HISTOIRE DES BOISSONS
Quand on eut trouvé de quoi manger, il fallut chercher de quoi boire. Les êtres vivants n'ont pas en eflfet moins besoin de liquides que d'aliments. La substance de leur corps doit être maintenue en état d'humeclation constante, pour que, d'une part, la nutrition, les sécrétions et excrétions s'accomplissent, et que, de l'autre, l'appareil moteur ait la souplesse requise. L'eau est indispensable aux fonctions physiologiques. Elle désagrège, délaie ou dissout les. substances nutritives et les charrie dans le sang de manière à rendre possibles, d'abord leur assimilation, puis leur élimination. Elle rend persistantes la fluidité des humeurs, la flexibilité des muscles, la mollesse des tissus, et facilite le jeu des organes. Au delà d'un certain degré, la siccité, même relative, arrêterait tout le travail de la vie. Pour reconnaître combien l'eau est nécessaire à son entretien , il suffit de constater la quantité de liquide dont les organismes vivants sont toujours imprégnés à l'état normal : les plantes en contiennent une proportion qui varie de 50 % dans les arbres à 95 7o dans les espèces herbacées ; chez les animaux, le rapport est de 80 à 90 7ode leur poids total. L'eau forme les neuf dixièmes du corps humain, comme le
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montre une expérience de Chaussier, qui, ayant fait dessécher dans un four un cadavre pesant 60 kilogr., le trouva réduit h 6 au terme de l'opération.
Cette eau, sans laquelle nous ne pourrions vivre, subit dans nos corps d'incessantes déperditions et doit, en conséquence, être périodiquement ingérée. On estime qu'un adulte a besoin d'absorber chaque jour, sous une forme ou sous une autre, environ deux litres d'eau, en moyenne, c'est-à-dire un poids de deux kilogr. Il nous faut donc plus encore de boisson que d'aliments. La nature a pris soin de nous signaler une nécessité si urgente par la sensation très vive de la soif, non moins impérieuse et môme plus intolérable que celle de la faim. On a vu récemment des jeûneurs passer trente , quarante et jusqu'à cinquante jours sans manger (Turner, Succi, Merlatti), mais à condition de boire, car une abstention complète de liquide ne pourrait pas être supportée au delà de quelques jours.
Telles sont les exigences de notre organisation. Sans cesse altérés ou sur le point de l'être, nous sommes tenus de nous désaltérer fréquemment, sous péril de mort immi nente. Le Gargantua de Rabelais, à peine venu au monde, s'écrie : « A boyre ! A boyre I A boyre ! (1) » C'est la devise du genre humain.
Voyons par quels artifices on a cherché à se procurer, en tous lieux et en tous temps, des boissons, non seulement abondantes et salubres, mais encore agréables et toniques.
(1) Gargantua, vi.