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TABLES ET SIEGES

L'altitude même du corps pendant le repas a varié dans le cours des âges. Les animaux mangent généralement debout, car la réfection est une fonction active qui met en jeu tous leurs organes. Ils se repaissent à mesure qulls trouvent des aliments et continuent jusqu'à ce que leur faim soit assouvie. L'homme dut faire de môme tant que persista le régime de la cueillette et de la quête. Comme les singes, il mangeait, aussitôt trouvés et saisis, les fruits ou les i)etites proies dont la recherche était son umique occupation. Mais, lorsque, avec le produit de lâchasse, des troupeaux ou de l'agriculture, il disposa d'aliments copieux qu'il fallut apprêter pour les consommer, le repas se prit en commun dans la famille, et son service, qui exigeait un matériel spécial, imposa des habitudes diverses.

Il était naturel et pour ainsi dire instinctif de manger d'abord accroupi sur le sol, assis en cercle autour des mets étalés. Telle est la coutume observée chez presque tous les peuples sauvages, dont le mobilier se réduit le plus souvent à rien. La terre leur tient lieu de sièges et de tables. Les peuples pasteurs ne sont guère plus riches et, comme les exigences de la vie nomade leur interdisent l'emploi de meubles difficiles à transporter, ils remplacent les sièges par des tapis. En Orient, dans la plus grande partie de l'Asie, jusqu'au Japon, le repas est servi sur des

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plateaux â portée des convives, assis à terre les jambes repliées ou accroupis sur leurs talons. Scbliemann a trouvé, dans ses fouilles d'Ilion, de très grands plats de teiTe qui ont dû remplir t'ofûce de plateaux.

Avec les habitations fixes delà phase agricole, l'ameublement se constitua, et l'on recourut à des supports pour éviter la double incommodité d'un service fait à terre et d'une attitude plus ou moins gOnantc. Chex les Gaulois et chez les Germains, des futailles vides semblent avoir d'abord servi de tables. Au premier repas de lajouniée, dit Tacite, chacun avait la sienne à part (1). On trouve la mention de futailles servant de tables à manger dans la Lai salitjicc et dans le Glossaire de Ducange. En guise de sii^ges, les Gaulois s'asseyaient sur des bottes de foin ou de paille (2), que les raffinés recouvraient d'une peau de chien ou de loup (.t).

En Egypte, l'usage n'était pas non plus de manger à une table commune. Les mets étaientofferts aux convives dans des paniers ou des corbeilles, et chacun mangeait séparément, accroupi auprès d'une petite table ronde et basse. Oette coutume existait encore du temps d'Athénée. Parlant des soupers égyptiens : " Ou n'y dresse point de table, dit-il, mais les plats sont portés â la ronde. » Cette indl cation est confirmée par les monuments, où l'on voitran ment des convives attablés ensemble, taudis qu'ils sonl souvent figurés tenant t la main un plat ou une coupe.

Les Grecs de l'âge héroïque et les Romains des premier^ siècles mangeaient assis devant des tables servies, usagt qui, du reste, a prédominé de tout temps parmi les popi lations aryennes, alors que l'usage de manger à terre est '

(1) Germanie,^ 22.

(3)Alhénéc, DeipnoiophiUes, IV, II!.

(3) Diodorede Sicile, v, 28.

TADLES KT SIËGÏIS

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resté plus générât parmi les ^(imiLes, et ces habitudes résultent de genres de ïie différents.

L'étrange coutume de manger couché paraît trt^s ancienne en Orient, D'après Diodore de Sicile, les Égyptiens la faisaient remonter à Menés, le premier de leurs rois (1). Les prêtres l'accusaient d'avoir corrompu les mœurs primitives et introduit des habitudes de mollesse, notamment celle des lits de table, Plus de trente siècles après lui, le prince saïte Ta-f-neXht fXXlV" dynastie), voulant rétablir l'antique simplicité , maudissait Menés dans une stèle du temple d'Ammon à Théhes (â). Néanmoins, l'usage de manger couché paraît plutôt de provenance asiatique. La plus ancienne représentation qu'on en connaisse se trouve sur le bas-relief assyrien du festin d'Assourbanipal à Kojoundjik (vn' siècle avant notre ère). Peut-âtre était-ce d'abord un privilège royal, car dans cette soône, tandis qu'Assourbanipal est accoudé sur un lit, la reine mange assise près de lui sur un fauteuil (.t). Athénée dit que, en Perse, les convives invités par le roi étaient assis à terre, pendant que le roi était couché sur un lit à pieds d'or. Le livre d'Estlier mentionne les lits de table à la cour d'Assuérus (1). Celte coutume s'établitpar imitation dans l'Occident de l'Asie. Les Hébreux qui, du temps des patiiai-ches, mangeaient assis (51, adoptèrent plus tard l'usage des .\ssyriens et des Perses. Les prophètes Anioset Ezécbiel (vm'-vi^ siècles) reprochent aux voiuptueui de s'étendre pour manger surdes lits d'ivoire (6). Les Pbéni-

\{) Bibdoth. Ai^foi-., I, 45.

(2) Fr, Lenormanl, Hixt.anc.de l'Oiieut, 1S8I, I. II, p. 38. (31 G. Perrot, Hiil. det'arldaui l'iinliq.,t. Il, lig. -28 et ai T. (t) Esther, I, 6.

(5) V Assieds-toi, dit Jacob à son père, et mangtide miLcIinsse. >: {Genésd, xsvir, 10.) («Ijinto», VI, 4; E:échiel,sxv\i\, 4(.

IlISTOmE DE l'almentatios

cieiis et les Cnrthagitiois suivirent aussi la mode asiatique i teiuie pour un signe d'aristocratique somptuosité.

Chez les Grecs, elle fut introduite de Lydie. Un bas- 1 relief du temple d'Assos, en Mj aie, conservé au Musée du i Loovre et qui provient du plus ancien spécimen de l'ordre i dorique, repi-ésente des personnages qui mangent accoudés J sur des lits. On voit aussi des lits de table figurés sur du vases qui, d'nprès la forme des inscriptious, paraissent dater du vu' siècle. C'est donc entre l'époque d'Homère, dont les héros mangent assis (1), et la date de ces monuments, que les Hellfmes auraient adopté l'usage orieiital. Hérodote constate l'emploi des lits de table au temps dea guerres médiques (2), et, à partir du siècle de Périclès, ^ devint général dans les paysde civilisation grecque. 'En Italie, les représentations de repas peintes dans let nécropoles étrusques montrent toujours les convives daoi ^tte attitude couchée qui s'expliquerait par l'origine asù* tique du peuple toscan. Arislote signale comme un tiaildi mœurs parllculieraui Étrusques que, chez eui, hommes e femmes se mettaient à table sur des lits. Partout ailleui ils étaient réservés aux hommes. Les femmes se plaçaîenl aux pieds du lit, les enfants sur des sièges â part, les] esclaves sur un banc {subselUum) (3). Les Romains n'adoi)tèrent l'usage des lits de table qu'après le triomphe de Scipion ; mais il devint hienldt si commun que l'expression.^ " poser le coude hors de chez soi » élail synonyme i « dtner en ville ". Sous les Césars, les femmes adoptérenl aussi l'usage de manger couchées.

Ces lits de table, pour les repas d'apparat, (.'onstituaie&tj

{))" Les prétendants s'avancent et s'asseyent eu ordre sur des! sièges et dea troues. « {Odys»ée,\.)

(2) llisloires. VI, 139, et IX, 16.

(3) La Vie a}iti'iue, t. U, p. 324.

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