KT S. A. LE DEY D ALCER
« Le lort de la Casbah, tous les autres fo?*ts qui Répondent d'Alger et le port de cette ^ille, seront remis aux troupes françaises, ce matin à dix heures.
« Le général en chef de Tannée française s'engage envers 8. A. le dey d'Alger, à lui laisser la liberté et la possession de de qui lui appartient personneilemeiit.
« Le Dey sera libre de se retirer, a^ec sa famille et ce qui lui apjiartient, dans le lieu (|ti'il lixcra ; et tant qu'il restera à Alger il sera, hii et toute sa fnmille, sous la protectioii du général en chef de l armcc française ; une garde garantira la sâreté de sa personne et de sa famille^
a Le général en chef assuré à tous les soldats de la miliee les mêmes avantages et la même protection.
« L'exercice de la religion mahométane restera libre; la liberté des habitants de toutes classes, leur religion, leurs propriétés, leur commerce et leur industrie ne recevront aucune atteinte ; leurs femmes seront respectées, le général en chef en prend l'engagement sur l'hoinieur.
« L'échange de cette convention sera lait avant dix heures du matin, et les troupes françaises entreront aussitôt après dans la Casbah, et sucoessivement dans tous les autres Âirts de la ville et de la marine.
« Att eiibp devant Algari 1« & ■>
Dès dix heures du matin, Farmée, aui termes de la convention, se mit en mouvement vers la ville. Les trois divisions y entrèrent par la Porte-Neuve, précédées par une batterie de campagne. A leur approche le Dey avec ses femmes, ses domestiques et ses esclaves, évacua la Casbahs Le pavillon français remplaça sur la citadelle algérientie, le pavillon d'Âlger, et Alt arboré suecesfeivement sur tous les fiMrts et batteries. L'armée navale le salua par vingt-un toups de eainm. Le lehdemain 0, le vaisseau-amiral la Prevenee mouilla sous les TOwrs d'Alger. Le contre-amiral Rosamel et le capitaine de vaisseau Poréc, reçurent ordre de croiser avec dfeux divisions à l'ouest des baies d'Alger et de Sidi-Ferruch. L'armée Iran-
çaise trouva à Alger douze bâtiments de gueiTe, quinze cents pièces de canons en bronze et les arsenaux de la guerre et de la marine bien approvisionnés d'armes et de munitions. Lu ie Dcum fut solennellement chanté pour cette rapide conquête, et le général eu chef adressa à Tarméc l'ordre du jour suivant :
a Soldats, la prise d'Alger était le but de la campagne ; le dèTouement de rarmée adevancé Tépoque où il semblait devoir être atteint. Vingt jours ont suffi pour la destruction de cet Ëtat dont Texistence fatiguait l'Europe depuis tant de siècles. La reconnaissance de toutes les nations civilisées sera pour Tarmée d'expédition le fruit le plus [irécieux de sa victoire. L'éclat qui doit en rejaillir sur le nom français aurait largement compense les hais de la fiucrre, mais ces frais même seront payés par la conquête. Lu trésor considérable existe dans la Casbah; une commission composée de M. l'Intendant en chef de l'armée . de M. ie général Tholosé et de le payeur-général, est chargée par le général en chef d*en faire l'inventaire : dès aujourd'hui elle s^occupera de ce travail sans relâche, et bientôt le trésor conquis sur la H« gciice ira enrichir le trésor Irancais. »
Peu de jours après l'ex-dey rentra, non plus en maître, mais en solliciteur dans cette Casbah^ d'où il n était sorti qu'une seule fois en treize années, pour ne pas (ond)er sous le coup des poignards de ses janissaires. 11 avait demandé une entrevue à M. de Bourmont, pour régler avec lui quelques points relatife à son départ et à celui de sa famille, et réclamer une caisse contenant trente mille sequins d'or (260 mille francs) qu ou avait iJù trouvtr dans ses appartements, et qui étaient sa propriété particulière. 11 se rendit à la Casbah accompaîîné d'une iaible escorte. Il était \êtu très simplement. Il portait un caitan de couleur tendre sans broderies, et un simple bumousblancetun turban en cachemire rouge. Son cheval était magnifiquement harnaché. Son attitude était celled'une noble et fière résignation. Rien sur ses traits ne révélait l'émotion intérieure de ce vénérable vieillard qui venait d'être précipité du trône en expiation d'un mouvement de vivacité dont unp
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ignoble et viie inli igue avait motivé , sinon excusé l'emportement. M. de Bourmont le reçut avec distinction et lui fit les honneurs du palais où, la veille encore, il trônait en maître. HuGsein, cependant, ne put se défendre d'un moment d*émotion quand il se vit entouré de Fétat-major français dont la tenue respectueuse était un simple hommage au malheur et non plus à la puissance. « Excusez cette émotion . « dit-il à y\. de Bourmont en souriant tristement: je suis « peu fait à de telles leumons, mais je m'y ferai. » Il demanda à visiter une dernière lois son ancienne demeure : quand il entra dans le salon d'audience, dans celui-là même où il avait frappé le consul Deval de son chasse-niouche, son émotion devint plus visible ; cependant il se remit bientôt, et dès ce moment ne laissa plus, percer un seul de ces sentir ments intérieurs. II causa avec calme et sérénité, soit de ses atîaires pcrsc-nnelles, soit (ies aiïaires générales, révéla i'exislence des créances parli< ulières sur iesfiiielles il pria le générai en chef de faire quelques gratifications a des personnes qui n'étaient pas de sa suite ^ et dont il avait reçu des services ou des soins, régla tout ce qui était relatif à son départ et à celui de sa famille, et enfin donna sur Tadministratiou de TAlgérie des détails qu'on ne sut malheureusement pas apprécier, et des conseils qu'on négligea plus malheureusement encore de suivre. H en est parmi ces dernière (jui poun 'uent encore servir a l'instrution des administrateurs de nos )(airs, nous les reproduisons en en garantissant l'exactitude et Tautheniicité. — « Les janissaires turcs, dit Uusseini « habitués à commander, ne pourrontjamais consentir à être « subalternisés ; n'attendez d'eux ni ordre, ni soumission : « votre intérêt est de vous en débarrasser le plus tôt possible. . « Défiez-vous de Tastuce des Maures : ils ne sont à redou- « ter que par là. Oénéralement timides et peu entreprejiants, « ils soiii lacilt;» a gouverner; mais leurs discoure sont plus « dangereux que des pointes acérées; ne leur accordez ja- « mais une entière contiance.
« .Les Arabes nomades sont peu à craindre; mais gardezn vous de persécutions à leur égard : vous vous les aliéne-
tu
ALOfiRIÈ.
« riez sans retour; ils fuiraient avec leurs troupeaux dans les états de Tunis et dans le désert, et vous perdriez une popua lation nombreuse qui peut plus faeiiemeat qu'aUcune autre$ it faciliter leà transactionfl commerciales atee left tribus de k Fiittérièiir de l'Afrique. Ge^ Arabes même séfit^tetont ^ ir lôntîer& à fèe commerce, ttiàis ii'fiyeE aveè étit ^e de bètiè « traitements : cela seill et l'intérêt peut les attacher, les reiH « dre dévoués et dociles.
« Les Kabyles sont une populalioii ••Lierrièreetnoiiibit'use, à contre qui une guerre générale serait sans prolit et sansutl* <t lité. Ëvitéz la même a\ec soin, parce que vous n'eii pourrièt '€ tirer aucun avantage. Gependaiit comptez sur la haine dé « cette population qui n*a jamais aimé les étrangers. Mais hett- « reusement, les Kabyles détestent moins lès étrangers qu'ib « ne se détestent entre eux. Alors, en les divisant, on profite « de leurs querelles et on les maintient dans la soumission; « Les deys d'Alger n'ont jamais suivi à leur égard d'autre à plan.
« Quant aux juifs, ils ne sont nuliementà craindre : ils sont «t ici, Gottiibe dans tout l'Orient^ très corrompus, mais fort in<~ «t telligenls en affaires : employez-les en soiis-ordre^ tuais saitt « les perdre jamais de vue : ils pourront vous rendre jd'utilek « services. »
Il ajouta encore sur les gouverneurs des beylics d'Orân , de Coiistantine et de Tittery, des détails très judicieux dont on ne tint aucun compte, et que l'nvemi se ( hai L^oa de justilier. Il prit ensuite congé de M. de Bourmout, aprèsune entrevue de plus de quatre heures.
Son embarquement avait été fixé au 10 juillet. Ce jour, au coucher du soleil, Hussein se rendit de sa maison au pont Sa suite se composfidi de cent personnes : cinquante femmes , dont quatre légitimes ;Sidi-Ibrahim, son gendre et sa famille^ et trente esclaves ou serviteurs. Les femmes étaient portées dans des palanquins fermés entre deux rangs d'esclaves : Hussein précédait le cortège à pied. Pendant tout ce trajet, son attitude fut noble et digne. 11 n'eut pas à recueillir ces bruyantes démonstrations qui sontaiUeui«retpreÉÉiondafesetittnientB
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publics, mais qui, en Algérie comme dans tous lesËtatsinahométans, ne sont ni dans le caractère, ni dans les mœurs des populations. Là, on tient compte au souverain moins du bien qu'il eût pu faire, que du mal qu'il n'a pas fait ; et sous ce rapport, Tadministration d'Hussein avait été plus que celles d'aucun de ces prédécesseurs, débonnaire et juste. Aussi, sur les traits et dans la contenance silencieuse de lous ceux des indigènes fjui se rencontrèrent surson pnsj^agc, il put lire à la fois une pitié profonde pour son infortune présente^ et un respectueux hommage poursa souveraineté passée.
Arrivé au port, Hussein s'embarqua sur la frégate la Jeanned'ÀrCy qui avait été mise à sa disposition, et qui appareilla sur rheurë; Hussèin jeta un derniélc i^gpd mt cëttë Càilbàh d'où il avait régné pendant treize ans èn maître absolu, et qu'il ne devait plus revoir : ses yeux s'humectèrent de quelques larmes : les plevanl alors vers le ciel, il murmura tout bas: c*ébadt écrit ï Et dans cette pensée fondamentale du fatahsme oriental, il trouva une consolation à l'immensité de sa chute.
îia frégate le transporta à Naples^ (pi'il avait désigné pour tieu de sa retraite. Âprèsy avoir résidé quelque temps, il fut habiter Livoume; il se rendit de^là à Paris en 18311, et plus tard à Alexandrie, où il mourut en 1838.
Avec sa SMUveraincté, s'était éteinte en Algérie cette terrible Odj* ac qui, depuis Aroudj, le premier des Barberousse en i^ib, axait pesé pendant plus de trois siècles sur la chrétienté entiièrci.
GHiPITH ili.
Les Français a Algf^r. — Etal social et moral des populaliong algériennes. — Trésor de la Casbah.— Ccminenremeul d'organisation.— Imprévoyance du ministère : son incttrie.— Expédition de Blidah. — Conspiration, contre tes ftançais, déjouée.— 'Occupation- de BAne. — Le détachemenl iraiicais y est
attaqué.— Abandon de Bône. — Expédition d'Oran. — Abandon d'OraiL— > Funestes effets de ces irrésolulion?.— EfTot de la conquête d Aljrpr en France. — Embarras du ministère à ce sujet.— Protestation de 1 Aii,:;lf'i<'rre — Projet (le transaction.'— Révolnlion de Juillet. — EOet de cette résolution sur 1 armée d Afrique. — M. de Buuimùut est remplacé par le général Clausei.
L'entrée des Français à Âlger n'«vait été suivie de prèsqu'aucun de ces désordres inséparables d'une occupation par
droit de conquête. Les soldats furent en général cléments et humains, et si, dans les premiers moments, un cui a déplorer quelques actes d une inliiinianité révoltante^ ce ne furent (jiie des faits isolés et heureusement très rares.
11 est plus facile d'imaginer que de peindre Tétonnement des soldats français dans cette ville, où rien de ce qu'ils voyaient ne ressemblait à ce qui avait jusqu'alors frappé leurs regards. Tout y était nouveau pour eux. Ces rues étroites et tortueuses bordées de maisons uniformes n'ayant pour toute ouverture extérieure qu'une petite porte basse et une liicarno garnie <ie hai l eaux de fer : ros boutiques, espèces d'échopes oii le Maure ou le Juif, assis ie^ jambes croisées, les regardaient
It^^atiqiieraent passer en fumant tranquillement leins pipes; parlbis, au détour d'une nie. une Mauresque qui, enveloppée dans son long lakelilali, h iir .ippamissait comme un blanc fantôme, ou une belle iiiivei evenant de la fontaine dans iecostumeei l attilude des anciennes lillos de> patriarches, ou bien encore ime jeune n(^<rres>e coqueiteuieni drapée dans Tampie pièce de toile de Guinée à carreaux bleus et blancs qui lui sert de vêtement ; puis des dromadaires qui s*à?ançaient gravement, portant haute et fière leur tête stupidé : tout cela était si étrange, si nouveau. (|ue les soldats jetaieiït partout avec (Honnemeut leurs rejjards avides et curieux.
Ce (jui surtdul éton?iail. c'élait de voir rinipertuTl);ilile sang-froid despo|)!dafi'>'N indiji^ènes, (jui senihlaieiil ii être ni étonnées ni émues de tout Tapî^Rrr il rnili^nir^ fi- f armée conquérante d'un peuple d'occident, dont tout devait au moins avoir à leurs yeux le mérite de Tétrangeté et de la nouveauté. Les soldats ne comprenaient rien à cette indifférence des habitants d'une ville ou tout faisait naitre leur étonnement et où leur présence seuie semblait n'étonner personne. Les écrivaifisqui se sont occupes de rAl^^érie oui consiLmé le 1ai(. mais n oui pas cherché à re\pli(pier ou ont aUi ibue a iles caiise>. du moment ce qui était tout simplement un des traits cai-actéristiqnes des populations musulmanes, c'est-à-^ire une manière différente d'apprécier et de sentir.
Quelques mots à ce sujet ne seront pas hors de propos. En France, nous avons une singulière manière de juger les choses. Nous commençons par nous poser comme le type de la perfection en tout, et, sans nous inquiéter de ce que peut avoir d'exagéré une telle préleniii ri. nous déversons le sarcasme ou le ridicule sur tout ce (|ui la heurte ou la scinde. Cette méthode; économise sans doute le temps, les études et la réflexion, mais elle conduit à de bien graves erreurs.
Cest ainsi par exemple que jugeaient les populatioiis âiusulmanes sur la foi de quelques voyageurs qui oe ae tont-dtAi* nés la peine de lien approfondir; on a crié aiiaffaèfÉiè sur elles et. avec cette philantropie de paroles dont les peuples mo-i derues sont ess>eiitiellemeat prodigues, chacun a appelé de tous
ALUtRIE.
ses yam \à j^tefuluilambeau de la civilisation suv ce qu'en appelle assez grotesquement la batbwU,
Se|of| nous, un musulman est un homme apathique, pases»> seux, joifissaut de sa fortune à huis clos^ fumant du tahac^- faii-
inant du café, mâchant parfois de l!opium, et ayant phineurt
femmes qu'il tient à garder pour lui seul. Ce dernier point est un grand crime sans doute dans un pays aussi civilisé que le nôtre, où la communauté des passions et des vices a presc[ue amené, sous ce rapport, Ja communauté des biens ; mais hàtons-nous de dire que c'est le seul point sur lequel la charité chrétienne l'emporte sur la charité musulmane.
Ces pauvres musulmans ! on a calomnié jusqu'à leurs, ver^ tus. Ët, cependant, la paresse chez eux , • n'est, qu'une plus juste appréciation de la valeur du temps que nous gaspillons i ils vivent pour jouir et non pour travailler, et, chose singulière, Tardeiir immodérée du travail des peuples d'Occident, n'a d'autre Lut (jue celui d'arriver au far nienle si stygmatisé des peuples d'Orient. L'apathie de ces peuples est le résultat d'une çivilisation bien entendue, qui ne consiste pas à secr^er des besoins, mais à satisfaire ceux qu'on éprouve. Leur ja** lousie enfin est l'exquise sensualité d'un louable amour-propre non encore vicié par la passion ardente d'une sociabilité corrompue. Tout ainsi chez eux est la mise en jiratique de ce matérialisme de la vie positive , que si pen d'hommes comprennent, et <[ui place le bonheur dans la jouissance et le contentement de soi-même, et non dans Tophiion des autres. ' <Pâpr la loi religieuse musulmane, qui réglemente et prévoit jusqu'ail phis minutieux détails des usages de la vie privée, on eût dit qi|e Mahomei avait voulu créer pour ses soldats conqué^ rants, ui^e vie tpute de repos et 'd'intérieur. Il fîit compris, laissant aux Francs leur civilisation traeassière et vaniteuse qui se borne à ramasser de l'or pour en faire parade, eux, rassemblèrent en secret dans leur harem tout ce (|ue peut inventer le sybaritisme le plus raffiné. Marchant à pieds nus dans les rues, ils chaussèrent chez eux des babouches étincel^ntes d'or et de per|es orieptales^ s'agenouillant en public, sur les dalles du-i rj^^ leurs mqsq^^, il^ fpulèreût fui piMrtieuiier lafttapiBlea
ALGÉRIE. jt39
plifSflpyeux, assis sur des tapis de brocarid et pas^a^ leur vif daqs un délicieux /ar nUi^tef dont tout ce qui peut ei^ivror lef( ^e^, Fpmpait ^ M moRetouie.
G'él^t de la b^Fbl|si^ si Toii veut, piais c'était de la barbi^e bi^Q «fileiidue.
Si ensuit^' on ruiii|Kire la vie de mouviiiuent e.t de privaliou des Ikiiuiik s d Ucciiient à la vie paresseuse el beiit^uclit:; de ceux d Orient, les bijsoins imj>eneux des ^^s pi ie^ besoin^ )[)orn^s dei^ autres, les 4^<^ iiisaii<ibl^!> <^<^^ P)wmien| 6^ (es 4<^n»t9mjPIII^ des ^poud^y i) en r^uUen^itçeîte tr^^îf
#rîté : e'estque ]^ uns ^riiiept toi^t à ropinion d*aii^îi fJont ^ut^iss Igpcr^pt b tyrininique influea<î^, et qiie la ifltisatioiimi|¥)ent philosophique despeuples musiihnans fai| consister le bonheur à être heureux et le nôtre a ic paraître.
Tim( iiiiisi tiôt rxlrru'nr c'ikjz nous : ciiez eux c'est tuut le contraire. Cela explique leur calme et leur inflitîérence appar rente dansas «çircoiistances ppoime celles qui ont doiifié jiei^ à cette digpe^ipQ, et qù les peuples d'Occident i^e saHffUe^it traduire leurs sensatipiis qiie par desd^moiistFatiQ^sbruyiintee^ Qh^le^ mu^ubpaiis tout est intef!ife;l& jQf^) pN^) peine, lesreyers, et jiisqu'àrétpnnemeDtetla curiosité. Puis le dojïnie oriental du (atalisme, dont notice «iioi iole vaniteuse s'acctmiiiii MlriMii peu. cuiitriLue puiss.nuuienl a celle rsju'ce de toi peur des st.itsKttioiis extérieures, dans les accidents les plus graves de leur vie. Ainsi, par exemple, en loisqqe les
Algériens^UFentqueli^KiUe avait capitulé, et quedeséirangec^ allaient y entrer ei| Bia|tres» la plupart cojupliés oi| acjcr4)upû| 8QUS Tauveatdes éfchopes qui bor^Pioit quelque irpes, ne sé retournèrent même pas poupl^ yp>r p^^^er. ^ ?r^f:e^ dana
une circonstance pareille, on eût agi différemnaent : on se fut pressé sur leii! [M^sage pour satisfaire sa curiosité d ahord, et son aniouf-prii]ii')' ciisiide, en racontant à d aiilrcs ce qu'on avait VUl. Kn 1814 et 1815, lors de i entrée des pi uteàidus allià^ à Paris, on lit plus encore : on cvi,\ vivent 1^ al hés ! le^p^ii» pies que npus qii»(iiio|i|^ de barbares n'ont p^ à» te|§ M9Ver|.. Il est cependant i^wL pQÎptssiir lesquels p^i||fi^||^pil^
mes et la reliait m. Sons le preriucr de (*os rapports, les bVançnis les mirent, an début de leuroccupation aune rude épreuve* Les habitations des musulmans sont généralement surmontées d*une terrasse blanchie à la diaux, et sur lesquelles au coucher du soleil, les femmes montent pour y respirer la brise fraîche du soir. Par une convention tacite généralement acceptée, et qu'expliquent parfaitement les raœur» musulmanes, à ces heures, les hommos s'abstiennent entièrement de monter surles terrasses, dont la jouissance exclusive est abandonnée aux. femmes qui peuvent y caqueter entre elles oumêmesentrete* nir avec leurs voisines. La proximité des terrasses rend ces relations de voisinage faciles. Sûres de ne pas avoir à redouter les regards indiscrets des hommes, les femmes montent sur les terrasses non-^ulement sans Yoile, mais encore souvent dans un costume fort peu compliqué et que, du reste, la tiède haleine de l'air motive et excuse sufïîsamment. Ainsi beaucoup d'entre elles ne portent pour tout vêtement qu'une chemise de laine fine ou de percale fort transparente, fendue et entr'ouverte du haut à la base de la poitrine.
Après Feutrée des Français à Alger, les préjugés des musulmans s'opposaient trop à ce qu'on logeât les troupes dans les maisons particulières pour ne pas exécuter sous ce rapport la capitulation. Celles qui ne furent pas établies dans les forts, hivouiKjiièrent soit sur les places, soit principalement dans les jardins des environs d'Al^rer. Quelques maisons cependant furent affectées aux adniiuistrations publiques et servirent d'habitation aux généraux, officiers d'état-major ou autres. Ces officiers, qui n'avaient pas les mêmes motifs que les musulmans pour ne pas aller prendre le frais sur les terrasses à rheure où la jouissance exclusive en est dévolue aux femmes, choisissaient de préférence cette heure-là, d*abord^ parce que la chaleur étouffante du jour faisait de la brise du soir un be-» soin et ensuite parce qu'ils y trouvaient un vif attrait de curiosité. Toutes les lorgnettes, toutes \o> longues vues étaient en réquisition , braquées aîi\ quatre points cardinaux, partout où apparaissait une blanclie forme de femme, et pour mettre leurs pudiques maîtresses à l'abri de tant d'indiscrétions, les
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Négresses n'avaient passouveiii assez de l'ample pièce de toile qui leur servait de vêtement et qu'elles étendaient en guise de paravent devant les jeunes odalisques dont le oostume était toujours plus diaphane que celui des autres.
Cet acte blessait trop directement les mœurs musulmanes pour lié pas soulever de vives réclamations. L'irritation des indigènes fut même portée à tel point que le général en chef fut obligé d'intervenir. Nous rappelerons à ce sujet, comme un fait qui doit être pris en considération , ce que dit Aîontesquieu dans son Esprit des lois liv. X ch. XI : Les f rançais ont été chassés neuf fois de t Italie^ à causet disent les iUstoriêns, de leur insolence à Végard des femmes et des filles. La susceptibilité du musulman est, à ce sujet', moins encore accommodante que celle des Italiens.
Maintenant que nous sommes arrivés à Tépocfue où, pour la première fois, les Français sont dans l'ordre social et administratil en contact avec les habitants de l'Algérie, ce que nous venons de dire nous amène naturellement à compléter ce que nous avons déjà ébauché au sujet des populations indigènes.
On a déjà vu que, parmi les éléments divers de populations que contient la Régence, il y a les Bédouins ou Arabes, les Berbères ou Kabyles et les Maures. Nous ne comptons pas les Koulouglis, les Juifs et les Nègres, parce que ce ne sont que des populations accessoires ; la première doit finir par s'éteindre, parce que, depuis l'expulsion des Turcs, elle ne se renouvelle plus : les deux autres sont forcément attachés, par intérêt de situation sociale, à tout dominateur quel qu'il soit.
Les Arabes et les Kabyles forment les 29/30°" de la popu^ lation : les Maures composent le dernier 30"*'. Les premiers habitent généralement la campagne ou les petits villages de Tint érteur ; le Maure habite les villies.
Sans être înteDectueHement beaucoup au-dessus de l'Arabe, le Maure possède une civilisation matérielle dont nous avons essayé déjà de donner une idée précise. L'Arabe repousse celte civilisation ; il la dédaigne et ne la considère que comme une chaîne qui le priverait du premier et du plus ch6r de ses biens : rindépendance.
T. I. la
m ALGËRIË.
Dans une somptueuse habitation où les riches teintures, le inarlirc et l'or sont quelquefois prodigués, habite le MaurÇj promenant ses loisirs tiansuii riant jardin, vêtu ;ivrc richesse, savourant le repos de corps et d'esprit au milieu de parfums, d'esclaves tremblants qui préviennent ses volontés, de jeunes e( belles femmes qui se disputent ses désirs, réunissant dans un étroit espace toutes les jouissances auxquelles sa fortune lui permet d'atteindre*
Âcôté de lui, dans une plaine aride qu*il ne se donne même pas la peine de cultiver, où il n'a d'ombre que celle des arbres qui y croissent naturellement, exposé aux rayons d'un solei! brûlant qui pénètre à fond les entrailles de la terre, couvrant à peine sa nudité de quelques hailions, habitant une misérable cabane ou une saie tente en poil de chameau, vit r Arabe péle-méle avec ses femmes, ses enfants, ses bestiaux et sa vermine. Cet homme, par le produit de ses denrées, de ses bestiaux est aussi riche, parfois plus riche que le Maure : son or, il l'enfouit. La jouissance pour lui est dans la possession, mais non pas dans l ernploi. 11 n'ignore pas qu'avec de l'or, il pourrait se procurer l'existé 11( 0 somptueuse du Maure, mais pour cela il faudrait qu'il renonçât à être ce qu'il est, ce qu'out été ses pères; à ce prix il n'en veut pas. Ce qu'il veut, c'est étrç libre, etil sait qu'avec des besoins il ne le serait plus. Ainsi «pu intelligence naturelle lui a révélé ce que les lumières de U jcivUisation n'ont pu encore apprendre aux peuples modernes.
Tel était l' Arabe avant les patriarches, tel il fut sous eux, tel il est encore : au milieu des flots changeants d'une mer de peuples, le Créateur l'a jeté comme un rocher. • .
L'Arabe n'a pas oublié cependant qu'il fut, lui aussi, un peuple conquérant. 11 sait que son établissement dans l'Afrique occidentale est la conséquence de sa conquête, et son orgueil natipnal s'en exalte. Il sait que quelques-unes de ses tribu|B descendent en ligne directe de ces guerriers fameux qui, par la force du sabre, implantèrent leur culte en Orient, et même en Occident. Ausëi étalant au soleil avec orgueil son luxe de guenilles, il regarde avec mépris le Maure tout doré, et avec
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horreur le Franc, les considérant l'un et l'autre connme de beaucoup inférieurs à lui. • * Les principaux traits caractéristiques des tribus arabes sont communs aux tribus kabyles. La constitution politique de ces deux poj>ulations ne diiïère que dans des dispositions accessoires : leur constitution sociale \arie en ce que les unes sont généralement sédentaires et les autres généralement nomade». Malgré celte différence, il existe entre elles une très grande analogie de religion, de mœurs, d'usages, de passions, dégoûts et de haines. Il existe cependant une difTérence dans leur langage : la langue des Kabyles, riche, abondante, originale et assez précise, se nomme le Cliillah. Elle est répandue, parlée ou comprise sur une ligne immense, depuis l'Atlas jusque dans l'oasis de Syouhah , mais divisée en une infinité de dialectes particuliers, dérivant évidemment d'une origine commune, et qu'il serait bien diflicile peut-être de nmiener à un ty pe spécial.
La langue arabe est généralement celle de tous les Arabes, Maures ou Juifs. Sur les confins du Désert, il existe cependant des juifs convertis à l'islamisme qui, dans leurs relations intérieures, ont conservé l'usage de l'idiome hébraïque : mais ce n'est qu'une exception. L'arabe vulgaire a beaucoup de variantes, mais il y a la langue mère ou savante, l'idiome de Modhar, dont Mahomet se ser\it pour écrire le Comn : comme tout musulman instruit le connaît plus ou moins bien , cet idiome fonde l'unité de langage rpii existe peu dans la vie ordinaire : chacun employant le dialecte propre à la partie du monde mahométan qu'il habite. Quant à la langue turque qui servait pour les actes officiels, elle n'était guère usitée en Algérie que parmi les janissaires et les Koulouglis. Les Turcs, du reste, n'ont jamais cherché à imposer leur langue aux Arabes et aux Kabyles : bien plus, ils n'ont pu les dominer qu'en exploitant l'Arabe par l'Arabe. Les haines privées des tribus diverses ont même fait leur seule force à cet égard, et toute leur tactique a consisté à faire tourner au profit de leur politique les divisions intestines de la grande famille arabe. Ce système, comme on l'a déjà vu, était en partie celui des Carthaginois
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et des Romains. Seulement les Turcs créèrent entre leurs alliés ou auxiliaires et les récalcitrants une espèce de hiérarchie qui subsistait lors de la conquête de TAlgérie par les Français, qui a été détruite par cette conquête et qui n'a encore été remplacée par rien d'aussi efficace. Comme c'est une des causes qui n ont pas peu contribué à accroitre les difficultés de la (loiiiiiiation française, il n'est pas sans intérêt de sy arrêter un moment.
. Le premier soin des Turcs, après avoir conquis l'Algérie, fut d'écraser «{uelques tribus puissantes ou remuantes et de prendre les autres sous leur protection. Ces dernières dem<^ rent naturellement les auxiliaires des dominateurs, soit pour la levée des impôts, soit pour les expéditions de guerre. Les tribus alors Ibrmèrentdeux classes : l'une, coimue sous le nom générique do margzen, affranchie do (oui impôt, excepté des impôts religieux : l'autre, appelée ra^as, est soumise à toutes les espèces de tributs dont nous avons déjà donné la nomenclature. De cette manière, toutes les fois qu'une expédition devenait nécessaire pour la levée d'un imilét ou toute autre cause, le^margzen appuyées d'un faible corps de troupes suffisaient : la pari de butin qui leur était allouée dans ces cir* constances était un assez puiss uil stimulant pour elles. Ainsi, les Turcs, ces hommes si incapables, comme on ne cesse de le dire, avaient eu le bon esprit de tirer parti de la force partout où elle était sans prodiguer leur or et le sang de leurs soldats. L'habileté française n'a pas toujours obtenu d'aussi heureux résultats, et ce n'a été qu'apr^ beaucoup de tâtonnements qtt*on s'est décidé à instituer quelque chose d'à peu près semblable.
Cette courte digression sur l'état social et moral des populations arabes et kabyles, et le système pub fi 411c des Turcs à leur égard, était nécessaire pour bien faire comprendre combien il était urgent, immédiatement après la conquête, de chercher à tirer parti de ces éléments pour faire acte de force administrative et ne pas laisser tomber l'organisation sociale de l'Algérie dans un état de désordre d'où on n'a pu encore la. retirer. Il est juste de dirft que le général en chef de l'armée
eipéditioniiaire n'avait pu avoir de plan arrêté, et que l'impré- Yoyance du ministère avait été telle, qu'il n'avait ni demandé ni donné aucune instruction à ce sujet. La situation ensuite
était exceptionnelle.
En ( fît L dans les tîuerres d'invasion doiil la France a donné de meijioi ;ihlf» txeiiipies, on a vu parfois des soiivernins déserter leui ( ipitale; le cours des affaires était nécessairement troublé, mais il n'était pas interrompu; avec ses seuls rouages secondaires, la machine administrative marchait encore. A Alger, il n'en put être ainsi : le pouvoir personnifié dans vat seulhomme se résumait en lui ; toutes les forces motrices réindaient dans sa volonté : cette volonté manquant, tout manqua. Dans cette circonstance, il n'était possible de prévenir le dé- .surdre et rannrcliie. (pren suh^litiiaiif junvjiK^nt et sinipl*-mentquel«|in ( h use un (pieiqu un a la place du Dey. Loin de là M. de Bourmont se contenta d'instituer, sous le titre de commission de gouvernement, une commission que nous ne mentionnerons que^ar mémoire et ^i était si vicieuse dans sa constitution primitive, qu'elle s'éteignit d'elle-même après quelques essais infructueux de moyens de gouvernement. Ha» cette insignifiante création s'explique par les vues du ministère français, qui ii avait ni l'intention, ni la volonté de erardei- Alger; la valeur de- s(d lats français n'avait ete nuse ;i une si glorieuse épreuve, que pour favoriser des projets lii>erlicides. Peu lui importait ensuite ce que deviendrait la conquête.
La. prise d'Alger cependant, en dehors des coupables mati||(ations qu'il méditait, avait éveillé sa sollicitude en un point spécial : le trésor de la €asbah que Von portait à plusieurs centaines de millions. Aussi, soit que M. de Bourmont eût reçu au sujet de cet objet secondaire des instructions qu'on ii'awiit pasdaignélui do?iner pour l'objet ij^aL ^cil (ju'iJ ait cru agir plus logtqueiiicut, î»uti premier soin en entrant dans la Casbah, fut de nommer une commission chargée de faire Tinvents^ire du trésor : cette opération donna même heu à des bruits àt^étranges, que nous entrerons dans quelques dé» tails au sujet d'un fait qui est encore un mystère, mais qui sera, nous en avons la conviction, éclaird plus tard.
La Ca«bah dont Hussein n'était sorti qu'une seule fois pendant un règne de treize années, était une enceinte irrégulièref entourée de hautes murailles crénelées à la mauresques et armées do canon». Âli-Pad»^ prédécesseur d'Hussein, homme cruel etsanguinah-e, que les Algériens avaient surnommé le fou, parce qu'ils imputaient à la l'olie sa cruauté , s'y était enfermé le premier en di^nint: a Mainli nant, seulement je suis « maître. » UusstMn fit romine lui. Celle résidence cependant était une habitation assez mesquine; cinq petites pièces ou l'on arrivait par un escalier tournant, composaient les appartements du Dey. Tout le mobilier, selon Tusage turc, ne con* sîstait qu'en coussins et divans, rangés autour de Tapparte-* ment et recouverts de riches tentures ; des glaces de Vemse, de belles porcelaines, de eof&es à essence en bois préci^x, de pendules à cadrans arabes.
A l'extn iiiiu d'une galerie éclairée par une rotonde vitrée, étâitle harem, ouapparlcmentde fcmmesqui ne recevait le jour que par une cour intérieure plantée de citronniers, de plataoesy de jasmins, de quelques arbustes, ornée d'un petit kiosque revêtu de kîence jaune et noire, et d'un cabinet décoré de jûUes poteries de couleur claire, lieux de repos pour les pn^ menadesdu Dey ou de ses femmes dans le jardin. Les apparu tements des odalkqnes communiquaient extérieurement par une giaiiiie salle pavée en marbre; ils étai< ni hk ubJcs cuuiuie ceux du Dey et n'avaient de plus ({ue qu I jues riches lits à colonnes, garnis encore de leurs mi)ush(|u;ur(;s lorsque les Français y entrèrent. Dans tous ces appartements on remarquait, selon l'usage des riches Turcs, le revêtement de faïence peinte et dorée garnissant la muraille à hauteur d'appui, dea tentures aux vives couleurs, des tapis aux fleurs brillantes, des cintres moresques^ des rosaces d'un goût charmant qui n'auraient pas déparé nos plus élégants salons.
Près de ra})[)artenienl des It anues était la Nuliere recouverte d'un orillage vert : près de là et à rexlréinilé d'une galerie où l'on purvennit par une des cours dfi rez-de-chaussée, étaient les salles renfermant le trésor. Chacpie jour, à midi, le trésor se fermait et i on en apportait la clef au Pacha
. ...... ^le
qui n'en était que le dépositaire et fpii n'avait pas le droit d'en ouvrir les purles. Il ne pouvait n!«^tTH' y jx ncher qu'accoiiipa^in' (lu kasiia«iji (trésorier de rOili«'a(''. Deux jours par semaine, la caisse publique n'ouvrait pas. Ces jours-là, le Dey payait de ses deniers, le kasnadji le remboursait le lendemain. Avant Hussein, les finances, comme presque toutes les parties de radministration, étaient en désordre : il y mit une grande r^Iarité ; cependant il n'existait pas de registre constatant les recettes et les dépenses. La responsabilité du trésor n'appartenait pas au Dey; elle se partageait entre tous les agents du service des finances : aucun acte n'indiquait l'objet ou l'importance des versements qui se bornaient à entasser, dans leui^s cases ou caisses respectives, les monnaies d'or ou d'argent, quels que fût du reste leur origine , leur titre ou léur valeur. Les sortiesdefondsétaient plus régularisées : elles ne pouvaient s*opérer que par une décision du divan, et le De^ lui-même ne pouvait empronter une piastre à l'Etat sans son autorisation.
Sept pièces renfermaient le trésor. La première de vin^cinq pieds de longueur sur dix de largeur, coupée au tii i s le sa ]ar<;('ur par une cloison de trois pieds de hatiteur, contenait des boudjoux-réal. Dans la seconde de vingt-deux pieds sur huit, étaient, sur trois de ses parois, trois coffres formant banquettes et contenant des lingots d'argent, des boudjoûx et de la monnaie de biUon. Les trois autres étaient trois grands cabinets noirs coupés par le milieu par une cloison en bois et renfermant, deux, de la monnaie d'argent et le troisième des monnaies d'or entassées péle-mêle depuis le roboa soltani jusqu'à la double quadruple mexicaine. Dans les deux derniers étaient des piastres de Portugal et des piastres fortes d'Espajrne. La commission chariree d inventorier ce trésor, procéda à l'inventaire. La valeur estimative en fut, à vue-d'œil, diversement appréciée par deux de ses membres. M. Firino, payeur-général , ne l'évalua qu'à cinquante millions; M. Denniée, intendant de Farmce à plu» de quatre^ vingts. L'opinion générale des consuls, du kasnadji et de quel- (fues pei-sonnes en relation active avec la Régence, fut qu'il
m ÂLGâRIE.
dépassait de beaucoup cette dernière somme. Quoi qu'il en soit, après avoir procédé au tri des pièces et des lingots et à leur pesage, on trouva pour résultat :
7,212 kU dora 3,434 fraeka. . . . 24,76B»000 i 08,704 kil. d'argent à 220 fir* le kil. . 23,91 S,000
115,916 kil. représentant ensemble une
valeur de 48,683,000
Les dépenses pour rcxpéditiori, inatiiie et guerre, s'étaient élevées à 48, 500 mille francs. Restait donc sur le produit du trésor de la Casbah un excédant de 1 83 mille francs, auquel il faut joindre sept millions environ tant de la valeur des lai^ nés et denrées diverses trouvées dana les magasins de la Régence, que des pièces d'artillerie en bronze.
Les recettes ayant ainsi assez largement compensé les dépenses, on s'imagina que l'opinion publique devait se montrer satisfaite : ellenelefut pas. Desbruits b UccnVlitèrent fondés sur des déclarations ofQcieuses des consuls et prmcipaleroent du consul anglais, du trésorier du Dey, du juif Ben<- Durand en relations financières avec Hussein, de Maures en grand crédit et même d'un des membres de la commission, l'intendant Denniée. On parlait non pas seulement de gas- )]iliaj(es privés, de dilapidations particulières, mais d'un grand (iélourneuient de fonds fait au pi-ofit du l'oi régnaut, alors Charles X. On citait môme le poi't d'Italie où s'était opéré ledéchargement. Ces bruits inèrne pi irent une telle consistance et l'opinion publique se prononça si ouvertement, qu'après la chute de Charles X, le gouvernement de juillet crut devoir intervenir, pour foire constater le fait ou en montrer le peu de fondement.
Pour ne pas scinder la relation de tout ce qui se rapporte à
ce sujet, nous allons le compléter en anticipant sur la narration des faits relatifs à l'administration de M. de Bourmont que uous reprendrons plus tard.
Après la révolution de juillet , le ministère fut convaincu qu'un grand détournement de fonds avait eu lieu : par qui, comment, au profit de qui avait-il été fait 1 c'est ce qu'il igno-
ALGCniE* 249
rait. Comme tout le monde, il était à cet égard dans une si complète ignorance, qu une des instructions secrètes dounrcs au général Clause!, nommé en remplacement de M. de Bourmont, fut relative i t p sii j( t. Dans la conviction où il était que Je trésor de la Casbah avait contenu plus qu'il n'en avait été accusé, le ministère cherchait de bonne foi à découvrir les auteurs de ce détournement; aussi la mission du général Clausel en Afrique fut, dès le début, moins militaire que po-
iiUquf rl fniancière [\).
Les bi uilï. étranges (fiii avaient cuti m en FraïKc au sujet de ce trésor, étaient plus encore accrédites en Algérie où ils avaient pris naissance. iMais là, comme m France, il était impossible de constater, à cet égard, un fait qui tût plus qu'une . présomption basée sur des présomptions.
Cependant, au nombre des personnes partageant la conviction de ceux qui croyaient au détournement, était Tintendant* général Denniée, membre de la commission primitive, et dont ré\alii;ilion esliiiialive du tiésor a\ait cté, comme Oii l a vu, |MHle< jucsijiit ;m (loul)le de celle du payeur-génén!) 1 ii iiin. A l'arrivée du gênerai Clausel, il s'adressîi à un olUciei' (1*' sa suite le capitaine du génie A. Guy, promu depuis au grade de chef de bataillon), et lui demanda si l'argent mon noyé ayant laissé une empreinte sur les murs des caveaux de la Casbab, la science n'offrirait pas un moyen d'arriver à la connaissance
la valeur contenue. Il lui fut répondu que, si une soustrac* lion avait eu lieu, elle avait dû ne s'ellecluer que sur 1 or plus portaiil rt plus facile àciu Itor. et ([n'en prenant toutes les hautcni*s des traces qu ;nait lais^ct » Tor sur les iimr» du caveau où il était entassé et en cubant toutes ces hauteurs, ou pourrait arriver à une évaluation très approximative du con* . tenu primitif. Le général Clausel, informé de cette circonstance, nomma une commission d'enquête, spécialement
(1) A me des prflmièiw haltes du général Clausel, à son départ de pour l'Algérie, on des ofllciert de s» suito lui ayant parié d'un pbn d^eipédilion contre H» Arabes : « Nous discuterons plus tard votre plan, lui dit Ib gé-
néral, pour le moment notre niissioD est plus politique et /iRiNiclére que « mitMaire. » Noos pguvoQ» gsranUr l'aotlifiiilicité de oe fiûl.
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chargée d'étudier qiielle avait pu être rim]^drtatice primitive du trésor. M. Guy fit partie de cette commission et fut chargé du travail de cubage (hi caveau de la Casbah oii avait été entassé l'or. Il détermina les traces (pi'avait laissées l'or sur le mur, en prit toutes les hauteurs, les cuba et constata que l'or avait pu occuper (piatre mètres quatre-cent soixante-quatre millimètres cubes. Comme dans toute réunion de pièces détachées, de corps multiples , il existe des interstices , et qu'il était important de les défalquer pour constater la différence du plein au vide, le capitaine d'artillerie Lugan, que M. Guy chargea des siqiputations, pai-vint, après de longs calculs géométriques, à établir (pi'en déduisant quarante pour cent pour la différence du plein au vide, il restait, toute compensation faite, un nombre de mètres cubes d'espèces monnoyées d'or, représentant une valeur de cent cinquante millions : « Ce n chiflfre, dit le mémoire qui fut publié par la commission <r d'enquête, est en parfait accord avec les déclarations du « consul d'Angleterre, sur l'importance du trésor d'Alger, « reçues par M. de Bounnont le jour de la capitulation, avec « le document historique publié par M. Schu'ler, consul- « général d'Amérique près la Régence d'Alger, avec le rap- « port que M. Deval, consul de France près ladite Régence, « avait envoyé au gouvernement le 26 février 1828, et enfin « avec la déclaration du premier ministre du Dey de Tunis, « reçue par M. le chef de bataillon du génie Guy, le même^ « qui a procédé à l'opération matérielle du cubage. »
îl résulta de ce cubage qu'en admettant que les années du blocus du port d'Alger et la guerre à soutenir contre la France eussent occasionné au Dey une dépense de cinquante raillions, on aurait dû trouver dans la Casbah cent millions au heu de quaranle-huit. '
Dès qu'on avait su à Alger que. par l'opération du cubage dans les caveaux de la Casbah, on pouvait arriver à des indications à peu près positives sur les valeurs qu'ils avaient contenues, quelques pci'sonnes, plus ou moins compromises dans les bruits qui avaient été accrédités, se montrèrent assez impatiemment inquiètes de connaître le résultat de l'opéra-
ALGÉRfÉ. 251
tion. BtÂîsipidiqu'it t&i géhéràléikiént fldlmid qie lé têmmé^ ménf , s'il y en avait eu un, n'avait' pas eu lieu poui^ lefti^ compte, cette impatience était d'autant plus naturefle qu'ellélÉ
devaient avoh- iiàlc de se laver d'une inculpation qui, sous le rapport des preuves matérielles, manquait entièrement de fondement. Quoi qu'il en soit, le ministère, qui avait d'abord montré tant d'empressement à vouloir découvrir la vérité, ordonna tout-à-coup la cessation de toute investigation à cé sujet, et la colMMœion d'enquête fut dissoute. On ^ou^i, pour détruire toirt 8oup$oti, pudddre qaéifiuea doditiiéMa pô^ filtiâ, tels qtï^uiie ôeHification des douanes d^ItaHê; oùFargent, disaîf-on, avait été débarqué, ou bien étido^ titie déclaration du Dey, lors de son passage à Paris : on ne fit rien de tout cela.
Ainsi se termina cette mystérieuse atîaire, sur lacpielle Tavenir pourra peut-être donner quelques éclaircissements nouveaux.
Reprenons notre narration au point où nous l'avons laissée.
Nousî avoûs vu M. de Bounnont iftstituer, après la prise ^KUget, une commission gouvernementale, chargée de pom^ voir aux premiers besoins du service. Cette commission, soué rautorlté Immédiate du général en chef, était composée du maréclial-de-camp ïholosé, du payeur-général Firino, de l'intendant de l'armée Denniée, du consul Deval et d'uu secrétaire : un capitaine d'état-mnjor faisait fonction de lieutenant de police. Pour rem placer Tancienne organisation urbaine turque et les divers titulaires dont nous avons déjà défini ailleurs les attributions, oette commission nomma un conseil municipal, composé d'indigènes maures : les corporations avec leurs amins, la communauté juive avec son rabbin pour cbéf firent maintenues. En même temps, on pro(iéda à l'expulsion des janissaires; ils furent désarmés d'abord, et puis embarqués pour Smyrne, au nombre de deux mille cinq cents ; les autres,' au nombre d'environ deux mille, mariés, ajant une famille et des propriétés particulières, furent autorisés à rester dans la Régence, après avoir été préalablement dépouillés de leurs' emplois.
Ce fiit là k seule mesure rattônnetlé qui fut prisé eii èstfii
circonstance. Tout le reste ne fut qu'une série d'actes d'impré- . voyance et d'inhabileté. Il était sans doute difficile, avec un manque total d'études préalables sur le pays, de substituer immédiaten^ent la puissai^iÇje de la Fraaçe à celle ^'on venait de détruire ; mais on poiivait faire beaucoup mieux que de cpiifier radministration à la classe des indigènes la moii^ ncHubreuse et la moins à craindre. L'élévation des Maures ait pouvoir devait immanquablement aliéner sans retour les Arabes qui les méprisent trop, pour qu'une partie de ce dédain ne rejaillît pas sur ceux qui semblaient les appeler à leur aide pour gouverner. C'était presqu'un acte d'hostilité à l'égard de ce peuple conquérant du pays sur les Maures et qui avait le droit de penser que les Français s' appuyeraient d'autant sur lui .iju'il était le seul capable de leur disputer sérieusevîijpBt ^ur conquête. Cette faute grave, ep blessai si j^fifia||i^l|aip^ la susceptibilité natioi[iAle arabe, fut îme des principales causes qui créèrent dans la suite tant d'embarras à Fadmimstration française. La jalousie fit naître la défiance, la défiance l'irritation , et toute transaction devint impossible entre le vainqueur et le vaincu : les Maures trompèrent les Français, et les Ai^Cjs les combattirent. Si, dès le début, on se fût appuyé, sur cea derniers, on eût eu des embarras sans doute; m^is^ (yjpBi on eût pu avoir à sa portée une voie de trauasaf^^ii.tii^»! jours ouverte. Cette iaute, du reste, doit être moins imputéc^j au général en chef qu'à l'inepte ministère, qui. avait envoyé une armée en Afrique , sans avoir prévu autre chose de la 4ï0nquète que Tinique moyen qu'il se proposait d'en tirer.
Réduit ainsi à lui-même dans cette inqualifiable incurie du ministère français, M. de Bourraont administra comme il put. Il serait injuste cependant, de ne pas lui tenir compte de ses, efforts pour substituer une sorte d'ordre et d'organisation r9j(iarphie qui naquit forcément de la perturbation généraleî^ apportée dans tous les rapports administratifs, par le brusqi|(i^ déplacement et le renvoi immédiat de tout ce qui, dans Tordre civil et politique, constituait, avant la conquête , non-seule^ ment l'administration centrale, mais encore ses plus simples {;a}^ge&. Ce qu'il lit fut vicieux sans doute j| mais on, nçjsût
eomment qualifier ces actes du ministère qui, dans une si importante circonstance, se contenta de lui demander une collection de plantes et d'insectes pour le cabinet d'histoire naturelle, et cent cliameaux pour les acclimater dans les iandes de Bordeaux. Tels lurent les incroyables motifs des deux seules dépêches que reçut le général Bourmont du 'ministère Polignac. U est de ces faits que l'histoire n'a besoin que de consigner pour les stigmatiser comme ils le méritent.
A Foi^nisation du conseil municipal dont il a été parlé, on en joignit d'autres : on créa une garde urbaine chargée de la police de la ville et du port ; aux kadis turcs , on substitua des kadis maures. Les rabbins juifs eurent la juridiction de leurs coreligionnaires : l'autorité française se réserva seulement texequalur^ pour les décisions principales de ces divers tribunaux. On pourvut ensuite à quelques chaiges ^ telles que )a nomination d'un agha des Arabes, d*un inspecteur du marché au blé {eodjia) , d*un intendant des inhumations (pe~ tri metdji), réorganisations judicieuses dans une contrée où l'habitude exerce tant et de sî puissantes influences. Mais ce n'étaient laque des étais bien impuissants pour soutenir une machine dont la force et la volonté absolue d'un homme étaient auparavant les éléments constitutifs.
Ce qu'il en advint était facile à prévoir. Le désordre s'introduisit dans toute l'organisation sociale , et le premier bienfait que les populations algériennes eurent à recueillir de nous fut une anarchie complète dont il fut difficile de prévoir le terme.
A ces fautes que le général en chef avait essayé de prévenir par quelques efforts louables, s'en joignit bientôt d'autres qui sont moins excus^ibles. Ainsi, par exemple, en parlant des bev's d'Oran et de Tittery, Hussein avait dit à M. de Bourmont dans l'entrevue qu'il avait eue avec lui : « Le bey d'Oran est un « honnête homme : sa parole est sacrée : mais mahométan « rigide, il ne consentira pas à vous servir; il est aimé dans « sa province : il est de votre intérêt de Féloigner du pays. « Quant à Mustapha-Hou-Hezray, bey de Tittery, je vous re- « commande de vous tenir en garde contre lui ; j'avais résolu « depuis quelque temps de lui faire trancher la tête : votre ar-
<4^nvée seule l'a sauvé de ma colère ; cet homme est un traî- 1^ tre : il vous promdtra d'être fidèle ; mais à la première a occasion il vous trahira. »
Ces recommandations étaient assez précises pour qu'on en tînt comi)lc. Cependant, ce même boy de Tittery parvint à entraîner M. deBournionl dans une démarche imprudente, qui ouvrit la voix à cette série de désastres partiels, qui signalèrent la fin de son administration et qui, sans être d*une grande importance sous le rapport matériel, en ont eu une immense gous le point de vue moral.
Le bey de Tittery avait demandé à M. de Bourniont le commandement de la petite ville de Blidah î M. de Bourmont avait refusé ; mais le bey, sans paraître blessé de ce refus , avait généreusement envoyé à l'armée française un grand troupeau de bœufs qu'il avait eu soin de faire enlever par une bande armée dans la plaine de A itidja. En même temps il fit menacer les habitants de Blidah par les Kabyles , qui demandèrent de bonne foi la protection du général français. A la môme époque, le bey d'Oran demanda à se reconnaître vassal du roi de France. M. de Bourmont envoya son fds aîné à Oran, à bord du brick le Dragon, pour remettre au bey le firman d'investiture et recevoir son serment, et se détermina à se porter en personne sur Blidah.
La ville de Blidah est située au pied du versant septentrional du Petit-Atlas, à l'entrée d'une gorge d'où s'échappe un des afduents du Mazafran : elle est bâtie au pied d'une colline à 50 kilomètres d'Alger. Entourée d'orangers, de citronniers, de grenadiers, elle comptait autrefois quinze mille habitants. C'était la Sybaris de la Régence. La fraîcheur de ses jardins, qu'arrosaient des eaux abondantes et limpides ; ses femmes aux yeux noirs y attiraient les Maures et les riches Arabes, dont elle était un des séjours préférés. Un affreux tremblement de terre la renvei-sa de fond en comble en 1825 : elle ne s'est pas encore entièrement relevée de ses ruines. Ses rues sont bien alignées et coupées en angles droits , à chaque carrefour est une fontaine , les dehors en sont délicieux : partout règne une fraîcheur agréable , et l'œil est frappé de la
beauté d'une végétation active. Les jardias twnt pkiUés d'i^i grand oombi-e d'oraDgers, tellement rapproQhés J|e»^q& 46& autres , que le voyageur qui arrive à Alger ne soupçonnerait pas l'existeiuce d'une viUe 4errière cçt éij^ ^ideav de verdui^. Les terres en sont d'une excell^t^ nature, iaiïilesilL tnwaili^r et à arroser^ , ,
C'est vers cette ville que, le 22 juillet, se dirigea une colonne expéditionnaire, forte de mille hommes d'infanterie, d'un escadron de chasseurs, d'une compagnie de sapeurs, de deux pièces de 8 et de deux obusiers de montagne. M. de jpourmont commandait en personne ; il était accompagné des gi^nj^raux d'Escars, Desprès^ Latiitte, de quek^ues volontairfsi étrangers de marque , et d'un grand nombre d'ofiBieleirs ^ajoTt («e général Hurel comniandait iWanterie. , i,
ta marche de la cdbnne éprouva d'abord peu de difficultés : elle s'avança par la voie romaine tracée sur une longueur de quelques lieues ; mais dès qu elle eut atteint la berge gauche de rOued-Kerma, des obstacles presque insurmontables arrêtèrent nos voitures, l'ardeur de nos soldats piarviut cependant à les surmonter ; mais au milieu des ravines profond^ où ils se trouvaient, ils eurent à éprouver des pertes cruelle ^ qu'iis ne purent ni prévenir ni venger. Des ennemis invisir blés, cachés derrière des buissons ou des acocident de tennia» attaquaient les traînards et leurs tranchaient la téte , selon 1 ubùge barbare des tribus kabyles et arabes. Quelques pelotons furent ainsi massacrés : d'autres ne s'échappèrent que mutilés et pillés. Cette guerre de guet-à-pens était encore toute nouvelle pour les soldats français, et elle lit une vive impression sur leur esprit. Ghsunin d'eipt e^(, va/jUaupiient tenuitéte k deux et quatre ennemis; mais un ennemi qui oe se mon-r trait nulle part et ne ^ ^i^X^IM^ que par,MS cpii|is^ ^tonnafif leur eourage. ^
En elTet, pendant que les détachements isolés étaient partout assaillis, lacoluuuo lu iiicijiale du général Hurel avait atteint Bouffarick sans *ivoir \u un seul ennemi : elle fut là rejointe par M. de Bourmont et son escorte qui, d'après les rapports reçus, fit ^^ire J^^ç,i^^,.i^r,p|^,t^^
i56 ALGÉRIE.
ftopoinianda aux soldats de ne pas perdre de vue la colonne pour ne pas être exposés à tomber sous le yatagan des Kabyles, ' Les habitants de .Blidah entoyèr^t une dépntation au devant de la colonne, protestant de leur dévouement, de leur
satisfaction ; et, joignant l'effet aux paroles, ils ne tardèrent pas à offrir aux soldats arrivés sous les murs de leur ville , des fiiiifs, des boissoTis. des vivres en fjiiRntité.
Le lendemain on eut à déplorer plusieurs graves accidents. Les habitants de Blidah étaient fort 'préoccupés de l'approche ' des Kabyles, qui, disaient-ils, avaient été exdtés par le bey de Tittery qui avaitfidt répandre le bruit que l'expédition du général firançais n'était pas de venir visiter Blidah^ mais de saccager le pays et d'emmener les habitants en esclavage. M. deBourmont eut peine à croire à tant de duplicité de la part du hey ; il voulut s'en assurer. Dès le matin du 24 , il poussa une reconnaissance vers i ouest, et son arrière-garde fut attaquée au retour par des Kabyles : dans le courant du jour on vit errer çà et là des hommes armés qui épiaient les mouvements de tous ceux qui s'isolaient. Bientôt après en entendit des coups de feu à droite et à gauche et on ne voyait pas d'ènnemi; des soldats furent atteints dans les jardins, d'autres à l'abreuvoir sous les murs de Blidah, d'autres enfin sur les portes même de la ville : ce qu'avaient dit U s hal>itants de Blidah se trouvait fondé. T. es Kabyles sortis des montagnes voisines étaient prêts àattaquer la colonne. Il était peu prudent avec des forcés si minimes de rester dans une position où chaque haie, diaque buisson, cachait une embuscade: H. de Bourmont ordonna de se replier sur Alger.
Sérieusement menacée d'être attaquée dans sa mardie à son départ de Blidah, la colonne ne tarda pas à l'être. Une multitude d'Arabes et de Kabyles à pied et à cheval, se présenta sur ses flancs, la prit entête et en queue et commença de la harceler. M. de Bourmont établit une ligne de tirailleurs pour tenir Fennemi à distance; mais ce moyen ne tarda pas à être insuffisant : il follut recourir à des charges de cavalerie qui bientôt He suffirent plus elles-mêmes: l'ennemi devenait déplus en plus audacieux; il se porta en masse sur la colonne prind-
...... ^le
ALGÊIUË. t}l
pale. Pendant nn instant, on se battit corps corps; M. de Bommonl. lui-même tut obligé de mettre l'épéeà la main, il form.' sa petite troupe en carré , et quelques coup^ de canon à mitraille portant en plein sur la masse dos as-iaillants îos mirent en désordre : des ciiarges à fond de la cavalerie achevèreot de les disperser. La colonne n'arriva à Âlger qu'après a?oir perdu '^ïus de cent hommes; mais Teilét moral de ce premier échec lut incalculable.
Les suites en furent presque immédiates ; leschefs de tribus voisines qui avaient paru disposésà se soumettre, repoussèrent toutes les avances. Les Turcs qui étaient restés daub la Régence leur fournirent secrètement des armes et de la poudre, et ourdirent une conspiration dans le but d'attaquer simullanément les Français au dehors de la ville et au dedans. Heureusement le général en chef prévenu à temps, fit faire, un jour de marché, aux portes de la ville, une visite générale à tous les Arabes et Kabyles sortant, et on en trouva beaucoup emportant, sous leurs burnous» des armes et des munitions. Quelques uns avouèrent que des Turcs, sans autre désignation, leur remettaient ces objets. Ces Arabes furent traduits devant une commission militaire, et tous les Turcs influents et riches, maries ou non, et qui avaient été uulorisés à ne pas quitter la ville, furent embarques pour Smyrne. Cette conspiration découverte au berceau, rendit l'administration plus circonspecte et un peu moins confiante dans les habitants d'Alger. L'expédition de Blkla et ces machinations ténébreuses qui s'étaient tramées presquesousks yeux du nouveaupouvoirj détruisirent quelques illusions, et la sécurité qu'avait tellement partagé jusqu'alors le général en chef, que, quelques jours avant l'expédition de Blidah, il écrivait au ministère : o La prise d'Alger « paraît devoir amener la sounussion de toute la partie de la « Régence ; plus la milice turque était redoutée, plus sa sou- « mission a révélé dans l'esprit des Africains la force de Far- « mée française : la confiance commence à s'établir et tout € porte à croire que la tâche de l'armée est remplie. »
Cependant on tenta une expédition nouvelle : un corps de troupes fîit dirigé sur Bone pour y faire reconnaître l'autorité
de la France et y relever les anciens établissements français de iaCalie pour la pêche du corail. Ces établissements connus sons le nom de concesshnf: d'Afrique, sont sifn<^- au bord de la mer dans la partie la plus voisine du royaume de Tunis ; le terrain en est couvert de marais et assez ma! sain. Danis la di^ teetîoD de Touest en suivant les bords de la mer, on trouve le golfe et le port de Bone : ce pott est peu sâr, le mouillage ^ est chanceux; mais, près du fort Génois^ les iraisseani peuvent feMeher sans danger. La plaine arrosée par la Seybousé est très fertile et traversée par plusieurs routes; la ville est bàlic en amphithéâtre et n'offre rien de remarquable. Comme celles de toutes les villes barbaresques, ses rues sont étroites, tortueuses et peu aérées : elle possède une Casbah assez bien fortifiée et un mur d'enceinte en assez mauvais état.
A peu de distance de Bone, au pied de deux mamelons, entre la Seybouse et la Boudjimab, sont les rallies d'fiippone (Hippo-Regius) où vécut saint Augustin. La Seybouse dont le fond régulier, aujourd'hui en arriére seulement d'une barre de sable mouvant alternativement, ouverte on fermée suivant les courants, ne peut recevoir que des barques d'un petit tirant d'eau, formait aloi-s à Hippone même une excellente position maritime. Là stationna, Tan de Rome 707, la Hotte du lieutenant de Gœsar, P. Sitius. Il ne reste à Hyppone d'autres débrisde monmnentsque quelques vestiges de la grande voie romaine, qui contoamait la côte depuis Caràiage jusqu'au ^létroit de Gibraltar, et des piles encore debout d'un aquéduc qui, du pied du mont Edough, amenait les eaux à la ville. Tout le reste, tel que les ruines du prétendu couvent de Saint- Augustin, de la cathédrale, etc., sont des faits si h^-pothétiques que la foi seule peut leur donner un degré quelconque de probabilité.
A l'ouest de Bone, on trouve encore l'ancien port de Stora, situé dans une position très favorable, et offrant aux vaisseaux un excellent mouillage. On n'y voit aujourd'hui que des ruinés; mab Stora à quinze heures de marche de Constantine, otr Ton peut se rendre par une ancienne voie romaine pavée et en bon étài, peut devenir I0 d'un établissement très florijeant.
ALGÉRIE. 2n9
CéCaitsuroette côte, clepuisStmjifaqalt la Gaffe, ({ii*ét»îeTi4 aftoés les andens éftiMNSeinents français en Afrique. La péfKe
du Corail, garantie seulement par la Fnincc à son industrie au XMe siècle, y avait été d^s îe XÎTorfans ungrand état de pros*. périté. Elle était exploitée alors par les Pisans et les Catalans qui s'étaient établis dans l'iiede Tabarque et une petite ville Toisine, nommée alors Mers-el-Djcmm, etdontïes côtes ofïf é# lie tout temps eitréœement fertilea en corail. L'expleitatiofi mmnelledei giiemenls deTabarqne était Hûte par eifvgfoante feaniaes montées par mille hommes <Féqiiipa^, e^est-Mirt jpar m iiomliredeMiBtmes pfesquedoable de cdhii qu'employsii randetine compagnie française delà Calle. La vente des coraux qu'ils en retiraient étaient effectués dans l'ile môme, où se rendaient à cet effet les marchands des pays les j)lns éloignés. Celte vente s'élevait à dos sommes très considérables. Les produits des bancs sous-marins de Mers-elrUgonm et de Tabarque étaient, dès ce moment, renommés comme d'mie foalîté snpérieure à tousleseorauxde la MécKtenranéeetBotaraoient à ceux des gisements de Ceuta et de k Sicile.
Les établissements français, qui amùent saeeédé à eenx des Pisans et des Catalans, avaient été, comme on Ta vu, détruits par Hussein lors de la déclaration du blocuâ de la Régence en
L'expédition chargée d'aller faire reconnaître sur ces côtes rautorité de la France, partit vers les derniers Jours de jurllef . La première brigade de la deuxième division, une batterie de campagne et une compagnie de sapeurs s'embarquèrent sur la 'vabseau le Trident^ les frégates (aSurvetHante* f& Onmière^ et un brick. Le général Damcemont commandait les troupesée terre : le contre-amiral Rosamell'escadre qui arriva le 2 wMk Bone. La ville fut occupée le lendemain.
Quelques j 01 ir^ auparavant, un des lieutenants du bey ée Constantine s'etail picscnté pour prendre le commandement de la place : les habitants, prévenus de l'arrivée des Français , par un acien agent de nos concessions, avaient repoussé la prétention du lieutenant du bey, qui était parti fort irrité et avait annoncé des hostilités prodiaiDes. La tnrtgtdt françaîBe dut
ALGtHlt:.
s'attendre à être attaquée. Le général Damremont ût réparer quelques fortifications, construire deux redoutes près d'une des portes de la ville où aboutît le diemin de Constantine, et attendit Tennemi. Dès le 4 il parut : dans toutes les directions les Arabes se montrèrent en grand nombre, mais ne tentèrent rien de sérieux. Ils se coiicontrèrent sur les mamelons qui dominent les ruines d'Hyppone. Le général DamremoDt dirigea sur ce point une demi-brigade d'infanterie appuyée de deux obusieis elles en délogea sans peine. Le même jour 6, une action assez vive s'était engagée aux portes même de Bone, et les Arabes avaient été repoussés avec perte. Le l^demain Fat* taque fut plus vive encore, et la perte des knihe» plus sensible. Illàis Fennemi se recrutait journellement de troupes fraiches» et se promettait de prendre une éclatante revanche. Dans la nuit du 1 1 au 12, il dirigea une attaque générale contre les deux routes : malgré le feu de la mousqueterie française, les Arabes parvinrent à franchir les fosses, et à pénétrer jusque dans l'intérieur des retranchements ; mais une charge à la baïonnette vivement dirigée par le général Damremont lui-^méme, qui s'était établi dans une des redoutes, les refoula aurdehors avee de grandes pertes. L'ennemi laissa sur le champ de bataille plus de quatre-vingts cadavres. L*usage où sont les Arabes d'enlever leurs morts, rend probable une perte beaucoup plus grande.
Découragé parées revers successifs, l'ennemi n'attaqua plus : seulement se montrant en force au luiii, ii betnblail vouloir protester, par sa présence sr nU', contre l'occupation française. Quelques pourparlers , néanmoins, avaient en lieu avec des scheiksde quelques tribus voisines, et rendaient un rapprochement probable, lorsque le général Damremont reçut l'ordre de ramener le corps expéditionnaire à Alger.
Le résultat de celte expédition, ainsi abandonnée au moment où il était permis d'espérer qu'on allait en recueillir quelque fruit, fut de compromettre, vis à vis des Arabes, les habitants de Bone qui s'étaient montrés fort dévoués ^et de compromettre les Français vis à vis d'eux.
L'expédition d'Oran eut un résultat encore pins triste.
Oraa occupe, sur les bords de la mer euirelebo" 54' de lati-
ALGÉPiIE.
tude nord, et le 2^ $5' de longitude ouest, le fond d'une large baie formée par le» caps Ferrât et Faloon. Elle est bâtie sur le Tersant de trois^coUines» dontla pltfs haute s'élève au N. N.-O. et est couronnée par deux châteaux qui commandent la place. La ville est fortifiée; au bord de la mer, à quelques centaines de toises, est Mers-el-Seighcr, ou Petit-Port, et à Tcxtrémité N.-N.Mers-el-K< bir, Grand-Port: Mers-cl-Seigher n'est qu'un fort mauvais mouillage où -viennent seulement des barques communiquant avec Mers-el-Kcbir abrité des vents d'O.^de N. et de S., et le meilleur de toute la côte delà Régence. Un fort b&ti par les Espagnols et auquel ce port a donné son nom» le protège et rend ce mouillage d'autant plus précieux que des circonstances particulières pdurrraient lui donner une grande Importance (1). Le port de Mers-e)-Kebir peut contenir dix vaisseaux ou frégates, et trente bricks ou corvettes environ.
A peu de distance de la colline dont nous avons parlé en est une autre fort élevée, appelée Mazetta ; une vallée la sépare de la première : leui s deu\ sommets sont totalement isolés et servent de points de direction aux navires. Au niveau de la partie inférieure de la ville, S. et S.-E., sont deux châteaux entre lesquels serpente une vallée profonde, formant comme un fossé naturel dans la partie méridionale de la place.': Une source d'eau excellente de plus d'un pied de diamètre jaillit au haut de la vallée et alimente les fontaines de la ville. Près de la source est un autre château qni défend la \ille et les silos servant à conserver le blé des Arabes : cette vallée dont un ruisseau suit toutes les sinuosités est d'un eiïet des plus pittoresques*
(I) En temps de goerre, des eroinèies établies entre Cm et Csithagèoe,
intercepteraient mieux que Gibraltar le pisnge de kUéditerranée à TOcéan. Les courants du littoral, secondes par les vents d'ouest, rèpent dans ces parages les deux tiers de l'année, et poussent vers la rade de Mers-el-Kebir le» navires qui viennent du dclroil, tandis qu ils arrêtent la marche de ceux qui marchent à débouquer dans l'Océan. Les vents, toujours parallèles au canal, sont également largues pour te rendre en Espagne comme pour en revenir, et poussent indifilÊieauneot les navires, en moins de qninse heures, d'Orao à Carfbagène on de Carthag^ne à Cran.