CHAPITRE V
BOISSONS DISTILLEES
Le seul art que les anciens n'aient pas connu est celui de distiller les boissons fermentées pour en extraire la partie la plus active, Talcool, art si funeste et si utile, qu'on peut à la fois plaindre et envier les peuples qui Ton ignoré. On a su pourtant composer de bonne heure des breuvages très forts en vue de provoquer une prompte ivresse. Le breuvage d immortalité des Aryas (1) et la liqueur (f oubli des Scandinaves devaient se rapprocher par leurs effets de nos boissons alcooliques. Il en était de même des vins cuits et condensés des Grecs. Au rapport de Pline, ils obtenaient de raisins à demi séchés puis pressés, un vin qui, réduit encore par une exposition au soleil, devait être fort liquoreux, et auquel ils donnaient le nom significatif de pioç, vie (2).
Les anciens connaissaient la propriété qu'ont les vins généreux d'émettre une flamme quand on les chauffe, car Aristote, Théophraste etPline en parlent (3). Maison ignora longtemps le moyen d'isoler cette substance volatile à Faide d'appareils spéciaux. Bien qu' Aristote mentionne un mode élémentaire de distillation pouvant servir à retirer de l'eau douce de l'eau de mer (4), la simplicité du procédé le rendait inapplicable au vin. Les premiers appareils à dis-
(1) Vamrita sanscrite, Yambroisie des Grecs.
(2) Eist. nat., XIV, 10.
(3) Arisiotej Météorologiques ; Pline, Hist. nat,, XIV, 8.
(4) Météorologiques,
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tiller, avec tubes, qui coastituetit X'alambic [1 1, paraissent avoir i^lû imaginés en l^l^ypte et sont décrits par Zoziinu^ au ui' si6clc di' notre ère, dans un manuscrit avec dessiq de la bibliothèque de Saint-Marc. Cette forme initiale i ralambiceo passant des Grecs aiit Arabes, [ïuis auxalchimîstesd'Eurupe, n'aguère varié jusqu'aiixTi'siëcle.L'iiiTention bien supL^riouro du serpentin, regardée comme récente au -ïvni", a beaucoup abrégé l'opération. De nos jours, i sait construire des appareils perfectionnés qui. au lieu d nécessiter plusieurs distillations successives, donnent trfs vile, en mie fois, tous les degrés voulus avec une notable économie de temps et de frais.
L'alambic fui employé d'abord, non à sépai-er du i l'alcool, encore inconnu, mais à distiller divers t et particulièrement, dès le m" siècle, des eaux aromatiques. Un savant arabe du xi" siècle, Albucasïs, parle de Teau de rose obtenue de cette façon, sans rien dire de la distUli tion du vin. Il en est de môme d'Avicenne (x', xi' siècled L'extraction de l'alcool paraît avoir été découverte [ après le milieu du m»yen âge. Des [recherches de M, Btj thelot sur son origine, il ressort que la première mentiq de ce produit se lit, sous forme cryptographique, dans il manuscrit du xii' siècle intitulé la Clef de la peintura « Enbrûlanlun vin pur et très fort dans les vases destinfl à cet usage, on obtient une eau inflammable qui>e coq sume sans brûler la matière (sur laquelle elle est déposée].] Un autre livre, celui Des Feux, de Marcus Gra;cus, compj latiou dont les plus anciens manuscrits ne sont pas i rieurs à 1300, contient une indication plus explicite i « l'eau ardente (2) n. Arnaud de Villeneuve (1309) dit qu'd
(i) De l'arabe al, le, et du grec â|i6[E, couvercle distilUtoire. I (2) Berthelot, In Découverte de l'alcool, dans Revue e Mondes, IS novembre 1892.