‹ Histoire de l'Allemagne depuis la bataille de SadowaChapitre 13 sur 33 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

RAPPOBTS DE L^LLEMAGNE AVEC LES PUISSANCES ÉTRANOÈnES.

AFFAIIÏE DU LUXEMBOURG.

Il est difficile de se faire une idée du degré d*lmbécillilé où était descendue la diplomatie napoléonienne. A l'hébôlement, au ramollissement moral et physique du chef de la dynastie, résultat naturel d'une longue vie de débauches, s'ajoutait dans la circonstance présente une cause particulière d'irp prudences et d'erreurs. M. de Bismarck, pendant son séjour à Paris et à Biarritz, avait si bien su gagner la confiance de Napoléon, il Tavait si bien habitué à prendre pour vérités toutes ses paroles, qu'il l'avait mis au point d'accepter sans difficulté les rôles les plus ridicules.

S'il faut en croire certaines dépêches publiées en juillet 4870 par le Time.s, et qui, affirme-t-on, avaient été communiquées par M. de Bismarck, Napoléon n'aurait vu dans la guerre de 1866 qu'une occasion de faire des conquêtes faciles en vendant à l'un ou à l'autre des adversaires son secours ou même sa neutralité. C'est à la Prusse qu'il se serait d'abord adressé. Il demandait tantôt le Luxembourg, tantôt les frontières de 4814 avec Landau et Sarrelouis, parfois même il parlait de rectifications du côté de la Suisse et du Piémont. Au mois

de mai 18i)6, au moment môme oii il négociait avec TAutriche, il proposait à M. de Bismarck une alliance offensive et défensive. D'abord on devait porter devant un Congrès la double question de la cession de la Vénétie à l'Italie et celle des duchés à la Prusse. Mais si le Congrès se séparait sans avoir tout réglé, une alliance devait être conclue entre la France et la Prusse, aux termes de laquelle, dès que celle-ci aurait commencé les hostilités, Tempereur aurait déclaré la guerre à TAutriche et aurait marché contre elle avec 300,000 hommes. A la suite de cette guerre la paix n'aurait pu être conclue qu'aux conditions suivantes : restitution de la Vénélie à l'Italie, liberté laissée à la Prusse de s'annexer sept ou huit millions d'âmes et d'introduire dans la Confédération les réformes qu'elle voudrait, cession à la France des territoires allemands compris entre la Moselle et le Rhin. M. de Bismarck refusa, au risque d'indisposer Napoléon et malgré l'avis contraire du négociateur italien, le général Govone.

C'est alors que le gouvernement français se retourna du côté de l'Autriche. Celle-ci, dès le 4 mai, lui avait proposé, pour prix de sa neutralité et de celle de l'Italie, de lui remettre la Vénétie, à condition qu'il la rendrait au roi Victor Emmanuel après la guerre, mais dans le cas seulement où l'Autriche pourrait s'emparer de la Silésie. Le gouvernement italien avait repoussé cet arrangement. L'empereur Napoléon n'en restait pas moins à l'affût des événements, dans l'espoir que la guerre qui allait commencer pourrait lui fournir quelque occasion imprévue. Il avait également noué des négociations avec les États du Sud et leur avait laissé entrevoir que, le cas échéant, il ne serait pas éloigné d'intervenir. En réalité, il n'en avait nullement l'intention. Le désarroi dans lequel l'expédition du Mexique avait jeté l'organisation militaire de la France lui imposait presque fatalement la neutralité. Mais, fidèle à ses habitudes, il tenait à avoir un pied dans tous les camps et une intrigue dans tous les partis, afin de pouvoir réclamer sa part de la victoire, de quelque côté qu'elle se déclarât.

Après Sadowa l'Autriche demanda la médiation de la

France. Le cabinet des Tuileries s'empressa d'intervenir, au grand déplaisir du roi Guillaume qui convoitait la Saxe et plusieurs provinces de l'empire d'Autriche, h la grande colère des patriotes allemands qui ne comprenaient pas que la France s'arrogeât le droit de s'immiscer dans leurs affaires. M. de Bismarck seul y voyait un double avantage. Il y trouvait à la fois et des argu« ments pour réfréner la passion conquérante du roi et un moyen de faire accepter l'hégémonie prussienne, par la crainte et la répulsion qu'inspiraient à l'Allemagne les prétentions du gouvernement français. Il savait que la France n'était pas en mesure d'imposer ses volontés par les armes, et que l'empereur, comme il l'avait déclaré dans un conseil des ministres tenu le 11 juillet, ne voulait ni de la guerre ni même d'une démonstration armée dont les conséquences pouvaient élre dangereuses. D'un autre côté, le ministre prussien comprenait parfaitement qu'à vouloir tout englober d'un coup on risquait de tout manquer. S'il s'était agi de faire réellement l'unité allemande, comme Gavour avait fait l'unité italienne, sans arrière-pensée, en s'inspirant uniquement des aspirations nationales, il n'y eût eu ni difficultés ni dangers à craindre. Mais M. de Bismarck savait bien qu'il s'agissait de toute autre chose; il n'était pas fâché que la diplomatie impériale, en lui imposant la ligne du Main et la reconnaissance d'une Union du sud qu'il savait impossible, lui fournît le prétexte dont il avait besoin pour ne pas introduire dans la Confédération prussienne qu'il méditait des éléments aussi discordants que la Bavière et le Wurtemberg. Il sentait qu'il aurait déjà bien assez à faire pour le moment de triompher des réclamations libérales des progressistes prussiens, des protestations des députés des États conquis et annexés ou violentés. Il voulait se réserver au moins le temps de dompter les oppositions, d'assimiler les éléments nouveaux, de discipliner les forces qu'il pourrait plus tard mettre en ligne, quand le temps serait venu d'introduire d^ns la Confédération l'Allemagne tout entière.

Sans l'intervention française il eût été fort embarrassé d^e contenir les convoitises du roi et surtout d'expliquer

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