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TABLES ET SIÈGES

des meubles somptueux, couverts d'opulentes draperies, telles que ces couvertures babyloniennes qui coûtaient à Taustère Caton jusqu'à 800,000 sesterces (160,000 francs), et dont une seule fut payée par Néron 4 millions de sesterces (800,000 francs). Pour ne pas souiller d'aussi précieux tissus, on retirait sa chaussure [soleœ] avant de s'installer sur le lit, d'où les expressions latines derrière soleas et poscere soleas avaient le sens de « se mettre à table » et « se lever de table ». Comme les anciens ne portaient point de bas, il s'ensuit qu'ils mangeaient nu-pieds. Dans L'attitude du repas, ils étaient à demi-couchés, le coude gauche appuyé sur un coussin, la main droite restant libre pour l'action. D'ordinaire, les lits étaient disposés par trois autour d'une table (d'où le nom de tricUnium ou « salle à trois lits » donné aux salles à manger), et le quatrième côté restait accessible pour le service. Chaque lit recevait soit un, soit deux, soit trois convives. Leur nombre, ainsi limité de trois à neuf, avait donné lieu à l'adage que, dans un repas bien ordonné, les conviés ne devaient être « ni moins que les Grâces, ni plus que les Muses (1) ».

La coutume de manger couché ne disparut pas entièrement à la chute de l'empire romain, et Ton en rencontre des mentions, il est vrai de plus en plus rares, jusque vers les derniers siècles du moyen âge. Grégoire de Tours fait asseoir un prêtre sur un lit de table (2). La Chronique de Saint'Gall parle d'un repas offert par un évéque à deux officiers de Charlemagne et où le prélat était installé sur une couchette de plume. Il est encore question de lits de table dans les descriptions d'agapes galantes que donnent les fabliaux du xni* siècle (3). Mais, depuis longtemps déjà,

(i) Aulu-Gelle; d*après Varron, Nuits aUiques,\lU, 2.

(2) Histoire ecclés. des Franc., II, 23.

(3) V. le fabliau de la Mule sa ns frein ,

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l'usage de manger assis élaît presque général. Dans l'antiquité môme, le luse des lits de table avail toajoi propre à l'opulence. Malgré son air de somptuosité, il se fon. dait sur ce que le service du repas avait, chez les anciens de plus défectueux. Il aurait, en effet, paru incommode si les convives avaient voulu manger, non en mettant tous ensemble la main droite au même plat, mais en isolaot chaque portion sur une assiette, et en s'aidant comme nous de couteaux et de fourchettes dont la manœuvre occupe simultanément les deux mains. L'abandon, par les classes riches, de cette attitude nonchalante, incompatible avec une complète hberté de mouvements, marque donc dans l'histoire l'époque où le couvert, devenant plus confoi table, imposa un râle actif aux convives, et ût tomber ani désuétude la grossière coutume de manger à la gamelle. Depuis le commencement du moyen âge, l'usage prévalut de s'asseoir à table sur des sièges ou des escabeaux de bois que les ^sybarites couvraient d'un tapis afin d'en dissimuler la dureté. Dans les gi'ands festins, les convives plus nombreux étaient placés sur des bancs, comme l'attestent encore les termes de banquet et de banqueter. Tout élémentaire qu'il nous paraisse aujourd'hui, ce genre de siège a persisté, même dans les repas de cérémonie, jusqu'au xvn' siècle. Régnier dit :

Sur ce point on se lave et chacun en son rang Se met sur une chaise ou s'assied sur un banc, Suivant ou son mérite, ou sa charge, on sa race (i).

Des bancs pareils sont encore usités dans les rustiques.

Quelque soin que prissent les convives de manger pro-J

(l)Sn(ires, \, 2li9 à 271.

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prement, ils étaient toujours exposés à couvrir de taches immondes soit leurs vôtenieots, soit la table du festin. Cependant le linge de lable, dout le manque de vaisselle et de couverts aurait, seinble-t-il, dil fairi! sentir de bonne heure la nécessité, n'a passé dans l'usage qu'à une date tardive, les toiles ayant été longtemps trop rares et trop coûteuses pour qu'on put en taire un emploi aussi commun. On se contenta d'abord de laver préalablement les tables. Dans les préparatifs de repas que décrit Homère, les serviteurs lavent les tables à grande eau avec des éponges (1). Les Homuins brossaient les leurs. Les gens pauvres se bornaient à tes essuyer avec une poignée d'herbes vertes, comme fait la vieille Baueis dans la légende contée par Ovide (2). A Rome, vers la un de la république et sous l'empire, les tables de repas, en bois rares et précieux, souvent incrustées de nacre, d'écaillé et de pierreries, atteignaient des prixfabnleux. Mais, quelles que fussent l'adresse et l'attention des convives, bien des accidents pouvaient arriver, et, après chaque service, Il fallait laver la table, qu'on essuyait ensuite avec un torchon de pourpre (3). Un grand luxe consistait à changer de table en même temps que de service, ainsi que l'indiquent les expressions latines mensam ponere, auferre, toUere (4). On les portait alors, dans une sorte de pompe triomphale, au son des instruments de musique (5). Pendant les intermèdes qu'occasionnaient ces déplacements ou ces lavages, les convives se livraient ii des passe-temps divers, jouaient aux dés ou se proposaient, suivant la coutume grecque, des charades

(1) Odggsêc, I.

it) Métamorphoses, VIII, fi6;î.

(3) Horace, Satireâ.Il, vin, 10, 4d.

(4) Piaule, Truculenliis, ji, i, 13; Cîcéron, Pis., 27; Virgile, Snéide, I, 2IG.

(3) Pétrone, Salijricou, 34.

à rteviiier.L'vlnïAo/og'jeHOusacoDservéLii certain nombre de ces jeux d'esprit (1). Celui qui ne pouvait pas répondre ou répondait mal se Toyait imposer pour pénitence l'obligation de boire un verre de vin salé. Les Hébreux préféraient le divertissement de la musique: «Un concert dftj musique dans un festin où l'on boit du vin est cornow l'escarboucle enchâssée dans l'or (2), "LesÊgypliens avaient une manière plus lugubre de se récréer pendant le repas. « Aux festins que font les riches, dit Hérodote, on porte autour de la table un cercueil avec une figure en bois bien travaillée qu'elle représente parfaitement un mort On la montre à tous les convives tour à tour, en leur disant : — Jetez les yeu\ surcet homme, vous lui ressem-^ blerez après votre mort; buvez donc maintenant et vous, divertissez (3). » Plutarque approuve cet usage comnH^; portant à des réflexions philosopliiques, « encore que w soit un fort maiplaisant et importun entremets (4). "Dans Wy roman de Pétrone, Trimalcion se fait apporter, au milîeiiL| du festin, un squelette en argent dont il met en jeu les articulations mobiles, afin d'exciter ses conviés au plaisir (5).

[t] Aniholoi/ie, Epigrammea de table, problèmes, éDigmes... (2) Ecclésiasiique, ixxii, 7 et 8.

[3] Histoires,!!, 78. — Les voluptueux d'isracl disaient de niÈme: nCoinodamuset bibanius,crasenimmorienduni.i>(/«aîe, xxi[,133)

(4) Le Banquet des Sages.

(5) SalyrieOH, J4.

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