HISTOIRE DE L'AI-LEMAGNE
moment, avait-il dit, où nous recouvrons des provinces autrefois allemandes, il ne faut pas faire craindre à ceux de nos voisins qui possèdent, eux aussi, des pays ayant autrefois appartenu à TEmpirej que nous ayons l'intention de les reprendre. Pour cela, nous devons, avec le Gouvernement, proclamer le principe de nonintervention. »
Cette déclaration avait pour but de rassurer TAutriche et la Russie. Elle présentait en même temps l'avantage d'opposer un principe aux réclamations des cléricaux en faveur du pouvoir temporel. Il est vrai que, quelques semaines auparavant, pour prendre l'Alsace et la Lorraine, comme quelques années plus tôt pour s'emparer du Holstein et du Schleswig, ces mêmes nationaux libéraux avaient invoqué le principe exactement contraire, celui du droit des nationalités, du droit souverain de l'Allemand de revendiquer tous les territoires auxquels on pouvait, à un titre quelconque, accoler une étiquette allemande. Mais on sait que les Allemands ont des principes de rechange et que le bon est toujours celui dont il a besoin pour le moment. A ce moment il paraissait utile de rassurer la Russie et TAutricbe et de fermer la bouche aux cléricaux.
La restauration de l'empire obligeait à introduire dans la Constitution fédérale certaines modifications qui ne portaient guère que sur la forme, mais qui n*en devaient pas moins être votées par le Reichstag, La seule qui fût vraiment sérieuse, mais qui ne pouvait pas être repoussée, résultait de l'accession à l'Union des États du Sud. Dans le Bundesrath la Bavière avait 6 voix, le Wurtemberg 4, Bade 3, la Hesse 3. Au Reichstag la Bavière nommait 48 députés, le Wurtemberg 17, Bade 14, la Hesse 6, pour la partie située au sud du Main. Le nombre total des voix au Bundesrath était donc de 58 au lieu de 43, et au Reichstag de 382 au lieu de 597. Là était le danger pour M. de Bismarck et pour la Prusse et ce danger subsistera tant qu'il pourra y avoir des divergences d'opinions ou d'intérêts entre le Sud et le Nord. La Prusse n'est plus aussi sûre de ses majorités. Quand l'enivrement des victoires se sera dissipé, l'accord qui a persisté jusqu'ici pourrait bien se rompre
dans une circonstance donnée, si la Prusse ne se résigne pas à faire quelques concessions à l'esprit du Midi. C'est probablement sur la question militaire que se produira le différend. G*est là du reste la seule chance de délente et de repos qui reste à l'Europe, à moins que le parti militaire de Berlin ne rejette l'Allemagne dans quelque nouvelle guerre, précisément pour prévenir ou détourner ces difficultés par une nouvelle excitation de la vanité nationale.
Le reste de la Constitution fut passé en revue et adopté en quelques jours. Le 14 avril, le Reichstag la votait en troisième lecture, à l'unanimité, moins les 7 voix de 6 députés polonais et du professeur Ewald.
M. de Bismarck, qui venait d'être élevé à la dignité de prince, avait eu soin d'expliquer le !«' avril que le titre d'empereur conféré à Guillaume ne changeait rien d'essentiel aux rapports des États confédérés.
€ Cette confédération, dit-il, portera le nom d'Empire allemand, c'est-à-dire qu'on pose ainsi comme principe fondamental une continuation de Tinstitution fédérale. La question, à mes yeux, n'a pas d'importance essentielle comme principe, mais seulement une valeur verbale. Notre but a été de trouver le mot qui convint le mieux pour rendre Tidée juridique sur laquelle notre État est fondé. Nous avons admis en principe de n'employer le mot Empire que lorsqu'il s'agit d'exprimer en substance les attributs politiques et souverains qui s'étendent à la totalité de l'État allemand^ et de nous servir du mot Confédération, lorsqu'il s'agit surtout des droits des différents États, des membres de la communauté fédérale.
c Nous avons pensé — puisque le pouvoir souverain, la souveraineté du pays, la souveraineté territoriale sont conservés aux différents États — que l'idée du lien fédéral devait être exprimée en première ligne dans la désignation de l'ensemble du territoire commun. Là oti la distinction des deux termes se dessine, suivant moi, le plus nettement, c'est entre les mots de Conseil fédéral (Bundesrath) et celui de Conseil de l'Empire (Reichsrath). Ce dernier terme, employé comme il Test aujourd'hui en Bavière et en Autriche, prête aisément à un
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inalenlendu sur Tidéô et les ailributions qu'il exprlmô; malentendu qu'on peut, il est vrai, éclaircir facilement en lisant la Constitution. Cependant on se demande si c'est bien là le mot propre pour la chose quUl désigne. Le Reichsrath, en Bavière et en Autriche, sont, comme on sait, des corps parlementaires. Je crois que dans ces pays mômes, un tel emploi de mots n'est pas d'une justesse tout à fait incontestable. Sous le terme de Reichsrath , j'entendrais plutôt , par analogie avec le mot Staatsrath (Conseil d'État) y l'autorité qui remplit dans un Empire (Reich) les fonctions exercées dans chaqne Ëiat particulier par le Conseil d'État. Le Conseil fédéral (Ihindesrath) n*est pas proprement une autorité de l'Empire; il ne représente pas comme tel l'Empire. Au dehors TEmpire est représenté par Sa Majesté l'Empereur; le peuple tout entier a pour représentant le Reichstag. Tel que nous le comprenons, le Conseil fédéral est essentiellement un corps au sein duquel les différents États trouvent leur représentation, un corps que je désignerais, non pas comme élément centrifuge, mais comme l'ensemble des représentations de tous les intérêts particuliers légitimes. >
M. de Bismarck sô plaît à démonter ainsi devant le Reichstag les rouages de sa machine, comme le prestidigitateur fait semblant d'expliquer ses tours. Plus on croit comprendre^ plus on est facilement joué. Mais il se garde bien de tout dire. De même M. de Bismarck, dans son analyse, avait soin de laisser dans l'ombre les ressorts essentiels. Fidèle à sa maxime, il dit la vérité, mais il ne la dit pas tout entière.
Dans la discussion, le parti clérical, revenant à la charge, demanda que les droits fondamentaux établis dans la Constitution prussienne, la liberté de la presse, le droit d'association, la complète indépendance de l'Église catholique fussent également inscrits dans la Constitution fédérale. Il se posait en défenseur de la liberté, suivant son usage toutes les fois qu'il n'est pas le plus fort^. Mais cette tactique trop connue ne trompait plus
i. Rien n'est plus logique. Une religion, étant un ensemble de dogmes révélés, s'impose au nom de DieU, et par consê-
personne, et elle eut le tort de'faire rejaillir sur la cause, qui était bonne en partie du moins, le discrédit qui s'attachait justement aux habitudes de ceux qui la dé<» fendaient.
La proposition d'accorder une indemnité aux députés fut encore discutée et repoussée par le gouvernement.
Vint ensuite la question de T Alsace-Lorraine. Devaiton l'annexer simplement à la Prusse, comme le demandait le parti national, en grande partie composé de Prussiens, ou devait-on en faire une province immédiate de l'Empire, comme le voulait le chancelier? Celui-ci prononça à cette occasion le 2 mai un discours qui donne l'explication de toute sa politique extérieure :
« Tout le monde, dit-il, se rappelle parmi nos pères, qu'il ne s'est guère, depuis trois siècles , trouvé une génération qui n*ait été forcée de tirer Tépée contre la France. On sait que si, plus lard, on a négligé de donner à l'Allemagne un meilleur rempart contre l'ouest, c'est parce que notre victoire avait été partagée avec des alliés dont les intérêts n'étaient pas les nôtres. Toute l'Allemagne avait donc résolu de continuer ses efforts pour assurer à ses enfants un avenir moins périlleux. Les guerres avec la France avaient dans le cours des siècles donné à nos frontières une configuration géographique qui, au point de vue militaire, était pour la France pleine de tentations, pour l'Allemagne, pleine de dangers.
c Je ne puis mieux caractériser la situation dans laquelle se trouvait particulièrement le Sud, que ne l'a fait devant moi un éminent souverain du Sud, feu le roi Guillaume de Wurtemberg, lorsque, à propos de la guerre d'Orient, on pressa l'Allemagne de prendre parti pour les puissances occidentales.il me disait : € J'accorde que nous n'avons aucun intérêt à nous mêler de cette guerre, mais nous ne pouvons pas nous compromettre avec les
quent ne saurait admettre la liberté que pour elle-même, ce qui est le despotisme. Le principe de conduite de l'Église a été formulé par M. Veuillot d'une manière parfaitement nette : a Nous réclamons de nos adversaires la liberté au nom de leurs principes; nous la leur refusons au nom des nôtres. »
puissances occidentales. Aussi longtemps que Strasbourg restera comme une porte ouverte pour une nation toujours armée, mon pays pourra être inondé de troupes avant que la Confédération puisse venir à mon secours. Je n^hésiterai pas à venir manger dans votre camp le pain dur de Texil, mais pendant ce temps, pour me faire changer de résolution, on écrasera mes sujets de contributions. Aussi longtemps que Strasbourg ne sera pas une ville allemande, il y aura toujours pour le Sud quelque chose qui l'empêchera d'embrasser franchement une politique nationale. » Il me semble que cela dit tout. Le coin qu'enfonçait en Allemagne la pointe de FAlsace française, près de Wissembourg, séparait le Sud du Nord plus efficacement que la ligne politique du Main. Il a fallu toute la résolution, tout le patriotisme, tout le dévouement de nos alliés de TAllemagne du Sud pour que, sans considérer Timminence du danger auquel les eût exposés une guerre habilement conduite par la France, ils n'aient pas hésité un instant à vouloir prendre leur part du péril qui menaçait le Nord et à marcher résolument avec nous.
€ Que dans cette sitation avantageuse la France ait toujours été près de succomber à la tentation, nous ne l'avons que trop vu dans les dix dernières années. >
M. de Bismarck raconte ensuite qu*e, au mois d'août 1866, le gouvernement français avait demandé la frontière du Rhin avec Mayence. Contre le retour de pareilles menaces il fallait à l'Allemagne des garanties. Le dé* mentèlement des forteresses eût-il été suffisant? Non, la France n'eût jamais pardonné cette humiliation, et elle n'en eût pas été moins près du cœur de l'Allemagne :
c II fallait donc l'éloigner. Il y aurait eu un autre moyen, la neutralisation de l'Alsace-Lorraine, comme on avait fait pour la Belgique, pour la Suisse. On aurait ainsi établi une chaîne d'États neutres de la mer du Nord aux Alpes. Cette chaîne nous aurait empêchés d'attaquer la France par terre, parce que nous avons, nous, l'habitude de respecter les traités et les neutralités, mais cela n'aurait en aucune façon empêché la France d'envoyer à l'occasion sur nos côtes sa flotte qui est supérieure à la nôtre avec des troupes de débar-
quement ou bien d'aborder chez quelque nation alliée et de nous envahir,
€ D'un autre côté, un territoire neutralisé n'est une garantie qu'à la condition que la population de ce territoire soit décidée à maintenir sa neutralité et son indépendance. Or c'est ce que nous ne pouvions attendre de r Alsace-Lorraine. Loin de là, les puissants éléments français qui sont restés dans le pays auraient, dans le cas d'une nouvelle guerre franco-allemande, poussé cet État neutre à se joindre à la France. Il ne restait donc d'autre moyen que de mettre ces contrées avec leurs solides forteresses sous la puissance de TAllemagne. i
Le 25 mai, lors de la troisième lecture du projet de loi concernant TAlsace-Lorraine, M. de Bismarck reprit la question au point de vue spécial de la situation qui serait faite à ce pays. < Il faut, dit-il, nous décider sur la forme sous laquelle nous voulons leur donner le droit de citoyen, je dirais presque sur la porte que nous voulons leur ouvrir sur Tempire. On a d'abord posé ces deux questions : L'Alsace-Lorraine sera-t-elle donnée à l'un des États confédérés ou partagée entre plusieurs d'entre eux, ou bien formera-t-elle une province immédiate de Tempire jusqu'à ce qu'elle ait, pour ainsi dire, atteint sa majorité dans la famille allemande et qu'elle soit devenue capable de régler elle-même sa propre destinée. Mais la discussion n'a été sérieuse qu'entre ces deux solutions : L'Alsace-Lorraine sera-t-elle annexée à la Prusse ou formera-t-elle une province immédiate? Je me suis sans réserve prononcé pour cette dernière solution, d'abord pour ne pas mêler sans nécessité des questions dynastiques à notre politique , ensuite parce que je crois que les Alsaciens s'assimileront plus facilement sous le nom d'Allemands que sous celui de Prussiens. Les Alsaciens, pour avoir appartenu à la France pendant deux siècles, n'en ont pas moins conservé une bonne part de particularisme, dans le bon sens allemand. C'est sur ce fondement que, à mon avis, nous devons bâtir. Il faut commencer par fortifier ce particularisme tel qu'il est, malgré l'apparente contradiction qui en résultera avec le but que nous paraissons poursuivre dans le reste de l'Allemagne. Plus les Alsa-
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ciens se sentiront Alsaciens, plus ils se détacheront de la France. Le jour où ils sentiront qu'ils sont avant tout Alsaciens, ils seront trop logiques pour ne pas Sentir en même temps qu'ils sont Allemands. >
Puis il développa le plan d'administration qu'il se proposait d'appliquer aux deux provinces, en y ajoutant la promesse de leur laisser autant de liberté qu'il serait possible.
Le 3 juin une nouvelle délibération eut lieu à propos de rÂlsace-Lorraine. Le projet soutenu par le gouvernement fut adopté; mais en même temps on décida que le régime provisoire, c'est-à-dire la dictature directe de M. de Bifemarck, serait maintenu jusqu'au 1^ janvier 1873. Plus tard, le 20 juin 1872, une nouvelle loi en devait reporter le terme au 1er janvier 1874.
Dans toute cette discussion les seuls arguments qui aient été mis en avant pour justifier la prise de possession de TAlsace-Lorraine par l'Allemagne se réduisirent à deux : 1« L'Allemagne en reprenant ces deux provinces n'a fait que reprendre son bien volé par la France; 2» la possession de l'Alsace-Lorraine est utile à l'Allemagne.
Cette douloureuse question touche de trop prèâ au cœur de la France pour que îious ayons l'air d'accepter sans mot dire les arguments du vainqueur. Nous ne di*^ rons rien de la raison d^utillté, on voit où pourrait mener ce raisonnement trop commode, s'il pouvait passer dans le droit public. Dans la politique, c'est simplement la justification de toutes les conquêtes, de toutes les tyrannies. Transporté dans la vie civile, il substitue au régime de la loi celui de la violence. Il ramène d'un coup les sociétés à l'état sauvage, où la force prime le droit.
L'autre argument, plus spécieux, est par là môme plus dangereux. Il ne manque pas de gens , môme en France, qui trouvent assez naturel que la guerre nous enlève ce que la guerre nous avait donné, et qui au nom du principe abstrait des nationalités sont assez disposés à faire bon marché des réclamations des Alsaciens eux-mêmes, condamnés par leur origine à redevenir Allemands.
L'histoire fait justice de ces raisonnements.
À la veille de la guerre de Trente ans , l'Alsace n'ap*
LA t>AlX AVEC LA tî'RANCÉ ÛÈi
partenatt pas à rAllemagne. Celait une sorte de bien patrimonial de la maison de Hapsbourg, de cette maison d'Autriche que la Prusse vient d'exclure de l'Allemagne. Elle était entre les mains d'une branche cadette de cette famille, de la branche des archiducs d'Inspruck, représentée par deux enfants mineurs.
L'empereur Ferdinand II, vainqueur de la ligue protestante, bannit tous les protestants de ses États et prétendit réduire en vassalité les princes électeurs et les villes impériales. Ce qui faisait sa force, c'était son alliance avec l'Espagne, et pour se rassurer, par un traité conclu en 1617, il avait promis l'Alsace au roi d'Espagne.
La ligue évangélique d' Allemagne^ incapable de lutter seule, appela à son secours le roi de Suède Gustave - Adolphe. Mais celui-ci hésitait à s'engager dans une si grosse aventure. Pour le décider, les princes protestants s'adressèrent à Richelieu qui lui assura l'appui de la France. Grâce à cette alliance, les troupes impériales furent battues. La mort de Gustave-Adolphe rendit la victoire à Ferdinand qui se retrouva plus puissant que jamais et recommença aveô une nouvelle énergie l'extermination du protestantisme. Dans oette situation la ligue évangéllque implora de nouveau le secours de la France, lui promettant en compensation de lui donner r Alsace enlevée par eux à la maison de Hapsbourg. Un traité dans ce Sens fut conclu le 9 octobre 1634 et con* firme le 27 octobre 1635.
La guerre continua avec des succès divers. Ett 1639, Bernard de Saxe qui avait pris le commandement des troupes de la ligue après la mort de Gustave^Adolphe, mourut à son tour , et la situation du protestantisme allemand se trouva de nouveau fort compromise.
Pour la troisième fois il s'adressa à la France, qui consentit à intervenir plus directement dans la lutte. C'est dans cette période que s'illustrèrent Banner, Torstenson, Wrangel, Condé, Turenne. Enfin les conférences pour la paix s'ouvrirent en 1643 à Munster.
Outre les droits des archiducs Landgraves d'Alsace, l'empereur alléguait qu'il y avait dans cette province des seigneuries immédiates, qui fie relevaient pas des
Landgraves, et des villes libres qui ne relevaient que de l'empereur. Il espérait que ces seigneuries immédiates et les villes libres, toutes représentées au congrès, se joindraient à lui pour protester contre tout projet de cession à la France. Son espoir fut trompé. L'avis général fut que la France avait droit à une compensation pour les secours qu'elle avait pendant 15 ans prodigués à TAUemagne protestante contre rAutriche et la ligue catholique. Alors le plénipotentiaire impérial se décida à traiter directement avec le plénipotentiaire français. L'empereur cédait les trois évêchés (Metz, Toul et Verdun) Brisach, le Landgraviat de la haute et basse Alsace, le Sundgaw et la préfecture provinciale sur les 10 villes impériales, situées sur la rive gauche du Rhin. On convint que la France paierait aux jeunes archiducs une somme de quatre millions de francs pour les indemniser de la perte d'un bien patrimonial qui leur appartenait depuis des siècles, et ces quatre millions ont été régulièrement payés. Sur cette partie du traité, il ne peut y avoir difficulté. L'empereur, comme empereur et comme chef de famille, avait double qualité pour traiter au nom des archiducs Landgraves. Le reste était plus délicat. Pour céder les villes impériales et les seigneuries immédiates, il fallait le consentement des sénats et des seigneurs. Ceux-ci du reste n'y faisaient nulle opposition. Il n'y eut de discussion que sur la forme de cette cession. Les États Allemands auraient voulu que la France fût purement et simplement substituée à la maison de Hapsbourg dans la possession du Landgraviat Alsacien, ce qui lui aurait donné entrée dans le corps germanique. Mais le plénipotentiaire impérial s'y opposa formellement, et la France, malgré sa préférence pour la solution proposée par les États Allemands, consentit, d'accord avec tous les autres plénipotentiaires, à ce que l'Alsace fût simplement incorporée au royaume, au môme titre que les autres provinces.
Voilà l'hiètoire de la prétendue conquête de l'Alsace, arrachée à l'Allemagne par la violence de Louis XIV. Il n'y a peut-être pas dans toute la Prusse une province qui ait été aussi légitimement acquise. Les Prussiens le savent bien, car ils connaissent l'histoire, mais cela ne
les empêchera pas de crier à la violence tant qu'ils croiront y avoir intérêt.
Voilà en vertu de quel droit historique TAllemagne a imposé aux Alsaciens-Lorrains non seulement les douleurs et les humiliations d'une occupation indéfinie, mais Tobligation pour tous ceux qui voudraient rester français de quitter leur pays avant le !«' octobre 4872. Tous ceux qui à cette époque n'ont pas opté pour la France et n'y ont pas • établi leur domicile sont considérés comme Allemands et sont dès lors soumis aux lois de l'Empire. Pour hâter l'assimilation, la langue allemande est seule employée dans les actes publics et dans les rapports officiels. Les noms des villes et des villages sont germanisés, et, ce qui est plus grave, dès l'année 1872 le service militaire est rendu obligatoire pour les Alsaciens-Lorrains. Les jeunes gens, qui hier ont vu leur patrie dévastée, incendiée par les Allemands, qui ont vu périr leurs frères et leurs pères au milieu des horreurs d'une guerre qu'on ne peut comparer qu'aux invasions des barbares du v« siècle, devront demain aller prendre place au milieu de leurs ennemis, et marcher avec eux, sur un signe de leurs maîtres, à l'assaut de la France. Gomme pour leur rendre cette servitude encore plus pénible, on a décidé que le contingent alsacien-lorrain sera disséminé dans tous les régiments. Tandis que partout ailleurs l'armée prussienne est organisée par régions , que les corps en activité de service et les régiments de la réserve sont composés d'hommes habitant la même contrée, on ne veut pas que les conscrits des provinces françaises aient au moins la consolation de retrouver au dépôt leurs amis et leurs camarade d'enfance. Il faudra qu'ils s'en aillent servir au loin, isolément, au milieu d'hommes qui seront fatalement pour eux des ennemis. Aussi le nombre des Alsaciens-Lorrains qui se sont réfugiés en France est-il formidable. Sans compter les 300 COO personnes qui ont régulièrement opté pour leur ancienne patrie, une foule d'autres ont simplement quitté le pays sans se soumettre aux longues et minutieuses formalités que leur imposait l'administration allemande, effrayée de l'effet que produirait sur l'Europe cet exode de tout un peuple qu'elle prétendait « délivrer du joug
des Welched« > Metz à lui seul perdit 30000 habitants sur 48 000. Les jeunes gens surtout s'empressèrent de fuir. Dans les usines d'Hayange et deMoyeuvre» qui occupent des milliers d'ouvriers ^ TAllemagne ne trouva pas un seul soldat d'origine française. A Saint*Avold elle n*a pu découvrir que 3 conscrits, tous trois infirmes; à Sarre- Union, un seul. A Metz, oti la moyenne des inscriptions était de 350 jeunes gens, il n'y eut en 1872 que 57 inscrits, sur lesquels 51 avaient gagné M frontière. Les 6 qui se présentèrent furent tous réformés. On eut beau menacer d'énormes amendes les familles qui laisseraient partir leurs enfants, on n'arrivait par là qu'à décider les familles à partir tout entières. L'Allemagne vient d'attacher à ses flancs une Vénétie qui lui fera payer cher la joie de posséder Metz et Strasbourg.