d'Hassan ; Tautre se plaça sous k pnoteoiîon

du roi de Fcx et (Ui gouverneur d'Oran, appartenant encore alors aux Espagnols. Cette occasion servait si à propos les

inlto#iiilttfta, qu'il «e aiit iiii|iiédiateinêiift«D oampÉgae.SoB

armée était de \ingi mîUe hommes : quatre mille Tuns, «k uiille renégats et (iix niillr Arabes. H rencontra rarniée espagnole^ la battit, s empaia de TIemcen, v abolit l'autorité dos |)rinces Maures, et annexa la vill<{ et befi dépendant à ia ^lègence d'Algei*.

kimif foire la guerre au moyen, en quelque sorte^ àmis^ lëfgkwaiy Qonafaâttre l'ennemi par rennemi iuMnèipCy mer au j^il le k domination turque Fe^mt d'indépendance^ de f4fv<jlte «t de jalousie, qui canotéarîsait dois coDune aujoui^ d'hui le$ tribus, prévenir les révoltés par mie tmnir §ali»taire, frapper de grands coups pour tenir les mécontents dans la rnniite. fomenter la rivalité des tribus, entretenir avec soin les relations de celles qui cherchaient un <i|^ui panai eux, telle fut la politique des Turcs eu Algérie. • Haiian resta fidèle à cette politique, miiia il ne put ctt pour* ^im «fiee fruit le développement. San règne fnt trèa aeoi» denté, et le d^but de cette lutte constante, opiniâtre entre les Janissaires et les représentants envoyés par la Porte, qui fiit un dçs Umits caractéristiques de cette partie 4e Thi^toire de la RéjErence d'Alger.

Au moment où il méditait de nouveaux succès, une nitrigue ourdie dans le divan de Cont^tautinople, le reversa une pfenûére Ibis, li fut remplacé par un des plus vaillant» compagnons d'armes de son père Kair-ed-iliin, M«li«^eiis^ qui potta la guerre jusque sur las confins dn Sahara» à Tridwte et à Huguela, prit Fex, en rendit le royaume tributaire du iMlchalik d'Alger, et tendit ainsi pep à peu à abolir partout» Tautorité des princes Maures. Il enleva aussi Bougie aux Espagnols après un lonfx siège et borna h lu doniination enAlHfpie aux points extrêmes d'Oran et de i unis. Il projetait mérae une expédition eontre Oma, loi^u'ii fiMturui de k pesle en 1556.

A sa ioorty «ans attendra |a décssiende la Borle^ ksjaiiis^ ■liM kt nenmiènnt pourauccasseur un renégàtcefsemuDé ifassanf^id. <jiii, livré peu après par les bommea de la marine au pacha lékeïif eavoyé de Constaotiiiople^ iuij«tésur

jdes qocfiets de fer où jl pourut aprèp tpif» joufs (J'fiorrii)les ^piinVances.Tékcli à son tour fut massacré par les japissaire^ (jui uoiunièrcut à sa place leuraga (général). La Porte fit périj* ce dernier et npmrfia pofir |a seconde fois llassafi , (Jp Kaïr-ed-Din (pii, déposé peu apr(^ par-les janissaires, fufreppiljmé une troisiènie fois par la Porte et déposé encore par cç|,tç turbulente milice qui, à Alger comme à Coustantinople, .YQul^it liéfif^fUvefifp^^tt r|îj^df:g ifiaitrg (ju chel'^Ju $pmj^ .^ent.

..^JNpus ne suivions pas plus longtemps les ^npales afgériçn- H^,j. c'est une série de révoltes, de dépositions de paçhas, <Jp crifpes, d'assassinats ayant tous le njême caractère et le mêpjp jTiqbile. Am milieu de la surexcitation des passions mises en jeu par le peu de stabilité des pachas et les vicissitudes de ces petites i*évolutious périodiques, la politique des janissaires tend, sang dévier, vers trois biits principaux qui furent suivis ayeç ufje persévérance quj e\} assura le succès. Le premier ^^fait de rester seuls maîtres de cotte partie de l'Afrique ep chassant les Espagnols des deux pc^ints qu'ils occupaient eutie praïf fit Tiipi^ ; en 1 568, sous le commandement de Içijr paçha Ali, renégat corse surnommé Kilitlj (homme d'épée), le même qui commandait l'aile gauche de la tlotte ottomane à la bataillp de Lépante, ils s'emparèrenl de Tunis; en 1708, pendant les discordes sanglantes qui suivirent la mort de ,U}JJ'les H, ils chassèrent les Espagnols d'Orau. . •

Le second but qu'ils poursuivaient était de s'arroger le pofjyoir exécutif. Ils l'atteignirent en 1659 en se faisant sanc- * , tionner par la Porte le droit d'élire un second chef de la Régence, représentant spécial de leurs intérêts. Ce chef prit le titre de Manzoul-Aga et réunit avec le divan tout le pouvoir , exécutif. Le pacha, réduit d'abord à sanctionner les décisions ^priiies souvent sans sa coopération, fut ensuite supprimé et sa • dipité réunie à celle du dey. En 1710 eut heu le complément ciette révolution qui modilia dans ses bases essentielles le fgouvernenient de l'Odjeac, et ne laissa à la Porte qu'un droit ' de contrôle et de suzeraineté purement illusoire. ' - Il y avait encore un troisième but qui peut résumer toute

ioh ALGÉRIE.

la politique de la domination turque dans la Régence : c'était de se substituer brutalement en tout et pour tout aux indigène» et d*écarter avec le plus grand soin toute influence locale. Le barbare massacre des Koulouglls en 1626 fut le terrible résultat de ce système (1).

Notre but, en relatant sommairement les faits principaux dont rAfriqucoci'idcn laie a été le théâtre depuis que les annales dos peuples mms <mi permis de constater des faits à peu près cerlaiiis, n'a etc que de rechercher soit les moyens employés pai- les dominateurs divers pour s'y établir, soit les éléments qm ont pu leur survivre. Notre tâche ainsi restreinte a dû se borner alors à retracer les faits à grands traits et à n'en faire jaillir que le but et le résultat. C'est ainsi que nous sommes arrivés, dans la période turque, à constater une substitution brutale, en tout et pour tout, du vainqueur au vaincu. Les Arabes, les Vandales, les Romanis, les Carthaginois avaient agi difïïreniMH ni. Tout en comprimant les sentiments hostiles des populations subjuguées, ils s'étaient les uns, les Arabes et les Vandales , retrompés dans la civilisation supérieure qu'ils y avaient trouvée ; les autres, les Romains et les Gartlu^nois, y avaient exercé une grande puissance d'assimilation par les

(1> Dans l'organisation pririiili\P de l Odjpae, aucun indigène, Maure ou Koulougli (fils de Turc cl rie mère africaine), ne pouvait être janissaire. Il fui dans la suite dérogé à cette eichuion. Les Maura etlesKoakmglis Tiohes et instruits acquirent bieutdt de rioflueooe sur le divan et parvinitat aux premiers emplois. Les autres janissaires, renégats ou aventuriers, demandèrent la rés iiîion des anciens statuts de l'ordre, et après avoir prononcé 1* exclusion (1rs Maures et des Koulouglis, en cousurent doM\ çenis dans des sacs et les jctcreni à la mer. Trois ans après cette horrible exécution, ceux qui y avaient échappé ayant pratique des intelligences dans Alger y entrèrent déguisée et parvinrent à slQStaller dans laKasbah au nomlure environ de cinquante. Là, mal secondés par les Maures et par ceux des Kouloni^ qui n'avaient pu pénétrer dans la ville, ils ftirent assaillis par pluskoTB OMi^agaies de janissaires. Bient()t il ne leur resta aucun espmr de salut. Ils se retirent vers la poudrière, là ils demandent la réintégration de leurs droits : les janissairei refusent el les menacent d une extermination complète s'ils ne se rendent à discrétion. Les Koulougli» ne répondent qu'en mettant le feu aux poudres. La Kasbah sauta en f air et ne fut peu après qu'un moDoeau de mines. Cinq oei^ QiaisoDs d'Alger furent renversées par l'explosion : plus de six mille persmnes périrent.

ALGÉRIE. m

instincts civilisateurs qu ils y avaient développés. Cela explique comment, sous la domination turque, le despotisme stupide et brutal des janissaires n'a pu que favoriser le développement de ces mstincte irritables et barbares, contre lesquels la France a pendant longtemps lutté avec plus de persévérance que de succès.

On a déjà vu comment , [)ar suite de Falliance entre la France et la Puite-Ottomane, les deux marines franç^iise et algérienne avaient agi de concert dans ri eî> ( iivoiislances importantes. Ces relations que le gouvernement liançais payait fort cher en amenèrent d'autres : nous voulons parier de rétablissement d'un comptoir français à la Calle, qui fut Forigine de ceux qui s'étendirent ensuite depuis Tabarque jusqu'à Bone. Le premier étahlissement date de 1520. Ce furent deux ar> mateurs de Marseille qui, après avoir traité avec les tribus de la Mazoule, obtinrent la concesvsion de faire exclusiNcment la pêche du corail sur les côtes tlépendantes de leur territoire. Plus tard, Charles IX obtint de Sélirn II la concession du commerce àCoUo, Boue, Maltacaret, au cap Rose, et le bastion de France fut achevé en 1 560. Quarante-quatre ans après, sous le règne d'Henri IV, la bonne harmonie qui existait entre la France et Alger fût rompue, et grâce à l'intervention de la Porte, le dey Heder, qui se refusait à reconnaître les concessions faites à la France, fut étranglé par ordre du sultan, et les capitulations furent renouvelées. Ou y ajouta même un article assez curieux qui stipulait : « (ju'en cas de nouvelles « contraventions de la part des coi-saiics d'Alger, le roi de « France était autorisé à se faire justice lui-même. » Ce traité fut un acheminement à celui de 1628, par lequel ÂmuratlY cédait à la France en toute propriété, les places dites le Bastion de France, la Galle, le cap Rose, Bone et le cap Nègre. Les navires de la compagnie d'Afrique pouvaient en outre naviguer librement sur les côtes dépendantes delà Régence, vendre, négocier, acheter, à l'exclusion de tous autres navires. En faveur de cette concession, la compagnie s'engageait, sous la garantie de la France, à payer seize mille doubles pour la milice et dix mille pour le trésor de la Kasbah. Hussein-Pacha, qui

iib ALÔÉHiE.

iliiiiiiiM tè m dè & Jtfèr ët qui avéit élgRé eë Mité; âfleMà M tièîiièaé njèft èdritrè tout rats qui cburraii A#âè»teliliièlMft

fraiiçais, mais la course n'en continua pas moins contre tous les pavillons, et en peu de temps, non-seuîeinent là Méditerfinée, mais encore rOceim fut infesté de piratés algériens. Plusieurs puissances armèrent contre eux : la Hollande envo^ deiix fdis l'amiral Riiytet' à\eô une escadre à Alger, mais âans fêstàUlit ; TAngleterte ^lifihdt ({ué son ùdiisui enfermé déds lëé bâgiîèâ fftt obli^ de laboitt«r Id terré. Mais ènfin là FraËèè pf It glorieusement rinltiàtivè, et Lbtiiit lUV meèa. «Rë dMfë déf^iiéëâ agir CoUtHs léA Algériens et dtot il âdnlia lë eéitiiiiaridement au duc de feeaufort. Cette expéditiéin fut suivië d*tiTl prompt succès. L'escadre aljîéî i( nue, attaquée pat* là fîbtte française en < ue du fort de la (inulette, fnt acculée dans la baie, incendiée ou prise le 24 jUin 1665. Ali, alors dey d' Alger, coiiclut un traité de paît avec la France , maid il né pîAt lë itiëttrë à exécution. Assassiné eotiîaië ^ prédéMsëùn^ Il fiât rënitflaèé pîar Bâba-Hâstôn, q[uî, pleià dë tnéii^ ipoid^i^ |h>tir là Fràncë; dit ati cdiisul : « La paix àveë toil plhfd eft k rbitiptié : liialhetï^ à tbii mattfe ! ta liii dire que dans quelà qilès joiirs ce fonn idable armement que tu vois dans le jidtt « aura anéanti sa marine et son commerce. »

La guerre entre la France et x\lger fut déclarée, de fiit k cette époque, en 1682, que, par haine contre la Frarice, l'Atig^ëterre coadut avec la Régence d'Alger un de ceâ traitée hoti>& teiii doiit cm» ànnales fburmiUètit. Par celui-d elle livrttit dii fàÀ ÉDaiérièi dé guerre, se désistait de toute réckiiuitidti fésp- Uië à |>tèft dè qiiàtrè eetits bâtiments de corameroe anglais ^ris |)àr les Algériens, et enfin rendait sans rançon tous les Turcs pjrisonniers, sans réclamer un seul esclave anglais, pa* fnéme son consul qui, coirïme on Ta vu, traînait la chaîne dans les bàgîies d'Alger.

L6itis XIY qtii, à défkut d'autre mérite, avait au moiîift lé lit>iia^lé drgùeil dé ne i^cfuiHr d'aueune piiissancë ètrangéi«e ni (hrbVëëatidà ni iiisnltë; àniià imnlédiàlemeilt coiltHi Alg» mtè eipéditioM doiit lé eoinniandment féX confié à Duqtiesne^ Otlze iàiséeàiii de gQet#e, quitize galères , cinq gatiotés à

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ilLijl^. Ht

hbùà^m ëtusMUoto M «in^ tartuMi Iji cwiipoawMiU Jii| «tfiw dwiiitt Ailger daia 1» dnniieii jeun d'iMikt èl dn^iit «éi feu dans les premiéifl jamf de «eptembslr. LCm «BoHifllttÀ èmb«B dont on se sertit alors pour la prëm^^e fok sut' mer litent lavage épouvantable ilans l.i viilr: mais le mauvais tertip^ *>l)li^oa Duquesu*j a siisfuMuliv \v l)niui>ariiement et à rehtrer a Ton ion. L'attaque fui renouvelée ïlaanà^ tiuivaiileei ■idrquée cette lois f^r un borrible éfHMidç. ; •

>if>iÉi qn6it{uefi jours de homèiaidmaeDl; leftAlgéHm;<de9 liâuidèffdil èMÉpr. I3M4]pidsQ«^ avant d'entvef en ofigteialwiiii dMatidala nm» ftins lanfiio dë tQPtlc»fiédiYci;fi«iii««^ el étranf^ers pris à bord de bâtiments français et péul* otefes l'amiral tle la flotte algérienne; Mezzoïnortc et le raïs de la marine Ali et eu oulre une iiul( lunité de l.oOO.OOo liaïus. Leè deux pi rrnièrrs roinlilimis turent remplies; mais le dry BabaiiaâlAi) d^clat a dans 1 impo^bilM^ de remplir la troisième. Mezi^ttimHâ dit aloi*s à Duquesne ^fie» s'U voulait le hhmt'

nAw k tIbmr 1^ péuH^ 44N« une A^i^ f M 9ifh^M9mmi fè^¥ikm/àurs^ Poqucnne y conseiltil, ut te pn^mt^r ^slii^di MMomofle fut de puignai4et^le deyj 40 se l^fMMiri*^

mer à sa place, de recommencer le (m des liattenes èonlré la

llniit' ri.uicaisr cl (rmvoyer dire à Duquosne fjuc, s'd til^it riicnrc ûei» buuibeî», il lérait wqtti'e dt;s dneUçuîi a lu bouche 4^ rimons.

il tint piM'olé. Le bombardement ayant continué, vin§tv qjÊt^ etMsiaves eliréilens turent mis à la boucha de^ cailioni^.

«f^HivstMmi ^Algftr i^s fbuetiods deeopsri dç^l'vftno^.C^^

fespectablc vieillard, attaqué quelque^ ai|n^i»Fp|rt(|ç^ la pc^le: à Tunis, était demeure perclus de tousses memnres. Il feit (rai] Mi le iiiolc rt assis sur une chaise pru\i.*n;irit du pillage du consulat, le tininic a la mer. Après Taviur accablf de traitements et d indigintei, ces forcenés approchèi ent la chaise sur laquai)^ ils rayaient assifi d^ la bouche d'un canon firent ieuj eUT0tt|Qt ftw^ Frapiça» m ^mk^ ^toiÉ #li4%>ili d^lto^rciwpftinol^t [.;-.!

. ,l4^fHiix ue fbt^sonduf» que Tannée silivlm|^, jiftn^ m M

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èli ALGÉRIE.

pis de longue durée. Elle Ait rompue trois ans après, et le maréchal d'Estrées, chargé d'une nouvelle expédition contre Alger, écrivait à Mezzomorte en juin 1688.

" « Le maréchal d'Estrées, vice-amiral de France, vice-roi « d'Amérique, commandant l'armée navale de l'empereur de * u France, déclare aux puittances ei milices du royaume d' Al- « ger qiie si, dans le cours de cette guerre, on exerce les « mêmes cruautés qm ont été ci-dewt pratiquées contre les « sujets de l'empereur, son maître, il en usera de même avec « ceux d'Alger, à commencer par les plus considérables qu'il « a entre les mains el qu li a eu ordre d'amener à cet effet « avec lui. »

Cette menace lut suivie d'un nouveau bombardement qui fit dans Alger d'affreux ravages et qui amena des actes de cruauté de part et d'autre. Plus de quarante victimes, et entre autres le consul français Piolle, fîirent immolées à la boudie des canons, etlesFrancais, par représailles, égorgèrent queU ques Turcs qu'ils lancèrent sur un radeau vers le port. L'année d'après on traita delà paix qui fut ratifiée en 1690, après la supplique suivante d'un ambassadeur du dey. monument assez curieux des rapports diplomatiques qui existaient alors entre la France et la Régence.

a Très puissant, très majestueux et très redoutable empereur. Dieu veuille conserver Votre Majesté avec les princes de . son sang et augmenter de un à miUe les jours dé votre règne. Je suis envoyé, ô trèsmagnifique empereurtoujoyrsvietoriemi,de la part des seigneurs du div.ia d'Alger et du très illustre dey, pour me prostern(?r devant le trône impérial de Votre Majesté et pour lui témoigner l'extrême joic qu'ils ont ressentie de ce qu'elle a eu la bonté d'agréer la publication de la paix qui vient d'être conclue entre ses sujets et ceux du royaume. d'Alger.

« Les généraux et les capitaines, tant de terre que de mer, m*ont choisi, Sirè, d*un commun consentement, nonobstant

mon insuffisance, pour avoir l'honneur d'entendre de la bouche sacrée de Votre Majesté la ratification de cette paix, étant persuadé que c'est de celte parole royale que dépend

AlXtUiiL 11:;

suin éclat vi sa durée, qui sera, s'il |»lait à Dieu, éternelle. Ils ui'onl onlontié d'assurer Votre Majesté de Jeur très pmibnd respect, et de lui dire qu*il n'y a rien au monde qu'ils ne fas^ sent pour tâcher de se rendre dignes de sa bienveillance. Us prient Dieu qu'il lui donne la victoire sur les ennemis de toutes sortes de nations qui se sont liguées contre elle et qui seront confondues par la vertu des miracles de Jésus et de Marie, pour le droit desquels nous savons que vous combattez. Je prendrai la liberté, Sire, de dire à Votre Majesté qu'ayant eu l'honneur de my ir longtemps à la Porte Ottomane, à la vue de l'ËmperHpItes Musulmans, il ne me restait pour rera» plir mes désirs que de saluer un monarque qui, non-«eulement par sa valeur héroïque, mais encore par sa prudence consommée, s'esi rendu le plus ^i-aud et le plus pinssaiil prmc»' (le la clirédculc. l'Alexandre et le Salomon de son siècle, et enlin radmjratiDU de tout l'univers.

« Cest donc puin* m acquitter de cette commis !< >n qu'apn^» avoir demandé pju'dou à Votre Majesté avec les larmes aux yeux et avec une eutière soumission^ aq nom de notre supé- rieur et de toute notice milice, à cause des excivs commis pendant la dernière guerre, et l'avoir priée de les honorer de la première bonté, j'ose lever les yeu\ eu haut el lui présenter la lettre dt-sclu-is de notre divan en y joignaul leurs livs humbles requêtes «ioul \r suis ch;irf2:é. cl omime ils espèrent qu'elle vouch a bien leur accorder leurs prières, il n'y a point de doute qu'ils ne tassent éclater dans les climats les plus éloignés la gloine, la grandeur et la générosité de Votre Majesté, afin que les soldats et les peuples pénétrés de son incomparable puissance soient fermes et constants à observer jusqu'à la fin des siècles les conditions de la paix (|u'elle leur a donnée.

« Je ne nuuKpinai pus aussi, si Votre Majesté me le permet, de rendre compte, par une lettre, à l'Empereur ottoman mon maître, dont j'ai l'honneur d'être connu, des victoires que j'ai appris avoir été remportées par vos armées de terre et de mer sur tous vos ennemis, et de prier Dieu qu'il continué vos triomphes. Au reste, toute notre espérance dépendîmes ordres favorables de Votre Majesté. >»

ii4

Louis XIV l'épondit :

« Je reçois agréablement In aiâuranm que vous me donnez des bbnneB intentions de vos maîtres. Je suis bien aise d'entendre oe que vous Tenez de me dire, et je confirme le

traité de paix qui leur a été accordé en num îioui. J'oublie ce qui s'est passé, et pourvu qu'ils se comportent do la manière qu'ilBdoiveiit, ils peuvent être assurés ({ue l'amitié et la bonne intelligence augmenteront de plus en plus, et qu'ilsen verront les fruits, i»

Ces bonnes relations entre la France et la Régence jdurè-* rent peu. Elles fùrent interrompues dès le règne de Louis XV par dès griefs réciproques, sans qu'il y eût néanmoins piem ouverte. Cet état mixte de paix et d'hostilité se perpétua jiifr» qu'en 1792 et 9;?. où les anciens Irnitésde paix furent renouvelés entre la Piépublique et l'OdjCMC.

Cet intervalle de près d'un siècle lui marqué dans les un» nales algériennes par des accroissements de puissance ou des désastres de toute espèce. Des expéditions plus ou moins heu* reuses contre Maroc, Fex et Tunis, amènent la soumission dé« iinitive de ces royaumes à l'Algérie. En 1701, une horrible peste enlève quarante-cinq mille habitants à Alger. En 1 70B, \es Espa^Miols sont chassés d'Oran : ils reprennent cette ville eu 1732, niais a|)rès le désastre d une aruice espagnole, C(nnmandée pcir O reilly, en 1 775, et des alternatives do succès et de défaites, ils sont obligés d'abandonner déHnitivemeut Oran en 179:2. Les Turcs restèrent seuls maîtres de l'Algérie;. àêvi tout ce laps de temps, le gouvernement intérieur de l'Oi^eae n'avait été qu'une suite de révolutions sans portée. d'assMsitlals de deys, de révoltes des indigènes, d'expteits de piraterie, et d'extension de tributs imposés à toute piiisranee de l'Europe [\\.

(1) L'Europe entière étail alors tritutaire d'Alger. La France qiMûqu'eUe ffit !a puisï^ance la plus favorise*», était tenue d'ewioyer un pié«irol lors <!«• linslallatiuii il'uii ojDsul. L" Aiigiclene, mêiiu' apn*^ l'exiiétlilinn d«» lord EmikiuIIi eu 1816. payait Gon iivies sl^rliug à chaque n'iuiuvellciueut de cuikuI. l/Aiitdcho, la lli)ii;iihlt'. l h.-pa^nic, !c Tlanôvro. les Ktats »)(• llrènic avait'iit uti arrangonieiil h peu prcs semblable à celui dv l Anj^Iel» n e. La Suéde i l le l)ai»e-

La conquête de l'Égypie, par le» Français, altéra sensiblement les faons rapports qui existaient entre la France et Alger. Cédant aux intrigues et aux obsessions dé rAnalelerrc, la Turquie avait déclaré la;iHf'n <'à la Franco. Losétablisscriionls IVançais eu .VIi huh' inrciit iiicciKiic?, ou détruits, vl les corsaires al^'criciis fVM < iimiuMiccrciit leurs déprédations sur les navires de lu IU'jKii»li(|ue. Cut étal d'Iiostililé cessa lors de M signature des préliminaires entre la Porte et la FrilttCâ^ en 1 800 ; et, dès i 803, les rapports de bonne intelligence entre la France et Alger avaient été renoués plus intimés que jamais. Nous repfMuisons à ce sujet les deux documents siii^ vants, qui ])rouVent' combien avaient rehaUBsé le nom Iran çais eu Afrique, les victoiics de ia Uépubiiquo, suit eiiÊgjpte, soit sur le coutiueul eui'opéeu.

« l>uii,»(wiHe. jucniier consul, au très haut et très magniti' que de^ d Alf? que Dieu le conserve en principe, én p**o^ pcrité et en ^huic !

« Je vous écris cette lettre directement, parce què jé sais qu'il y a de V{)s ministres qui vous trompent, qui vous portènl à Vouà conduire d'une manière qui [courrait voUs attirer de grands lualluMU's. i

«(lelle lettre vous sei-a reiuise en main propre pai- un adjudant de inoji palais, hlle a j)Our l»ut de vous demander leparalion prompte, et telle que j ai riioit de l'attendre des sentiments que vous avez tonjours montrés pour moi.

et Un ofKicier français a été battu dans la rade de Tunis par un de vos rais : Tagent de la République a demandé satisfaction et n'a pu l'obteuir.

a Deux bricks ont été pris par vos cors^iircs qui les ont mènes à ^VJger et les ont retardés dans leur voyage.

marck payaient un tribut annuel de 4,000 piastres en nranitioos de guerre et 40,000 piastres fortes, de dix en dix ans. Le Portugal, les Beax>Siciles, payaient an tribut annuel de 24,000 piastres fortes, et 20,000 en présent. La

Toscane, ia ^ar^laigne. le*) Étals de l'Eglifte par la médiation de la France ou (le l' Vn'.'l'UTn'. étaient libres ftr> tout trihul. mais soumis à des prét^ento consu- Jaires qui $ élevaient jusqu'à âi.OOO piastre.:».

« l'n balmient napoiilaiii a été pris par vos forsrirt's dans la radt» d'Hyères, par là a été violé le len iloiru français.

tt Enfin, .<iu Yaisseauqui a échoué cel hiver sur vos cotes, il me manque encore lâO hommes qui sont entre les mains des Arabes.

(t Je vous demande réparation pour tous ces griefs, et ne

doutant pas que vous ne preniez toutes les mesures que je prendrais en pareille circonstance, j'envoie un bâtiment pour i"econduire en Franco les 150 hommes qui nie manquent.

« Je vous prie de vous méfier de ceux de vos ministres qui sont ennemis de la France : vous ne pouvez avoir de plus grands ennemis qu'eux, et si je désire vivre en paix avecvous^ il ne vous est pas moins nécessaire de conserver cette bonne intelligence qui vient d'être rétablie et r[ui peut seule vous maintenir dans le rang et la position où vous étes^ car Dieu a décide que tous ceuv qui seraient injustes envci's moi seraient punis.

«Que si vous voulez vivre en Lonne amitié avec moi, il ne faut pas que vous me traitiez comme une puissance faible : il faut que vous fassiez respecter le pavillon français, celui de Ja République italienne qui m'a nommé son chef, et que vous me donniez réparation de tous les outrages qui m'<int élé faits.

« Bonaparte, premier cornu/. »

A celti^ letli-e. passiiblement bautainr, Moustapha-i^aclia, alors dey d'Alger, lit la rei)unsc suivante :

« A notre ami noii;iparte, premit^r consul de la Hépubhque française, président de la République italienne. Je vous salue. La paix de Dieu soit avec vous.

(f Gi-après, noire ami, je vous avertis que j'ai reçu votre lettre datée du 20 messidor : je Tai lue et j\ réponds article par article.

a Vous vous plaignez du raïs Ali-Tatas. Quoiqu'il soit un de mes joldaches. je l'ai anric [M»in- le faire mourir; au moment de rexécution. vcître consul m'a demandé sa grâce eu votre nom ; et, pour vous, je la lui ai accordée.

« Vous me demandez la polacre napolitaine prise, dites-

vous, sous le canon de la France: les détails qui vous ont été fournis à cet égard ne sont pas exacts ; mais sur votre dé»r j'ai délivré dix-huit chrétiens composant son équipap^e.

M Vous demandez un hàliment napoHtain ([u on dit être sorti de Corfou avec flos expéditions françaises : on n'a trouvé aucun papier Irangais; mais, selon vos désirs, J'ai donné la liberté à l'équipage.

« Vous demandez la punition du rais qui a conduit ici deux hâtiments de la République française : selon votre désir je Tai destitué ; mais je vous avertis que mes rais ne savent pas lire les caractères européens, ils ne connaissent que le passe-port (J'iîsnpf , r f pour ce motif il convient que les bâtiments de la Rcpubiupit- l'rançaise fassent quelque signal pour être reconnus par mes corsaires.

« Vous me demandez 150 hommes que vous dites être dans mes Ëtats : il n'en existe pas un; Dieu a voulu que ces gens là se soient perdus et cela me peine.

« Vous jites qu'il y a des hommes qui me donnent des conseils pour nous brouiller; notre amitié est solide et ancienne, et ceux qui chercheraient à nous brouiller n'y réussiront pas. '

« \oub5 ïiw (Iciuaiidez (pif jo SOIS ami delà Republirpie italienne et de respecter suu pavillon comme le vôtre; si un autre m'eût fait une pareille proposition je ne l'aurais pas acceptée pour un million de piastres.

«Vousnem*avez pas voulu donner les 200 mille piastres que je vous avais demandées pour me dédommager des pertes que j'ai essuyées pour vous; que vous me les donniez ou que vous ne nie les donniez pas, n<Mis serons toujouis bons amis.

« J'ai Icrminc a^ec votre consul toutes les îilfaires de la Galle, et l'on pourra wmv làire la pèche du corail : la compagnie d'Afrique jouira des mêmes prérogatives dont elle jouissait anciennement. J'ai ordonné au hey de Constaniine de leur accorder tout genre de protection. Si à l'avenir il survient quelque discussion entre nous, écrivez-moi directement et tout s'arrangera à l'amiable.

« Ml&tapha. pudia d'Alger. ri

ii^ ÀLOfiRlE.

Cqmme on Le \uU rinniuMice de la Frauco sur Alger était ^lors grande et puifisanle. £lleso maintint jusqu'au jour où la bataille de Trafalgar, anéantissant pour quelques , années la prépoodécance maritime de la France dans la MMiterranée, lui fit sinon dés ennemis, du moins des neutres très douteux dans la guerre maritime contre l'Angleterre, qui se prolongea depuis la rupture du tiailé dAiiiieiis jusqu ald ciiuk' de l t^mpire.

Dès 1807, l'Angleterre, moyennant une redevance de 270,000 francs avait été investie de nos possessions d'Afrique. Le gouvernement de l'Odjeac passait, comme toujours, d'une xqain à i'autre, successivement commandé par une série de dey9 assassiiiés presqu'aussitdt que promus, et ne se maintenant quelques uns au pouvoir pendant un ou deux ans^ qu*en abattant des têtes parmi les janissaires, ou en porfcuit le fer et le feu parmi les tribus indigènes, toujours prêtes à se révolter contre le joug des Turcs.

Tel était l'état des cliosesdans l'Algérie, lorsqu'à la réunion du congrès de Viernie les diverses puissances de l'Europe parurent décidées à se liguer pour s'afûranchir du tribut honteux qu'elles payaient aux Barl)aresques. L'Angleterre s'y refusa. Cette philantropie anglaise que quelques bonnes gens prennent encore au sérieux, calcula, comme toiyours, qu'une ligue européenne qui affranchirait la chrétienté du tribut d'or et de sang qu'elle payait aux Barharosques, poui i uit accroître en Afrique T influence de la France. Sa jalousie et sa cupidité avaient tout à gagner au maintien de l'horrible abus existant} ^tcet abus fut maintenu. Il était donné à la jeune Amérique de y^ir foire rougir la vieille Europe de cette I4die conde»* qendance, et vers ce môme temps une escadre américaine, aux ordres du capitaine Décatus, se présenta devant Alger et demanda impérieusement que l'Union fut relevée du tribut honteux qu'elle payait au dey. Il fut fiiil droit à sîi deiuaude.

Toutes ces légitimités caduques qui, après lu cluile de. l'Empire, avaient repris possession de leui^s États, n'avaient ni ce louable orgueil qui fait vivement sentir une injure, ni celte noble magnanimité qui la Oiit repousser. Qiacune d'entre

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eUcB paraissait devoir peraifiter à payer le tribut dont venait de s*afîmachir FÂmérique par une simple attitude énergique,

loi-sque l'AngleUîiTc eut un intérêt majeur, non pas à faire cesser cet état de choses, mais à le modifier dans certaines parties.

Dans tout acte du cdbmet anglais il iaut toujours chercher le motif et le but. On est sûr d'arriver invariablement au même résultat : Tintérét. L'expédition de lord Ëxroouth contre Alger, en 1816, n*eut pas d*autre motif. Les écrivains de la Restauration, dont le système était d'exalter avant tout TAnglelerre. Finit présentée comme cx>nçue dans un intérêt hu* manifaire, oi d'autre*, depuis lors, Font répété après eux. Kn politique, r.ViifiU'hirrft ne fait jamais du seiilimenf. el, <mi cette circonstance, elle en lit moins que jamais. A la suilc des guerres et de la chute de FËmpire, Malte, Corfou, les il(>s foniennes^ étaient tombées en son pouvoir, l'expédition de lord Exmouth n*eut d'autre hfut que d'obtenir de la Régence que ces possessions fussent traitées à Fégal des prtssessions britanniques. Si d'autres conditions telles que la délivrance des escla\x's L'hrétiens et ral)<)lition de rescla>ag«' lurent exigées, acceptées ei sm lont rcuqilK ?> avec phis on moins de fidélité, c'est que l'Angleterre avait à fan-e accepter à l'Europe la prise de souveraineté de la Méditerranée qu'elle était pai'venue à s'arroger.

Deux ans après cette expédition, Uussain^-Kfaodja, le dernier dey d'Alger, fut promu à la souveraineté de la Régence. Pour éviter le poignard ou le lacet des janissaires sous lesquels

avaient expires, après quelques uiois de règne, presque tous ses prédécesseurs, lJu>s("in s'enfeiina dans la (^shah on il se créa une garde de Maims. Il \ resta treize ans gouverna ut s<s États avec assez de justice et d'habileté, et ne sortit de sa pri- ' son volontaire et à la fois foroée que lors de la prise d'Alger ' parlosFrançais.^ s^ii -. •

Avec lui finit la domination turque en Algérie. ^ ' ^ Si comme ces voyageurs qui, après nne route longue et pénible, cherchent à classer leui-s scfuvenii's. nous résumons ce qqe chacun des peuplet^ divers qm se sont succédés dans

l'Airique occidentaie, y a kiiséd' élément nouveaux; si nous recherchons s'il s'est opéré une fusion plus ou moins complète de ces populations transitoires avec les populations indigènes; si, encore, nous examinons les moyens divers employés par 1rs peuples eoiupjcrants pour amener cette fusion; si, enfin, nous parvenons à les classer, nous aurons atteint le s«'nl but que nous nous sonnnes proposes en remuant, dans cett(5 revue réti*ospective, la cendre de la vieille Afrique.

Cartilage nous apparaît d'abord luliunt, avec plus de pei-sé- \ôrance que de succès, contre l'aversion des tribus numides ]>our toite domination étrangère. Elle procède par occupation pacifique : le trafic est son prétexte, la conquête son but. Elle ne pénètre dans l'intérieur du pays que |)rogre8siveroent et lentement, évitant avec soin tout ce qui peut froisser la ii.i- (ionalité numide, et princi|)alenient tout ce qui peut la réveiller. Elle crée des besoins aux indigènes; se les attache en favorisant l'écoulement de leui-s denrées ou de leurs produits. Elle se rend utile d'abord, ensuite nécessaire, et les indigènes deviennent ses meilleurs auxiliaires pour son commerce avec l'Afrique centrale.

Rome imite sa réserve à se substituer aux populations vainrues, mais elle adopte un système habilenieiil conçu et (pii. à deux mille ans d'intervalle, aurait pu servir de modèle auv Français. » remplaçant l element vaincu <ju'à mesure (pie s'était ibi'litié Télémenl vainqueur; son pouvoir ne s'étendait qu'en rapport de la diminution graduelle de celui des indigènes. Exploitant la tendance prononcée qu'ont tous les peuples à subir l'influence du bien-être par le travail, toute sa politique se borna d'abord à leur &ire comprendre, par l'exemple, que le travail amenait le bien-être; ensuite, elle lia si intimement les intérêts des indigènes aux siens, que la monidre atteinte portée aux uns rejaillissait sm les autres. Mettant ainsi en jeu le mobile qui agit le plus etlicacement chez les Barbares, l'intérêt, elle laissa toute sa puissance d'action à ce prodigieux instinct d'assimilation qui la caractérisait et dont la tendance apparente était, non pas tant de se faire acQcpler par les vaincus que de se les identifier par une po-

ÀLGËhlE. 121

IHique habile et ferme. A cet effet, elle commençait toujours

par les habituer à recevoir do sa main leurs rois façonnés déjà à la civilisation romaine, l.a tendance aloi"s des indigènes vers cette civilisjttiuii était d'aiilanl plii-, jH'unoïKMV'. <|u'en iniitanf des rois de leur race, ilss iinagniaient ne juin iuuli r desetran- giefe/Puis, donnant à ces iH>is d'autres Klats loi'sque le înoiiv*»ofent dvilisateui' était fortement imprimé dans celui dont iis avaient d'abord été pourvus, ils' faisaient ainsi rectiler la bai^' ' bdrie à mesurei qu'avançait la civilisation. En^sbmme^^ réfément de possibilité d'occupation précédniit toujours Vocciipa-' tioii iiH lîic. à laqiu'lk Uuuie se prt'jivirait en coiniufiiraiil j*,ir aniiuier les rcsislances et par absoi-ber. sinon on fnl ilitédu moins en grande partie, rélément indigène pai- l élément romain. Si des accidents comme les guerres de .Ingui tha on de Tadar^nas venaient donner un point de raiU^eqt à 1^ iiaUonalité indigène, Rome ne croyait sa possession assurée que lorsque le chef n'existait plus.

Par cette politique habile et surtout par la protection récîprorpKf (jn'elle acmKiaiL aux intérêts conotiuiis, elle f)arvint à o[)cicrla t'ii>inii (Ils races indigène et romaine. Li s N aiidalfs. (pii supjilaiitercnt Rome, ne surent au contraire contenii* les populations africaines que par res))oir du pillage et l'appât du butin. Il résulta de ce système différent qUe quand il n'y eut phi^ ni butin à faire, ni pillage à espérer, les tribus indigènes ' abàMbnnèrént les Vandales. €es démiers cependant traîniint avÉïcIèUx' la famitte, ce que n'a-vaît fait nrCartha^. ni Rome, se mêlèrent plus aux indigènes que les (>arthnginois et les lidii! mis. et malgré Icni < oiirte occupai mn. ont laisse dans les pnpulalions allanlupies plus de traces qu eux. '

Abrutis bientôt dans les délices, les Vandales furent une jiroie facile pour les Bizantins dont l'histoire dans l'Afti^ufe",' odndentale n'est què Fimage de la dégradation où peut to^-^ bérlli'oiiimedvilibé. '

~Uiî) peuple neuf lés f^ihplace. Le (lot arabe inoMèf Afrî- ' (pie. Aux excès de fanatisme religieux cl poliliijue. (fui fureul »1 aluud le svstème exclusif des Anlu s, siicci d a Ki<»»n'te un elat de transaction qui consista à exclure dos emplois, à sou-

mettre au tiibui» à tow, en un mot, dans im èUt d'iafériow . rHérôella, ceui^ qui oe voulurent pat se rallier à la foi nou-*

Les Turcs qui leur succédèrent adoptèirent à leur égard la

luème politique, et le caractère di&tinctif de knv domination ne fut (jiic la substitution brutale en tout et pour tout du vuiiKjucur au vaincu. Cette poUtique dut repuu^r etr^pou^ toute aasimilation.

Ainsi, si parmi ces conquérants qui ont précédé les Français en Afrique, les uns offirent çà et ià des modèles à cMi>ri«^ les autres offrent dans la ipénie proportion des éçt|o9s i éviter.

POPULATION DE L^ALGÉRIE : LEVVL» HORtm». BERBÈIIES

ET KAKVLES, MAURES ARABES ET in OOl L>S , TURC», liOLLOliGIili^, JtlFâ) nÈGUËS, Dlt»liR18, MO«AUlT|^, BTC

Avant d'entrer dans le détaO des causes, des résultats de

l'expédition IVancjaise en Algérie, des moyens, des cliances de succès de cette dounnalidn nouvelle, il nous a paru utile de conslaliT ce i{i:i subsiste de i éiéuient priunlil indigène dans les populations actueiiemcnt existantes, et ce que les domiuQ.tious antérieures y ont mêlé. Ce sera là autant de Jalons pour arriver peu à peu à l'appréciation des rapports et des ditTérenées entre les indigènes et nous, c'est-à-dire à la connaissance de ce qu'il faut rechercher et de ce qu'il iaut éviter.

Une des erreurs de presque tous les géographes est d'avoir cru reconnaître en Algérie, le tjpe d une race spéciale, vierge d'altèiations. A part les Nègres importés accitleulellement dans cette partie de TAfi lipie, les autres groupes désignés sous des dénominalioas diverses ne sont que des agrégations pro« fondement mélangées par TetTet d invasions successives, composées elles-mêmes d'éléments qui se sont surigovtés l'un à l'autre. Ces groupe f^, spp^ dîflérçpciéç ^AWÂtç pM* fie»

AL,Gf:iUK. m

mœurs, des hal^itud^, des usages qui auraient pM. èl;i;e ir^ir. tionnels dans tous, et qui n'ont, dans quelques-uns, que suIh des modifications de tempF, de lieu et de circonstance. Ce qiii

le prouverait, c'est que maljn é la si graiith; difierence de manière d'être et de vivre des lîci lx'ros. Kabyles, Maures, Âral»eSj Bédouiii> et même Juifs el Tuics. on retrouve dans tous ces groupes à la fois, le saillant contraste suivant : à côte de Ijhpmme au teint olivâtre, à la ligure ovale, au front étroit; se mniitre Thomme au teint blanc, à la figure carrée, au iront large ; à çdté de celui aux traits arrondis, aux yeux foncés, ^m. clfevem^ noirs, l'homme aux traits saillants^ aux ^eux bleus, à la chevelure blonde. Ainsi partout se révèle le noyau primitif : africain, gétule, libyen, nunude. mais aussi partout la souche romaine, vandale, gothe ou asiatique, etc.

Oebbéess, Kabyles. — Les Berbères ou Kabyles sont les plus anciens possesseurs de l'Algérie. Ilsoccupent aujourd'hui 1^ montagnes du Petit Atlas depuis la régence de Tunis jus-* qu'aux extrémités du désert d'Angad, sur la frontière di| Maroc; les Romains les appelaient Barbari, Barbares. Quelques gcograpli es anciens les font descendre des si>uclies dites autochtomes, libyenne et •^éiniieinie; sur l'autorité des livres puniques d'Hien)ps<d. Sailuste attribue leur formation eu corps de nation à des émigrations des Mèdes, des Arméniens, de^ Perses, des Tyriens et des Palestins. Quoi qu'il en soit, ils sqnt divisés en tribus qui portent chacune le nom général de Bem (les ^fants), nom auquel on ajoute la dénomination ou d'un ancêtre de la tribu ou de la localité qu'elle habite ; ainsi, par exemple, on dit les licnl-Abba (les enfants d Abba).

Bien diiïérent des Bédouins ou Arabes nomades, le Kîibyle tient à son village, à ses montagnes, an toit qu liabitèrcnl ses aïeux. 11 est actif, intelligent, laborieux, nidustrieux. Autour dq.spn .Yillage, la terre est bien cultivée en beaux jardins, veiv gers, çb^mps, prairies, arrosés en tout temps par un système d'imgi^tiqn fort ingénieux. Les travaux de menuiserie, de^ chaffpentfî, de maçonnerie, de poterie, ne lui sont pas étran^ gers : c'est lui dont les arts et métiers, quoique peu développés, fournisëenl aux besoiob des Arabes. Dans ^e>> inontagnes,

riches en minerai, il fabrique les armes, les instrumente d'agriculture; le fusil, le yatagan, le poignard, le soc dechap-

rue, la faucille, etc.. sortent de ses ateliers. Pour ses fabrications divoi^es, chaque village a sa spécialité. Ainsi, par exemple, pour les amies à feu, le canon est fabriqué à Ailii-el^ Arùa, la batterie, chez les Beni-Abbas, le bois est façonné à Kaiah, l'arme est ajustée chez les Zaouia, et enfin la poudre à canon se fabrique à Ghêàouk. C'est aux Kabyles qu'on doit des espèces de sabres nommés fiissik, d'une trempe excellente et dont les lames fort épaisses et larges dans leur partie inférieure, se tenninent par une pointe de sept à huit pouces très effilée. Ces lames incrustées de cuivre sont ornées de ciselures Iri's régulières.

Les arbres à fruits, oranjj^ers, abricotiers, poiriers, péchei-s. liguiers, ahondcnt dans leurs jardins. J/olivier surtout est pour eux l'objet d'un soin particulior. Il leur fouiiiit d'excellentes olives qu'ils confisent dans l'huile même et qui servent à leur nourriture habituelle. L*huile leur sert à pétrir les galettes, cuites sous la cendre, qu'ils mangent en guise de pain; ils l'emploient aussi à composer du savon et à filer la laine.

Le Kabyle doit à son activité des produits variés (pi'il vend dans les villes de la Kégefice. î^es instruments, les ustensiles de fer et d acier, Thuile, les fruits secs ou confits, la volaille, les bestiaux, les peaux de quelques bètes fauves qu'il prend à la chasse lui servent à acheter le peu d'objete dont il a besoin, tels que bijoux faux, nattes en jonc, verroteries pour ses femmes, pots de tem, etc.; le restant de Targeut de ses produits est secrètement enfoui dans la terre.

Le Kabyle est jaloux, an suprême degré, de son indépen- «laiice et de sa liberté. Dans tons les temps, à toutes les époques, il a opposé aux dominations diverses qui se sont succédées dans l'Afrique occidentale, une résistance opiniâtre, que nulle d'entre elles n'a jamais pu entièrement et pour toujours dompter. Mais le Kabyle est avare, il aime Taisent, non pour le déi)en8er, mais pour Tenfouir ; et cette avarice qui est une véritable passion chez lui, doit le livrer à ilîscrétion à tout peuple qui saura exploiter habilement sa cupidité. Jusqu'à

nos jours, le Rabyie n'a été iuiloiiipUble que {MUtie qu'il a eu à se détendre contre des peu j »lt s o|)[jr»'ssours et spoliateurs avant tout. Mais du moment oii des administrateurs capables ne seront plus obligés de se conformer aux instructions routi;nières qui portent habituellement des bureaux des ministères; du moment qu'ils s'attacheront principalement à faire comprcihlie aux k.ihvies, non pas par des proclamations wvm par (les taits. (fue la clomination IVauçaise peut seule a^h^uel piotection, avantage et protit surtout à leur cumuicrce et à leur industrie^ dès ce jour on pourra compter stir la soumission de ce peuple. Les Romains ne trouvèrent en Afrique un Massinissa, un Micipsa, un Juba, que lorsqu'ils eurent puissamment intéressé les populations à leur domination.

L'habitation du Kabyle est une cabane formée de pieux licliés en terre, entrelacés de roseaux et de loanclies d arlire. et enduits à ! ex lent ui' d'une espèce di^crrr' glaise. QueitjUcsuriessont construites en pierre, surmoidées de deux pignons et d'un toit surbaissé en chaume. De petites lucarnes pratiquées dans le mur éclairent I intéiieur où Ton pénètre par une porte étroite et basse. Ces habitations sont rarement réunies en grand nombre : elles sont ou épar[ullé3s sur le versaut d'une montagne, on dans le fond d'une vallée, ou bien «froupées au nomhi e de trois à ciiuj; elles occupent aloi^ un espace l'ectanj^ulaiic dont |(« milieu l'oi'nie uih ( Mii'.Ces it i l if i! loiisse iiomjuent iiourlnes ; réunies, elles iui nient un /)ac/<f/./r/ (hameau).

La plus grande simplicité règne dans ces habitations tenues du reste avec assez dt i îf)|»reté. Des trous coniques, assez grands, pratiqués au pieds des murs, servent a enfermer les provisions : telles que les fruits secs, les légumes, l'huile et le beurre fondu dans des pots de terre cuite. Ces trous qu'on nomme .V//o.f sont fermés de lar^'es pierres. recouvertes de terre battu(;. I^es lirains son! ( i lermés dans d< ^laiiils vases d'arjunle scellés dans le unir : d(> |an es d'argile ou d(! bois contiennent le lait, le niiei,lebeuri-e, les objets d(; consommation journalière. Deux pierres destinées à moudre le grain, des nattes de jonc, des peaux de mouton servant de lit, complètent l'ameublement de la hutte du kabyle.

Ht ALCERIË.

Leur vèleiiieiil esl uiio chi'inisedc laine ù mariclios courtes, fixée à la ceinture, an moyeu d'une corde : ïhkaik grande couverture de laine de six mètres de long sur trois de large, et le burnous manteau tout d'une pièce, large dans le bas, étroit dans le haut et terminé par un capuchon qu*on relève dàns les mauvais temps et qui recouvre une petite calotte blanche ou roufïoquele Kabyle porte souvent sur sa tète, ordinairement mio. Vhhdik s'attache aussi quelquefois à la tête avec une corde en poil de chameau et sert d'habillement le jour, et, la nuit, de couverture ou de lit.

Les femmes kabyles se partagent entre les soins du ménage et les travaux- agricoles. L'hiver, elles fabriquent des hhmks, ou des tissus de poil de chèvre dont on se sert pour recouvrir les tentés. Leur costume est le même que celui des hommes, seulement elles ne portent point de burnous et attachent leur hhaïk au-dessus des t pmitsau moyen d'une petite cheville en bois. Elles Inif^snil lloKcr icm-s cheveux et niarclient nus pieds. Touteleur coquetterie consiste à s'attacher aux oreilles de grands anneaux de cuivre ou de fer. à se teindre en rouge les ongles, la paume de la main, la plante des pieds et un espèce de tatouage, form&nt des dessins parfois assez pittoresques sur les bras, les jambes et les autres parties du corps. Elles ne se voilent pas la figure comme les femmes arabes et mauresques , et ont même plus dv liberté qu'elles. .Nul)il("s à douze ans, elles sont alors rechercliées on maria}jre.et les ^ uues^ens sont admis à leur faire la cour. Le mariage est absolument , coFume en Europe, un véritable marrîié; seulement comme les peuples d'Europe plus civilisés ont. sur les peuplades à demi-barbares de la Kab^lie, Tavantage de Thypocrisie des moyens, ce qui, chez les premiers, est recouvert de formes plus ou moins transparentes , se traite chez les autres avec franchise et bonhomie. Le prix est à peu près fivéà l'avance : il varie depuis 25 jusqu'à 100 houfljoux (i:^ jusiiu'ii (80 francs^ valeur en arjjent ou en têtes de bélail. Le priv eu est longtemps flebattu, suivant la beauté de la jeune fdleou l'amour du prétcndanL Le marché condu, le marabout donne son adhésion au mariage moyennant quelques présents, le gendre remet au boau*père le prix

^Dtenli ^ amène en échange , dans sa câline, «i fiancée.

Le Kabyle peut avoi^ qnatlre fetnmes. Il peut les répudier. G*est le marabout qui prononce le diTorce sur les grieft les plus légers : une femme qui resterait maigre par exemple. La foninie réjnidiée rentre dans la maison paternelle. Le maii n est remljuiir-se tle la somme qu*il a pnvée en rcpoii<iant que dans le cas où elle se remarie : c'est le second mari qui fait ce remboursement.

A leur naisBadce^ les enfants sont frottés de beurre et exposés à faction d^un feu très violent. Dans ses courses, la mère le porte siir son dos^ et témoigne en tout temps [loûr ses enftnts une soflieîtiide qui pourrait servir de modèle aux mères européennes. Dans les combats elles encourage ni, exaltent souvent les hommes par leurs cris et portent des secours aux blessés.

Le piix du sang est usité dans toute la Kahylie; tout meurtrier peut racheter son crime moyennant 200 à 300 boud* joux (300 à 540 fr.). Si le meurtrier prend la fuite, cette somme est prélevée sur les biens qu*il laisse. S'il ne peut racheter le meurtre, les parents et amis de Tbomicidé peuvent le tuer, ie meurtrier par représailles peut rentrer dans ses l'overs.

fje Kabyle choisit le scheik (chef) de sa tribu (Qabilèi parmi les anciens de sa race. Il est d une grande sobriété. Du laitage, des fruits, du miel, des galettes faites de froment écrasé, et cuites sous la cendre avec de rbuile rance, forment sa noui^ riture ordinaire. Le mets national iavori, c*est le eouscons- Èon. pAte de Më comme le macaroni, préparée avec des œufs durs, des légumes, et cuite dans une passoire de bois, à la vappîir de plantes aromatiques. Ce mets est très nourrissant et d'une saveur fort apréahh*. lis nianLionl aussi des viandes rôties ou bouillies, et surtout un espèce de ragoût composé de hacliis,de tomates, rroignons, de plantes aromatiques. L'usage des couteaux et des fourchettes leur étant inconnu, ils puisent avec leurs doigts dans le plat. Dès que Tappétit est satisfeit, une cruche d'eau passe à la ronde et chacun boit. Si la famille est nombreuse on s'il y a des esclaves, celui qui a

mungê se lève, se lave les mains et va s'accroupir dans un coin pour limier el domui . l u autre lui succède aupivs de lanalte étendue à terre qui sert de tai)le.

Tel est le kabyle sous son point de vue matériel. Morale- • ment, il est ce qu'il était dans les temps antiques. C'est Tancien habitant des montagnes africaines, que la loi musulmane n'a modifié dans presque aucune de ses parties. Intrépide, mais attaché à son foyer; turbulent, mais laborieux; perfide, mais léger; indépendant, mais cupide. Il y a là plus de bonnes et de nmnvaises qualités qu'il n'en faut pour en faire des trihïitaiî ( s mus d'abord et des sujets peut-être ensuite. On ue floil surtout jamais perdre de vue que, même sous la domination turque, dont les formes essentiellement spoliatrices réveillèrent et durent réveiller toutes les antipathies d'une population laborieuse et cupide, la soif du gain poussait les Kabyles dans les villes pour y remplir les emplois les plus pénibles, ceux de jardiniers, d'hommes de peine, de journaliers, de cnlli\ateurs. L'identité de reb^ion n'avait aucune iu- Ibu'nco sin* ce rapprochement, car les Tïûts et les Kabyles n'apparUeniient pas à la même secte islamique. La plu|Kirt même de ces derniers sont encore idolâtres.

Mai res. — Ce (pii surtout doit faire présumer que ce caractère des Kabyles, prétendu indomptable, peut se dompter, c*est Texeniple des Maures qui pourraient bien n'être qu'une fraction de la famille Berbère. Cette fraction, fixée primitive^ ment sur les cotes, se serait trouvée en contact immédiat et permanent avec les civilisations diverses qui se sont succédées en Afrique et s*y serait successivement modifiée; tandis (jue au contraire, dans les montagnes, se serait perpétué le caractère dislinctif de la race primitive. Si cela était, le problême le plus insoluble jusqu'à présent de l'occupation tranquille et paisible de l'Afrique occidentale par les dominateurs de tous les siècles serait bien près d'être résolu: il consisterait principalemcnt à faciliter, chez les Kabyles, les instincts industrieux el cupides ({u'on a de tout temps plus .ilaniu's que i'avorisés. Mai^ (jueique pi'ohables que soienl et l'anHlo^ie d'origine entre les Maures et les Kabyles, elles causes de celte

grande déviation qiai, avec les siècles, a établi entre eux tant de différence, et enfin les motifs identiques qui, ayant dans lo^ temps réagi sur les Maures. Deuvp.n* /la ne L

^AuiK^iJiie ei men cimentée surmonte la

maison qui n*a qu'un étage au-dessus du rez-de-chaussée. T. I. 9 .

grande déviatioii qui, avec les siècles, a établi entre eux tant de différence, et enfin les motife identiques qui, ayant dans le temps réagi sur les Maures, peuvent dans les mêmes conditions réagir sur les Kabyles; tout cela est trop naturel pour être

admis et accepté. En fait de chronologie, on n'a foi, de nos jours que dans ce qui est obscur, improbable, hasardé et pédant : on n'est savant qu'à ce prix. Il en sera ainsi tant qu'on accordera un reste d'influence à ces sanctuaires de niaises puérilités, de routines, de préjugés et d'intrigues qu'on appelle des Académies*

Quoi qu'il en soit, entre le Blaure et le Kabyle il y a aujourd'hui toute la différence qui existe entre un peuple qui a emprunté à la civilisation ses formes les plus vicieuses et les plus abrutissiintés, et celui qui a conservé toutes les formes rudes, farouches, actives mais positives de la vie à demi-barbare. Les Maui t'S sont mous, efféminés, intolérants, fanatiques, ils ont subi le joug de tous les conquérants qui se sont succédés sur les côtes septentrionales de l'Afrique. Dans les temps qu'entraînés par l'ardeur du prosélytisme, ils se firent les plus ardents propagateurs de l'Islam, ils eurent mille brillantes qualités : le déâr, la passion et le courage les poussèrent vers la conquête et la civilisation; mais ces (qualités disparurent avec la ferveur du zèle qui les avait développées. Il ne resta d'eux qu'une souche pourrie, composée d'éléments très hétérogènes et dont la pureté primitive s'était sensiblement altérée par un croisement continuel, soit avec les peuples qui les avaient vaincus, soit avec ceux qu'ils avaient subjugué. Tels ils sont encore aujourd'hui.

La demeure des Maures est élégante et ridie à l'intérieur. C'est une grande cour quadrangulaire, souvent dallée de marbre et entourée d'un pérystile. Au premier étage, une colonnade, sui luuntée des voûtes ogivales, soutient une galerie circulaire. Les colonnes, ordinairement taillées en spirale dans leur moitié supérieure, sont d'un très gracieux effet. Les portes et les croisées des appartements s'ouvrent sur cette galerie. Une terrasse blanchie et bien cimentée surmonte la maison qui n'a qu'un étage au^easus du rez>de-«haus$ée. T. I. 9 .

idO. ALGÉRIE..

On entre d'abord dans un vestibule meublé do deux- rangées de bancs. Là le maître reçoit les visiteui-s, expédie ses affaires et, sauf les cas extraordinaires, nul, pas môme les parents, ne pénètre plus avant. Dans les cérémonies telles qu'un mariage, la circoncision d*un enfant, etc., les jparents et les amis sont admis dans la caur» abritée alors par une tente et dont le sol est couvert de tapis ou de nattes. Les appartements intètieurs sont, chez les gens riches, luxueusement ornés. Le velours, le damas tapissent la partie inférieure du mur dont la partie supérieure est couverte d'ornements en plâtre ou en stuc. Le plafond boisé est divisé en compartiments : on y voit ordinairement des peintures assez belles; on y lit de* passages du Coran tracés en lettres d*or et encadrés dans des moulures dorées. Le sol est carrelé de briques vernies, diversement colo* nées et simulant une mosaïque^ il est toujours recouvert de tapis dont la richesse de la matière et le fini du travail sont parfois remarquables. Au lieu de chaises sont rangés autour dé rappartcment des carreaux de velours ou de damas. Les lits sont à l'extrémité de Tappartement, sur une estrade élevée d'un mètre environ et entourée d'une balustrade. Tous ces appartements ne prennènt jour que de la cour : les maisons n'oot du côté de la rue qu'une petite fenêtre, garnie de jak)usies.

Le Maure est sensuel, fàstueux et apathique. Sa table^ .d^un bois incrusté, haute de douze à dix-huit pouce$, et devant laquelle il s'assied seul, les jambes croisées, sur un tapbou sur

un coussin, est assez bien servie : de la volaille, de la pâtisserie, du couscoussuu, du mouton confit dans l'huile et des fruits frais ou secs la composent ordinairement. Le vin, qu'interdit la loi du Prophète, commence à remplacer l'eau. Le Maure peu riche mange peu de viande et s'abstient de vin. 11 est peu industrieux, peu actif, peu entreprenant; mais, en général, hypocrite, intrigant et rusé, possédant ainsi les talents des ètm bibles.

La loi religieuse permet aux Maures trois femmes légitimes

et autant de ( oiu iihines qu'il peut en nourrir. H n'y a entre ces femmes qu une sorte de degré hiéi urchiquej mais les en-

ALGÊRiS. m

fants qiiî en proviennent sont égaux en droits. Voici à peu près la détail de la. juunicu d'une l'ainillc mdui'ei»que. Le matin, e9 sortant du gynécée, le chef fait sa prière. Pendant ce temp% les femmes font leurs ablutions; après avoir bu le café, elles {Réparent le repas de midi. Quand le maître e^t vamm^ idf m^9ont passés aux femmes et aux dofants, et, wpf^Wf iKCtf. ^I^ves. Après le diner» h «este; aprè» la éeiÀ^y eacori II Çf^i^y les 9snh^t»t réumon du maître et des femmes juqu'à li f^aiipn du soir. Les femmes montent al^rs preadre le (Mi sur les terrasses. Le maître va s'asseoir dans un café kiamr$ à jouer ou à boire du café.

Les femmes ne sortant en quelque sorte jamais, et ne sachant ni travailler même à l'aiguille, ni s'occuper, mènent unç v^ntable existence de far nimu. Elles n'ont aueune pè^ de SQUci du ménage et ne s'occupent entièrement qne M vÎTré et de se parer. ^

On sç rend peu de compte, en France, de la cîtiiatiDii des femmes mauresques. On les croit malheureuses» et si on In assujettissait, pour un jour seulement, aux transes, aux tracas, aux préoccupations de la vie matérielle des femmes d'Europe, elles échangeraient vite cette situation bi vantée contre celle de la dernière de leurs négresses; aussi deviennent-elles géné» ralement fort dodues etfortgrasses, cequi, du reste» i^oostitue çliez les Orientaux un des types delà beauté*

De temps à autre dans les gynécées, une t^t un violent exercice, rompt la monotonie d'wne exist^œa qu'on est convenu d'a|^elcr Dsœtidieuae ou malheurense.

Le jour fixé, les femmes réunissent leui-s amies et leur» voisines. La salle affectée à cette danse est ordinairement une chambre longue et obscure, au fond de laquelle se tiennent assises, les jambes croisées, cinq vieiUcs femmes. Une d'entre elles, réputée sorcière, brûle de l'enceus dans «ne cassoletlaf allumée : les qpuatre autres fermeoi une espèice d'orchesU^^^ en frappant en cadence sur des espèces de tan4)om. C'est l'accompagnement de la danse. Les femmes qui sont Hipeur danser ou pour voir danser, sont assises accroupies aiitpHr ikl, la salle.

• Une cJan^oiiso paraît scu!c : se penchant aii-dos*^us de la easfiolettc ou liuue l'encens, elle en aspire des bouifées : sa figure s'anime, ses narines s'ouvrent, sa poitrine se gonfle : «près quelques contorâons, elle aspire de nouveau la fumée aromatique; puis au aon des tambours, dont la mesure est 4*abord lente, elle commence à agiter le torse, à remuer les liras : peu à peu la musique augmente de force et de vitesse, cl la danseuse précipite ses mouvements. Bientôt la musicjuc deviest saccadée, furieuse, accompagnée des cris aigus, des longs hurlements des musiciennes. Ce chant infernal électrîse la danseuse : ses traits s'animent, son œil brille : elle bondit, se convulsionne, toute son organisation s'agite et frémit, et, parvenue à ce fiévreux paroxisme, elle tourne sur ellennème avec une e0rayante rapidité jusqu'à ce qu*eUe tombe presque inanimée sur le sol, où 11 est rare qu'elle ne se fasse pas quel- . que large et profonde contusion. Sa peau est alors fi^ide, son pouls imperce J)tible, se perdant peu à peu : les battements du cœur peuvent à peine être saisis. La figure, le corps, ont une apparence cadavéreuse. Les traits sont crispés et décolorés, les mâchoires serrées, les l^res blafardes : les yeux seuls restent ouverts, fixes, les paupières immobiles. Le torse est raide et 1^ articuhitions sont inflexibles.

- Telle est cette danse pour laquelle les femmes mauresques ont une afibction particulière. Lorsqu'une danseuse, après avoir passé par toutes ces phases d'agitation et de convulsion est tombée évanouie, une autre, plusieurs autres lui succèdent, et la convulsionnaire tombée revient peu h peu à elle après quelques aspersions d'eau parfumée sur ie visage, et quelques frictions sèches sur la poitrine.

Le costume des Mauresques, hors de chez elles, n'est pas coquet, n se compose ' du serùuaMrzankay long et large pantalon blanc fixé par le foulah^ longue ceinturé en soie rayée, se nouant par devant et dont les bouts retombent jusqu'à terre. Par dessus est jeté le hhàik et telhhit, ample tunique flottante, fixée par de longues épingles en métal à sa partie supérieure. Le tout est recouvert par le takhelUah^ large pièce de coton blanc ou de soie qui couvre la téte, descend

jusqu'à mi-jambe et l'enveloppe de toutes parts. Le eûdjar^ mouchoir blanc déployé sur sa figure, jusqu'au dessus du nez, achève de cacher les traits et ne laisse de libre que les yeux. Ainsi habillée, la femme mauresque n'est qu'une masse blanche, informe, se mouvant avec lenteur, et ne laissant soupçonner la vie que par des yeux noirs brillants, qui scintillent dans l'espace laissé libre entre le takiielilali et Veûdjar, ^ Mais au-dessous de cette enveloppe est le coslume d'intérieur où la grâce le dispute à l'élégance : il y a le costume négligé et le costume d'apparat. Chez les femmes riches et même celles de la movenne classe, l'un et l'autre sont d'une grande richesse. La coiffure est surtout très gracieuse : elle se compose d'une petite calotte en velours de couleur vive, fixée à la partie supérieure de la tête par un foulard noir et rouge, roulé au-dessus de la naissance des cheveux, et dont les bouts tombent sur les épaules, enveloppent ou laissent échapper de longues boucles de cheveux noirs flottant avec grâce. A cette coiffure les matrones ajoutent souvent le sarmah, sorte de tiare en or ou en argent, travaillée à jour, un corsage en soie, espèce de gilet court ouvert par devant, et fort étriqué : une riche et large ceinture en soie et or, un pantalon fort court et d'étoffe prescpie transparente, fixé à mi-jambe, complètent ce charmant négligé, relevé [)ar une profusion de bijoux et de moyens accessoires qui jouent un rôle très important dans la toilette d'une Mauresque, tels que de se noircir les sourcils avec Vafsali, espèce de préparation de noix de galle, et Tintérieur des paupières avec du qlihol, anlinîoine. Elles se peignent aussi les ongles, la paume dos mains, la plante des pieds avec la couleur rouge du Iwinah. Les signes, les tatouages sont en grande faveur aupiès d'elles : les uns, espèces de mouches ou signes, ne sont que passagers, ils s'appellent lilutnu'.; les autres sont permanents, ce sont des fleurs, des croix grecques, des petites figures capricieuses, ils portent le nom d'ozi-, cham. Dans les occasions solennelles, elles mettent au-dessus du corsage et du pantalon, une riche hniique ouverte en soie rouge ou bleue et où l'or et l'aj-^ent ee marient capricieusement en élégantes arabesques, i^^i ^

' iU ÂLGÊRiË.

' Im tAnfëi^ mi généralétnént Mà fèltés. Tt'imèliii-

lâtttes, capricieuses, voluptueuses, elles réunissent au\ attraits d'une femme passionnée, les caprices d'un enfant et une insouciance, une nonchalance qui n'est pas sans charmes. Prc^ que toujours renfermées, elles ne quittent la maison de leur père que pour celle d'un époux. Mariées dèsqu'eU® sQOt nul^iles, à onzé ou douze ans, elles sont assez souvent gï^d» mères à l'âge dè tingt-diiq aus. Leshommes et les fjet^ès pe eoiliitttiidqtiéiii pas entre eut, lesmamgessefbntpat kfi-i^ ikient particuliér entre les parents, sans même que téSs ebfiiïïb se soient jamais vu^. C'est ordinairement une matrone, espèce d*entrÉ(metteuse qui se charge de les négocier. Le prétendu l'engage, moyennant salaire, à s'introduire dans la maison de la jeune fille, et à s'assurer par elle-même de sa beauté et dè ses qualités. Dans Tespoir d'un double profit, elle laisse pçrcèr la mission dont elle est chargée, et si le parti proposé est sôi^^ table» elle mi^nque nurement d'obtenir des eadleau)Lde(i |Âirents» pour l'engager i iSairèiraloir la beauté de leur ttle. tkaà èes sortes de négociations, la messagère trompe souvent uA des deux partis, et parfois tous les deux. Si les informations prises sont satisfaisantes, la demande en mariage se fait par le père du jeune homme ou un de ses parents. Les deux pères, une fois d'accord sur les préliminaires, se rendent chez le cadi qui, après avoir inscrit sur uu registre la somine qu^ le ftitur est contenu de donner à son épouse, se prosterne àvèé les contracteurs et adresse à Dieu une prière particulière pour bénir l'union qui Vient d'être conclue.

Le jour convenu pour le mariage, la jeune épouse, après iivoir été conduite au bain, est parée de ses plus riches habits. Chacune de ses amies prend part à sa toilette. L'une, lui attache sa belle ceinture, eùzame; l'autre lui passe sa riche tunique, rlililah \ une troisième lui atlache au haut du front un petit bandeau en brillants, s'/re/" ou ses longues boucles d'oteille mettaff ti^e ou son collier de sequinsmcfMt/i, oubièll encore lesmsds et les kholldud, cercles d'or ou d'argent qui brillent : les premiers, à l'avant-bras, les seconds, à la che^ tille; d'autres enfin lui passent aux doigts les braim. bagues

én brillants, arec im cachet ; lui dcssirif nt nnp fleur ou une petite croix grecque au milieu du front ou au bas du menton, #1 lui teignent en rouge, avec da hetauàf les ongles, la paume 4m maifis et la j^ant^ des pieds.

Cette toilette adievée, la fiancée s'assied Sur un ënxk d'où ^eiié se lèire qu^au ecmeher du sokfl peiÉr aller ftèuvei'^^^ iSiari.' Ses pavents et ses amies ou?reBt la léarelie^ pr6èédfia de nègres ou de négresses qui portent des lanternes allumées. Les femmes sont enveloppées pardessus leur toilette, dans leur tahelhilah : on dirait des faii(()ines si le silence de la marche n'était fréquemment interrompu par des cris de joie. La fianeée marche entre deux vieillards t arrivée à la maison dé son futur, elle est introduite dans une diambre illuminéé en féiPém de oouleur, décorée de riches teintures et de flêuÉ^ et 0^ est dressée une table ekargée de met» et de wAt^*^Uà hOitHnes, parente et invités soupent sous Ut galerie : lé fnàri est servi à part, seul dans une chambre, pour ne pas être excité è la débauche et pouvoir se présenter décemment devaîd sa jeune épouse. A minuit, heure à laquelle les mosquées sont ouvertes^ lorsque le muezzin du haut du minaret de la motK quée annonce la première prière du jour pat ces paroles solèàtièlleB : «Il n'y a qu'un Dieu : Dieu est grand et Mdièéiet t est son prophétè ; hommes, salut au nouTeaù joiii^! priés « Dieu là où vous êtes; les prières sont bonnes partout. » A «eite heure ohaenn se retire et les deux époux se réunissent. ' Le Maure peut avoir trois femmes légitimes et des concubines en tel nombre qu'il lui plaît. Il peut divorce i avec les premières dans certains cas spécifiés : il peut vendre ou renvoyer lesautres selon qu'elles sont esclaves ou libres. La femme légitime ne peut divorcer que dans le cas d'une absence trop pi^ottgée de la part du mari. ËUe se présente devant le eadi^ et â sbn grief est trouvé légitime etté eist déclarée libre de se fé^ marier. Si pendant l'absence du mari^ même en d^erii dà terme de gestatibn voulu, la femme met au monde un* énfttnt^, le cadi, mandé à cet eflet, se présente, et au moment de 1 enfantement, en présence du bajarah (opérateur), il dit à la femme un verset du Coran, ainsi conçu : « Oet enfant était

« couché dans votre sein et il s'est levé. • Dès i|ue le mari est de retour, la femnie lui répète : a Un enfant était couché « dans mon sein et il s'est levé. » Cette simple formule ainsi

sanctionnée par une forme à la fois religieuse et civile, suffit parfois pour éviter toute autre explication.

Ml nie après la répudiation, un Maure peut reprendre sa femme. Si elle est remaiiée, il engage celui qui l'a remplacé à la répudier : il paye dans ce cas une indemnité; si la femme est restée libre» il ne peut la reprendre qu'après l'avoir faite « épous» par un individu payé à cet efiTet, qui la répudie au bout de vingt-qualie heures et la lui rend sans avoir usé de ses droits de mari. Il y a même, parmi les Maures, des hommes lipécialement voués à ce genre de commerce.

Les cérémonies mortuaires, les naissances des enfants, leur circoncision, leur mariage, sont à peu près les seules circonstances où l'intérieur d'une maison maure s'amme un peu ; en tout autre temps ce ne sont que des somptueux tombeaux où la vie s'écoule au milieu de toutes les sensualités raffinées do Tépicuréisme antique. Gelas'entend principalement desMaures riches; la vie des pauvres est comme partout» une vie de tOK vail, de transes el de soucis.

Le Maure cultive peu lu lerre ; le commerce est son occupation principale. Le tabac, le savon, le café, le sucre, les porcelaines, les fruits secs et frais, les outils, les bijoux, la quincaillerie forment la spécialité du commerce des uns; les autres vendent les toiles, les tissus de laine et de soie, les broderies, les maroquins, les parfums, et exercent principal^ent les professions de luxe indigène. Mais l'occupation française a singulièrement restreint les débouchés de leurs produits, et avant peu les annulera entièrement. En effet, d'une part h . iX'nchcrissement progressif des denrées n*est déjà plus en rapport avec les bénéfices du commerce des Maures ; de l'autre, rémigration successive des riches familles indigènes que nos mœurs, surtout en ce qui concerne les femmes, blessent et chassent, enlève à l'industrie mauresque sos uniques consommateurs: ce sont là deux faits malheureux auxquels il s<ira difficile de remédier. Aussi est-il à craindre que cette partie de la

population afrîeaîne qui pourrait rendre de grands services si

i on savait agir a son r'^iivd avec plus de circonspection et de ménagement, ne sera bientôt plus qu'une source de paupérisme, de vagabondage et de prostitution.

Arabes, bédouins. — Les Arabes se composent de deux populations très distinctes : les Arabes sédentaires et les Arabes' nomades on Bédouins. Les premieis habitant les villes ou les^ villages, vivant bourgeoisement de leurs rentes ou se livrant, au commerce ou à l'agriculture, ont une manière de vivre assez régulière et différant peu de celle des Maures avec qui, ils avaient en quelque sorte fini |)ar se confondre sous la domination turque. La uième politique qui attacherait les Maures à la domination irançaise, y rattacherait probablement aussi cette classe d'Arabes , quoiqu'elle descende de ces fameuses tribus de T Yémen que nous avons déjà vues, sous le règne des Katifes conquérir cette partie de TAfirique sur les Byzantins, leslflaures et lesBeri>ères. Leurs mœurs diffèrent peu de celles des Maures et nous aurons peu ànous en occuper, il n'en est pas de même des Bédouinsqui ne les regardent qu'a» vec mépris et ne les considèrent que comme des fils dégénérés du désert.

L es Bédouins sont comme lesKabyles divisés en tribus indépendantes, souvent ennemies, mais qui cependant ne forment qu'un corps de nation. Les Bédouins habitent sous des tentes fones de poil de chèvre ou de chameau, noires ou brunes, de *fonneoblongue et qu'ils appellent iiimas. Ces tentes spacieubien ventilées sont divisées en plusieurs compartiments, dont des rideaux mobiles marquent la séparation. Dans l'un qui est à l'entrée on reçoit les Ciranjrers , on traite d'affaires ; 1 autre est occupé par le chef de famille ; les femmes et les enfants sont dans le troisième : une autre' tente sert à enfermer le bétail. Chacune de ces tentes contient une ou plusieurs familles dont le nombre se compose de six à quinze Individus. Leur réunion a un nombre indéterminé de dix, et au dessus forme un douar : elles sont ordinairement rangées en cercle au milieu duquel sont souvent lestroupcauxjlcscluunsiodciit à l'cxitour et font une garde très sévère.

V^mmhlèméni décès tentes n'est pas luxueux. Trois $frc« sont placés au milieu. Dans l'un est du blé, dans l'autre de VoTgfi : le troisième sert de coffi-e ou de bahut. Dans ub coin sont un moulin à brasy deux grandes jattes en bols pour pré- {Mffer le coucoussou^ des outres en peau de dièvro potiv traire lé lait et faire le beurre, deux grandes outres gondronnées ler» tant à puiser Teau, un seau de cuir, une poéllette à torréfier le café et quelques nattes de jonc. Si à ces ustensiles de première nécessité ic Bédouin joint un long fusil de forme albanaise, deux pistolets, une lance de huit à dix pieds nommée mezraijy un coutelas, un yatagan, quelques chameaux mâles et femelles, des chèrres, des poules et surtout une jument haiv nachée, il est riche.

Le donar s'établît autant que possible aux environs d'une jQnrce, sur le bord d'un ruisseau ou d'une rivière, à proximité de pâturages. Un ou plusieurs forment la tribu qui est ellemême composée d'une oude plusieursTamillcs principales dont les membres portent le titre de scheiks ou seigmeurs; ainsi par exemple, le général (le briiTade, Mus(ai>ha , au service de k France, s'appelait: MusUipka-Ouled-hmaët'Ben-Kaddour^ Sche'ik-el^Mezahri, ce qui veut dire : Mustapha, enfant de la tribu d'Ismaély fils de Kaddour, seigneur des terres de Meiâhri.

A rétablissement du doiiar, latente du sdieik se dresse fat

première : les autres se dressent autour. Le gouvernement de la tribu eslà la fois monarchique et démoeralique. Pour tout ce qui se rapporîc aux intérêts moraux le scheik est presque toujours juge suprême : quant aux intérêts matériels, il prend Favis des autres chefs de l'ainiUeset n'a, dans lesdécisions, que Tautorité de l'influence qo*il a su s'acquérir. En cas de guerre il commande. Si sa tribu est asses forte pour que d'autres trop ftiblespoilr restèr indépendantes viennent rechercher sa pr<» tectioh et son allisnee, les scheiks de cet petites tribus sont sous ces ordres imttlédiats. C'est en tout l'ancienne forme du gouvernement patriarcal qui s'est perpétuée sans altération. Ces scheiks eux-même, la plupart avancés en âge ont. d;ins la phvàioaQmie^uei(;ueclio$edebibiic^iie : ieur parois est brève.

avec respeot ol^dtmUlÀç ^ iem< réfiéinitt^

seik, on croit voir fies patriarches d'un aulre à^e. ^-ti.-fTfr' Taiit qut) le lioii où s'est fixé le douar [)L'ut suiiireàln nourriture des bestiaux, ëi une « ausc amdtnlpllo comriKî une ^l^ro, une sécheress%itti#ii|iondation ne i en chasse^ ta tribu

la braise ou'dan^derp^titesfïoèles: Dtoiia^eiiéakinttttviliajott^

teut a ci'Uc frugale iiuurrilnr<.' la viainlo et le couscoussôu. La somme d'aliment ffiie prend un Arabe ne dcpasbe guère huit onces par jour : cepeuddiii il aime la boDtu chère, et quand

duHi^i^bi ieree <H M Taëiit^ int^i: maisiésfiédoiiiw ont èit

[grandes passions et de grandes haines qui prennent toute leur suuKiî dans des iiiuiàitiées invétérées et dan^ un \ idlciil désir d'as^ uni- la domination dp leiir rare parliruliere. En général les tribus sont natureiiemeut jalouses les unes des autres, ^ eU#flâ^#(6iU,pius entiis ^Uiet (qu'elles iié.hals$eii4Mi€«(è l^liM^qg^vpk O^p^i^spérer en ei^i^oitàiit aTeoiàmwpj^èei^

nomiFeaux bmins qu'il» finltvoiit pe^étreifaroâs de ItifieBpÉbli

Ce moyen peut être long, mais il est sur. Qui 'qiieimatitaisque jioit ainsi le service qn»^ leur lijaûioils, la France en reli* rera et delagloire ehlu proiit.

L'industrie des Arabes est en partait rapport avec leurs be- ^11^ :.^ derniers étant bornés au strict nécessaire, l'aulfi lia, Allasse gji^f^ a^ ^t^^ I^i3iUtuflailiiwiW^4d^t!oif^

Oigitized

ALGËIUE.

dustrie agricole ; ils ne sèment et ne récoltent guère pour les besoins ds leurs femilles. Quand le douar est fixé près d'un pâturage qui peut suffire longtemps aux troupeaux delà tribu, ■ils cultivent des citrouilles, des cono(niyi>res, des melons, des tomates, des poivrebngs. Ds Tondent l'excédant de ces productions, les jeunes têtes de leurs bestiaux, des fromages, du beurre, de la volaille, des peaux de botes ainsi que des plumes d'autruche. Ils achètent avec le produit de ces ventes ce dont ils ont besoin eu ustensiles, étoffes, poudre, armes, et, comme les Berbères, enfouissent le reste de leur argent. C*est encore là un de leur principaux points vulnérables. Le mobile de l'intérét fera plus pour la civilisation que la force des armes : avec le premier on s'attadiera facifement lesBédouins; avec l'autre on ne pourra que les exterminer ou les refouler dans le désert.

Tout le temps que le Bédouin ne donne pas à l'agriculture, à sa garde du troupeau et à la guerre, il le passe dans la quiétude et Toisiveté. U reste des journées entières à la porte de sa tente, fumant ou prisant, et passant de longues heures à contempler son cheval, le compagnon de ses dangers, Tami fidèle de sa vie acddeniée. Le cheval c'est la moitié de son existence; le point oii se concentre une de ses vives affections : l'Ârabe en effet n'aime que quatre choses : son cheval, son sabre, sa Jaugue et le nom do son père.

Les chevaux sont divises en deux castes bien distinctes : les Qâdiskisei les Qôclanis. Les uns et les autres sont de moyenne taille, sans luxe de forme, mais vigoureux, rapides, infatiga- Mes et d'une grande sobriété : lorsqu'ils restent oisifs, TArabc leur laise brouter pour toute nourriture Therbe des pâturages^ il leur donne un peu d'oige et de la paille hachée quand ils doivent travailler. La nuit on leur met une entrave aux jambes de devant et on les attache par une longue longe à des piquets fichés en terre. Les Oâdiskis sont les chevaux de race inconnue : ils sont peu pris<^s et linployès aux travaux communs. Les Qôcianisy au contraire, sont ceux dont la généalogie remonte à des milliers d'années; cette race est presque l'objet d'un ouUe. On apporte le soin le plus vigilant à empêcher

toute mé$aillaiiee:peiidaiit qu'aucun registre ne oooitate Tétat civil de leurs enlknts, plusieurs témoins sont toujours appelés à

la naissance d'un poulain, vl un acte de nativité en bonne et duc forme est signé par eux. Aussi les Arabes qui ont perdu la généalogie de leurs rois» oot-iis précieusement conservé celle de leurs chevaux.

Le culte des ancêtres fut, avec la religion des tombeaux ^ eommun à l'antiquité entière; les Arabes n'ont pas répudié cette belle tradition qui suppose la liaison et la succession des familles. Avant Hahomet, à h pierre tumulaire d'un parent ou d'un ami, l'Arabe attachait un chameau et Ty laissait périr de faim, pour que le parent ou Fami ne fût pas obligé d'aller à pied lors de la résurrection générale des êtres. Aujourd'hui cette coutume a disparu , mais le cadavre est lavé avec soin, savonné avec une décoction d'aromates, exposé à une fumigation de benjoin et d'encens et paré de vêtements neufs. Après un jour et une nuit, dès le lever du soleil, le corps placé sur un brancard est transporté à la tombe qui a été préparée pour lui : les parents et amis raccompagnent chantant, pendant le trajet, une hymne funèbre. Arrivé au lieu on il doit être enseveli, on le dépose sur le bord de la fosse et son plus proche parent s'écrie, en lui tendant la main : — « Frère, ré- « veille-toi, reviens au milieu de ceux qui t'aiment! » Puis se tournant vers les assistants : — « Uélas, dit-il, il n'a point « répondu. il dort du sommeil des justes : que le prophète « hii ouvre les portes dn ciel ! qu'Allah le reçoive dans sein ! v Le corps est alors déposé dans la tombe qui re^e vide et qu'on recouvre de larges pierres sur lesquelles on élève un petit mur d'un pied de hauteur environ. La famille y vient huit jours durant brûler de l'encens, prier et pleurer. Les enfants des veuves et les orphelins qui viennent y faire leurs dévotions y ont part, pendant un mois, si la famille est aisée, à une di* stribution de fîgues, de dattes et de raisins secs.

L'Arabe est plus religieux que le Kabyle, mais beaucoup moins que le Maure. Cependant il pratique plus religieusement que ee dernier certains préceptes dn Coran, tels que celui de s'abstenir de vin et de boissons alcooliques; mais il

m ALOABIE.

est d*autrcs préceptes, celui des ablutions surtout, qu'il néglige trpp. Le» femmes prmcipakmeut auraiôuty sous ce rapport^ bien besoin d'uné léforme.

Lf» Bédouinesiont mal profres et généralement kided. lUs Cotise à quince au eqROibuit^ «Uei ont mro figure mei avenante, mais elles sont petites, rebondies, et les lignes onduleuses de leur corps manquent totalement de grâces et d'harmonie. Ce vice est dû à ce que, dans leur jeunesse, elles smi dressées à porter des fardeaux.Dès l'âge de cincf ans. les rnères. pour les hâbituér à porter des charges d'eau et de bois, les font tenir pendant une heure environ^ par jour, couFbées vers la terre avec une pierre de huità dix livrai sur les reins.

Leur habilkoient ae eompose d'nm longue chemise eii laina blanche, grossière. étoffe^^i'eUes ont tissée elleB^mémes, une eofde m crin noir on one ceinture de cnir tnenisiée de plaques métalliques, ramasse les plis de la chemise et les nidiiitient autour des hiiiiches. Leurs cheveux, qndies ont fort longs et fort beaiix, sont entourés d un coi (loi) rouge et roulés autour de la tête en plusieurs spirales, de manière à former un turban : quel<^es petites mèches, ménagées à dessein, en^ trelaeées de rubans ronges auxquels sont suspendues des pSéoea de monnaie, flottent vagnemeat sur lus épaides ou désolent assez coquettement sur le front et les tempes. Un grand eoK lier, formé dedousde girofle, d'andl>re brut, de fnottseanic de corail ou de cuivre; de grandes boucles d'oreiHes de cuivre fixées au nombre de quatre ou de cinq, non senleinent au lobule, mais encore à l'héhx; de firaiids lumeaux en cuivre aussi aux poignets et aux chevilles, et entin des tatouages non seu-* iement à la figure, mais encore sur la presque totalité du corps, ecHuplètent kur iQustement. £Ue& vont ordinairement à viaage découvert.

La vie de la Bédouîno est péniUe et n^a rien 4e f insoncîance, de la votuptoèuae ajiathie de celle des Mauresques. La Bédouine n'est, en quelque sorte, qu'une béte de somme de plus dans le ménage. C'est elle qui trait le I nHaîl. bat le Ijem re, lait le iromage. moud le ble, prépare la nourriture de la fa- |BaiU6f mcàsiKhfirpac^ais^ àde^g^

Ml : c*ett eHô Qui MigilQ bétes de charge, fait tes tramdl 4tt labourage, lave les pieds de son mari quand il revient éh

course. Elle travei^se le désoii a sa suite iKu lant quelquefois sur SOI! (ItK un (m ,U'\\\ enfants, sui-scs épaules ou a sa main, dos ustensiles de ménage, tandis que le Bédouin, à chenal ou éteDdu sur sa natte, fume tranquillement sa pipe ou bien» peqdant ses longs joijuTs de repos, s occupe à pëiae 4 Mr^uCr ^elquési^ljete néee^eaires à la famille et à Ir^Ker^ av0e éea branches 4*i>àer et des ffagmeats d^écorce d'agaTe^ des nattes, des paniefsetdes vuelies à miel fart habilement eensbruiteli.

Le ip^ariage, chez les Bédouins, se pratique comme ehez les Kahvieset les Maures, selon lu mudt aatique. Le çrendre lutiui<iif (Jcs |)it >( iits au |M rr (Ml à In mère, et olitieiit la tille : le cadi ou le chef de ta tnhu cuiilirme 1 union. Cet usage se pratiquait chez ie^ anciens hai)itants de Tlude, de la Grèce, de rÉspagne, de la Germanie, de la ïhrace; les Gaulois n'en étaient pas d'autre. U en était de même du temps des patriai^ ches où, celui qui épousait une fille, Tajehetaiti soit par des services rendus au père, soit par des do^s. Abmham (luirge Eïiezer deprésenisen Fenvopntdemander Rebecca pour fsaae. Jacob, pour épouser Uachel, sert l .aba.n pendant sept uns. Siclî< Ml, <l('iiian(laul cii luari i^Li*; Diiia. dit à Jarob: « Je vous dunnerai tout ce qut; '>uus voudrez. » Cette coutume a ete longtemps après générale. Homère ij^t Uii*e k Agamemnon à Achille, qu il lui donnera une de ses filles sans exiger le moin* dre présent. Pausanias rapporte 4pie Danaûs ne (rouVant pas à naHer ses filles, à cause du crinke horrible qu^elfes àtaieht «o6imis> fit publier qu'il ne demandait pas de pMstels à ceut qui voudraient les épouser.

I,' s It iiuiH^s n'étant pas enfermées chez les B( (Iduins et les deux s ( (ant libres de se \oir, les mariages sont laieui assortis que chez les Maures, et la iidrlifi conjugale mieux observée. Aussi, malgré des tentatives assez communes de sédue» tion, ne peut-il s'établir que très exeeptionnelleDittitlme ititimité entre les Francis et ks BédeuinéS. Cette Sévérité dé principes des femmes ressoii évidemment d'un oÉdrë aodal 4eiv lequel on proibssd en France iamé^JtfloBjiiuIrèanh-

us ALGÉRIE*

dant et qu'on jugerait' a^ec plus de réserve sî Von voulait se

donner la peine de rapprocher deux faits qui ne manquent pas d'analogie. Une occupation de quinze années iia pu amener aucun changement dans cette sévérité de principes des femmes arabes : c'est plus que de l'antipathie, c'est une sorte d'horreur qu'elles éprouvent pour ceux qui iùnt nuâtres chez eUes. Cette exaltation de patriotisme a Ûea son mérite, 8ur« tont si on met en regard ce qui se passa en France lors de rinvasiondel8l4et 1915, où, après quelques jours [d'occupation, les ennemis forent assez généralement traités par les femmes sur un pied d'cgahté parfaite avec les Français.

Revenons aux mariap:es des liédouines.

Lorsque les conditions ont été débattues et acceptées de part et d'autres, les époux sont fiancés par la simple déclaration du cadi ou du scheik. La cérémonie nuptiale n'a lieu qu*un an après les fiançailles. Dès le matin du jour fixé pour la noce, les parents et amis de la fiancée se rendant diez elle et la parent de ses plus beaux Tétements. Les amis et les parents du mari se présentent alors précédés de deux femmes dansant un pas lent au son d'une musique composée de cornemuses et de tambours de basques. Chaque hoiuiiie fait un cadeau à une des (lansonses, et la fiancée se prépare à quitter la tente de son père ; elle monte sur un chameau et s'assied dans un &uteuil d'osier recouvert de nattes ou de fourrures. Ses amies ou ses parentes suivent à pied le chameau ; le mari vient après au milieu du groupe des invités à pied ou à cheval , qui disposent leurs fiuîb et leurs pistolets pour une décharge générale. Le cortège se met en marche dans cet ordre pour la tente de Tépoux. Pendant le trajet, ce dernier dierche à s'approcher de sa fiancée, mais les femmes qui entourent le chameau lui barrent le chemin en poussant le cri lou lou lou ! qui est à la fois un signe de réjouissance ou de tristesse suivant la modulation du ton sur lequel il est prononcé.

 cent pas de sa demeure, les femmes lui livrent le passage : il s'approche de sa fiancée, Tenlève malgré sa résistance et l'emporte dans sa tente où il reste seul avec elle. Le cortège s*arrète ; le marabout se tient sur le seuil de la tente debout*

les mains levéos ai» ciel ; quatre des amis ou parents des époux se placent aux angles de la tente, tenant leurs fusil en joue ; autaot de jeunes iiiles prennent place à côté d'eux et brûlent des arômes et des parfums. On observe le plus profond silence, et au moment bii un cri retentit sous la tente, les jeunes filles répètent trois fois le cri de Tépousée; ialors le mara-^ bouts*écrie : « Frères, le prophète a béni cette union, vous « comptez un enfant de plus dans la tribu. » Une salve gé-' nérale accueille ces mots. -

La cérémonie n'est pas terminée là. Auprès de la tente, dans un espace ombragé d'arbres et ménagé à ce sujet, est servi dans une partie le repas de noces sur des nattes étendues sur le sol. Tout auprès sont les nippes, les bijoux, les vêtements que le mari a donnés à sa femme; Tépoux sort de la tente et se dirige vers ce lieu oit les invités le suivent; les femmes sd séparent des hommes, formant ainsi deux groupes séparés. Un \ieillaid harangue l'assemblée; à un signal donné, les hommes courent vers la tente du mari et en ressortcnt en poussant de grands cris: un y rentre, et paraît peu après, portant la mariée sur ses épaules qu'il va déposer en courant au milieu des femmes ; alors la nouvelle épouse étend les bras et tous les hommes tournent le dos aux femmes, qui la déshabillent com^ plètement et lui passent la chemise, la tunique, et les plus beaux dés vêtements donnés par le mari. Cette opération tei«minée, les hommes se retournent, et une femme pose stir la léte de la mariée un grand voile qu'elle baiiic aussitôt. Alors commencent la fête, les danses et les chants, espèces d'épitlialames dont voici un échantillon assez curieux.

« Heureux fils du Prophète! remercie- Àllah de t'avoir « choisi une épouse si riche en perfections.

« Célèbre dignement ce beau jour en desséchant le^pis de « tes troupeaux : qu'à ton festin de noces lelaitcoule à grands « flots ! que le miel, le beurre odorant et les chevreaux rôtis « y soient servis en abondance. Les frères de la tribu conser- « vcront ainsi longtemps le souvenir de ce beau jour.

« Il est blond, le visage de la compagne, blond comme la <c moisson soyeuse que les iem du soleil ont dorée.

« El sur sa grasse poitrine regarde les mamelles anssi « pleines que celles de ta chèvre la plus féconde : bénis le € Prophète ! elles sont à toi !

. « Ohl qu'avec délices tu enlaceras sa ceiature^ plus large c fue les vastes lianes d'une génisse!

. « Ses doigts sout savants à préparer le couscousseu èt plus « liabîles à tisser les étoffes que l'araignco à ourdir 6a toile.

« Tu tressaUlerasd'aise en la Voyant sè promener orgueil^ € leuse et ûère comme une chenille sur 1^ verte feuille du 4 palmier.

« Heureux époux ! engraisse-la bien de dattes et de fromeni f. pour qu'elle devienne épaisse et ronde.

c Dure et patiente comme la robuste chamelle, elle peut te a suivre aux courses lointaines du désert et partager tes fa- « figues et tes dangers.

« Lorsqu'après le combat tu Tamënera$ au douar ton cour- « sîer harassé, elle essuiera la sueur dé ce jàoble compagnon a de ta gloire.

a Puis elle présentera à tes lèvres ardentes le lait aigre qtrf « rafraîchit et t endormira sur sou sein aubruitd*une chanson A guerrière.

. « Le Ciel t*a enrichi d'un précieux trésor : remercie le .« Prophète^ jeune homme 1 Célèbre dignement ce heau jout' M en desséchant le pis de tes troupeaux! Qu*à ton festin dè € noces le lait coule à grands flots! Qué le miél, le beurré -M odorant et les chevreaux rôtis y soient servisavec abondance, a Tes frères de la tribu conserveront ainsi longlemr)s le sou- .« venir de ce beau jour. »

Après ce chant, la mariée qui n'a pas pris part au festin et .aux danses et est restée assise seule sur un tapis, est amenée •dans la tente de son mari par les femmes qui ne la quittent qu'en versant des torrents de larmes. Le marabout qui a a»* sisté à la noce reçoit un présent; les invités font une dernière décharge de leurs armes et tout rentre dans Tordre accoutumé.

Les marabouts exercent une grande influence sur la tribu; ce sont des Arabes plus instruil. que los aulres, issus souvent des principales familles et sachant plus ou moins lire et CApli-

^er le Coran. Leur yie est fort austère et méditative : ils ouf toujours un chapelet à la main dont ils déroulent les grainse»

marmottant quelque prière ou récitant des versets du Coran. Ils sont raédiateurs dans les différends entre particuliers, souvent entre les tribus dans les discussions fréquentes auxquelles donnent lieu U possession d'un puits, d'un pâturage, ou bien encore ces haines invétérées qui tiennent presque toutes les tribus divisées entre elles. Les marabouts sont réputés sa^ i»nts et saints; lew; science et leur sainteté sont hériditairea ai les enfants savent par une conduite régulière en maintenir l'influence. Abd»e!»Kader est (ils de marabout et marabout lui-raéme. Ils suiil les médecins, les prophcles des triLuSj exercent une espèce de sacerdoce dans la plupart des acle^ civils, sont en grande vénération et vivent des cadeaux de toute n^tuxe qu'ils reçoivent en échange des services qu'ii^ rendent.

Depuis l'occupation française et Tctat permanent de gueri9 oiiestrÀlgérie, rorganisation civile des Àrabes est souvent fort incomplète et les ka4i6 surtout, ces juges vraiment populaires^ manquent souvent. Les contestations sont alors portées devant le iii ii iiboiit qui lesjiip^o, et il est curieux de cuuslalti que le respect des Arabes pour la justice e»t tel, (pi'une fois un juge accepté, son jugiment quel qu'il soit est lidèlement exécuté par les parties*. Nous pouvons rapporter à ce sujet une causn fort curieuse qui, à défaut de cadi,.fut soumise à un marabout. Le jugement qui intervint , dont nous avons été témoin, n^eut pn, en France ayee nos formea judiciaires et Taide du Coda cxnly être ni si judicieux, ni si juste. Voici la cause.

Dans une village du centre, habile par des A^rabes sédentaires, généralemeiU asscx aisés, vivait un ronofrai Irançais. ne à Saint-Tropez, ancien esclave de la Régence et (jui avait du .<a liberté à l'expédition de lord Exmouth, en 1810. 11 s'était étafi bli à l'intérieur et avait amassé une fortune assez considérable à Tendre de Tambre brut et dos coraux aux fenvne» bédouineiK et des perles fausses aux mauresques et aux femmes arabes, n avait pris le nom d'Âli, et avait pour voi»ia un. AinLe puj; sang qui avait épousé la fille d'un schcik d'une tribu de l'Âtlas

etqui passait pour une reine de beauté: elle se nommait Bre»Ta, et l'Arnbe Sidi-Hamet-Mustallah. Ali avait vu du haut de sa terrasse la belle Brerra et en était devenu amoureux : il avait même été assez heuretix peur s'en faire remarquer.

Sûr d'être aimé de Brerra, il rêva aux moyens de s'assurer sa conquête, mais la jalousie et la garde sévère de Sidi-Hamet semblaient devoir les rendre tous impossibles. Sous aucun prétexte, il ne put jamais parvenir à pénétrer dans la maison de TArabc.

Un jour, cependant, talonné par rameur, il vit Sidi-ïïamet à la mosquée, l'attendit à h sort e et lui demanda s'il no pourrait pasrobliger de lui garder en dé^iôt jusqu'à son retour f un long voyage, un ^firet. rempli de perles orientales; il lui offrit de lui en donner.une garnilu e de tête pour reeonraitre son obligeance. Ebloui par l'offre et l'intérêt, Sidi-Hamet accepta et prit heure avec Ali pour recevoir le coffret chez lui. Le renégat ne demandait pas autre chose, il ne voulait cette fois qu'entrer dans la maison de Sidi-Hamet et voir les obstacles qu'il aurait à surmonter pour enlever Brerra : à l'heure convenu il se rendit chez l'Arabe, lui remit la casset'ic, s'assura qu'un seul esclave était à son service et sortit remettant à son retour l'exécution de son projet.

U feignit de partir, et au bout de quelques jours il revint chez Sidi-Hamet réclamer le dépôt. U le reçut des mains de l'Arabe, et reconnut son obligeance par le don d'un écrin si magnitique que son jaloux rival émerveillé l'invita à une collation. Ali, au comble de la joie, se fit cependant prier et ne céda qu'aux pressantes sollicitations de FArnbo, qui fit servir des fruits, des confitures, du laitage, du mici, etc. Après la collation, on prit, selon l'usage, le café. Quand le moka fut versé et les pipes garnies, Ali feignit de se rappeler qu'il avait oubUé chez lui une des pièces les plus beilesde l'écrin et donna ordre à l'esdavé de Sidi-Hamet d'aller la cherdier, en lui indiquant l'endroit où il pourrait la trouver. L'esclavesortit, et peu après, au moment où l'écrin absorbait toute l'attention de Sidi- Hamet, il jeta sur sa pipe allumf'e une pincée (ÏAscliisdiim, espèce de poudre d'un narcotisme ibudroyant, qui pourrait

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bien n'être que le dàturasirammium. A la première boulïée que tira TArabe de sa pipe, il tomba en syncope. Profitant de son étourdissement et de l'absence de Tesclave, Ali se leva, ouvrit les portes, arriva jusqu'à Brerra, Tenveloppa, sans qu'elle s*en delcudit, dans un ample takelilah maure, la prit dans ses bras et la confia à un e'^rlavp qui l'altondait avec un chameau près de là. Il rentre ensuite auprcs de Sidi-lîamct qui était encore plongé dans sa léthargie somnolente. Quand il se réveilla peu après, son esclave avait rapporté la pièce qui manquait à Técrin; AU fumait tranquillement son chihouk, recevant hypocritement les excuses de Sidi-Hamet sur cette subite indisposition, et tout, dans la maison, était comme avant, moinsBrerra qui n'y était plus.

Après une heure de proloslnfions et de confidences amicales, Ali prit congé de Sidi-llamet et rentra chez lui. Impatient de donner Técrin à Brerra, l'Arabe vola auprès d'elle et DC la trouva pas. Ne sachant qui accuser de ce rapt, il se rendit chez Ali et le vit dans sa cour jouant tranquillement avec un jeune chien baléare : race admirable, peu connue eu France, qui tient du lévrier et du chien d'arrêt et qui a toutes les qualités de l'un et de l'autre ; on les appelle dans le pays chiens de nuit Si Sidi-Hamet eût eu des soupçons, cela seul aurait sufil pour les dissiper : Ali , qui avait prévu la visite, l'attendait dans cette puérile occupation. Sidi-Hamet lui conta son malheur: Ali s'indigna contre les ravisseurs et lui othit des chevaux pour aller à leur poursuite. Il Ht prendre à Sidi- Hamet une route où il savait que Brerra n'était pas, et lui prit celle où il savait qu'elle était. Peu de temps après et pendant que Sidi-Hamet suait sang et eau à la poursuite de sa belle, Ali était avec elle dans une de ses maisons de campagne où on Tavait conduite par son ordre. Il lui fut fecîle de l'y tenir cachée, et un an après CiHto aventure, Brerra qui, par les minutieuses précautions d'Ali, avait écliap[i(* aux recherches de l'Arabe, mit au monde un cnfuutmâie qui lut nommé Ail- Bcu-Ali.

Cinq ans après, en 18i3. Alî mourut en instituant AU-l'on-Alî pour 80^ sevil héritier, prélevant seulem^t

150 ALGË]^,

la donalîott me wnme de 4,QP0 hçuc^jou]^ {7,ÛOa fr.) ^tmr servir de douaire à Brerra.

Alors seulement l'Arabe apprît riiifernale fourberie du renégat. Il réclama jui i(]i([iiemenl la femme et rcnfant et mi| d'autant plus d'acharnement dans ses poursuites, qu'il comptait s'approprier les biens dont avait hérité Aii-Ben-Ali.

Une pareille afîaire portée devant no9 tribunaux aurait pç^ embarrassé nos lég;istes. Expliquant rigoureusement la disposition légale, is paier est quem nnptiœ demonsirant, ils auraient rendu Àli-Ben-AIi à T Arabe, auraient condamné Brerra comme adultère et comme bigame, et, contre la dernière volonté du testateur, ils auraient, parle fait, investi Sidi-Hamet de la fortune de son rival. Des plaidoiries, des mémoires auraient obscurci la question ; des années entières se seraient écoulées avant sa solution, et un jugement fort bien molivéj mais fort ridicule, aurait consommé une grande injustice. Una aeure suffît au marabout pour entendre Ips parties et rendra le jugement suivant : .

« Allah seul est grand et Mahomet est son prophète! Oui « les parties.

« SiJi-Bcn-Hamel-Mustallah peut réclamer comme sien « Tenfant Ali-Bea-AU qui était dans le sein de Brerra e| € qui. s'est levé.

« Brerra ayant été ravie par la violence, ne peut être cou- 9 sidérée comme adultère et rentre dans le droit commun <|e^

< épouses légitimes.

« Mais Àli-Ben-Ali n'ayant hérité d*Âli qu'en qualité da « son fils légitime , perd ses droits en perdant ce caractère, « et Sidi-llamet ne peut, en son nom, réclamer la succèstt sion. D'autre part, Brerra a^ant droit au douaire que lui « avait assigné Ali comme épouse de premier ou de second « rang, Sidi-Uamet ne pourra la reprendre qu'en lui en as- « signant un pareil comme indemnité légitime de celui

< qu'elle perd* »

L'Arabe préféra renoncer à la mère et à Tenfant. . A ce foit dont nous pouvons garantir Tauthenticité, npus pourrions en joindre d'autres de la même espèce qui prouva^

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AL(iÊBI{!> m

raient combien il faut de discernement et de circoûspection quand on veut toucher aux institutions d'un peuple que, soit dit eo p^assaat» le$ administrateurs français ont la préteniioa de vouloir gouverûer, avant même de &*élre donné la peine de l'étudier et de le ctinfiaitre. Nouà verrons dans le cours de cette histoire combien ulie telle présomption a fait accumuler fautes sur fkutes. En les signalant, nous aurons moins en vue un but de criti(jue que l'espoir qu'elles serviront de Iççon pour lavenir.

Turcs. — - Avant Foccupation de TAlgérie par les Français, les Turcs, quoique pii grande minorité, étaient les dommateurs du pays, Ils occupaient tous tés emplois civils et militaires. Les janissaires, comme on Ta vu, ne se recrutaient que parmi eux. On comptait cependant dans cette milice un grand ftpiûbre dé renégats maltais, albanais , corses, cirçassiens, ^ecs, etc. Après la prise d'Alger en 1830, quelques Turcs sq retirèrent dans diverses contrées de laRcgence, la majeure pârtie quitta TAlgéric. Depuis lors, ceux qui y sont restés vivent dans l'isolement et ne forment corps nulle part. Nous ù'aurons pas dès lors à nous en occuper.

Kon ouGLis. — Issus, comme nous l'avons dit de pères turcs et de mères africaines, les Koulou^lis étaient en dehors de la casté turque. Ils ont été plus ou moins intimement liés ^ux annales de la Régence, et quoiqu'ib n'y aient jamais joui d'une haute considération, c'était parmi eux que se recrutait le corps des Spahis. Généralement rich' s, ils n'exercent ni profession, ni industrie, ils passent leur vie dans les cafés ou leurs maisuns de campagne avec toute l'apatliiqLn insouciance des Orientaux. Cette caste aura sous peu d'années disparu entièrement de l'Algérie ou se sera confondue avec IcsMaures d'oùelle sort par, lesfemoncs,

Juïps. — La population juive, très nombreuse en Algérie^ vit dispersée sur tous les points de Tancienne Hégenccet principalement dans les villes et villages du littoral. Malgré les

mauvais traitements qu'elle a eu à subir de la part des indigènes ét l'infériorité sociale à iaquclie elle avait été condamnée, elle s'y est maintenue et a accaparé les prinapales branches d'in-*

152 ÂLGËHIE.

dustrie. Elle y a conservé, comme partout^ son cachet pbysio* nomique et ses mœurs mercantiles.

Les jaih sont venus on Algérie par plusieurs immigrations successives. Il est horsde doute que dans la haute antiquité, ib n'aient habité une partie de l'IIedjax et de l'Yémen, ou cncor» aujourd'hui, un voyageur moderne, le docteur "Volf, a retrouvé les juifs Beni-Beko puissante tribu de près de soixante mille âmes, dont Tcxistence avait été déjà signalée il y a phisicius siècles. C'est de-là, ou bien longtemps avant la grande migration arabe et la destruction de 3ériisal jra,qu'(ls vinrent s'établir dans les régions atlantiques. Âboulfeda et d'autres historiens arabes disent positivement qu'au VU® et YIII^ siècle, de noïùbreuscs tribus berbères d'Afrique professaient le judaïsme. Or, il s'était écoulé trop peu de temps pour que les populations juives, chassées dt! Judée, par les expéditions de Vespasicn et do Titus, aient pu convertir au mosaïsme des peuplades aussi peu sociables que les Berbères. L'époque du sac de Jérusalem fut ime seconde immigration. La troisième et la principale eu( lieu lors de la grande persécution espagnole au XI Ye siècle , qui chassa les juifs d'Ëspagne quelque temps après l'expulsion des Maures. Voici à ce sujet une légende juive, qui est. un ar^ ticle de foi parmi les juifs de l'Algérie, et qui laisse ce fait hors de doute.

« Les musulmans d'Espagne avaient permis aux enfants d'Israël d'habiter avec eux, de se livrer au commerce et d exercer librement leur religion sainte.

« Les chrétiens les chassèrent et reconquirent cebeau pa^. ipendant quelque temps ils laissèrent les enfants d'Israël tranquilles; mais envieux des richesses qu'ils avaient amassées par leur travail, ils ne tardèrent pas à les tyranniser.

a C'était en i390. Simon Ben-Smir était grand rabbin de Sévillc. 11 lui charge de fers et je lé en prison avec soixante des principaux cliefs des familles juives. Cet acte arbitraire fut le signal de cruautés plus grandes encore que toutes celles qu'ils avaient éprouvées jusqu'aioi^. La mort du rabbin et de ses compagnons d'infortune fut ordonnée, et ils allaient étro exéçut^ tors^ç (e ci^ le$ délivra de çe$ ipirac{c5 im\

ÀLGËRIË. m

les annales des entots d'Israël oi&ent tant d'exemples, « Tous ceux qui étaient avec Simon voyant approcher leur dernière heure, accablés de douleur, s*abandonnaîent au désespoir ; mais ce giaiid homme restait calme et semblait se résigner avec courage à son malheureux sort. Tout-à-coup ses yeux se remplirent de feu, sa figure s'anima et un rayon de lumière hrilia autour de sa tête. Dans ce moment il prit un morceau de charbon, dessina un navire sur la muraille et se tournant ensuite versceux qui pleuraient, il leur dit d'une vi»x forte: « Que ceux qui croient à la puissance de Dieu et qui veulent sortir d*ici à finstantniême» mettent le doigt sur ce vaisseau.

« Tous le firent, et aussitôt le navire dessiné devint un navire véritable qui se mit de lui-même vu mouvemonL Iraversa les rues de Scvilie, au grand ctonnemcnt des habitants, sans en écraser un seul, et se rendit droit à la mer après avoir recueilli tous nos frères gémissants.

Le vaisseau miraculeux fut conduit par le vent dans la rade d*A1ger, ville qui n*était alors habitée que par des .ma*hométans. Sur la demande que leur firent les juifs de s'établir parmi eux, lès Algériens, après avoir écouté le récit de la manière dont les enfants d'israei a\ aient échappé à la cruauté des chrétiens, consultèrent un marabout fameux qui vivait à MiHana. Sur sa réponse qu'il ialiait accueillir les enfants d'Israël, ils curent la permission de débarquer, et les habitants^ ayant à leur téte les chefs de la religion et de la loi, sortirent en foule pour les recevoir. »

En élaguantla partie miraculeuse de cette tradition, il reste le fait de cette grande immigration du quatorzième siècle qui explique la grande quantité de juifs habitant les divers Élaîs barbaresques. Sur quatre millions de sectateurs que, d'après le géographe Balbi, compte le judaïsme, près de cent cinquante mille habitent TAlgérie, Tunis ou le Maroc. Ils forment près du quart de la population d'Alger et les quatre cinquièmes de celle d'Oran. Ils s'occupent peu ou point d'agriculture, mais ils exploitent tous les genres de commerce pu d^induâ-^ trie, La haute classe fait la |ian(|ue ^ le haut ijomniorçr ; ç!K*

à des comptoirs dans Umtesi les Tilles; la elasse moyenne e%T telle dans les arts délicats : la bijouterie, Tliorlogerie, la bro-* dcrie sur vêlements; le menu peuple exerce de ^iréférencfi les professions de tailleur, cordonnier, passementier, mercier, ferblantier : tous sont courtiers ou agents d'affaires. Avant rabolition de la course, uiie de leurs spéculations lc$ plus lucratives était d'acheter les prises des corsaires qui ne conve-» Baient pas ail pa^fs, telles que tins, eaiix-de-Yté, chair salée» j^oisson inatiné, etc., qu'ils avaient à vil prix et renvoyaient iur les marchés d'ËQi^ope oîi ils réalisaient d^énormes béné^ fiées.

Les femmes juives sont généralement jolies et jouissent d'une grande liberté. Dans les liasses les plus pauvres on trouve des ligures délicieuses de grâce et de régularité. Mai§ par malheur la misère et la prostitution passent souvent par ià, li est juste de dirô que les classes juives riches combattent de tout letlr pouvoir, par des dons et des aumônes, ces deux fléaux. « Demander, e*est te droit du fanvre; le demrdù ¥iche a^eit de donner, » dît le Talmud : et cette maxime est pratiquée par les juifs envers leurs coreligionnaires, avec un élan et urte délicatesse de charité qui feraient honneur aux Jjopuîations chrétiennes d'Europe si, parmi ces dernières, les classes riches songeaient à prélever pour leurs frères pauvres ùne fàiblc partie de ce qu'elles prodiguent à leurà chiens et à lèuifs chevaux.

* bepùis l'occupation française, les juifs de TAlgéne sont fetitlrés dàns le dFOit éommun et né soiit plijs soumis aux miU^ avanies insullanlcs et odietises, slygmate flétrissant que la do* îtaîhatiori lurf[ue leur avait impôsê comme une condition de la

tolérance. Dien plus, on leur a jnOiiie arcijrdé certains privilèges dont nôus aurons à nous occuper dans le cours de cette histoire: et en cela, la transition de l'élat social juif, quoique tuste en principes et faite dans les meilleures intentions du inôîide, péurrîtit bttiii tSo\v été un peiî trop brusque. Ce qui i^ut rassui^cf^ c^ëst i)lie tes juifs ne sont guère disposés à en àbuser et que plréfê, partout ét toujours, à à(x:éptér ùnedômi«* nation qiiêleàaque, l'esprit de révolté et d'insiiboiidination est

celui qu'on a le moins à leur reprocher. Mais peut-être eûi-ii

' été pÏJÊà ^tique de les lai^r f endaât quetcfo^tmips eiiem dans un état d'infériorité pour népa» iieurier trop profdnd^ «ii«iit kè préjugte tte Mittt^et ét 4m êuM^ ^ kiwt ^ffiud ét

^éAénâgèlçdesku^p(ib)li^ i|ui, potiv t^o iMjusIiii W^il mt pas moins amené dos jalousiçs et des défiances qu'il eût été plus nriidont de prévenir.

iNkcrks. — Les N'''^gi"tii^ <[in nul euiJii'.'-^"' !'isiaini»ine vivent en Âlgéntî sous la loi eomuiime. f.rrn s iamtlles jouissent des mêmes droits que les Maures et les Arabes. La plupart étaient tirade ia Séitti|^bie, du TaOlot ou de Tombotoetoti ) d^auii^ Miént fcvrbifi par (0» Hfôzakiies, hpiliiiaiili dit Gnod^Désert, qQ> ka ^layaient piendaitl ipi41à venaient nhdtt <m échai^ leftel que lia laea d'«aû MfqâfiàtM* de [^Afrique tnténaure déposent sur leurs bords : ils les vendaient ensuite aux tribus bcrlxM'cs \i\m njci'idiunakfl, les T<uialiib ou autres, qui les ach< taioiit ( Il fiiovenne la valeur d'inie chaire dp dattes de quatre chameaux, seize quintaux environ valant au moment de l^éohaoge 2ë houii^oiix (46 f'r.) Ces esclavea^ vendua ensuite

.mil tirilMb oaivoeaiBeB ipii iniit l^rîusipaleaiépt ea famé de iémnÈWt»j étaient ttitréa akiF lea màidh^ | de» pris ^anapt éépjài 100 jusqu'à SOa holidjoui ^i8ft à mfk fa^)^ Lef finiiDes

-jmÊtk qui sataient eeud^ et Am^év un ihénaga atteigniiiënt seules ce dernier prix. Aujourd'hui les choses sont à peu près dans le même état : seulement h s nôtres qui ont [)u br racheter ou à qui leurs niailresuut doàuiti it;ur liberté vivent, coiiiiiic nous l'avons dit, en Algérie, sous la loi commune et forment nne population qui a accaparé certaines pr^fei^ons. teUeaqqe celles de boucher et dct badigàoanaiif k la ckm^ dçt liuaa ét des terrasses des maisons.

Us ont adépté les odsiuiadëa et leà seiritpx^enls na)igieinldes liMi«8. Les femmes aisées s-llaiHllént aÉBli aamm» te tfa^ resqucs : seulement elles ont beaucoup plus de liberté qu'elles et en abiisent : il y en ;i (i nm^ race entièrement nuire, avant d( s (ifz aquilius. (!( s ['roat.s ('rcnuverts et des veux de feu compUiteut un ensemble fort agréable. Les femmes pauvres caÉseivaMkHiB ¥étfli«»<dÉi^j)fQiaf a» iiJiei ià a «i B»iiwf4il|e

courte et une pièce d'étofle pour se oouvrir la tète : elles entrent au service des dames turques ou mauresigues et s'affeotionneni asseï généralement à leurs maîtresses. Les Nègres sont braves, courageux : dans Tooeasion et les armes à la main, ils se conduisent sans reproche.

Hadjoi TES, HisKRis, MozABiTEs , Agrouaths, ctc. — A Touest <le ia plaine de la Mitidja, est un groupe de montagnes dans lesquelles vivait une population de quatre à cinq mille habitants nommée Uadjoutcs. C'élait un ramassis de bandits qui, chassés des autres tribus comme fripons -eu malfaiteurs, se réfugiaient là de toutes les parties de la Régence, et étaient par» /venus à se rendre redoutables à leurs voisins: Toujours en guerre avec eux, ils avaient échappé à la domination turque. Depuis Toccupation française, quelques expéditions habilement concertées les ont chassés de leur repaire et ont dispersé ces bandes indisciplinées dont i'élat habituel était le pillage et le crime.

Si ces contrées si souvent traversées par Tinvasion étrangère offrent ainsi çà et là dans les gorges inaccessibles de l'Atlas, quelques rares populations dont le caractère exclusif est la soif du pillage et la férocité, c*est un fait exceptionnel. Ces altérations profondes sont toujours le résultat d*un état antérieur qu'il serait bon et ulile de connaître. En les généralisant on s'expose à juger faussement une situation et à sanclionner des mesures dont les funestes ciïcts pèsent ensuite de tout leur poids sur les déterminations ultérieures. C'est à la précipitation de bien de jugements de cette sorte, que Tadministratien française a dû de grandes fautes que le temps n'a pu encore réparer qu'en partie.

Ainsi, par exemple, il existait à Alger, avant roccupation française, une certaine classe de travailleurs, ayant même certains privilèges et appartenant à des tribus kabyles connues sous le nom de Biski is, Mozabites, Agrouaths etc. : c'était uue sorte de population d'émîgrants, qui, de Tintérieur du pays, re^ fluaient versÂlgerou d'autres villes considérables pour y ama»* par leur travail, un petit pécule destiné à améliorer leur

ppRtiition mt^ luiMe, \mm^ for ^ lo\i^^^

âLGËR1£. * 157

laborieux, probes et fidèles a^ient le monopole des boulangeries, des moulins, dos bains publics : ils étaient commissionnaires, employés par le gouvernement aux travaux publics ou occupaient des places de confiance dans la domesticité. La nuit, la garde de la ville leur était confiée. Ils couchaient dans la rue, sous les auvents des boutiques, sur un banc en pierre ou en bois qui servait pendant le jour À Fétalage. Ces boutiques étaient sous leur surveillance spéciale, et si par hasard, ce qui était très rare, il 8*y commettait un vol, ib en répondaient, lls^étaienl enrôlés dans trois corporations représentant les trois tribus diverses et présidées par un chefappelc amin. Espèce de gérant d'une association iiiduslriclle, magistrat même de cette petite société, Tamin était chargé de la police du corps. Responsable devant Fautori té de la conduite des individus confiés à sa surveillance, il payait au dey un tribut annuel qu'il répartissait ensuite sur chacun des membres de la corporation. Les privilèges de ces corporations étaient protégés par des contrats écrits consentis par le gouvernement ; les membres ne reconnaissaient que la juridiction de leur amin* s'écartaient du mahométisrae dans quelques articles de détail et ne vaquaient aux cérémonies de leur culte que dans une mosquée située hors la ville et appropriée à leurs croyances particulières. Leur langue était un dialecte corrompu de Tarabe.

Les Biskris sortaient du midi de la Régence au sud du grand lac salé appelé QtoU; lesMozabitesdu pays de Zab audelà du Grand-Atlas, assez avant dans le désert, à vingt joui*s de marche environ d'Alger.

Ces corporations subsistent encore sauf les monopoles et les privilèges. Bien plus, cette utile population est plus nombreuse qu'elle n'était à l'époque de la conquête : elle tend même à s'accroître. Et cependant cette population est de race kabyle, la seule laborieuse de l'Algérie, la seule qui n'appartient pas à la France, la seule enfin qu'on n'a jamais ou pres-^ que jamais cherché, par des moyens efficaces à s'attacher. Ces ti ibus du désert qui bravent les dilïicultcs et les dangers d'un lon^ voyage pour venir à Alger vendre leur travail, aurait ut.

ISS AiGCiltË.

"avec bien moins de scrupule encore, é,chaDgé leurs produits contre notre argent.

L*étaWissemont de rclafîons pacifiques de commerce et d'industrie avec riniérieur du pays n'était pas plus difticile que ia conquête. En cette circonstance, comme bien souvent, le prestige d'une glpire réeHe mais d'une utilité douteuse Ta emporté sur des considérations d'intérêt majeur. Nous aurons plus d'une fois occasion, dans le couiadc cet, ou\rage, de coaslater de pareilles fautes.

En exposant sommairement quelques traits généraux des populations de l'Algérie, nous avons eu principalcmeaten vue de rechercher les points de Jonction par où ia domination française pouvait plus facilement s'adapter avec une organi>a« tion socide qu'il est presque impossible de remplacer san&un emploi permanent delà force, et qu'on ne peut conserver sans remettre tout en question. Déjà nous en avons signale quelques uns : à mesure que nous avancerons, la relation dos faits nous servira à signaler les autres. Mais cet aperçu serait insulfisaiit si nous ne le complétions par une succinte analyse du système administratif qui régissait ces populations avant Toccupaiiou francise.

OUGAmSATlON aVILB Ét FOLITIQUE DE LA. Bl^ElCCE SOUS ti

DouiKATloMf ttniQÙÉ. — Âprès lèBey dont nous avons déjà défini les attributions, étaient huit fonctionnaires principaux :

Le ministre de la marine [oukU-el-havdj);

Le commandant dc& troupes (û(//ia);

Le trésorier {khasnudji) ;

Le gouverneur de la cité {scheikh-el-bcfad); chef des notables {naid-el-aschraf);

LMuspecteur des haras {kodj<j^idel) ;

Le chef des secrétah'es [mecktoutdji ) ;

Le curateur aux snccesions (Ae/l^A»m/J/7).

VoukU-ef-hardj était chaîné de la comptabilité du matériel de guerre, du contrôle dos travaux de l'arsenal et des prisons. • VfKjlia reLÏssail les aiLiii C.-^ tles districts de la plaine d'Alger {ouilians]. Son autorité s'étendait sur toute la province. Il avait «ous ses ordres les kdids chargés de i'admmi^atioa et des

ALGERIË. iSà

antiires poliiiqucé, et toutes fes milices r^gulièresj spàfa^ abids qui peicmtent U& impôb ët ibisaient la policie;

Le kkasnadji atftît ism son département tous les îinancîerj^; k levée, la rentrée desimpMiy étaienl tpéddemenl

sous sa surveillance.

Le Ticbrildi^d-bclnd avait dans ses ^ttrîbutîotiè la juslire muîHcipale, la police locale, la salubrité, les établissements publics, etc. Il avait sous ses ordres les commissaires [ndibB) qui suneitlaientk police, pourvoyaient aux dépenses locales et les chefs de corporation {amm) gui maintenaient Tordrçf iSans les drretsesdasses industrielles.

Le rurid-el-^st^ra f était une sorte de président de f adtninistratioh civtte et inunidpale. Ses attributions consistaient, dans les circonstances importantes, à réunir le scheikk-cl-* belad, les nàibSf les amtns, aiin de délibérer sur les mesures à prendre.

hà kodjn-el-idùtd régissait les biens ruraux appartenant au domaine (/mouc/ts), toutes les locatioils, ventes, échanges» transactions on mutations auxquelles éette régie pouvait don^ nèr lieu étaient dans ses attributions spéciales^

Le mecktoubiji était chargé de la torréspondançê politique : c était lui qui tenait les registres de la comptabilité de l'état, des règlements militaires et des milices.

Enfin le beit-el-maldji était le représentant né de tous les héritiers absents. L'ouverture des testaments, les litiges auxquels ils donnaient lieu, la revendication, au nom du domaine, soit de successions vaccantes, soit des parts revenant à fétat dans les cas prévus parlaloi musulmane, éiaientdeson ressort.

La province d*Âlger était divisée en outhans (districts), en tribus et en douars. Plusieurs tribus réunies formaient un outhan, plusieurs douars une tribu, plusieurs tentes un douar. Ces outhans étaient administrés par des kdids (préfets), sclicilih-cl-schion (espèces de maires), A'flf//^ (juges) et scheildts (chefs). Tous ces fonctionnaires étaient sous la dépendance de Tagha qui sanctionnait toutes les affaires de Touthan. Pour cesfonctions diverses il désignait les candidats: le pacbadoxi» naitrinvestitUre.

Les autres provinces de la Régence, celles de Consfantine, d'Oran et deTittery avaiént une organisation à peu près semblable. Seulement elles étaient souverainement administrées par des beys (gouverneurs) nommés par le Dey, révocables à volonté, répondant du reconvreint-nt des impôts et pouvant nommer à tous les emplois, sauf rapprobalion du cbef de TOdjeac. Ils percevaient les impôts pour le compte de rOdjeac; et, comme ils ne pouvaient se maintenir au pouvoir qu*en achetant par des présents, la protection du Dey et des grands officiers, leur perception n'était rien moins que régulière. Aussi; leurs exactions, dont chaque grand dignitaire relirait du profit, étaient un mérite gouvernemental.

La force militaire de la Régence consistait en troupes régulières ou irrégulières. Les janissaires, tous turcs ou francs renégats, composaient seuls la milice. Les. Koulouglis, lils de Turcs ou deMauresques, formant le corps des spahis ; les zouaves, douères, zenati corps spéciaux appartenant à certaines tribus ou à certaines classes; les abids, Nègres affranchis , et la cavalerie irrégulîère que les beys amenaient de leur bc^ Iik, et les kaldsde leur district^ complétaient la force militaire effective. L'ensemble de ces troupes s'appelait ashcr-cl-rnayhzen (troupes du gouvernements Excepté les janissaires, les spabis et quelques corps spéciaux, ks autres servaient Svins indemnité pendant un certain nombre de jours, après quoi elles avaient liB droit de se retirer ; c'était le même service qu'en Europe sous la féodalité.

L'organisation militaire des jani^res était à peu près celle des troupes d'Europe. Ils se subdivisaient en compagnies [av-tas), subdivisées eUes-mémes en chambrées ou tables {sofras), Composées de vingt soldats, un chef de chambrée {oda-baclu], et un trésorier chargé de la comptabilité et de la dépense [cu^ kil cl Jiardj). Un janissaire avait une ration de pain, de viande» d'huile, une part dans les produits de la coui>se et une paye d'environ 1 franc par jour. Ils étaient tous fantassins : leur nombre ne dépassait guère 8,000. Les autres troupes légulières 8'êlevaient à peu près à ce diiffre.

Les grands officiers de la Régence, le Dey lui-même, m:--

AL6ËRIE.

tant tous du corps de la milice, n'avaient poui liailenient que leur paye de janissaire; mais chacun avait (les parts détorniinées, soit dans les prises^ soit dans certains privilèges industriels ou commerciaux, mais surtout dans les licences (teskeras) pour la vente ou Texportatioii des produits monopolisés par le gouyemement, les marchés pour les fournitures, les amendes, les présents des consuls, des beys, et enfinles transactions de toutes sortes avec ceux qui espéraient quelqùe grâce ^u redoutaient quelque châtiment.

Les impôts étaient répartis sur les personnes, les bions, les industries et les professions. Les impôts sur les personnes n'atteignaient que certains individus et n'existaient que dans les irilles. Ceux sur les biens étaient principalement affectés aux campagnes. Les uns et les autres se payaient en nature ou en numéraire. Les répartitions en étaient arbitraires : comme il n'existait ni rôles ni états de produits, la cote par* tiellc était réglée par l'usage, et le versement constaté par un simple enregistrement.

La perception des impôts était une espèce de fermage dont le montant et les époipies de payement étaient fixés à l'atance.

La propriété foncière, ou, pour être plus wai, la propriété mise en valeur à titre individuel ou collecUf, était grevée de quatre sortes d'impôts : Yaekoûrt le ghrama, Ye^ieàefd, la (ezma, Vachour était la dîme des récoltes dont le payement

est formellement prescrit par le Coran ; le ylirama était une taxe par tente sur la culture du sol appartenant à l'Etat ; Velkebchi était un autre impôt d'un mouton par habitant de tribu pour droit de pâturage. Ces impôts divers étaient compris sous le nom générique de lezma lorsqu'ils se percevaient sur les Arabes nomades ou Bédouins. La perception de cette lezma ne s'opérait qu'avec de grandes difSeultés. — Plusieurs compagnies de janissaires, formant aviron im mfllier d'hommes, étaient réparties en camps-volants et envoyées chaque année à Tlemcen, Cunstantine et jusque au-delà du Grand-Atlas. Un agha commandait chacun de ces camps et parcourait le pays pour lever cette lezma sur les douais. Les Bédoums, qui ne T. u 11

payaient d'ordinaire que par force, quittaient parfois les lieux qulls occupaient aux époques qu'ils préjugeaient Tarrivée des janissaires* Si la moisson était faite, Ûs esquitraient rimp6t, sinon ils étaient obligés bon gré mal gré de l'acquitter.

Quelques mots sur le caractère général de la propriété en Algérie sont indispensables pour Lieu l'aire comprendre c^s diverses espèces d'impôts.

En droit musulman et en fait, le sol y était avant tout propriété de Dieu. L'humanité ne le possédait et n fn jouis&ait que par inféodation. La disposition du sol appartenait dès-lors au Sultan qvi repnésentait Gtieu sur k tArre/ au Dey qui représentait le Sultan, aukaid ou au sebeik qui repr^ntaitle Dey. LMndIvidu n'usait alors de la terre qu-à titre de coneessîon, à condition de culture et à charge de redevance.

Ce droit universel et absolu avait été modifié dans les villes par la (Iniiation constilnlivc de Hiaùous (1). la vente a i'ana{î)

d'autres coutumes dont nous aurons peut-être occasion de parler plus tard ; mais dans les campagnes, il était resté le principe généi»! de h propriété tbndère. Nul ne possédât qu'à titre d'usufruitier : bien plus, la possession n'était presque jâ^ mais individuelle , mais toujours collective. Le Dey ou son

(1; Daus les villes oi{ aulour, il eiù^Uif, asse? rarement cependant, que}- (jues propriétés Ubr^ do^t récjiaagf) 1^ trai|9iQissioa étaient, d^os ççrtauis du, antoiiaés. Le droit univenel du floiiveniii subsistait cc^dant toujoun, et pour avoir contre lui uiie gaisalie efficace, on avait imaginé oe AaAour.

C'était uue donation, faite p^f un propriétaire, de son bien à une corporation religieuse, avec réserve de l'usufruif ponr Ini-niême et pour sa postérité, jusqu'à certaine génératiùn déterminée ou jusqu à extinction de sa race. La propriété recevait alors la seule garantie qui pût eflicacemeni la défendre centre î'aaKiôt^. Vais cett<) tbrqie proteçtrice introduisait dans le régime de la propriété de ^n^iMtes OQmpliçatiiM» et de nooiibr^aseï difficulté?, ce qpi explicpie suffisamment la limite du ht^bof^; '

(2) La succession de la propriété, après la donation du haAous, restait souvent indivise. Si l'immeuble avait besoin de réparations majeures, les héritiers étaient parfois ou hors d ûUi ou peu disposés à les faire, on avait alors imaginé une tr^usacliuii par laquelle l'acquéreur conlraçUil 1 ubligaliuu d upe rente annuelle perpétuelle, et s'engageait à faire les constructions convenues ^n s'en réservant la propriété. Cette ttransactioa qui iàiffoduisait au nouveni

présentant dans le beylik reconnaissait ou concédait une certaine partielle territoire à un scheik qui «iibUii)uait la terre aux cIk Is (ie famille. Le principe dt? celle tiisiiiljulh wi était basé sur les lacuUés de chacun, c'est-à-dir^ ^ur le uonti^çe de i^^^m., de charrues et de bias q^i'i^ pouvait employer ù la

ÇHitm«. i'eteadq^ iiB la im^ <i^vpl^ç filial i^\m |a tiftiq

Dès (prun Arabe avait pu acquérir une p^iEe 4fS iNj^fs» cbamie et de^ i^n9ence$, il avait drc^ii à cultiver la portion de

terre qui lui était desifxuée par le scheik. La terre ne se vendait ni se louajl. Elle n clail lut au p.is liaii&jiiissihle par héritage, du moins eu droit. (Cependant les héritiers du chef de fm^^^ lui siiçe^d^ient pnisque toujours d^a^» la çv4teF§ iJe. 1» portion qui lui avait été octroyée. Mais la concession, ^^q^ V^^j/qs c^, CQji^teDait un^ plau^ r^li^toir^ : c était, ^ila ti^e f^^ti^cuit^ : il fallait pu cultiver faire on pftW-

vait ni transmettre^ ni affermer, ni laisser reposer. copr cession entraînait Vqblig^^û 4e cultiver: si?^qn, elle était anu idée de droit.

Telle était, sous ierappurl lii-id prupiicle, toule i etuauiiiie d|i régime des (l ibus. L iinpoî était alqi's à la foij^ une r^dorr pour les dépenses pnjiiiqi4e^ .^t pour le loyei- tjp 1§ terre, ^ q^fl^e la terrf^ était c^ée appartenir à ûic^, il y ft^ftit^td (ip C0S itqpèts qui ét^H 4e imi divin ^t doi^t |^ pomtitytion ii'ét^it mis e88f}iiitiellefl[ieftt rçligieus^.

Malgré ses formes multipliées, l'impôt territorial ou foncier loi m lit à peine la moitié des revemis de la Ré^îcnce. Les documeiils à ce siijetMHil ioit incouipieU. [iiii]>iirt des registres n'ont ])as ele retrouvés; on peut cependant pri;.>eiucr avec quoique eiLac^lu^e l'évalua ti ou suiv^iAl^^ comme le chitlV§ 1^ pliis exs^ct ^es revenu» de l'Udjeac pep49lït Iça^ denué^pes aqii^ ^ela dpminatioi^ ti^rque.

Impôts territoriaux, aehùur^kima, etc. . l,^OQ,p^ fi;.

Impôts divers , fermes , îime^des , mono-

i?pi<^ imm.—

Tributs piivrs a rOiljcac par le rn\ainiir de . ,

AJ-GÉWE.

gai, etc

Prix des concessions d'Afrique à la France. 200,000 —

Dans cette soimae n'est pas compris le prorluit des prises dont le gouvernement avait un huitième. I^c l>loeus exercé par la France pendant trois ans avait réduit ce produit à rien, et aucun document antérieur n*a permis de rétablir même approximatiTcment

Il nous reste à indiquer sommairement la âtuation respec* tive du culte et de la justice à l'époque de Toccupation fran^ çaise.

Un seul et môme corps, le collège des Ulémas, réunit, chez les musulmans, les fonctions du sacerdoce et l'administration de la justice.

Le collège des Ulémas est divisé en trois classes : les imans (ministres du culte) , les maphUs (docteurs de la loi) les kadis

(juges).

Les ministres du culte se divisent eux<^mémes en quatre

classes : [q<, sclieiksy prêcliaiil dans les mosquées; kliatebs, récitant la kliosba pendant la prière solennelle du vendredi : les imans présents aux cérémonies delà circoncision, du mariage, de la sépulture, assistant aux prières quotidiennes et faisant la lecture du Coran dans les mosquées, et enfin les muezzinsy appelant, du haut des minarets, les fidèles aux cinqprièresdujour. Les muezzins sont aussi chargés de Fédu-. cation des enfants.

Le muphti est le premier parmi les ulémas : les kadis sont sons s^i juridiction immédiate. Il prend le titre de scheikh-elislam (l'ancien de l'Islam). Les revenus des biens immeubles appartenant aux mosquées, oratoires, corporations religieuses, soit à titre de propriété, soit par la donation constitutive du babous, sont affectés aux frais du culte et aux traitements des ministres. Les dons des fidèles pour les actes relatifs à l'état, civil des familles, constituent le casuel.

Les marabouts (manéetMn dévoués) ne Ibnt pas partie de la hiérarchie sacerdotale des musulmans. Ils sont à la fois ermites et religieux, n'ont d autre caractère légal que celui que

Total.

biyilizûu by

leur prête ropmion, et exercent une grande iiiflueuce.&ur les populations des campagnes où il n'y a ni mosquées ni iinans.

Nul n'a pour la justice autant de vénération qu'un musulman. Les décrets rendus en son nom sont pour lui une émanation de la volonté divine, et tel est son respect pour elle^ qu'une fois un juge librement accepté, le jugement, quel qu'il soit, est entendu a^ec résignation, exécuté avec bonne foi.

Chaque ville principale avait son kadi ; quelques-unes même en avaient deux dont la juridiction s'elendait exclusivement soit sur des intérêts particuliers, soit en générai sur les fidèles des deux rites particuliers qui divisaient les Turcs et les Arabes (1). Chaque outhan (district) avait son kadi : le échéik était juge dans la tribu. Dans Tordre hiérarchique les kadis n'étaient pas égaux entr'evx , quoiqu'ils ne relevassent pas les uns des autres. Dans les discussions importantes où leur sagacité naturelle etleurscience d'interprétation de la loi étaient en défaut, ils recouraient aux lumières des kadis du degré plus élevé. . .

Le Coran qui, dans son ensemble, règle à la fois la vie dcH mestique, civile et religieuse, est le seul code des Musulmans. Les traditions authentiques, les interprétations etles commentaires admis des passages du Coran, forment une législation

simple , uniforme, où le droit est précisé avec clarté et ne dépend pas du plus ou moins d'astucieuse finesse d ua avoué, du plus ou moins de talent d'un avocat.

(\) Deux grandes sectes partagent rislamimie : les Sonnitet qui, ne reoOD' Daissant à Ali d'autres droits que lïlrrt «on que firent de lui les compagnons de Mahomet, admettent l'autorité des trois premiers kalifes Abou-Beehr, Omar et Osman ; les Schyytes qui n'admeUent que 1 autorité légilime d'Ali. La doctrine sonnite se divise elle-même en quatre rites tous orthodoxes : VhanabUe snivi en Egypte, le cbafeUe dominant à Bagdad, et enfin Vktmiftu et le maUkUê qui ont prévalu en Afrique. Les Tuics y sniviiient le rife hanifiu, les Anbes le rite malekite. Ces divers riles ne dillèrent que sur des points peu importants : leurs ditTérenccs portent sur des inlcrprélations du Livre de la Loi et sur les restes qui doivent accompagner la prière. Les uns, les Malekiles, prient en portant leurs mains ouvertes aux deii\ côtés de la léle; les autres, les Hanifites, croisent, en priant, leurs muais sur leur poitrine. Cea rites ont pris leurs noms des imaos qui leur ont donné naissance : Hanab, Chafei, HanifietMàlek.

166 ÂLGtRIfi.

Ces deux fléaux delà ri\ilis?ilion européenne, les avoués et les avocats, sont ineomins à la civilisation miisulmane. Les kadift dont la eompéteiicie s'ététid sur toutes les matières civiles du cHmiUelles prononcent sur lasim|de audition des |mr<tiies. Le lieu oiitîe rend la justice est à peitae assez grand pour contenir le juge et les parties : les curieux et les plaideurs qui attendent leur tour restent à la porte. Deux espèces d'htiis*siers, armés de bâtons, se tiennent sur le seuil pour faire sc^itiiceux dont l'affaire est vidre el en introduire d autrfs Là, point de paperasses, point de subtilités, point de lois dont ou torture le sens où dont on fausse l'esprit, point de témoins surtout, hiais le Tait, le fait sbui : les paHies l'exposent elie^mémes| le boa sëns et l'équité du juge font le rieste: Leurs jugénkëiils sont généralenient plus équitables que les nMres.

D'après tes idée^ musulmanes, là justice étant tendue non pas au nom du prince, mais au nom de Dieu, la Juridiction des kadis peut s'étendre au-delà du terriloire pour lequel il a été institué. Des plaideurs peuvent soumettre leurs dillei eiKis à un kadi de leur choix parce qu'il n y a d'étranger, pour un musulman^ que celiii qui he professe pas l islamisnie, et que tout organe delà parolé formulée dans le Coran à le droit dé rendit la justtcé à tout tro^t.

Les jugenients dés kadis étaient susceptibles d'appel, dahs le cas seulement de sentence inique manifestement contraire à la lui. Il y avait deux recours, un tribunal supérieur nommé Medjelis et le Dey. Si le recours ou la plainte étaient aceupillis, le jugement ét<iit annulé : dans le cas contraire, l'appelant recevait presque toujours la bastonnade. Le juge, convaincu de prévarication, avait la tête tranchée. Un kadi pouvait prbhoiicer k peine capitale pour meurtre, Vol par effraction, ét quelquefois même pour vol simple : mais Texécution ne pouvait avoir Ucu qu'avec l'approbation du Dey;

Au culte, à la justice, dont le collège des Ulemas avait le monopole, il faut joindre encore l'éducation. Les premiers kalifes ayant été à la fois pontifes, jujres et docteurs de la loi, n'avaient pu (continuer â eitèirer ces prérogatives diihs la vaste étendue d'un empire qui s'accrui avec iiiié prodigieuse rapi-

biyilizûu by

dité; Ils nommèf^ikt àldn des délégués qui, à Ibiir ejtèmple^ réunirent, le plus qu'ils purent; le poutbir temporel mil pou-^ voirspiHtuel. Am fonctions sacerdotales ils joignirent celles

(le la justice et de l'éducation.

Cette (ieiiiière, cependant, est générak^iiu iil loi f négligée. En Algérie comme dans prescjiie tous les pays uiusiilmàns, t'était des muezzins qui tenaient ordinairement les écoles presque téujoîirs contigi^es aiix mosquées. Le Coran renfcrtnant^ d'aprèfc eux, toiitcé qu'un croyant doit connaitre^ était lé tenl livre mis entre les ibains des élètes. Line avec ikdlité daito le Goràn, en transcrirle les paàsagesf eii récitér les Sên* tencès pareœiir, c'était le neç ptun nfira âe la sciëil^e Misul-^ mane. Peu d'entre les élèves y atteignaient. Datis ces i^coleà ils étaient divisés par groupes, si Ion les divci*s dcai'és de savoir : chaque groupe avait son moniteur : clia(pie élève uiie tablette sur laquelle étaient écrits des lettres, des mots ou des sèntences. Un des élèves récitait d'abord ce qui était écrit sut sa tablette, lès autres répétaient ; quand la leçon était sué^ Tefiaçait sur lés tablettes et on la retnplaçait par une dutir^. Cette méthodé eét presque entièrebsent semblable, dans Sà forme, à celle de l'enseignement mutuel. Il est inutile de dire que ce n'est pas à nous que les Musulmans l'ont enipi untée.

Dans ces écoles, il n'existait aucune espèce de distinction; à côté du lils de Tartisan était le iils du kadi. ËUes s'éloignaient peu de ce qui est usité dans les écoles d'Europe, excepté néanmoins pour les distributions d^ prix. Au lieu de livres et de couronnes, on donnait des habits neu& aux écoliers qui avaient fait preuve, pendant Tannée, d'aptitude ou d'application. Ceux qui n'avaient pas eu part à cette gratification étaient tenus de porter leurs vêtements vieux pendant toute l'année suivante, traînant ainsi partout avec eux un diplôme de paresse ou d'incapacité. Disons en passant qu'il y a dans ce mode de récompense une pensée d'émulation et d'égalité dont ne s'accommoderait peut-être pas notre gloriole vaniteuse, mais qui laut mieux, à coup sûr, que ces couronnes de laurier dont on ceint, dans nos écoles, le front de nos marmots. Cet usage généralement pratiqué dans toutes les grandes

villes de la Turquie et de l'Egypte, ne Tétait, à Alger, que dans une seule école assez riche pour pouToir en faire les firais.

Telles étaient, en résumé, les institutions civiles jet politiques de la Régence, lorsque Texpédition de 1830, en abattant la domination turque vint ouvrir à la civilisation et au commerce une de ces voies immenses fermée depuis des siècles, et où l'une et Taulre avaient pu se développer jadis avec autant de gloire que de splendeur. La France donima l'Afrique à son tour : elle planta son drapeau là où Cartilage et Rome avaient planté le leur. Accepter un si noble héritage, c'était vouloir s'en rendre digne. La tâche de la France est grande, sans doute, mais sa puissance est grande aussi, et il est digne d'elle de mettre au service d*un peuple abruti, ces idées généreuses, ces grands principes d'humanité, cette activité inteUectuelle et physique qu'elle avait mis, il y a un demi-siècle à peine, au service des peuples opprimés. Ce qu'elle a fait pour la délivrance des uns, elle peut et doit le faire pour la rénovation de l'autre. S'il y a de la gloire à ouvrir aux peuples les voies de la liberté, il y en a aussi à les appeler aux bienfaits de la civilisa^ tioUi Les drapeaux de la France ont porté des idées de hberté dans assez de contrées abruties sous le Joug du despotisme pour qu'il soit permis d'espérer qu'ils laisseront des germes de régénération parmi des populations engourdies par un fanatisme inintelligent.

PUWOE FMIÇAKE.

GHAPlIftK r-

Andens éUUifMenieiils de la Franoe en Algérie. ^Hussefn-Padift. — Caxm des dissensioos entre la Ftanoe el le Dey. — Le consul Deval. — Vhimatuni

de la France. — Blocus d'Alger. — Entrevoe d'Hussdn et de'M. de la Bretonnièro. — Les forls d'Alger liront sur le vaisseau parlementaire. — L'expédition e'^t rosolue, — Motifs de cette rcsoliifion — M. de Bourmont est nommé commandant en chef. — Effet de celte expédition dans les cours étrangères.— Préparalifs de rexpédiliou. — Embarquement des troupes. — Matériel de raimée expéditionnaire. —.Les vents oontiairM retardeal TaiH paieiUage de la Hotte.

Depuis plusieurs siècles, l'existence des puissances Barbaresques était, comme on a pu le voir, un motif de honte pour l'Europe. Des nations qui se disaient grandes et qui Tétaient en effet, s'étaient abaissées jusqu'à acheter à prix d'argent la ^ liberté de naviguer dans la Méditerranée. L'insulte^le pillage, resdavage, étaient le lot des sujets de celles cpii refosaient d'acquitter un tribu si honteux. L'humanité, la justice, auraient dû impérieusement commander de briser en commun cette monstrueuse association de forbans, qui maintenaient insolemment do si dures et de si ignominieuses conditions; mais dans le code des gouvernements, l'humanité et la justice no passent qu'après la politique et l'intérêt. Aussi , plutôt que de voir une puissance maîtrrâe de quelcpies lieues de oôtes

de piiKSur la Méditerranée, toutes souffraient que la plupart de leurs sujets expirassent d'angoisse et de misère dansles bagnes desËtats Barbaresques. Il est Trai que, dans ce cas, ce n'était que du sang 'de peuple qui 'côiïlait/et c'est, de nos jours

encore, si })eii de choses aux yeux des gouvernants. Quoi qu'il en soit, la France fit seule ce que toutes auiaimt dù faire; mais hàtons-nous de dire qu'il fallut pour cela un ensemble de circonstances, qui rend très contestable le mérite de Feutreprise : ce qui, du reste, n'6te rien à la gloire.

Nous entrerons dans quelques détails sur les causes qui ont motivé cette expédition, d'abord parce qu'elles se lient entièrement à notre sujet, ensuite parce qu'elles nous fourniront l'occasion de faire saillir un point fort connu, mais trop rarement mis en relief, la morale de la politique.

On a vil ( (innuent, par des traités des années lofS, 1692, 1694 et 1801 avec divers sultans, la France avait été en droit d'entretenir des établissements sur la côte septentrionale de rÀft>ique. Ce droit avait été priinitivenicnt acheté des Arabes. Les compagnies qui avaient exploité les concessions d'AlFrique avàîènt réalisé de grands bénéfices. Mais dtiraiit U ion|$ue liitte de la France contre l'Angleterre, ce câDihniérce avait été languissant et presque nul. Après diverses alternatives, pendant lesquelles il ne put jamais atteindre un état florissant, les intrigues de 1 Angleterre réussirent à Tarmulcr. En 1806 la pêche du corail, qui était un des produits pnncipaux de cette partie de la Côte d'Afrique, fai donnée exclusivement à TAnjgleteité.

Le trbtté du 20 août 1817, eii remit là Fnihcé en pottse^ tfiOli, mdjrennant due rèdièvahce con^étatië dé 60,000 fhidos pÀran, tjui f\it portée en 1820 à iO(l,OOOfh.

Le payement annuel d'une somme aussi considérable dlrtiînuait déjà beaucoup les avantages que la France r etirait de ses établissements sur la côte d'Afrique. Ne pouvaht pourvoir à leur entretien par leurs propres ressources, ces établissements hépurenlse relcTcr, et il paraît mértie qu'à cette époque^ Ite Dey manifesta l'intention d'en éîtclliré là Fràncé au^ldt qeSB m k^tOmm lè lui ^erâettràîënl.

Gèè ktàbliteëméhte ëtâieiit AiÈaA iihé fiibfttîbh âé|iblr&blë t \^ fdtb teti étàiëiithliiléd^ lëstttÂgftëind et leèédifkjè^ dégradés ; les naturels du pa^spénctiraietit librement dans les possessions françaises, y roiiimettaieut mille dé^t*dres et s'y étaient même rendus cbu|1ablcs do plusieurs assassinats. Il derettait urgent d'^ssÙret' une protection etlicacë aux sujets français et étran- ^rs qui résidaient sur côtéë^ on qUi V(;naient^pédier et t^ëffi]ttér. Ëiii 18^5; le gotitêriietiieiit f)rati1cài6ordont]A&it vice^ k^tàûl dé fiohe d'arîiiër quelque cbràilleUrt de mettre des ^oiiÀ Ali pom db Moulin ét à Tebiréé de la Calle. Ces dispositibiis étaiehtforinèUeniëilt atitoH^ëà par les watàmi traités en vigueur. Le Dey, sa né refusi i positivement le droit d'armer ces établisscmenis conmie par le pasâé . envoya deux inspecteurs examiner les faibles réparations qui y avaient été faites, et fil iiisinuer qu'il ne verrait pas avec plaisir poursuivre ces

HUsbfein-^Pacfaâ, était alors deV d'Alger. Ce n*était (mis m Mbihiné oHiîildirei II s'étâit éleVê à ce poate émident après lrvi[)ir passé par les einplohi les plus fiiiMltemés, et avoir dé-

i^o^ partout utte habileté et une capacité peu communes. Il était né datis une petite \iUe de l' Asie-Mineure en 1770. Enrôlé d'abord dans le corps des Topjïs, ou canonnicrs du sultan à Constatitinople, il parvint bientôt à uti grade életé dans cbtte itiidè. Maiss'étant attiré uti châtiment pour une violatioh db iMsdplitiè taiilitairii, il j^artitsécrèieioQent pour Alger, où il s'eti- ItHUdané les jaiiiâsàirës^ qiii^ par un privilège particuliiÉr & 6èttè milice; étaient à Fabrl dé tôUte Justice turque. Soii activité^ son aptitude ne tardèrent pasà se révéler dans celte nouvelle situation, et il fut sUccessivemenl appelé aux fonctions de SCcrétan e â^. la Réf!^ncï»;de srrand écuyipr (mir-akhov) . de ministrfe des propriétés nationales [kodja-etrkey)^ de membre du diVUU) ist ienân Ali-Pacha, dey d'Alger, le notnttià à sa mort ébfl ^cGesj;ëur} cbknitaé le Seul homme de la Régence digne de léi siicdédier. Lé di^aU nittfià lesderhlères vnlbntës d'Alt. C'était en 1827. Hussein hésita d'abord ^liôais il accepta ensuite. TOti lêl motils de «<ii1 âcceptation qu'il racontait lul-méhie , E^tlè ka chUte^ à uU p^i^unnâge ëmiiient qui iui demandait ù

en acceptant le paehalick, il n'avait pas redouté le sort de ces prédécesseurs qui étaient presque tous morts assassiné» par les janissaires* « Si j'avais refusé, disait-il, il y allait de ma : n d'une part, ceux dçà membres du divan dont le choix était « tombé sur moi, ne m'auraient jamais pardonné ce mépris « qi 1 ( j ( semblais ikire de leur vote qui avait trompé de hautes « t hpérances, et avait dû leur donner pour eniienus tous les « prétendants sur lesquels je l'avais emporté. D'autre part, « l'un de ct'is pi eleiulaiils arrivé au trône, aurait bien pu se « passer d'un homme désigné par le testament du pacha et « confirmé dey parle divan. Je pouvais donc devenir dange- « reux au dey ; j'étais ensuite la seule garantie de ceux qui « m'avaient dioisi : force me fut d'accepter. »

Hussein déploya dans ce poste éminent de grandes qualités goini niomenlales. Il se distingua même par un caractère de justice peu commun parmi les deys d'Alger. Mais il eul peu de sympathie pour la France. Il est juste de dire (|ue son ressentiment fut principalement alimenté par une affaire particulière qui malheureusement ne présente pas, du c6té de la France, toute la loyauté et la bonne £oi dont le gouvernement d'une grande nation devrait toujours dopner l'exemple. Voici Jes faits :

Deux négociants algériens, Bacri et Busnach, banquiers de la Régence, avaient fait des fournitures considérai îles au gouvernement français, de 1793 à 1798, pour nos armées en Italie et pour l'expédition d'Égypte. Des payements avaient été faits par le gouvernement au fur et à mesure des consignations; mais plusieurs chargements de blé ayant été ensuite trouvés avariés, et d'autres fraudes reconnues, les payemenis furent suspendus et les demandes de ces fournisseurs contestées. Le dey d'Alger rédama longtemps pour ce même objet, en faisant connailre qu'il était propriétaire d'une partie de ces approvisionnements qui provenaient des magasins de la Régence et des inqxMs qu'on lui paye ainsi en nature. La créance en litige était de 14 millions.

Pendant près de vingt ans, ces réclamations furent contestées. Mais enfin, en 181 5, dès l'arrivée du consul Deval ji

Alger, on pressa vivement le (uiyemeni de cette dette. En ÎBi^y ce consul promit de faire acquitter cette créance ; en 1819, Te roi nomma un commissaire pour la liquider et l'acquitter définitivement. Contre l'ordinaire des commissions , celle-ci y mit un tel empressement qu'en quelques mois on termina une affaire en lifitre depuis vingt-rinq ans. Le 21 juin i 820, le ministre des atlaires étrangères vint proposer aux Chambres, au nom du roi, un projet de loi pour accorder sept millions en numéraire applicables au payement de cette ancienne créance algérienne. Par une loi du 24 juillet de la mêmèannée, ce crédit fut alloué par lesGhambrës. Sur le rapport du ministre des affaires étrangères, deux conseillers d'état avaient été déjà nommés avec la mission de négocier et decoiielnre un arrangement définitif avec MM. Bacri etBusnach. Un fondé de pouvoirs avait été délégué par ces derniers, et le 28 octobre 1819, U avait été conclu un arrangement à forfait qui, par une transaction, mettait un terme auxTéda-* mations des négociants algériens.

L'intention probable des conseillers d'état avait sans dénié été de terminer une affaire si ancienne et de garantir les intérêts des tiers de bonne foi ; mais ils écartèrent tout-à-fait la question politique qui était la principale, et ce fut là, pour ne pas dire pins, une faute grave qui devint la principale cause de la guerre.

Cette transaction était rédigée en huit articles. Dans les trois premiers et le dernier qui fiiaient la somme à payer, le mode, le terme du payement et Tapprobation exigée du roi de France et du Dey, était renfermée et remplie la mission spéciale ^des conseillers d'état. Mais par d'autres articles intermédiaires et en-dehors de leur mîindat, ils prirent des mesures conservatoires pour garantir des créances cédées à divers parle procureur fondé de MM. Busaach et Bacri, pour réintégrer une somme prise à la chancellerie de France en 1810 et pour des indemnités allouées au comptoir des concessions d'Afrique à Toccaston de la guerre de 1798. Le ministre des affaires étrangières fit plus encore. Après avoir allégué aux GhaiïiiUf^'pbur obtenir ee sacrifice que son principal motif était Fe&écution

d'un ivsi.\ié pu plutôt 4'une mesure i elaLive à un tmitc, il provoqua, sur le rapport des deux conseillers d'état, le séquestre de la 90)9(n^ allouée, eu oiui^ttaut de garantir, çi^ j^rciio^^f li^, ksi intérêt du Day et de la Régepcp d'Alger qui j ^ (pyfe^ 1^ o(BpiQU^ dès To^gioe, ^798» i8Û2, s'étiM^ j|jt refB^ofiaitre au gquv^nienient lîançi^Î4 fictmin^ cr^cier dçi MM. Bacri et Bus^ach poiir Tobj^t def apprqvisio^n§|3[)ei|U qui provonaient principalement de ses dom^ûnes.

Dans de telles circonstances, cette atïuiie commençait à prendre uu de ces caractères frauduleux cju'ou ue saurait trop ép^rgiqu^ini^t iiéti'ir. Or voici pe qui arriva. Le E|ey, igOPr rant nos u^ges, nos lois, qos formes de liquidation, ratifia ^fSçuKé le projet d«| tnjnsaGtjpn qui lui fut enyoy^. ^ cqnP^iK^ (1408 Ifs p^mf^ qiii lu^ avaient faite» fif gu^ le cop§i|| Deviil renouieJa pour pbteiiir cetlfs rat^^catiOQ , \\ |âgna av^ d'autant pluç de bonne foi que cet acte ne pouyait plus ôtre considéré comme un acte financier, puisque laf créance apiit été réduite de moitié, il n" eût été qu'une injustice criante. Le Dey ne dut alfJirs y yoir qu'un acte politique, uniquement politique,, présenté par le o^ai&tère politique et f;^tièrfîiaeu| {|it à sa Gomidération.

1^ ei) de rarticl^ i q)4 asrjiît q^donné eu ^ésoj ^ v^t&oic 1^ ^fpinç^ f ^ ^^'^^^'^J^ cessjopnfiir^ ji^H'^ pleine satisfoction, ces créanciers plus ou moins sérif^x yaàQiy lei^rç droits et obtinrent des jugements pour deux millions cinq cept paille francs. Des créanciers pci-sonnels aux l imilles Bacri et Busnach i^b^orbèrent le reste de la liqviidatio^ par le mêm^ P^oyep, et le Dey se trouva frustré de la part qui ^pyait tui f^venir. de droit au partage des sept mi^ipus, çQn^i^§ à |aq^ett€t eyai( firrêfçe la créance ^gérieniie. 4ip^ ç^tte tis^s^tii^i, qu'on n'oyait fiiite que povr le Dey^ pré^uta, en çés|iltat, la singi^laritc que le çeul créi^pcjer» en faveur duqqej PQ ay^it rQço()n|| la préaace, était les^ul qui n'en rfçùj^ 9,^çun^ part.

Dès que }e Dey appri^ ce qui s'était passé, son premier crj Qu mmist^re français fut que le consul t)eval l'avait tromjjt;

ment de rî^ppcler cp çp^^sul qu il ne pouvait plus voir devait çes yeux, d'ejfaffljner sa conduite, aiusi que celle des procureurs fondés, e^ surtout (ie Bacri et Busuach, ses sujets, qui étaient à Paris. Il demandait en outre qu'on lui envoyât à AJr ger ces deux sujets coupables qui , d'accord avec Deval et d'autres pei-sqr^nçs, s'étaient partagés les sept millions. < »

Cette réclamation était juste, et, ce qu'on aura peine à croire, c'est qu'il fût répondu par le mipistère que la çqqduite duçpçîsul éjait régulière, qu'il n'avait agi que dans les termes de la transaçtiqn et que le gpuvernement français en avait rempli Mèlen^eqt les conditions en payant les sept millions co|iyenus. Quant au fondé de pouvoirs, il fut répondu au |)ey qu'il était siyet français, (|utî Busuach s'était retiré à f^ivouri^e et que liacri s'était fait naturaliser Fi'ançais. M. le jjarqn de P^raas éjait aloi-s ministre des alVaires étrangères.

A cette réponse le ressenti ment du Dey lut à son comble ; inais l'œuvre étajt consommée et le ministèrp français avait jiécessaireinent pii à le satisfaire, ou à le provoquer pour le mettre dans sq^i tort, et d'uue TOpière ou ^'autre ^ étoi^ffer cette ignoble et scandaleuse affaire.

On prit ce dernier parti. Les redevances des concessions d'Afrique qui, par les anciens traités, étaient fixées à dix-sept T!Ç\ii[c francs et qui avaient été successivement élevéesà la somme de spixantc mille francs, maintenues par |e traité de 1817, furent portées à deux cent mille francs par un nouveau traité du 24 juillet 1820, On crut pari à calmer le Dey en lui faisiint assurer par 1^ France une rente ainiuelle aussi considérable qui deyait lui tenir lieu du capital dont on l'avait fiustré. , Ai"'»^ jusque là, pour faciliter |es dilapidations de qi^elques intrigants, on avait d'abord imposé à la France une somme ^p sept millions ; pour couvrir ces dilapidations on lui imposait ensuite un nouveau siwrifice de cent quarante mille francs pai* an : c'était de l'ancien régime tgut pur ; la res^ay^ation ^ montrait fidèle à ses antécédents.

. Cette incomplète satisfaction ne put calmer le Dey. On lui dit alors qu^ le retard pendant près de quinze mois, de la con- \ei'sion des rentes au trésor, avait donné lieu à une indemnité

en faveur de Hacii, et qu'on lui destinail le million que cela devait produire. Une eorrespondance s'établit à ce sujet; mais elle n'eut et ne pouvait avoir aucuA résultat, parce que les oppositions avaient empêché le trésor de se dessaisir.

N'ayant reçu à toutes ses plaintes que des réponses évasives, le Dey prit le parti d'écrire directement au roi de France, par l'intermédiaire du consul de Sardaigne.il eut la certitude que sa lettre avait été remise; cependant plus de trois mois se passèrent sans réponse, et c'est dans le moment où il ressentait le plus vivement ce dernier outrage, qu'eut lieu la scène qui amena sa chute. Voici à ce sujet les propres paroles d'Hussein, telles qu'elles ont éié recueillies lors de son passage à Paris, en 1831 . Un témoin digne de foi a bien voulu nous les communiquer :

« Deval, dit-il, s'était bien mis dans mon esprit; il était « adroit, insinuant, je ne me déliais point de lui : il était gai « et me plaisait pour cela; je crus à la sincérité de son affec- « tion pour moi. Il devint très familier, parce que je le trai- « tais en ami ; et j'ai su depuis par quelques uns de mes ofiSr « cîers, qu'on disait généralement au seraî, qu'une pareille « intimité avec un homme de son espèce ne pouvait manquer « d'avoir une mauvaise conclusion. Vers la fin du Bhamadan , « Deval, que je ne pouvais plus voir alors devant mes yeux, « par suite de sa conduite dans raiïaire des sept millions, « vint me faire la visite officielle d'usage avec les autres conu suis. C'était le 30 avril 1827; ses premiers mots furent pour « intervenir et prendre sous sa protection un bâtiment romain « qui se trouvait alors dans le port. — Comment, lui dis-je, « tu viens toujours me tourmenter pour des objets quinere- « gardent pas là France, et ton roi ne daigne pas répondre à « la lettre que je lui ai écrite pour ce qui me regarde?.. 1\ me « repondit, (le croiricz-vous?) — Le roi, mon maître , a bien « autre chose à faire que d'écrire à un homme comme toi. « Cette réponse grossière me surprit; rien ne donne le droit Il d'être impoli ; j'étais un vieillard qu'on devait respecter et « puis j'étais Dey 1 ie fis observer à Deval qu'il s'oubliait étranii gement; il continiîa à me tenir des propos dursetméséauts.

biyilizûu by GoOglc

€ Jè voulus lui imposer silence, ii persista. — Sors , malheu- « veux /lui di&-je alors. Deval ne bougea pas ; il me brava en « restant, et ce fut au point que, hors de moi, je lui donnai, « en signe de mépr», de mon dbasse-mouche au visage. Voilà <( Texacte vérité. Il existe beaucoup de témoins de cette scène, « qui pourront dire jusqu'à quel point je fus provoqué, et ce « qu'il me fallut de patience pour supporter toutes les invee- « tives de ce consul qui déshonorait arnssa le pays qu'il repré- « sentait. »

Ce récit ne s'accorde pas entièrement, comme on le pense bien, avec celui dfi la chancellerie, mais nous en garantissons Vauthenticité.

Quoi qu'il en soit, la France prit parti pour son représentant. Dans les premiers jours de juin , une division navale commandée par le capitaine Collet, partit de Toulon pour

aller venger l'insulte faite à la nationalité française. La division se composait de treize bâtiments : le vaisseau le Diadème, les irégates V Aurore, la Cyinlley la Vestale, la Marie- lliérése, la Constance; les bricks le Faune ^ le Cuirassier, [ Adonis; les goélettes VÉUnceUe, la Torcke, VAisadenne^ et enfin lagalMirre le Volcan.

Le 11 juin 1827, toute la division fut en vue d'Alger. Le même jour la goélette la Tûrdte parut dans la rade et remit des dépêches au consul Deval; cfui se rendit aussitôt à bord et

ne descendit plus à terre. En même temps, une pn K l irnatiou enjoignit à tous les Français résidant à Alger, de quitter cette ville et (h s enibaï quer : ce (pli fut exécuté malgré les protestations du Dey, qui leur garantissait sécurité et protection, en déclarant que ses discussions avec M. Deval étaient purement personnelles et qu'il n'avait jamais eu l'intention d'insulter la France et de se. mettre en guerre avec elle.

Le commandant Collet, qui montait le vaisseau la Provence, * fit alors connaître au Dey, par l'intermédiaire du consul de Sardaigne, l'ultimatum de la France : il devait être accepté sous vinprt-quatre heures : dans le cas coutrau-e, le blocus et la guerre étaient déclarés. Voici les conditions de cet ultimatum.

ITS ALCag^

!• Tous les grands du ro\;iume, à rexceptipn du Dey, sç rendrout à bord du eonmiaiidant pour foire, au nom de prince, des excuses au consul de France.

A un «goal eoairenU) le palai» du Def et tous la^ forti defroDiarboMr 1a pavilloii finô^ftia» fKHir U Miki^r de eenl un eoupB fia canoo.

8' Tew lei objets de toufa nature, propnétt finançaiaf^ e| embarqués sur les navires ennemis de ia Hégenç^, ne pourrpn) être saisis.

4** Les bâtinienls portant pavillon français ne pourront pâus être visités par les corsaires d'Alger.

5* Le Dey, par un article spéciaK ordonnera, dans te royaume d'Alger, Texécution des eapitulations entre la France et la Porte^ttomane.

^ Les sujets et les narres des états de la Toscane, de Luc»* ques, de Piombino et du Saint-Siège, seront regardés et traitai comme les propres sujets du roi de France.

( es conditions étaient d'autant plus dures et huunliantes, qu elles accordaient en apparence, une satisfaction éclatante à rhomme, qu à tort ou à raison, le Dey considérait comme le principal instigateur de la frauduleuse spoliation dont il avait été victime* Hussein, dans cette cûrcoQitapce, {»réoecupé àiptiit tout de YiSbke des sept millions était la caiiw uni** que de ces dlisensioiis et du rdle qu'il y attribuait au eonsul, ne ssaisii^scut pas la corrélation qui cxistiiit entre un consul, quel* qu indigne qu'il puisse être, en thèse générale, de ce caractère^ «t la nationalité du pays qu'il représente ; il rejeta les coiidi^ iiona imposées. Le blocus du port d'Alger et des côtes de la Régence fut déclaré. Le Dey, de son c^té, ordonna la de8tru6iloD ioiiaédiate de tous les établissements français sur la cM d'Afrique, et, le 1 S juîo, le fort de la Celle fiit incendié et roinÊ de fond en comble.

Deux années de blocus ne preduisif^t qu'un résultat très contestable. Malgré l'intrépidité des marins français qui suppoi laieiit avec courage les suuiiiaiices d'une croisière très pénible, qui avaient à redouter les rescifs de la côte, à lutter contre les tempêtes et les maladies, les Algériens soufiraient

biyilizûu by

âLGéioë. m

peu d'un bloeus qui coûtait à la Fran4i6^ept mîilfoiis f9r an.

On ne tarda pas à reconnaître Tineflicacité de ce système de répression.

L*aniH (' 1828 et les premiers mois de 1829 î>a8sèreiit en conférences entie le Dey et des négociateurs français. L'état de choses existant était pr^udieiable aux deux partis et ne pa^ Intinaît pès devoir amener de «olutioit. Lé «sMiliandaat Colièl, l^romii au grade de contre-amiral) alraH été remplacé par te capitaine de YaisBcau de la Bretonnière, qui a^ait, ^ ontre^ été chargé de fiiire une demièrë démardM ipiB-è**i48 dn ]>ëy. n lui fit denimder une entrevue, et le 30 juillet 1829, il mouilla en pa r letnentaire dans la rade d^Alfjer avec le vaisseau la Provence, qu i! commandait, et le bvkk i'il/er^6. L'entrevue fiil fixée au lendemain.

Ën attendant d'être introduit devant le Dey, M. de la Bte^ tonnièrese reposa dans la salie de la cour dn divan avec m suite, composée du capitaine de frégate Andréa de Marciat, d'une garde d*iionneur, de son secrétaire et d'un interprète : le consul de Sardaigne et le drogman du Dey étaient présents. La salle où ils se trouvaient était d'une architecture fort remarquable : c'était une umnilc pièce entourée d'une gaiei ie supportée par de culunnes cannelées ou à hélices. Dans une travée du bas, derrière une balustrade, siégeaient ordinairementles officiers du Dey, chai^ de rendre la justice. Le Dey ne présidait pas cette cour; mab invisible et présent, suivant une coutume que les vicesH^is des Régences tenaient des sultans, il assistait aux discussions et aux délibérations dans une triiiunc placée au premier étage et masquée par des rideaux de damas. Toutes les colonnes étaient en marbre d'Italie, mais leur destinée était de devenir de jeunes ruines. En effet, cette salle avait été décorée par le prédécesseur d'Hussein-Dey, et le duc de Rovigo, sous son gouvernement, engagea toutes les colonnes dans un mur qui remplissait tous les cintré. Pour la plus grande propreté du travail,le mortier combla les cannelures droites on tournantes et tout ce qui dépassait le mur dans les l ÏQceaux des ch;ipiteaii\ t'ai mutilé, aplati ou nivelé. Cette cour était le seul morceau d art de la Casbah.

l>ès qu'il Ait j^iévenu de Farrivée du parlementaire, le Dey le fit introdiiire avec sa suite. Il le reçut assis sur son trône et entouré de ses grands officiers. La conférence dura trois beu^ res : on ne put parvenir à s^entendre; elle fut ajournée au surlendemain sans plus de succès. « — Vous êtes venu sous la foi du sauf conduit, vous pouvez vous retirer sou s la même garantie, dit le Dey en congédiant M. de la Bretoniiière : puisque nous ne pouvons nous entendre, ajouta-t-il, j'ai delà poudre . et des canons. »

Rendu à ix>rd, M. de la Bretonnière fit immédiatement appareiller pour sortir de la baie. La Provence portait le guidon du commandement au grand mât, le pavillon blanc à la corne et le pavillon parlementaire au màt de misaine. Ici, la France reçutun nouvel outrage qui eut bien certainement des motifs, mais qui n'ont pu encore être bien généralement connus. Quoi qu'il en soit, le brick V Alerte prit le large sans être inquiété; mais le vaisseau la Provence, forcé par le vent, à ce qu'il parait, de serrer les forts, les batteries les plus voisines firent feu sur lui et le continuèrent jusqu'à ce qu'il Ée trouvât hors de la portée du canon. Dix boulets ratteignirent^ mais ne causèrent heureusement des dommages qu*à la voilure et au gréement. La Provence ne riposta pas.

Lorsque Hussein-pu( lin entendit cette canonnade, il accourut sur une terrasse d où on découvrait le niôle, et dès qu'il en eut reconnu la cause, il entra dans une grande fureur contre les ofiiciers qui avaient agi s<ins ses ordres. Il commanda à Sidi- Hamdam, un de sesaffidés, de courir aux batteries pour faire cesser ce feu, et se frappant la téte de ses mains^ il disait à ceux qui rentouraient : « — Malheur sur nous! quelle infl- « miel tirer sur un bâtiment parlementaire ! maiç c'est de « quoi faire raser des villes ! les malheureux ! que le ciel les « protège contre ma colère ! »

11 parait certain en effet qu'Hussein n'avait pas donné d'ordres. Pour témoigner la peine qu'il avait ressentie de la conduite du commandant des forts, il le destitua ainsi que le ministre de la marine; il fit donner la bastonnade aux canonniers qui avaient servi les pièces, et fit écrire à M. de la Bretonnière

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par le drogman de la Régence pour fiiiie agréer ses excuses et rinformer du «ihètimeiit exemplaire dont il a^t puni cette

audacieuse violation du droit des gens. 11 protestait en même temps du désir qu'il avait de faire la paix avec la France.

Voici ce qutulisiiit il vv siijft le même Sidi-iia0id;iin, i\in fut entoyé par Hussein pour iaire cesser le l'eu. « — Je puis certi- « fier que ces malheureux coups de canon tirés sur le vaisseau « ia Provence, !* ont été à Tinsu d'Hussein*Dey. Mais nous âi^ « sons en arabe : ie nuâtre est respotuabU des fautes de sm « serviteur. Ainsi; pour laver cette tache qui devait lui être « imputée, il fallait que le pacha envoyât immédiatement u iiii .iiiil);issadeur en France pour expoM'i' les fails. avniicr « (Hdili([iifiiiciiL les loiis r( Jaii'f cou iiaiht' la dcstilulinii du « ministre et la disgrâce du chei des canouniei's. Cet envoyé « aurait dû déclarer que le Dey était pci^suadé que le gouverti jiement serait satisfait des réparations qu'il était chargé de « lui faire et qu'il espérait pouvoir s'entendre surrafibirema- « jeure que M. Deval avait compliquée en compromettant son « gouvernement par ses actes de corruption et en interceptant « les dépêches du Dey. (^e conseil ne fut pas suivi. »

Sîdi-Hamdam disfiit ^rai. A sou |>assa<?e à Paris. Hussein a répété à plusi<Mij-H pr isnnncs : « — Oc tous colusj ai ute pressé « de m'accommodi i avec la France ; ou m a souvent engagé à « envoyer un ambassadeur à Paris; je n'ai pas voulu ^ et c*est « moi à la fin qui y suis venu. Dieu Fa voulu ! »

Du reste, eût-il suivi ce conseil, cela n'aurait rien changé à la détermination prise alors par le gouvernement français qui, dans l'ordre de certaines idées politiques qu*il tendait à faire prévaloir, considérait une expédition contre Alger, non plus cou 11 lie II II ()u!i;!;it' (ni dis mitrnsres nationaux a venger, mais comme une necL-ssile de position.

En effet, M. de Polignac était chef du cabinet. Ce nom si tristement célèbre dans les annales de la France, pendant les quarante années antérieures à 1830,^tait la personnification de tout un système de réaction. La France l'avait aocneilU avec effroi et avec une douloureuse prévision : la cour avec joie et des espérances coupables.

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