‹ Histoire de l'alimentation (volume 2)Chapitre 50 sur 57 · de CameHblemeiil, art. Fourchette · texte numérisé non relu

de CameHblemeiil, art. Fourchette

COUVERTS, COUTEAUX, CUILLEHS KT VOUBCHKTTES 333

UoDoés seulement au xiv' siècle dans des inveiitaîres princiers, fuient une rareté eu France jusqu'à Is fin du xv°. Les écrivains de ce temps, Froissart, Christine de Pisan, Eustacbe Deschamps, VUlon, Commjnes, etc.. ne font aucune mention de fourchettes, tandis qu'ils partent à l'occasion de cuillers. On ne les voit pas non plus figurées dans les représentations de repas, miniatures ou estampes. En 1336, l'Inventaire de l'argenterie du chancelier Duprat ne compte encore, sur un total valanl33.848 livres, 13 sols et 3 deniers, qu'une seule fourchette avec deux douzaines de cuillers (1). Tout à coup, sous Henri III, le luxe inusité de fourchettes, employées à tous les usages, se répandit à la cour. On présume que ce prince, passant par Venise à »on retour rie Pologne, en 1374, remarqua ce bel usage et s'empressa de l'imiter. La mode exagérée des larges fraises empesées qu'on voulait éviter de salir ou de froisser, et qui gênaient ta manœuvre des doigts, dut contribuer aussi à faire accepter l'innovation. Mais une coutume aus.si étrange ne put s'introduire sans provoquer le scandale des gens de bien, toujours prompts à se formaliser ries moindres infractions aux vieux usages. Le satirique auteur de Visle des Hermaphrodites s'est fait l'interprète de leur réprobation à rencontre riu roi et des courtisans : " Premièrement, ils ne touchoient jamais la viande avec les mains, mais avec des fourchettes., . 11 est deffcndu en ce païs-Ià de toucher la viande avec les mains, quelque difficile h prendre qu'elle soit, et ayment micLix que ce petit instrmnent fourchu touche à leur bouche, que leurs doigts... Ce fut un plaisir de les voir manger cecy avec leurs fourchettes ; car ceulx qui n'estoJent pas du tout si adroits que les aultres, en laissoient bien autant tojnbi,'r dans le plat,

(1) n. ttavanl, Dicliunit. de Camenhh-iiivtil, urt. K-iubciikt™.

Xl( iiisttiim: iiK l'alimentation

sur leurs assiettes el par le clieinin. qu'ils pn niettoient m leurs bouches (1). « Co curieux passHge montre la nooveaiiti^dd'usaKi'i'irinexpériencedeceuxfjHÎs'yessayaienl. Un liiTB (le civilité de 161» dit encore : « Apprends â te servir de la cuiller et de la fourchette selon la mode des gens bien élevés [%}. ■■ Mais l'emploi usuel des fourchettes tnparvint pas encore à s^tablir et à dominer. Il parait aToir pass^- ai ec la mode des fraises. Bien des gens d'ailleurs, j l'ésistaient. Montuigne dit peu s'aider de cuillers et ilf fourchettes (3), el manKer de préférence avec ses doigts. Nous avons vu qu'il en fut de môme jusque vers laflmiu wii" sii^cle. Une note de Saiiit-Sjtnou marque avec précision l'époque où l'emploi des fourchettes s'iuiposa dansld monde de Versailles : « La propreté de M. de Montausier. qui vivait avec une grande splendeur, était redoutable à s» table, où il a été l'inventeur des grandes cuillères et de* grandes foui-chetles qu'il mit en usage et ii la mode (4l ■ C'est donc durant le dernier quart du xvn* siècle quepriJvalut à la cour, pour se n'-pandre ensuite dans la noblesse de province, la bourgeoisie et finalement toute la classe populaire, l'usage du couvert actuel. On ne trouverait gufire maintenant, dan» les pays de civilisation européenne, de gens qui mangent avec leurs doigts l3'.

(i) A. Thomas, Descriplioii 'le l'hle des Uermaplirudiiea 107. m.

(2) E. BonnaffK. les Uvrii' île ChUilè, Rerne des Deuj 1" juin 181*3.

(3) Entai», in, i;i.

(4) Addilion au journal de Danyeau, t. ITl, p. 127. [a] On ne lit pas sacs un peu d'^lonnement que 1

aimait â manijer avec les doigts : u Le général manjjea de tons les plats en se servant de ses doigts

fourchâtte » — « Au dîner, il a mangé avec appétit c

plats, sa. fourchette demeurant inutile, taudis que i étaient fort occupés. " IV. le Voyage à SainlP-Uélhic, 'i de la traversée, par Glover, 7 et U aoi'il 181b.

pp. lui,

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