EAU, NATURELLE OU MODIFIÉE
L'eau estlTiniquc breuvage offert par la nature aux êtres vivants. Cette boisson, qui seule désaltère, pourrait cà la rigueur suffire. Tous les animaux s’en contentent, et l’homme n'en a pas connu d’autre aussi longtemps que, semblable tà eux par le manque d’industrie, il a vécu dans la même condition. De nos jours encore, nombre de populations, rangées il est vrai parmi les plus pauvres, sont réduites à celte ressource pour étancher leur soif.
Alors même qu’on y bornait ses désirs, elle ne se trouvait pas toujours à portée de tous les besoins. L’eau, telle qu’on la voit répartie à la surface du globe, n’est en effet ni assez répandue pour être partout disponible, ni assez généralement pure pour ne jamais nuire à l’organisme. Il fallait donc s’en procurer aux lieux où elle manquait et découvrir des procédés pour corriger à l’occasion ses défectuosités diverses.
Dans le principe, l’homme, n’ayant pour s'abreuver que l'eau des sources, des rivières ou des lacs, devait installer sa résidence dans leur voisinage, évitant les régions aiâdes où il aurait été exposé à souffrir la soif. Le sentimenl de pieuse vénération qui, dans tous les cultes primitifs, s'est attaché aux fontaines et aux cours d'eau, remonte à l’époque où, pressé par le besoin, il venait s’y désaltérer à longs traits, remerciant les dieux secourables qui les lui
HISTOIRE DE d’aLIMENTATION
faisaient rencontrer, et prêt à prendre les sources mômes i et les fleuves pour de bienfaisantes divinités. :
Mais, quoique le régime hydrographique des eaux, j qui les force à s’écouler sur les pentes et à séjourner dans les bassins, les distribue dans la plupart des contrées avec j assez d’abondance pour que les animaux en sentent rare- j ment la privation, le cas se présente assez souvent pour l’homme, que dilférentes causes peuvent appeler et retenir sur des territoires dépourvus d’eaux superficielles. On dut alors imaginer des artifices pour y suppléer. On approfondit des sources taries, on creusa des puits, pour atteindre les nappes souterraines, d’où leur jaillissement semblait provenir; ou recueillit les eaux pluviales dans des mares et des citernes étanches ; on apprit plus tard à dériver des eaux éloignées jusque dans les villes à l’aide d’aqueducs, de canaux et de conduites forcées; on transporta ^ môme des liquides dans des récipients clos là où ils fai- | saient absolument défaut. Les civilisés parviennent ainsi ] à satisfaire à peu près partout les exigences d’une consom- | mation bornée, et, sauf quelques déserts, « pays de la ! soif », selon la formule arabe, il n’y a guère, sur le globe, de contrées que le manque d’eau rende absolument inhabitables.
11 était plus malaisé d’assainir les eaux que la nature livre trop souvent altérées par d’impurs mélanges. Celle des sources tient presque toujours en dissolution des sels provenant des terrains qu’elles ont lavés en les traversant. Dans les pays calcaires, notammenC elles sont chargées de carbonates (|ui les rendent impropres à certains usages. L’eau des rivières est communément trouble et limoneuse; celle des marais, saumâtre, parfois infectée de débris organiques et de germes putrides. Enfin l'eau de la mer, qui, depuis le commencement de l’époque neptunienne, cou-