‹ Histoire de l'Allemagne depuis la bataille de SadowaChapitre 25 sur 33 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

AÉTÀBU8SE1CGNT DE l'eMPIRE ALLEMAND. — FIN DE LA QUERRE

AVEQ LA FRANGE.

Cependant M. de Bismarck, qui avait désiré la guerre surtout dans la pensée d*en profiter pour achever la prussification de TAllemagne, ne voulut pas laisser refroidir Tenthousiasme qu'avaient soulevé les victoires de Farmée allemande. Dès le mois de septembre, il entama des négociations avec les États du Sud.

La Bavière se montrait toujours peu disposée à entrer dans rUnion. Elle déclara qu'elle ne croyait pas de sa dignité de se soumettre sans conditions k Thégémonie prussienne et d'accepter une Constitution toute faite. Elle réclama une certaine autonomie militaire , un droit de veto absolu contre toute tentative de changement constitutionnel au profit du pouvoir central.

Le 17 septembre un article officieux, inséré dans VAllgemeine-Zeitung^ traçait le programme suivant :

Participation aux négociations avec la France et à toutes celles qui suivront des guerres fédérales; admission d'un conseiller de légation bavarois dans les principales ambassades; restriction au serment de l'armée entre les mains du commandant en chef de la Confédé-

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ration; uniforme distinct; droit reconnu à la Bavière de fixer seule ses impôts sur la bière et d'administrer ses postes et ses télégraphes.

Des députés nationaux libéraux de l'Union du Nord, MM. Benningsen, Forckenbeck, Laskér et Bamberger, se rendaient en même temps — • 15 septembre, •— dans les capitales des États du Sud, pour appuyer les négociations engagées. A Munich , on les reçut avec des démonstration amicaleS; mais stériles; à Stuttgard, le parti allemand ne leur dissimula pas les hésitations du gouvernement; & Garlsruhe, ils trouvèrent le gouvernement décidé à entrer dans l'Union.

L'opposition persistante de la Bavière était un grave échec pour la politique prussienne. Dans Tespoir d'en triompher, le ministre Delbrûck se rendit à Munich. Il déclara qu'il ne venait pas faire des propositions, qu'il en laissait l'initiative à la Bavière. Cette attitude réservée et pleine d'égards, ne fit que enhardir le ministère, qui en profita pour aggraver encore les prétentions énoncées dans Tarticle du 17 septembre, et M. Delbrûck dut retourner à Berlin sans avoir rien conclu.

Alors M. de Bismarck, le 28 septembre, invita le Wurtemberg, Bade et la Hesse à envoyer des plénipotentiaires à Versailles, en faisant savoir au gouvernement bavarois que les siens seraient les bienvenus, s'il croyait devoir en envoyer également. Le 19 octobre, les délégués du Wurtemberg et de Bade, MM. de Mittnack et de Suckow, Jolly et de Fraydorf, se réunirent à Versailles ; quelques jours plus tard arrivèrent les ministres bavarois, le comte Bray et M. de Lutz; le 24, les plénipotentiaires delà Hesse, MM. Dalwig et Hofmann.

Cependant l'attitude équivoque de la presse ministérielle, en Wurtemberg, décida le parti allemand à faire auprès du roi une démarche décisive. Mais elle n'eut pas le succès qu'on en attendait. Le roi répondit évasivement ; les négociations, dit-il, étaient pendantes. Il souhaitait qu'elles aboutissent, mais il était impossible d'en prévoir exactement le résultat. Le roi se faisait illusion. Le parti démocratique lui-même, grisé par la victoire, commençait à fiéchir. Il ne repoussait plus d'une manière aussi absolue l'idée d'une nouvelle Cons-

titution fédérale,. élaborée par les gouvernements réunis et sanctionnée par les représentants du suffrage universel.

M. de Bismarck, dont la personne était peu sympathique à la plupart des États du Sud, confia la conduite des négociations à MM. Delbrûck et de Roon, assistés du ministre saxon, de Friesen.

Le 15 novembre des traités furent signés avec la Hesse et Bade. Ces deux États entraient dans la Confédération du Nord et en acceptaient la Constitution, sauf quelques modifications d'administration intérieure, sans rapport avec la politique. La Bavière hésitait encore» bien qu'elle se vit exposée à rester isolée. Cependant elle se décida à subir le joug commun et le traité fut signé le 23 novembre. Elle obtint toutefois certaines modifications assez considérables à la Constitution fédérale; voici les plus importantes :

Le roi de Bavière reçoit le serment militaire ; mais en temps de guerre les troupes n'obéissent qu'au général en chef de l'Union. L'armée est mobilisée par ordre du roi, mais sur l'avis du Président. La Bavière sera toujours représentée dans la Commission militaire du Conseil fédéral. Elle conserve ses ambassadeurs, Tadministration de ses chemins de fer, de ses postes, de ses télégraphes, ses impôts sur la bière et l'eau-de-vie. Les dispositions cte la Constitution fédérale relativement au domicile ne concernent pas la Bavière. La Commission diplomatique du Conseil fédéral sera formée par la Bavière, le Wurtemberg et la Saxe qui ont ensemble 14 voix. Or, comme d'après la Constitution il suffit de 14 voix pour repousser tout changement dans la Constitution, la Bavière obtenait, au moins en apparence, le droit de veto qu'elle avait toujours réclamé.

Avec le Wurtemberg le traité fut signé le 25 novembre, non pas à Versailles, mais à Berlin. Les plénipotentiaires Wurtembergeois avaient quitté Versailles le 13 novembre. Ce brusque départ donna lieu à des suppositions qui n'ont pas été éclaircies. Le 20 novembre, MM. de Mittnach et de Suckow se rendirent à Berlin. Le traité signé portait que le Wurtemberg, en entrant dans rUnion, gardait l'administration de ses chemins de fer,

de ses postes, de ses télégraphes, ses impôts intérieurs sur la fabrication de la bière et de Teau-de-vie. Les troupes Wurtembergeoises devaient former le 14^ corps de rarmée allemande. Elles jurent obéissance au général en chef de l'Union et fidélité au roi. Le roi nomme les officiers, mais la nomination des officiers supérieurs doit être approuvée par le roi de Prusse. Le Wurtem« berg a un siège permanent dans la Commission militaire du Bundesrath.

Ces traités devaient être ratifiés par les Chambres des États du Sud, avant le 1*' janvier. A Bade, le rapporteur de la Commission de la seconde Chambre se plaignit qu'on eût sollicité des privilèges pour le Grand-Duché. Le ministre d'État, M. Jolly, dut se justifier d'avoir été obligé, par des nécessités budgétaires, de demander une exception pour les impôts sur la bière et Teau-devie. Il annonça que le ministère de la guerre allait être supprimé, ainsi qu'une grande partie du ministère des affaires étrangères; que les ambassadeurs seraient rappelés, excepté celui de Berlin. Après ces explications, les traités furent votés, ainsi que la convention militaire par Tunanimité moins une voix. A la Chambre haute, deux voix seulement votèrent contre. Dans la Hesse, il nV eut que 4 opposants.

Dans le Wurtemberg, le Landtag y après avoir voté un crédit de 3,700,000 florins, fut dissout. Le gouvernement voulait connaître exactement les modifications que les événements de la guerre avaient pu apporter dans Topinion publique. Elles étaient plus graves qu*on n'au* rait pu l'attendre d'une population aussi éclairée. Le parti démocratique fut complètement battu. Il ne garda que 17 voix dans cette Chambre où il avait auparavant la majorité. Son chef, M. Karl Mayer ne fut pas même élu, et quitta la rédaction du Beobachter. Le 22 décembre, les traités furent votés par 76 voix contre 12.

En Bavière, le gouvernement ne jugea pas à propos de consulter les électeurs. Le ministre de Lutz présenta les traités à la Chambre, en s*excusant de n'avoir pas pu obtenir plus de garanties pour l'autonomie bavaroise, surtout en ce qui concernait la législation. Mais, malgré ses efforts pour désarmer l'opposition, la Cham-

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