CHAPITRE IX
Nous avons cru devoir exposer sans l'interrompre toute rhistoire de l'organisation Qt de la constitution du Nordbund. Cette exposition nous a conduit jusqu'au milieu de 1870.
Maintenant il nous faut revenir en arrière pour jeter un coup d'œilsur l'iiistoire particulière des principaux États de l'Allemagne.
La nouvelle Constitution fédérale entrait en vigueur dans les Étals annexés le {*' octobre 1867. Bien que la législature prussienne ne fût entrée en fonctions qu'à la fin de 1866, on se décida à refaire des élections générales. Les collèges électoraux furent convoqués pour le 30 octobre. Les progressistes qui avaient, le 31 août, publié un programme de protestation contre les équivoques de la Constitution et contre Texploitation de la gloire au service du despotisme, obtinrent la majorité à Berlin. Leur liste passa tout entière. Mais en revanche les États annexés donnèrent la majorité aux nationaux-libéraux. Le résultat général était très favorable au gouvernement. Les conservateurs obtinrent 142 sièges au lieu de 126 qu'ils avaient eus aux élections précédentes, les conservateurs
libéraux, 41 au lieu de 16, les anciens libéraux 32 au lieu de 25, les nationaux libéraux, 88 au lieu de 33, le centre gauche 26 au lieu de 55, les progressistes, 39 au lieu de 61 , les catholiques, 15, les Polonais, 16, les particularistes 13 et les Danois 2. Dix-huit députés arrivaient sans être classés dans aucun parti. Les conservateurs et les nationaux-libéraux gagnaient tout le terrain perdu par Tancienne opposition.
Cela ne voulait pas dire que les députés de la Chambre prussienne fussent plus disposés que ceux du Reichstag fédéral à subir toutes les volontés de M. de Bismarck, La session fut ouverte le 15 novembre 1867. Un des premiers soins des nationaux-libéraux fut de demander une loi interprétative de l'article 84 de la Constitution prussienne, qui mtt hors de toute contestation la liberté de la tribune. C'était une protestation contre les poursuites intentées à M. Twesten. Ce débat donna lieu à des récriminations violentes entre M. de Bismarck et les auteurs de la motion. Cependant les nationaux-libéraux remportèrent, leur projet fut voté par 181 voix contre 160, malgré le vote contraire des progressistes, qui avaient craint de fortifier la jurisprudence hostile à la liberté en don* ' nant à la Chambre des seigneurs l'occasion de se prononcer pour elle. D'après le règlement un second vote était nécessaire, la motion ayant été admise sans être renvoyée à une commission; 188 voix contre 174 confirmèrent le premier vote. L'affaire cependant n'était pas terminée. Gomme il s^agissait d'une interprétation de la Charte, il fallait une seconde lecture qui ne pouvait venir qu'à la session suivante.
On eut ensuite à examiner le traité conclu avec la principauté de Waldeck qui fut approuvé, malgré le rapport de la commission qui concluait à l'annexion pure et simple. C'eût été plus franc. Mais c'était précisément ce que ne voulait pas le gouvernement.
Le vote du budget, qui se soldait en équilibre par 600 millions, ne donna lieu à aucun incident, sauf ce qui regardait les affaires étrangères. M. de Benningsen proposa d'inviter le gouvernement 1® à faire transférer ce chapi^ tre au budget fédéral; S"" à supprimer les légations et consulats prussiens dans les États de l'Allemagne du
Nord M. de Bismark accepta la première de ces mdtions, repoussa la seconde et la Chambre vota avec lui. La dotation de la couronne fut ensuite portée de 11 millions 250,000 fr. à 45 millions, sans débat et presque à Tunanimité.
De tous les États auxquels la Prusse avait imposé la Confédération, le royaume de Saxe était à peu près le seul qui eût conservé une apparence d*autonomie. La Chambre des députés, bien que élue ent août 1866, lorsque les troupes prussiennes occupaient le pays, repoussait toute idée d'annexion. Les élections au parlement fédéral se firent dans le même sens. Il n'y eut d'annexionistes nommés qu'à Leipzig. La Constitution votée à Berlin fut acceptée à Dresde ou plutôt subie comme une nécessité, non sans protestation. Quand il fallut en août 1867 procéder aux élections du Reichstag fédéral législatif, un quart seulement des électeurs inscrits se présenta.
La Saxe, qui, pendant un temps, avait paru destinée à jouer le premier rôle en Allemagne, quand les électeurs de Brandebourg n'étaient que de petits princes, ne pouvait se résigner à cet abaissement immérité. Mais si elle ne pouvait plus prétendre à un rôle politique, elle n'en travaillait pas avec moins d'ardeur au développement de la liberté et de la civilisation. Les Chambres, réunies le !•' novembre 1867, votèrent une nouvelle loi électorale qui maintenait la session triennale, mais qui supprimait les catégories de députés, et préparait la voie au suffrage universel en attribuant le droit de vole à tout citoyen âgé de 25 ans et payant 7 fr. 50 c. d'impôts directs, et l'éligibilité à tout citoyen âgé de 30 ans et payant 37 fr. 50. L'adjonction à TUnion du Nord, grâce à la surcharge des dépenses militaires, portait le budget de 52 à 70 millions de francs, sans compter près de 6 millions qui étaient portés au compte de la Saxe, pour sa part dans le déficit général de la Confédération. Les deux Chambres, comprenant que toute récrimination serait inutile, votèrent silencieusement ce que leur demandait le gouvernement,
A la session suivante, — • mai 1868 — la Chambre des députés vota rinstitution du jury et Tabolition de la
peine de mort. Cette disposition, d'abord repoussée par la Chambre Haute, comme elle Ta été partout par Taristocratie, unit cependant par triompher de cette résistance le 7 janvier 1870.
En dehors des travaux des Chambres, il se produisait peu de faits dignes d'attirer l'attention. En Prusse et Ton peut dire dans presque toute TAUemagne du Nord, sauf la Saxe, l'orgueil du triomphe faisait oublier tout le reste. Toute autre préoccupation avait disparu dans ce sentiment de Tadmiration de soi-même qui abêtit et corrompt les foules au lendemain des victoires de la force» et qu'elles aiment à se dissimuler sous le nom commode de patriotisme. Journalistes, poètes, orateurs, philosophes, théologiens, tous s'appliquaient à griser le peuple de dithyrambes en Thonneur de la glorieuse, de la triomphante Allemagne, de dissertations infinies sur la mission providentielle de la Prusse. La victoire de Sadowa était à leurs yeux la preuve absolue de la supériorité morale, intellectuelle, scientifique et militaire de la race allemande. Celle-ci était érigée du coup en directrice suprême de la civilisation, investie par sa supériorité même de tous les droits. Ou plutôt il n'y avait plus de droits à ses yeux que ceux qu'elle faisait au gré de son orgueil et de ses intérêts. En elle étaient incarnés la justice et le droit; ils n*existaient que par elle et pour elle ; elle en disposait à sa guise , elle était le droit lui-même, elle était Dieu, elle était tout. Jamais la vanité d'un peuple ne réalisa plus naïvement la théorie d'Hegel, avec cette différence toutefois que l'hégélianisme identifie Dieu et Thumanité tout entière, tandis que ses concitoyens se réservèrent pour eux seuls, comme un privilège spécial & la race allemande, Tidentification qu'il avait étendue à tout le genre humain. Tous les peuples ont eu de ces moments d'infatuation. Nous n'avons pas trop le droit de rire des Allemands quand nous nous rappelons certaines dates de notre histoire. Cependant nous avons peut-être celui de leur rappeler les sentiments que leur inspirait alors l'outrecuidance de la « grande nation, > et que quand on prétend être le peuple le plus philosophe, le plus grave et le plus sage de r Univers, il ne faut pas compromettre sa philoso-
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phie, SB gravité et sa sagesse en des enfantillages et des entraînements qu'explique la légèreté proverbiale des Français, mais qui jurent étrangement avec le sérieux et la supériorité morale que s'attribuent les Allemands.
Mais pendant qu'ils étaient ainsi absorbés dans la contemplation d'eux-mêmes, la famine, comme pour les rappeler au sentiment de la réalité, fondit sur la Prusse et désola les provinces du nord-est. Le gouvernement trop occupé d'étendre et d'assurer ses conquêtes récentes, n'avait eu ni le temps ni la liberté d'esprit nécessaires pour parer d'avance au danger et alléger efficacement les souffrances. Quand il tourna son attention de ce côté, il était déjà bien tard. La fin de 1867 et la première partie de 1868 furent attristées par ce fléau. A cela s'ajouta une crise générale des affaires, et par conséquent du travail, dont la cau^e était dans l'état de malaise et d'incertitude qu'entretenait dans toute l'Europe une politique uniquement préoccupée d'armements et de guerres prochaines. G'est l'inévitable contre-partie de la gloire militaire.
Les rois se sont peu souciés de ces souffrances de la plèbe, tant que le dogme du pouvoir absolu et l'habitude de l'obéissance passive courbaient toutes les volontés, tant que les hommes furent trop ignorants pour comprendre et môme pour chercher la cause de leurs mi* sôres, trop divisés pour s'entendre sur le remède à y apporter.
Mais les progrès récents de l'industrie et le développement de l'esprit démocratique ont complètement changé la situation antérieure et ont forcé les gouvernements à tourner leurs regards de ce côté.
La préoccupation de ce qu'on appelle la question sociale, c'est-à-dire des rapports du capital et du travail, était depuis longtemps en Prusse à l'ordre du jour. La guerre et la victoire l'avaient suspendue et presque fait disparaître. La famine et la crise industrielle y ramenèrent Tattention. Les ouvriers commencèrent à s'agiter et des grèves très-considérables éclatèrent. Ils avaient constitué quelques années auparavant une association générale des ouvriers allemands, qui renfermait des éléments de nature diverse et qui ne tarda pas à se
partager en fractions hostiles les unes aux autres.
Le 23 août l'association générale des ouvriers alfemands se réunit à Hambourg, en une assemblée qui dura trois jours, sous la présidence de M. Schweilzer. Là furent discutées avec une vive animation toutes les questions qui intéressent les rapports des patrons et des ouvriers. On s'arrêta à l'idée de convoquer un Congrès des ouvriers allemands pour aviser à une organisation universelle des ouvriers. L*érnotion qui résulta de cette décision fut grande, surtout en Saxe où Tassociatlon avait de nombreuses ramifications. A Leipzig, la fraction de Tassociation générale des ouvriers allemands, qui suivait Timpulsion de M. Schweitzer, fut dissoute par la police, le 16 septembre.
Le 24 du môme mois une grande réunion des ouvriers machinistes eut lieu à Berlin. MM. Schulze-Delitzsch et le docteur Max Hirsch y exposèrent leurs principes et combattirent énergiquement ceux de M. Schweitzer. Ils insistèrent principalement sur ce point, qu'il fallait éviter d'effrayer les capitalistes et les patrons par des déclamations utopiques, qui ne pouvaient avoir d'autre effet que d'armer toutes les forces et toutes les institutions sociales contre les plus justes réclamations, et de faire de la peur Tauxiliaire de l'injustice. Ils admettaient les Trades-U nions anglaises et reconnaissaient les ser* vices qu'elles avaient rendus aux ouvriers, mais ils craignaient que, en en centralisant la direction, comme en Angleterre, on ne finit par en faire un instrument d*oppression bien plus que d'émancipation.
Cette doctrine était en complète opposition avec celle de M. Schweitzer, dont le but déclaré était au contraire de réunir en un faisceau unique toutes les forces ouvrières pour les opposer au capital. Dans TAssocialian générale elle-même, cette idée trouva de nombreux contradicteurs. Une fraction importante, sous la direction de M. Mende, dans une réunion qui eut lieju à Dresde, se déclara contre le système de M. Schweitzer.
Celui-ci» pour combattre ces tendancees, réunit un nouveau congrès d'ouvriers à Berlin. Il dura quatre jours, du 26 au 29 octobre. Les délégués des machinistes ayant fait des motions conformes aux résolutions qui
avaient élé prises dans leur assemblée particulière du 24 septembre, furent accusés de trahir la cause des ouvriers et chassés de la salle. Puis rassemblée, réprouvant et condamnant hautement la doctrine d'isolement de Schultze-Delitzch, prit une série de résolutions tendant à organiser la centralisation des forces ouvrières.
Les ouvriers machinistes de leur côté s^organisërent en société particulière, avec des statuts conformes aux principes de Schultze-Delitzch. Les 21 et 22 octobre, les commerçants allemands à leur tour se réunirent à Berlin. La discussion porta principalement sur Torganisation du commerce allemand, à l'exclusion de TAutriche et sur la question monétaire. Quelques allusions cependant à l'attitude d'une partie de la population ouvrière marquèrent l'inquiétude qu'elle jetait dans Tesprit des commerçants. Mais la question ne fut pas abordée directement, faute de savoir quelle solution lui donner.
Au milieu de ces agitations, moins menaçantes pour le présent que pour Tavenir, les Chambres prussiennes se réunirent, le 4 novembre 1868. Après une discussion financière qui constata pour le budget de 1869 un déficit de 19 millions 500,000 fr., on passa immédiatement à la seconde lecture de la proposition Guérard, relative à la modification de Tarticle 84 de la Constitution. Les députés voulaient absolument soustraire la liberté de la tribune à l'arbitraire gouvernemental. L'opposition môme du ministère prouvait mieux que tous les discours combien cette modification était nécessaire. Elle fut votée par la Chambre, le 20 novembre 1868, à l'unanimité moins vingt voix. Un mois plus tard, ce vote était annulé par une décision contraire de la Chambre des seigneurs, toujours empressée à combattre les mesures libérales.
.On put croire un moment qu'on allait voir renaître entre les députés et le ministèr.: les dissentiments qui avaient agité le pays avant 1866. A l'occasion d'une somme de 3,750 fr. demandée par le gouvernement pour les juges auxiliaires du tribunal supérieur, il s'engagea une discussion assez vive que le ministre de la justice, M. Léonhart, par des déclarations presque provoquantes, fit dégénérer en un violent orage. Le crédit demandé fut repoussé. M. de Bismarck, qui semblait prendre un
certain plaisir à laisser de temps en temps ses collègues aux prises avec les difficultés présentes, comme pour leur mieux faire sentir combien il était indispensable, s'empressa de revenir de Varzin et de reprendre la direction des affaires.
Sa présence ne parut pas d'abord modifier beaucoup les disposi lions de la Chambre. Le gouvernement avait présenté un projet pour organiser l'administration de Tancien royaume du Hanovre. Il proposait de remplacer les six divisions territoriales existantes — landdrosteien •» par trois gouvernements et demandait pour cela un crédit de ^90,000 fr. La Chambre repoussa le projet qu'on lui présentait.
Ce serait certainement se faire une étrange illusion que de sMmaginer qu'il y eût quoi que ce soit de systématique dans ceHe opposition, mais elle suffisait à irriter le comte de Bismarck, en lui démontrant qu'il n'obtiendrait jamais des députés qu'ils abdiquassent complètement entre ses mains. Au fond il était jaloux des splendides majorités et des victoires à coup sûr qu'obtenaient les ministres de l'empire français et son orgueil souffrait d'avoir tant à lutter, souvent pour être battu, quand il voyait la rhétorique creuse et la faconde banale des Billaut et des Rouher triompher avec une merveilleuse aisance des plus irréfutables arguments.
Le 9 décembre les députés adoptèrent la proposition de transporter au budget de la Confédération les dépenses relatives aux affaires étrangères. Le 29 et le 80 janvier 1869 eut lieu une autre discussion qui eut alors un grand retentissement.
Le roi George, de Hanovre, non content de l'indemnité que lui avait accordée son bon frère le roi de Prusse en échange du royaume qu'il lui prenait, — pour le bien de l'Allemagne, — avait publié une protestation par laquelle il déclarait maintenir les droits qui lui avaient été conférés par Dieu môme sur le Hanovre, et où il affirmait non pas seulement l'espérance, mais la certitude absolue d'être bientôt remis en possession de son trône. De son côté le Grand Duc de Hesse avait adressé aux différentes cours de TEurope un mémoire, plein de violences contre la dissolution de la Confédération ger-
manique et contre les usurpations du roi de Prusse.
Le comte de Bismarck profita de Toccasion pour exposer dans le détail les intrigues du roi Georges et fit savoir à rassemblée qu'il entretenait en France, disséminée en différentes localités, une légion Hanovrienne de 1000 à 1400 hommes, pour laquelle il dépensait une somme annuelle de 1 million 125,000 fr. Il demanda que Ton tarît la source d^où provenait cet argent, et qu'au moins on fît en sorte que cette troupe qui menaçait la Prusee ne fût pas entretenue aux dépens du trésor prussien.
C'est ce que Ton fit. La confiscation des biens des deux princes fut votée à une grande majorité. On ne fit d'exception que pour les parties de ces biens qui pourraient avoir été cédées ou acquises de bonne foi avant le jour de la confiscation.
Quant à Francfort, que le général Vogel de Falkenstein avait frappée d'une contribution de 8 millions de florins pour lui apprendre à apprécier les douceurs de l'hégémonie prussienne, elle obtint à grand peine qu'on lui restituerait la moitié de ce qu'on lui avait pris, et dut se déclarer satisfaite de cet arrangement. M. de Bismarck avait contre cette ville une haine personnelle et prétendait la rendre responsable des rancunes de quelques banquiers, qui entretenaient à Paris un journal antiprussien, la Situation,
On se rappelle que le 18 mars 1869 les députés Miquel et Lasker avaient proposé au Reichstag d'élargir la compétence fédérale en matière de juridiction civile, criminelle et de procédure. Cette proposition, adoptée par le Reichstag^ avait été repoussée le 25 juin par le Bundesrath. Le 7 octobre 1869 les mômes députés de* mandèrent à la seconde Chambre prussienne de prier le gouvernement d'agir auprès du Bundesrath pour le décider à revenir sur son vote» Le ministre de la justice., tout en déclarant peu correcte cette immixtion d'un État particulier dans les décisions du Bundesrath, reconnut cependant que, à ses yeux, l'uniié de juridiction serait un grand bien pour l'Allemagne. La motion Miquel-Lasker fut votée par 218 voix contre 116, le 24 novembre 1869.
Mais à la même date la Chambre des seigneurs discuta
une motion qui était manifestement dirigée contre Tunification juridique. L'ancien ministre de la justice, le comte de Lippe, qui depuis sa retraite du ministère avait pris une attitude d'opposition contre la politique du gouvernement prussien, déposa le 7 octobre 1869 une motion contre rétablissement du tribunal de commerce fédéral, qui avait été voté par le Reichstag et le Bundesrath. Il proposait à la Chambre des seigneurs de déclarer que Ton ne pourrait, sans l'assentiment des représentants de la Prusse, procéder aux réformes qu^entraînerait dans la Constitution fédérale et dans celle du royaume la création d'une cour souveraine de justice fédérale. La commission chargée de Texamen fit un rapport favorable, et les conclusions du rapport furent votées par 58 voix contre 42.
Le comte de Bismarck, qui était retourné à Varzin, écrivit à un des membres de la Chambre des seigneurs, le prince Putbus, une lettre ostensible où il exprimait sans ménagement son opinion sur la politique des hobereaux : c Si la Chambre des seigneurs, disait-il, veut faire de l'opposition^ qu'elle la fasse du moins sur les questions intérieures. Elle pourra peut-être de cette manière rendre des services Mais pour les questions
extérieures, n'avons-nous pas assez, pour nous contrecarrer, de la France, de l'Autriche, des particularistes Saxons et de ceux du Sud, des ultramon tains et des républicains, de Hietzing et de Stuttgard ?.... C'est jouer d'un cœur léger un jeu bien coupable avec les plus hauts intérêts du pays. >
Le Bundesrathf en rejetant la proposition Miquel- Lasker, sur Tunification judiciaire, en avait cependant admis le principe. Par ses ordres, un congrès de juristes de l'Allemagne du Nord avait été convoqué le 1®' octobre 4869 à Berlin pour délibérer sur un projet de code pénal applicable à la Confédération entière. Le ministre de la justice, Leonhart, présida ce congrès. C'est le résultat des travaux de ce congrès qui fut adopté par le Reichstag de 1870.
Pendant ce temps le prince royal de Prusse voyageait en Autriche et en Italie. M. de Bismarck se préparait dés ce moment à la guerre contre la France, guerre qu'il
savait d'autant plus inévitable qu'il voyait croître les embarras du gouvernement impérial en France, et qu'il était lui-même décidé à ne pas lui refuser les occasions de rajeunir par la guerre le prestige intermittent dont le héros de décembre avait besoin pour lutter contre les souvenirs persistants du passé. Il s'appliquait d'avance à assurer Tisolement de l'adversaire qu'il se préparait à faire tomber dans ses filets. La guerre avec la France faisait partie essentielle du programme de M. de Bismarck. Il n'y avait pas à se faire d'illusion sur ce point. Pendant que docilement, le roi, au Reichstag et dans ses voyages, répétait que la paix était assurée, il disposait tout pour faire éclater au moment qui lui conviendrait une querelle entre la France et l'Allemagne. Le point était de mettre les torts apparents du côté de la première et de se faire attaquer à l'improviste, lorsqu'il serait absolument prêt à repousser l'agression. La nécessité de cette guerre devenait chaque jour plus manifeste. C'était le moyen qu'il avait tenu en réserve pour vaincre les répugnances croissantes du Midi. La guerre seule pouvait fonder le césarisme militaire qu'il rêvait pour TAllemagne, en ravivant le chauvinisme brutal qui est le fondement naturel de ce genre de gouvernement.