‹ Histoire de l'Allemagne depuis la bataille de SadowaChapitre 2 sur 33 · VI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

VI INTRODUCTION

Les événements ne nous ont que trop donné raison. Quatre ans après Sadowa, d'exécrables calculs d'égoïsme dynastique jetaient la France presque désarmée dans une lutte où elle n'aurait pas eu trop de toutes ses forces^ où elle a failli laisser jusqu'à son honneur, si la république ne s'était trouvée là pour la sauver de ce suprême désastre.

Aujourd'hui, comme en 1867, nous nous retrouvons à la merci des événements. Les hommes, aux mains de qui le hasard des circonstances a remis le pouvoir de fixer notre avenir, ignorent ou ont oublié les causes de nos malheurs. Uniquement occupés d'empêcher la France d'atteindre le port où elle croit voir le salut, ils la maintiennent de force au milieu des agitations qui doivent lasser son courage et la forcer de se livrer enfin aux sauveurs qui se tiennent derrière la coulisse , prêts à paraître au premier signal. Pendant qu'ils se disputent l'honneur d'asservir leur pays, ajournant toutes les réformes que l'expérience a démontrées les plus nécessaires, repoussant tous les projets qui pourraient relever l'esprit public, TAUemagne, décidée à en finir avec nous, nous cherche de tous côtés des ennemis et s'applique sans relâche à tout organiser, à tout prévoir, à mettre de plus en plus les chances de son côté. Elle ne veut pas pouvoir être surprise. A quelque époque et de quelque côté que vienne l'ennemi, elle sera prête, elle l'est déjà.

Cette situation pourra-t-elle durer longtemps? Évidemment non. L'efl'ort trop prolongé aboutit, à l'épuisement. Quoi qu'en dise M. de Moltke, l'Allemagne ne supporterait pas 50 ans le régime qu'il lui impose.

INTRODUCTION Vil

Cet esprit impérieux et dur, mais étroit, n'envisage que le point de vue militaire, et s'imagine qu'une nation peut indéfiniment suffire à une dépense de forces aussi considérables. C'est là le côté faible du système prussien.

Si la reprise de la lutte est absolument inévitable, la victoire est assurée à celui des deux adversaires qui aura trouvé une combinaison qui lui donne avec le moyen de ménager efficacement ses forces jusqu'au jour du combat, la certitude de réunir et de concentrer le plus rapidement toute sa puissance pour l'effort définitif. A ce dernier point de vue, l'Allemagne est bien en avance sur nous; il paraît difficile d'imaginer une combinaison qui donne de meilleurs résultats. La disposition de ses chemins de fer et l'organisation de son armée lui permettent de jeter en quelques jours sur un point quelconque de ses frontières des masses formidables, qui auraient sur nous l'avantage du nombre et de la mobilité; ce qui ne l'empêche pas de continuer ses recherchés pour accélérer encore cette rapidité de mouvements. Raison de plus pour que nous cherchions aussi de notre côté.

Mais pour ce qui est le plus essentiel, le ménagement des forces, il ne semble pas que l'Allemagne ait aussi bien réussi. Ici tout est relatif. Bien que le soldat allemand coûte moins cher que le soldat français, il est certain que l'Allemagne a peine à soutenir les dépenses militaires que lui impose la politique césarienne de l'empereur Guillaume. Sur ce point, la France, plus riche que l'Allemagne, peut prendre

VIIÏ INTRODUCTION

Tavantage. Quand on aura soigneusement développé les intelligences par une instruction primaire sérieuse, les corps par une gymnastique appropriée, il faudra peu de temps pour faire de chaque citoyen un soldat, et par conséquent peu d'argent. Reste à trouver une organisation supérieure à celle de la Prusse, qui sache mieux concilier les besoins de la guerre avec les nécessités économiques. C'est là un problème que ne devraient jamais perdre de vue les hommes compétents.

N'oublions pas que le meilleur moyen d'éviter la guerre, c'est d'être prêt à la faire. Le jour où nous en serons là, les alliances ne nous manqueront pas. Qui sait si alors la perspective d'une nouvelle guerre entre la France et l'Allemagne n'amènera pas l'Europe à intervenir pour rendre à l'Alsace-Lorraine le droit de trancher la difficulté, en décidant elle-même de ses destinées? Les Allemands ne tiennent pas plus que les Français à recommencer les égorgements de d870. Quand ils seront bien convaincus, d'un côté, qu'ils ne parviendront jamais à germaniser l'Alsace-Lorraine; de l'autre, que la France républicaine, et par là même soustraite à l'excitation malfaisante des ambitions monarchiques, n'a pour leur faire la guerre que le devoir impérieux d'arracher à leur domination des compatriotes asservis à une nationalité étrangère, ils céderont, on peut l'espérer, à la voix de la raison et de la justice, unies à la considération de leur propre intérêt.

Mais pour cela il faut qu'ils aient le temps de réfléchir, de reprendre leur sang-froid, de se dégriser de

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