‹ Histoire de l'Allemagne depuis la bataille de SadowaChapitre 26 sur 33 · S14 HISTOIRE DE L'ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

S14 HISTOIRE DE L'ALLEMAGNE

bre nomma^ ponr examiner la qaestion, une Commission composée de it patriotes oa cléricaux et de 3 libéraax, qui naturellement proposa le rejet du traité. C'était chose grave et la Chambre hésita. Elle hésita si bien qu'elle laissa passer, sans conclure, les délais fixés pour la ratification. Pour se donner le temps de réfléchir, elle remit sa décision au li janvier 1871, et les débats traînèrent jusqu'au 21. Cependant les efforts du gouvernement qui craignait de voir la Bavière condamnée à Tiso* lement, Topinion publique qui s'affirmait de plus en plus en faveur du traité, Texemple de la Chambre haute qui l'avait adopté presque à Tunanimité dès le 30 décembre, décidèrent les députés à céder. Le traité fut ratifié par 102 voix contre 54.

Ainsi, M. de Bismarck triomphait. L^AUemagne tout entière avait courbé la tète. Son but était atteint, mais celui de Guillaume ne l'était pas. La vanité du roi était plus insatiable que l'ambition du ministre. M. de Bismarck lui avait assuré la réalité du pouvoir, la domination effective sur toute rAllemag:ne. Il lui fallait maintenant une étiquette en rapport avec son omnipotence. Guillaume, comme Napoléon I"', voulait être César et le souvenir des empereurs d'Allemagne hantait son sommeil. M. de Bismarck était trop dévoué à son maître pour lui refuser cette satisfaction. Le 24 novembre, M. Delbrûck lut le discours d'ouverture du Reichstag. Il y était déclaré que l'Allemagne, désormais unie en une seule Confédération, ne ferait la paix qu'à la condition d'obtenir des frontières qui pussent la préserver à l'avenir de toute invasion française. Le Reichstag s'empressa de voter les 375,000,000 de fr. demandés pour la continuation de la guerre, et ratifia les traités conclus avec les États du Sud. Il y eut quelque hésitation à propos des avantages accordés à la Bavière, mais M. de Bismarck avait fait savoir qu'il se retirerait si on lui refusait la ratification demandée. 32 députés seulement restèrent insensibles à cet argument.

Alors on s'occupa sérieusement de couronner l'édifice* Déjà à plusieurs reprises les journaux officieux avaient fait entendre que le titre de Président était bien républicain pour une Confédération de rois et de princes* A

la suite de ces insinuations, des pétitions avaient demandé que Ton conférât au roi de Prusse le titre d'empereur, qu'il avait si bien gagné. L*opinion cependant demeurait hésitante. L'enthousiasme faisait défaut On objectait que ce retour au moyen-âge était du pur romantisme; les libéraux — les vrais — et les républicains criaient au césarisme, au bonapartisme. On était assez embarrassé, quand on trouva un argument merveilleux qui devait triompher de toutes les résistances. On découvrit qu'il était humiliant pour les princes et les rois de TAllemagne d'obéir à un simple roi comme eux, tandis qu'ils ne pouvaient que se sentir fort honorés d'avoir pour chef et pour maître un empereur. C'était irrésistible. Pour ménager Tamour-propre des confé*dérés, il fallait absolument que Guillaume fut transformé en César. On insinua au roi de Bavière que c'était lui, le plus puissant roi de la Confédération, qui était le plus directement intéressé à ce que le roi de Prusse fût élevé à la dignité impériale, et que par conséquent c'était à lui qu'il appartenait de prendre Tinitiative de la proposition. Louis II se laissa persuader. En conséquence il écrivit aux princes allemands et aux sénats des trois villes libres, pour leur demander sMls ne seraient pas bien aises d'avoir à leur tête un empereur au lieu d'un président. Ils répondirent naturellement quMls seraient enchantés d'un tel honneur, et le prince Luitpold apporta â Versailles et remit à Guillaume une lettre dans laquelle le roi Louis exprimait c le vœu unanime > de toute l'Allemagne.

Le Bundesrath^ saisi de la proposition du roi Louis par le représentant de Saxe-Weimar^ la soumit au Reichslag qui la vota avec enthousiasme par 488 voix contre 6. Alors le député Lasker proposa de voter une adresse au roi pour le supplier d'accepter la couronne impériale et de consacrer ainsi l'œuvre de Tunité germanique. Une dêputation de 30 membres partit pour Versailles, et le 18 décembre 1871, dans la chapelle du château, après le service divin, le roi entouré du prince royal et de son état-major entendit la lecture de l'adresse votée par le Reichstag. Après quoi il parla de la Providence, de son émotion, et conclut en disant mo^

destement qu'il ne pouvait accepter la couronne avant que les Chambres du Sud eussent donné leur adhésion.

Les Chambres de Bade, de la Hesse, du Wurtemberg s'empressèrent de la donner. La Bavière seule fit attendre la sienne, mais on s'en passa.

Le l«r janvier 1871 au banquet impérial le Grand Duc de Bade^ tout fier d'être devenu le gendre d'un empereur, se leva et dit :

€ Ce jour était destiné à voir revivre dans sa jeunesse et sa force le vénérable empire allemand. Votre Majesté ne veut saisir la couronne qui lui est offerte que le jour où elle pourra entourer de sa protection tous les membres de l'empire. Néanmoins dès aujourd'hui nous considérons Votre Majesté comme le chef de l'empire allemand et nous voyons dans votre couronne la garantie d'une unité impérissable... Vive Sa Majesté le roi Guillaume, le Victorieux ! >

Cette allocution décida le roi. Par une lettre aux princes et aux sénats de l'Allemagne il annonça qu'il acceptait définitivement la couronne impériale.

Le 18 janvier à midi l'empire fut proclamé solennellement dans la salle d'honneur du château de Versailles. Puis le chancelier donna lecture de la proclamation impériale au peuple Allemand :

c Au peuple Allemand,

€ Nous, Guillaume, par la gr&ce de Dieu, roi de Prusse, après avoir regu le vœu unanime des princes et des villes libres de l'Allemagne, de nous voir rétablir et prendre la dignité d'empereur d'Allemagne qui n'existe plus depuis 60 ans ; après avoir consulté à cet égard la Constitution de la Confédération allemande, nous annonçons par les présentes que nous avons considéré comme un devoir envers la commune patrie de répondre à cet appel des princes et des villes confédérées de l'Allemagne et d'accepter la dignité impériale allemande. En conséquence, nous et nos successeurs à la couronne de Prusse, nous porterons dorénavant le titre d'empereur dans tous nos rapports avec l'empire d'Allemagne, et nous espérons que la patrie aura un avenir prospère

SOUS le signe de son ancienne splendeur. Nous prenons la dignité impériale avec la conscience de notre devoir de protéger les droits de Tempire et de ses membres, de conserver la paix et de défendre l'indépendance de TAllemagne avec Taide de son peuple. Nous acceptons cette dignité avec Tespoir qu'il sera donné au peuple allemand de recevoir la récompense de ses luttes héroïques, dans une paix durable et à Tintérieur de frontières qui donnent à la pairie, contre de nouvelles attaques de la France, une sécurité qui lui a été enlevée depuis des siècles. Que Dieu daigne nous accorder, ainsi qu'à nos successeurs, d'agrandir constamment l'empire d'Allemagne, non pas par des conquêtes de guerre, mais à Taide des bienfaits de la paix, sur le terrain de la prospérité, de la liberté, et de la vertu nationale.

c Donné au quartier général de Versailles le 17 janvier 1871.

< Guillaume, d

Les nouvelles qui arrivèrent coup sur coup des victoires du Mans, d'Héricourt et de Saint-Quentin portèrent à son comble l'enthousiasme des Allemands. On sentait d'ailleurs que la guerre touchait à sa un. Le peuple français aurait bien eu encore l'énergie nécessaire pour supporter de nouveaux sacrifices et s'imposer de nouveaux efforts. Les républicains avaient pleine confiance dans l'activité et Tardeur patriotique de Gambetta, dans la ténacité de Ghanzy, dans Thabileté et le courage de Faidherbe et de Garibaldi. Mais on ne pouvait se dissimuler qu'une partie de la population commençait à se laisser prendre aux menées secrètes des partis qui se consolaient d'avance de la défaite de la France par la pensée qu'elle leur donnerait l'occasion de détruire la république et de rétablir la royauté ou môme l'empire. Le patriotisme et le courJage individuel de quelques royalistes ou impérialistes ne suffit pas à laver leur parti du crime d'avoir spéculé sur le découragement et la démoralisation pour assurer le succès de leurs espérances dynastiques. Ge sont eux qui ont exalté

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le désir de la paix au point de rendre la prolongation de la lutte presque impossible après la ohute de Paris.

Or il était facile de prévoir que le moment où Paris devrait succomber à la faim ne pouvait être bien éloigné. Le 19 janvier, le général Trochu, comprenant enfin, mais trop tard, la nécessité de céder à l'impatience des Parisiens qui ne voulaient pas tomber sans avoir fait un dernier effort, se décida à tenter une sortie précisément par le côté oii la sortie était le plus impossible, et sans avoir pris aucune des précautions nécessaires pour que ses troupes pussent arriver à Theure dite aux points désignés. Après avoir inutilement déployé le plus brillant courage et subi les pertes les plus cruelles, la garde nationale et l'armée durent rentrer à Paris, lais* sant sur le cbamp de bataille de Buzenval quatre ou cinq mille morts. Dès lors il fallut songer à capituler.

En effet le 27 janvier 1871 Jules Favre eut avec M. de Bismarck une entrevue à Versailles et le 28 un armistice fut signé, en ces termes :

Art. I. — Un armistice général sur toute la ligne des opérations militaires en cours d'exécution entre les armées allemandes et les armées françaises commence pour Paris aujourd'hui môme et pour les départements dans un délai de trois jours. La durée de l'armistice sera de "21 jours à dater d'aujourd'hui, de manière que, sauf le cas où il serait renouvelé, l'armistice se terminera partout le 19 février, à midi.

Les armées belligérantes conserveront leurs positions respectives qui seront séparées par une ligne de démarcation Les opérations militaires sur le terrain des

départements du Doubs, du Jura et de la Côte-d'Or, ainsi que le siège de Belfort, se continueront indépendam-^ ment de Tarmistice jusqu'au moment où l'on se sera mis d'accord sur la ligne de démarcation, dont le tracé à travers les trois départements mentionnés a été réservé à une entente ultérieure.

Art. IL — L'armistice ainsi convenu a pour but de permettre au gouvernement de la Défense nationale de convoquer une assemblée librement élue, qui se prononcera sur la question de savoir si la guerre doit

être continuée ou à quelles conditions la paix doit être faite

Art. IIL — Il sera immédiatement fait remise à Tarmée allemande, par Tautorité militaire française de tous les forts formant le périmètre de la défense extérieure de Paris ainsi que de leur matériel de guerre

Art. IV. — Pendant la durée de Farmistice, l'armée allemande n'entrera pas dans la ville de Paris

Art. VI. —- Les garnisons (armée de ligne, garde mobile et marins) des forts et de Paris seront prisonnières de guerre, sauf une division de 12 000 hommes que Tautorité militaire dans Paris conservera pour le service

intérieur

. Art. VIL — La. garde nationale conservera ses armes de même que la gendarmerie et les troupes assimilées employées dans le service municipal

Art. XL — La ville de Paris paiera une contribution municipale de guerre de 200 millions de francs. Ce payement devra être effectué avant le 45« jour de Farmistice.

M. Jules Favre s'empressa de faire connaître au gouvernement de Bordeaux la conclusion de cet armistice, mais par un oubli inconcevable, il omit de faire savoir qu'il ne s'appliquait pas aux opérations de l'Est. Il en résulta que, sur l'ordre de Garabetta, le général Clinchant, qui commandait l'armée de l'Est, arrêta toute opération militaire, tandis que le général allemand Manteuffel, mieux instruit, continuait sans difficulté son mouvement en achevant d'acculer l'armée française à la frontière Suisse, où elle finit par être forcée de se jeter en désordre, poursuivie par le canon de l'ennemi.

C'était la fin de la guerre.

Le 7 février Belfort ouvrait ses portes, sur l'ordre du gouvernement français, après une admirable défense de 106 jours, dirigée par le colonel Denfert, et sa garnison en sortait avec les honneurs de la guerre, emportant ses armes et ses bagages, non pas comme prisonnière, mais pour se rendre dans le Midi de la France.

Le 8 février avaient lieu les élections dans toute la France, Les départements qui avaient été envahis et

OÙ la présence des Allemands avait surexcité le patriotisme, envoyèrent en majorité des députés républicains; les autres, ceux où la propagande de la paix à tout prix avait pu se faire sans obstacle, donnèrent la majorité aux candidats qu'ils savaient disposés à subir les conditions de l'ennemi. Il se trouva que ces candidats étaient presque tous monarchistes. La raison de cette coïncidence est facile à deviner, mais la coïncidence elle-même a été des plus funestes puisque c'est à elle que la France doit les angoisses au milieu desquelles elle se débat aujourd hui entre Timpuissance reconnue de TAssemblée à refaire la monarchie et sa résolution déclarée de ne pas laisser faire la république.

Le 28 février 1871, l'Assemblée entendit la lecture des. préliminaires de paix. Ils comprenaient : la cession de toute TAlsace et d'une partie de la Lorraine, suivant les lignes tracées sur une carte publiée en septembre 1870 par l'état-major allemand, une indemmité de guerre de cinq milliards de francs, payables en trois années, moyennant quoi les troupes allemandes évacueront successivement les départements occupés, à mesure que les versements seront opérés.

Ces préliminaires furent adoptés par 546 voix sur 653 votants. Mais la discussion fut marquée par un incident grave. Un député bonapartiste, M. Gonti, eut l'incroyable idée de prétendre faire accepter Tapologie de Tempire à l'Assemblée au moment môme où elle se débattait contre la terrible nécessité de démembrer et de ruiner la France pour expier les crimes et les sottises égoïstes de l'homme funeste qui, après avoir commencé par le 2 Décembre, avait fini par Sedan. A la tentative insensée de M. Gonti l'Assemblée répondit par une proclamation de déchéance contre Napoléon III et sa dynastie, en le déclarant c responsable de la ruine, de l'invasion et du démembrement de la France. > Gette déclaration fut votée par acclamation. Ginq députés seulement se levèrent à la contre-épreuve ^

1. C'est dans cette séance que M. Tbiers prononça pour la première fois ces mots qu'il a répétés dans plusieurs discours^ mais qu'il a oubliés plus tard : « Messieurs, rappelons-nous que nous ne sommes pas constituants* >

La France était délivrée de l'empire, mais elle payait cher sa délivrance. Elle avait du même coup recouvré l'honneur que lui avaient fait perdre les capitulations de Sedan et de Metz. Elle avait été relevée de ces ignominies par l'énergie de ces troupes improvisées qui avaient osé continuer contre les armées allemandes la lutte à laquelle avaient honteusement succombé les généraux de l'empire. « Ce sera toujours, dit un historien allemand, un sujet d'admiration qu'un peuple, après avoir subi des désastres inouïs, n'ait pas désespéré de son salut, qu'il ait organisé dans les circonstances les plus défavorables et dans un temps très-court de nouveaux moyens de résistance, et qu'il n'ait succombé que sous le poids d'unq force écrasante et d'une science militaire supérieure, mais non pour avoir manqué ni de courage, ni d'esprit de sacrifice ^ > « Les armées improvisées par l'activité de Gambetta, dit quelques pages plus loin le même historien , se battirent souvent avec enthousiasme, presque toujours avec ténacité; elles ne se laissaient pas décourager par les défaites que leur infligeait l'ennemi grâce à une organisation supérieure et à un meilleur commandement. Battues, dispersées, elles recommençaient toujours la lutte aussi longtemps qu'il restait une possibilité de résistance. x>

1. Eduard Arnd, geschichte der Jarhe 4867 bis 1871 (Èuropaischen staaten). Erster Band. s. 389.

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