LES ÉTATS DU SUD — GRAND DUCHÉ DE BADE
C'est surtout depuis la publication du Syllahus et la proclamation de l'infaillibilité pontificale, que cette lutte a pris un caractère d'acharnement et de violence, plein de menaces pour l'avenir. Le gouvernement ayant rendu une ordonnance qui soumettait renseignement théologique au contrôle de TÉtat, T archevêque de Fribourg avait, le 18 septembre 1866, publié une protestation contre cette mesure et défendu au clergé de s'y soumettre. Le ministère de son côté avait déclaré la protestation de l'arche vèque attentatoire aux droits de l'État, et proclamé sa ferme résolution de faire respecter ses décisions. De là était née une agitation qui avait allumé les passions les plus vives. L'influence du clergé se manifesta lors des élections au Zollparlament par la nomination de plusieurs députés hostiles à la politique gouvernementale. Depuis, les difficultés n'avaient fait qu'augmenter et le ministère avait été obligé de sévir contre un certain nombre de membres du clergé. Suivant sa tactique habituelle, le parti catholique, se prétendant opprimé par cela seul qu'on lui imposait le respect de la loi, cherchait à se créer des alliés en affichant pour la liberté un zèle tout nouveau. Le !•' mai 1868, quatre-vingts membres influents du parti catholique publièrent un appel au peuple par lequel ils demandaient, pour améliorer la situation politique, la convocation d'une assemblée extraordinaire, élue par le suffrage universel. Ils attaquaient violemment le ministère Jolly , l'accusant de négliger les intérêts matériels et moraux de la population et de ruiner la liberté. Ils réclamaient la séparation de TËglise et de l'État, le droit d'association sans restriction, la liberté de l'enseignement, la diminution du chiffre de l'armée permanente et de la durée du service militaire^ un système d'impôts plus équitable.
En môme temps , le parti démocratique grand-allemand, qui n'avait cessé de protester contre l'exclusion de l'Autriche, — considérée par eux comme une cause d'affaiblissement pour l'Allemagne, — et qui avait pris le nom de ligue de la réforme électorale^ publiait un manifeste, où la situation intérieure était dépeinte sous les couleurs les plus sombres. Il protestait surtout
contre la loi électorale de 1818, qu'il accusait de n'être plus en rapport avec les nécessités actuelles, et de ne plus donner l'expression exacte de l'opinion publique.
Contre ces deux groupes également hostiles à la politique prussienne, le gouvernement ne pouvait se défendre qu'en s'appuyant sur le parti libéral. Mais ce parti, qui sentait sa force, et qui était réellement dévoué à la liberté, ne pouvait soutenir le ministère qu^àla condition qu'il entrerait résolument dans la voie des réformes, ce qui plaçait le gouvernement dans une situation assez désagréable; d'autant plus que les libéraux, tout en demandant Tadj onction du Grand-Duché à la Confédération du Nord, n'entendaient pas du tout faire le sacrifice des libertés badoises. On le vit bien en 1868. Le gouvernement avait présenté plusieurs projets de lois qui avaient pour objet d'introduire la législation militaire prussienne. La Commission parlementaire, qui eut à examiner ces projets, déclara que rintroduction des lois prussiennes ne lui paraissait pas une conséquence nécessaire des traités militaires. Le projet fut retiré, mais quelques jours plus tard le ministère promulgua sans l'assentiment de la Chambre une loi provisoire de procédure militaire. En réponse à cette provocation, 131 libéraux se réunirent le 8 novembre 1868 à Offenbourg. Ils publièrent un manifeste par lequel ils refusaient aux ultramontains le droit de parler de liberté et niaient la nécessité de convoquer une assemblée extraordinaire ; mais en môme temps, ils déclaraient que Tultramontanisme n'était plus le seul péril à conjurer et que la conduite du ministère appelait la sévère attention des amis de la liberté. Ils ajoutaient que l'accession du Grand-Duché à la Confédération du Nord demeurait une partie essentielle de leur programme, mais que ce n'était pas une raison pour copier la Prusse, dont les traditions, en tout ce qui touche à la question des cultes, leur paraissaient c contraires à Tesprit du siècle, propres à compromettre les intérêts intellectuels de la nation allemande > ; que la Chambre enfin n'avait rien de mieux à faire que de poursuivre la réforme des institutions intérieures et de chercher le moyen de réaliser des économies sérieuses.
Le gouvernement essaya d'abord de se raidir contre