CHAPITRE XV
On peut dire que le Concile de 4870, en volant l'infaillibililô pontificale, a signé Tarrêt de mort de la papauté. Ce nouveau dogme, par lui-même si étrange et si dangereux pour la paix publique, le devenait d'autant plus que le privilège surhumain dont il investissait la papauté se trouvait conféré à un homme dont les sentiments à regard 'des principes essentiels de la société moderne s'étaient manifestés en plus d'une occasion. Après TEncyclique du 8 décembre 1864 et le Syllabus il n'y avait plus d'illusion à se faire sur l'antagonisme profond des théories Tie l'Église en matière philosophique, politique et sociale et des doctrines qui avaient prévalu dans le monde civilisé depuis le grand mouvement intellectuel du xvi° et du xviii® siècles. C'était un retour aux traditions de Grégoire VII, avec cette aggravation qu'au lieu de s'attaquer seulement aux droits des princes, la papauté confisquait du môme coup ceux des individus, qu'elle menaçait toutes les conquêtes de la raison moderne et abolissait en quelque sorte, au profit de son omnipotence, la conscience humaine tout entière. Un grand nombre d'évêques dans toutes les parties du
monde et particulièrement en Allemagne avaient compris la portée du coup d'État qu'on méditait contre la civilisation. Dans une grande réunion tenue àFulda, ces derniers avaient d'avance protesté contre le rôle qu'on voulait leur faire jouer et avaient les premiers signalé les dangers qui résulteraient pour l'Église de l'attitude qu'elle voulait prendre en face de la société laïque. Les gouvernements s'étaient également inquiétés. Dès le 26 mai 1869, M. de Bismarck expliquait dans une dépêche à M. d'Arnim, ministre de Prusse près du Saint- Siège, qu'il n'enverrait pas au Concile de délégués spéciaux de la Prusse et de l'Allemagne, ne voulant pas se mettre dans l'obligation de se prononcer sur les décisions du Concile, soit pour les accepter soit pour les repousser. Il préférait garder son entière liberté d'action pour maintenir entre l'État et l'Église catholique les règles ordinaires, lesquelles, tout en laissant à cette dernière sa pleine liberté en matière ecclésiastique, lui interdisaient toute ingérance dans le domaine politique.
Dans une seconde dépèche, datée du 5 janvier 1870, M. de Bismarck insistait sur la nécessité, c au milieu de Tobscuritô et du chaos qui régnaient dans les mouvements conciliaires, de continuer à garder une attitude expectante et de se borner à donner à l'épiscopat d'Allemagne l'assurance de la sympathie des gouvernements allemands et au besoin pelle de leur appui, s'il en reconnaissait le besoin, la conviction du cabinet de Berlin étant que toute action sur le Concile ne devait procéder que des évèques. > Il invitait en môme temps l'ambassadeur à c faire bien comprendre aux prélats allemands que des changements trop profonds dans la constitution de TËglise catholique, comme ceux que pourraient provoquer les tendances absolutistes du Vatican, ne seraient pas sans influence sur les rapports futurs de l'Église et de l'État, et que le gouvernement serait fondé à se demander si la situation modifiée des évoques ne rendrait pas nécessaire un nouveau système de législation et d'administration à leur égard. >
Enfin dans une troisième dépêche, du 13 mars 1870, il annonçait à M. d'Arnim que le roi avait pris un vif intérêt à la lecture du document par lequel les évoques
d'Autriche et d'Allemagne avaient exposé leurs observations sur le règlement conciliaire et en demandaient la ratification pour assurer, au point de vue de TËglise catholique, le caractère œcuménique du concile : € Maintenant, continuait-il, la question est de savoir combien de temps et jusqu à quel point les évoques auront le courage de maintenir cette conviction qui est la leur, et d'y conformer logiquement leurs actes. > Il ajoutait : c Les gouvernements allemands ne peuvent que donner à répiscopat l'assurance que, s'il veut lui-même défendre ses droits et les droits de ses diocésains, ils sont derrière lui, décidés à ne tolérer aucun acte de pression... Les gouvernements ne peuvent aller que jusqu'au point où iront les évéques eux-mêmes. Si nous voulions aller plus loin, c'est-à-dire entreprendre de diriger les évoques ou simplement les encourager à certains actes, nous nous engagerions sur un terrain où la curie romaine aurait contre nous l'avantage. Pour nous, l'Église allemande est représentée par ses évêques, et nous sommes prêts à les appuyer avec vigueur aussitôt qu'ils réclameront cet appui et dans la limite où ils le réclameront. Mais, quant à l'action sur le terrain religieux proprement dit, nous devons l'abandonner à Tépiscopat lui-môme. Notre action ne peut commencer que du jour où les décisions du concile menaceraient de conduire à des conséquences en dehors du terrain religieux. Par une immixtion prématurée, nous troublerions les consciences et nous rendrions plus difûcile la situation des évêques eux-mêmes. »
C'était assez dire que le gouvernement se réservait le droit d'agir en conséquence des décisions qui seraient prises, et que, si le concile touchait d'une façon quelconque aux rapports existant entre les Églises et les États, ceux-ci aviseraient aux moyens de défendre leurs prérogatives et leur indépendance. Les gouvernements les plus catholiques, dominés par les nécessités logiques de toute société civile, avaient fait parvenir au pape des avertissements du même genre. Le pape s'était entêté à n'en pas tenir compte. Il ne faut donc pas trop s'étonner de ce qui en est résulté.
Il est vrai que d'un autre côté la papauté n'a fait
EUQ. VÉRON. 15
également qu*obéir à la logique même des doctrines de TËglise. Ce serait une profonde erreur de ne voir dans la lutte qui a commencé alors qu'un accident qui eût pu être évité. Sans doute il eût été possible de la retarder de quelques jours. Mais il vient toujours un moment oti les institutions sont fatalement poussées à leurs dernières conséquences. Quelles que soient les déviations apparentes des courants qui semblent entraîner Thumanité, ils obéissent toujours & une logique plus ou moins secrète, par cela seul que ce qu'on appelle la logique n'est autre chose que la direction qu'imposent à Tintelligence humaine les nécessités de sa constitution ellemême, plus ou moins aidée ou contrariée par les circonstances. On peut, dans la longue suite des temps historiques, marquer quelques points où les différentes races paraissent avoir pour un moment tenu dans leurs mains la libre disposition de leur avenir. Mais une fois engagé dans une voie, il faut la suivre jusqu'au bout. Ce qui était resté dans le christianisme d'éléments théocratiques suffisait pour qu'un jour ou Tautre la société chrétienne se trouvât fatalement jetée dans une lutte à mort contre la société laïque.
A une époque où les hommes, instruits par une trop longue et trop douloureuse expérience à se défier des capacités des pasteurs des peuples et des âmes, rejettent le joug et revendiquent le droit de se conduire euxmêmes d'après les lumières de leur propre intelligence, il était nécessaire â la fois que les uns, poussant à bout leur principe, exagérassent leur omnipotence jusqu'à Tabsurde, et que les autres trouvassent dans cette exagération même une nouvelle raison pour repousser des prétentions inconciliables avec la science et la liberté modernes, pour accuser plus nettement Tantagonisme inconciliable des idées sur lesquelles repose aujourd'hui la société civile avec la toute-puissance d'une institution qui représente surtout le passé et la négation du progrès.
La lutte contre l'infaillibilité datait donc de loin en Allemagne. Elle avait commencé avant môme qu'elle fût proclamée. Après sa proclamation, le 18 juillet 1870, le jour même de la déclaration de la guerre entre la France
et rAllemagne, elle s'accusa chaque jour davantage. Les évoques allemands eurent beau, le 30 août 1870, déclarer qu'ils acceptaient le dogme de rinfailiibilité, personne n'oubliait que quelques mois auparavant ils s'étaient réunis dans cette même ville de Fulda pour protester contre ce dogme qu'ils proclamaient aujourd'hui. Dès le 27 juillet, le docteur Michaelis^ professeur à TAcadémie de Braunsberg, publiait un livre contre le pape, qu'il accusait d'hérésie. Le 22 novembre, les professeurs Ballzer, Reinskens et Weber furent suspendus d'office par Tévêque de Breslau, pour avoir repoussé le nouveau dogme. Deux jours plus tard, l'archevêque de Cologne destituait pour la môme raison le curé Tangermann. Le ministère prit parti contre les évêques, qu'il accusa d'avoir outrepassé leurs droits. Il rappela que les rapports de l'Eglise catholique avec l'État étaient réglés par la bulle du 11 avril 1827, qui déterminait le nombre des évèques et confiait les élections aux chapitres sous la réserve d'un droit d'élimination laissé à lÉtat; que l'ordonnance du 30 janvier 1830, qui complétait la bulle, portait que les actes ecclésiastiques, y compris ceux du pape, ne devaient être publiés qu'avec l'agrément de l'État, qu'aucune alTaire ecclésiastique ne pouvait être portée devant des juges étrangers, que le clergé devait être formé dans les universités et les séminaires agréés par le pouvoir, qui se réservait le droit de nommer les professeurs, et que enfin un recours contre les empiétements du clergé était toujours ouvert auprès de l'autorité civile.
En conséquence, M. de Mtllher, le ministre des cultes de Prusse, déclara que si les évêques avaient le droit de censurer les doctrines qui ne leur convenaient pas, ils n'avaient pas celui de suspendre ni de destituer des fonctionnaires qui tenaient leur nomination de l'Élat. Par ces raisons il maintint dans leurs fonctions les professeurs Baltzer, Reinkens et Weber. Quelques jours plus tard, l'Université de Bonn se plaignit vivement de l'archevêque de Cologne, qui, après avoir repoussé le dogme de rinfailiibilité, prétendait l'imposer aux professeurs de la faculté de théologie. Le ministre lui répondit également que les professeurs menacés ou frappés par Tar^
chevéque, sans rassentiment de l'État, seraient maintenus dans leurs fonctions.
Cependant le clergé catholique espérait encore que le gouvernement hésiterait avant de s'engager dans une lutte définitive. Il poussa même Tillusion si loin que le comte Ledochowski, archevêque de Gnesen et de Posen, fit exprès le voyage de Versailles pour remettre au roi, le 4 novembre 1870, une pétition signée par les évêques et les chanoines de Posen et de Gulm, par laquelle on lui demandait son intervention en faveur du pouvoir temporel du pape, supprimé par l'entrée de l'armée italienne à Rome le 20 septembre précédent. On put même croire un moment que la réconciliation allait se faire. Il est certain qu'à la veille de la signature des préliminaires de paix avec la France, un accord sembla près de se conclure entre le clergé et le gouvernement. Mais cette accalmie ne fut pas de longue durée.
L'attitude des députés catholiques au Reichstag déplut à M. de Bismarck qui fit demander au cardinal Antonelli par M. de Tauffkirchen si la cour de Rome approuvait leur opposition. Le cardinal, ne voulant pas mécontenter M. de Bismarck, fit une réponse équivoque, dont celui-ci profita immédiatement pour écrire à un député, M. de Frankenberg, une lettre dans laquelle il disait que le ministre du Pape, dans son entretien avec M. de Tauffkirchen, avait formellement blâmé l'attitude du centre, et que le Pape s'associait à ce blâme. Une polémique trèsviolente s'engagea dans les journaux , et le cardinal, sommé par les catholiques de s'expliquer nettement, se vit forcé de déclarer qu'on lui prêtait des sentiments qui n'étaient pas du tout les siens.
La querelle- recommença en Prusse; elle n'avait pas cessé dans le reste de l'Allemagne. En- Saxe, le gouvernement interdit la publication de la lettre pastorale de Févêque Forwerck, qui réclamait dans un langage des plus violents la restauration du pouvoir temporel.
En Bavière, la plupart des professeurs de l'Université de Munich s'étaient, dès le 22 juillet, prononcés contre les décisions du Concile. Les actes qui dans ce royaume régissaient les rapports de l'Église et de l'État étaient le concordat de 1817, conclu entre Maximilien-Joseph
et Pie VIT, et complété par TÉdit Royal du 26 mai 1818, concernant les associations religieuses. D'après l'art. 157 du concordat, les évoques jurent fidélité au roi. Comme d'un autre côté le roi jure fidélité à la Constitution, il en résultait que les évoques sont également tenus d'obéir à la Constitution. Or il est matériellement impossible de concilier avec elle l'infaillibilité pontificale et les doctrines du Syllabus. Ainsi leSy'ZabMs, expression de la pensée du Pape infaillible, prétend subordonner l'autorité du prince au pouvoir spirituel, môme dans Tordre politique, tandis que la Constitution bavaroise ne reconnaît aucune autorité supérieure à celle du roi ; la Constitution proclame la liberté de conscience, des cultes, de la presse; le Syllabus réprouve et condamne toutes ces libertés comme des suggestions de l'enfer. La presse libérale n'avait pas de peine à démontrer que le contrat passé par l'État avec une société religieuse définie ne pouvait être valable qu'autant que cette société restait dans les conditions en vue desquelles le contrat avait été consenti; que, s'il lui plaisait de les changer, elle le pouvait à ses risques et périls, mais qu'elle ne pouvait exiger de l'État le maintien des garanties qui lui avaient été accordées avant ces modifications, et qui lui auraient certainement été refusées si ces modifications eussent été dès lors prévues. La preuve, c'est que un article de l'édit royal portait que € aucune Société nouvelle ne pourra s'établir sans autorisation du roi ni changer ses statuts. > Si Ton avait pris ces précautions à Tégard des associations religieuses particulières, à plus forte raison avait-on droit de les maintenir à l'égard de la société religieuse tout entière. En conséquence, le gouvernement Bavarois, se fondant sur le § 58 du P' ch. de la 111° section de l'édit de 4818, qui exige le placitum regium pour la publication de tout acte de l'autorité ecclésiastique, interdit la promulgation des décrets du Vatican. Les évoques de leur côté, s'appuyant sur l'art. 12 du concordat, qui garantit la libre communication entre le clergé et le peuple et la libre publication des actes ecclésiastiques, promulguèrent le nouveau dogme, malgré la défense du gouvernement, et déclarèrent au ministre par lettre
258 HISTOraE DE L'ALLEMAGNE
collective du 15 mai 1871 « qu'ils ne reconnaissaient ni ne reconnaîtraient Tobligation du placitum regium. »
Le clergé alla encore plus loin. Il exigea des fidèles qui lui demandaient le mariage une profession de foi infaillibiliste. Un prêtre, le docteur Friederick, déclara qu'il marierait sans cette profession de foi. L'imprudence du clergé ramenait l'attention sur la nécessité du mariage civil, et par suite sur la question des registres de rétat civil et de la réforme des écoles.
Cependant le gouvernement bavarois était assez embarrassé. Il ne voulait pas, en s'aliénant complètement le clergé qui avait une grande influence dans les campagnes, et qui se confondait avec le parti particulariste, se priver de son principal appui contre les envahissements de l'autocratie prussienne, et d'un autre côté il craignait, en lui faisant trop de concessions, de se mettre tout à fait à sa discrétion tout en irritant M. de Bismarck. Aussi la réponse du ministre, M. de Lutz, à l'ultimatum des évèques était-elle beaucoup plus décidée dans la forme que dans le fond. Malgré le ton menaçant qu'elle affectait, c'était en réalité un compromis.
Cet embarras se manifesta également dans une autre circonstance. Un certain nombre de catholiques de Méring demandaient Tautorisation de soustraire leurs enfants à renseignement du curé anti-infaillibiliste Rennflé* Le ministre répondit que € le curé Rennflé devait être considéré comme le catéchiste légal des écoles de Méring et que par conséquent les enfants devaient suivre son enseignement, mais que cependant, si les parents défendaient à leurs enfants de le suivre, à cause de Topposition qu'il faisait au dogme de rinfaillibilitô, il faudrait respecter la liberté de conscience garantie par la Constitution et permettre aux enfants de ne pas suivre ledit enseignement. »
A Berlin, on n^avait pas de semblables hésitations. Dès la fm de 1869, M. de Bismarck avait un moment songé à commencer la lutte. A la séance de la Chambre des députés prussiens, du 26 novembre 1873, M. Lasker a raconté que ses amis et lui s'étaient à cette époque concertés avec M. de Bismarck, et que si Ton avait ajourné les hostilités, c'est que alors l'unité de l'Aile-
magne n'était pas encore faite et qu'il eût été dangereux de compromettre la réunion du nord et du midi en semant entre eux des germes de discorde et de conflits religieux. Mieux valait attendre que TEmpire allemand fût sous un seul toit et que la voûte de l'édifice fût achevée, a Jusque-là, dit-il, il ne fallait pas que Ton vînt nous désunir. »
Les occasions de conflit ne pouvaient pas manquer dans un pays où les écoles tant primaires que secondaires sont encore confessionnelles, où renseignement religieux est obligatoire, où Tétat civil et la conclusion des mariages sont entre les mains des prêtres, qui ont môme le droit de refuser la bénédiction nuptiale.
La première qui se présenta fut fournie par l'évoque d'Ermland. Le 5 juillet 1871 il excommunia le docteur WoUmann, professeur d'instruction religieuse au Gymnase catholique de Braunsberg, et lui retira la permission d'enseigner. Le Gouvernement maintint à son poste le professeur WoUmann et envoya à Tévêque une lettre délibérée en conseil des ministres, rappelant que le droit de nommer ou de destituer les fonctionnaires n'appartenait qu'à FÉlat; que M. WoUmann, nommé avec l'assentiment de l'Église, continuerait à enseigner ce qu'il enseignait avant le 18 juillet 1870; que l'État n'avait aucune raison de le forcer à enseigner autre chose; que ce n'était pas la faute de l'État , non plus que de M. WoUmann, si l'Église avait cru devoir modifier ses doctrines et excommunier ceux qui ne voudraient pas la suivre dans ses changements ; que, quant aux élèves catholiques, ils devaient continuer à suivre le cours de M. WoUmann, l'enseignement reUgieux étant obligatoire dans les écoles de Prusse ; que du reste si cet enseignement blessait leur conscience, ils étaient libres de ne pas suivre les cours du gymnase. >
Cette décision donna lieu entre le ministre et Tévèque à un échange de lettres et de publications, qui ne contribuèrent qu'à irriter les esprits.
L'évoque ne se tint pas pour battu. Il adressa aux cathoUques un mandement où U protestait violemment contre ce qu'il appelait une violation de la liberté religieuse. Puis il envoya aux curés l'ordre de lire en chaire,
au milieu du service divin, le texte de rexcommunication lancée contre le docteur WoUmann. A Braunsberg môme, on choisit pour cette lecture la cérémonie de la première communion. Pendant ce temps le prêtre excommunié officiait dans la chapelle du Gymnase.
Cinquante élèves sur cinq cents quittèrent cet établissement; les autres continuèrent à recevoir les leçons de l'abbé Wollmann.
Quelques jours après, le 21 juillet 4871, le Journal Officiel publia un décret impérial, signé par tous les ministres, qui réunissait en une seule direction pour toutes les confessions les deux sections qui, depuis 1841, administraient séparément, au ministère des Cultes, les affaires de l'Église évangélique et de TËgllse catholique.
C'était un moyen de supprimer d'avance les oppositions qu'on pouvait craindre dans les bureaux mêmes aux mesures qu'on méditait.
A ce même moment, le prêtre Eaminski, de Kattowits, était excommunié par le prinçe-évêque de Breslau, pour son opposition à Tinfaillibilité. Le Gouvernement s'empressa de mettre une église à la disposition du prêtre excommunié, pour le service des vieux catholiques.
On put croire un moment, pendant les mois d'août et de septembre 1871, que la querelle allait s'assoupir. En réalité, M. de Bismarck négociait avec l'Autriche et la Bavière pour mener d'ensemble la campagne contre les infaillibilistes.
Du reste l'illusion ne fut pas de longue durée. Le 18 octobre 1871, les évêques envoyèrent au roi de Prusse une adresse pour se plaindre de l'attitude du Gouvernement à l'égard de TÉglise catholique. Guillaume se contenta de leur répondre que « les conflits pendants recevraient leur solution légale et qu'il serait fait justice à tout sujet prussien. > Puis, comme si le clergé avait hâte de voir recommencer les hostilités, les évêques de l'empire publièrent une protestation collective en faveur des Jésuites, dont ils prenaient hautement le parti contre l'opinion publique. Pour mieux la braver, au Reichstag^ les catholiques avaient fait une opposition passionnée à la proposition Lasker, relative à l'extension de la com-
pétence civile du gouvernement fédéraL Elle fut votée malgré eux, le 15 novembre 1871, mais leur résistance fournit contre eux une nouvelle arme à leurs ennemis.
Huit jours après, le Reichstag discutait, en première lecture, la proposition, faite par le gouvernement bavarois, d'ajouter au code pénal un article additionnel, relatif aux abus de la chaire. Le ministre Lutz prononça un grand discours où il se plaignait vivement de l'hostilité croissante de TÉglise catholique contre le pouvoir civil. M. de Bismarck appuya le ministre bavarois et pressa l'assemblée de donner aux gouvernements le moyen de faire face au danger. La discussion fut poussée vivement et le 28 novembre, le Parlement vota en troisième lecture, par 178 voix contre 108, un article ainsi conçu : « Tout ecclésiastique et tout ministre de la religion qui, dans Texercice ou à propos de Texercice de ses fonctions, aura publiquement, soit devant une assemblée quelconque, soit dans une église^ soit dans un lieu servant à des réunions religieuses, fait une communication ou présenté des développements ayant pour objet les affaires de rËtat et mettant en péril la paix publique, sera puni d'un emprisonnement qui pourra s'élever à deux ans ou condamné pour le môme temps à la réclusion dans une forteresse. »
Au commencement de 1872, une nouvelle loi fut proposée à la Chambre des députés de Berlin, relativement à rinspection des écoles. Jusque-là, dans les communes, l'inspection des écoles était de droit confiée aux ministres du culte, comme présidents du conseil des pères de famille. La nouvelle loi proposait d'en faire l'objet d'une délégation directe et toujours révocable du pouvoir poli tique, même dans les écoles dont la fondation serait due, non au Gouvernement, mais à l'initiative privée. La question était très-grave. On maintenait aux écoles leur caractère confessionnel, mais on les subordonnait de fait au pouvoir central. On introduisait de force dans l'enseignement cette centralisation napoléonienne, dont les effets ont été si funestes en France au développement des <;sprils. M. de Bismarck veut, à Taide de cette loi, couler dans un moule unique tous les esprits. Après avoir fait l'unité politique et territoriale de l'Allemagne, il
veut lui imposer Tunité religieuse et intellectuelle. Il ne Ta, du reste, nullement dissimulé.
Voici les paroles qu'il a prononcées à la Chambre des seigneurs, dans la discussion relative à cette loi : c La paix commença d'être troublée après la guerre d'Autriche , lorsque la puissance qui était en Allemagne le boulevard de l'influence romaine eût succombé en 1866, et que l'avenir d'un empire èvangélique se dessina clairement à Ihorizon de TAUemagne. On perdit toute tranquillité lorsque la seconde grande puissance catholique en Europe eut suivi le chemin de la précédente, et que l'Allemagne fut devenue la première puissance militaire
pour le moment, et, si Dieu le veut, pour longtemps
Si je dois dire toute ma pensée, j'avouerai que je n'ai pas un instant de doute que la revanche désirée en France ne doive être préparée par des complications religieuses en Allemagne. On veut paralyser Tunité allemande. Une partie influente du clergé catholique, dirigée de Rome môme, sert la politique française, parce qu'à elle se lient les essais de restauration dans les États de l'Église. C'est ainsi qu'on espère se fortifier, tandis que, en Allemagne, le clergé, recevant le mot d'ordre de Paris, de Rome, de Genève, de Bruxelles, fomentera les complications ecclésiastiques. Il ne faut se faire aucune illusion là-dessus. En même temps que la revanche contre l'Allemagne, on prépare un coup contre l'Italie. On espère que les discordes religieuses paralyseront TAllemagne, et tandis que, dans ce pays, le clergé fait sourdement son œuvre, il lève ouvertement la bannière française en Italie et s'efforce de ramener le pays sous l'autorité du pape, ou plutôt sous l'autorité française représentée par le pape. »
Au fond, telle est bien la pensée de tous les protestants fervents qui voulaient faire de la guerre contre la France une guerre sainte et qui rêvent aujourd'hui d'achever l'œuvre entreprise par Luther. Le point de vue purement religieux touche certainement beaucoup moins M. de Bismarck, mais il a naturellement horreur de tout ce qui lui résiste, et, pour se venger de l'opposition que lui ont toujours faite les catholiques, il s'est emparé avec bonheur du prétexte que lui ont fourni les exagérations
et les imprudences de la papauté. En dehors de cela, il est peu probable qu'il tienne, ni môme qu'il croie beaucoup à la fantasmagorie de <ic TEmpire évangélique » et la preuve, c'est la protection qu'il accorde aux vieux catholiques, mais cette étiquette flatte la vanité du vieux Guillaume, qui se voit déjà pape des protestants, comme son voisin le Gzar est pape de l'Église orthodoxe de Russie. Peut-être sans cette perspective eût-il été plus difficile de Tentraîner dans la croisade entreprise contre Tultramontanisme. Quant aux vieux catholiques, on espère les amener à accepter une sorte de religion d'État dont rinstitution compléterait l'omnipotence impériale^ et qui serait le vrai couronnement du césarisme.
Quel que soit le mobile qui fait agir M. de Bismarck, il est certain qu'il peut compter sur l'appui de la grande majorité des écrivains allemands. Pendant que les journaux catholiques le représentent comme Tantechrist armé pour la destruction de la vérité, les autres, presque sans exception, le célèbrent comme le vrai défenseur de la civilisation. Quelques-uns, toutefois, en petit nombre, remarquent avec une certaine inquiétude que ces lois, qu'on dit uniquement destinées à réprimer le zèle intempérant des évoques catholiques, pourraient aussi bien se retourner contre l'Église évangélique ellemême. Rien ne leur prouve qu'une fois muni de ces formidables instruments de domination, le pouvoir résistera toujours à la tentation de s'en servir contre ceux qu'il considère aujourd'hui comme ses alliés contre ce que Montalembert appelait € l'idole du Vatican, n L'histoire nous montre plus d'un revirement semblable. Quelque juste qu'il puisse paraître de retourner contre Tintolérance catholique les doctrines et les procédés qu'elle n'a jamais manqué de pratiquer elle-même à l'égard de ses adversaires, toutes les fois qu'elle en a eu le pouvoir, ils trouvent, non sans raison, qu'il peut être dangereux de se laisser' ainsi dépouiller de toutes garanties contre les entraînements du despotisme. Les plus intelligents commencent à comprendre que la vraie solution libérale de toutes les difficultés présentes serait la séparation complète des Églises et de l'État, telle que la voulait Gavour : < l'Église libre dans l'État libre. y> Il
est bien probable, en effet, que c'est là qu'il en faudra venir à la fin, mais pour le moment il est très-certain que le gouvernement prussien est loin d'y songer. L'Église évangélique n*y songera pas davantage, jusqu'au jour où elle s'apercevra que, dans sa haine aveugle contre l'Église rivale, elle a elle-même contribué à supprimer les barrières qui pouvaient la défendre des empiétements du césarisme.
Au mois de juin 1872, la discussion s'engagea au Reichstag à propos des jésuites. Le texte de la loi proposée se composait de ces deux articles : i^ Les membres de la société de Jésus ou des ordres qui lui sont affiliés peuvent être exclus du territoire par simple mesure de police, même quand ils possèdent Tindigénat allemand; 2o la société de Jésus et les congrégations qui sont en rapport avec elle sont bannies de l'Empire allemand.
Il y avait longtemps que M. de Bismarck méditait ce coup. Il avait dit plusieurs mois auparavant qu'il était décidé à combattre l'Internationale noire aussi bien que l'Internationale rouge. Cette parole avait eu un grand retentissement, et il est assez probable qu'elle a dû être pour quelque chose dans le mouvement de pétitions contre les jésuites, qui servit de prétexte à la présentation de la loi qui les bannissait de Tempire. Le Reichstag ne crut pas devoir refuser satisfaction aux pétitionnaires; la loi fut votée le 19 juin par 181 voix contre 93, et promulguée le 5 juillet comme loi de l'empire. Le ministère prussien s'empressa de l'appliquer et même de l'outrepasser, car dès le 4 juillet, un arrêté du ministre des cultes exclut de l'enseignement élémentaire toutes les associations religieuses.
La Société des catholiques allemands de Mayence protesta vivement contre la loi sur les jésuites et accusa toute la politique religieuse de l'empire. L'exécution de la loi donna même lieu à des désordres assez graves, à Mayence, à Essen et dans plusieurs autres localités. On les réprima rigoureusement, et M. de Bismarck continua son œuvre. Le dissentiment entre le gouvernement et la population catholique devenait de plus en
plus profond. Il alla bientôt jusqu'à supprimer môme les simples rapports de déférence officielle.
I^e 12 septembre 1872, il prit fantaisie à l'empereur Guillaume de se rendre à Marienbourg pour célébrer le centième anniversaire de la prise de possession de cette terre slave, par son prédécesseur Frédéric IL Là, les descendants des conquérants célébrèrent à grands cris le bonheur que devaient éprouver les Slaves d'être réunis à la puissante, à la noble nation allemande. Mais révoque d'Ermland se tint à l'écart de cette cérémonie patriotique et impériale, et aux lettres officielles qui lui demandaient compte de ce manquement à ses devoirs, il répondit officiellement en expliquant qu'il n'avait pas cru que l'empereur, non plus que M. de Bismarck, pussent beaucoup tenir à la présence d'un de ces évoques qu'ils poursuivaient si impitoyablement. Le châtiment suivit de près la faute. À peine de retour à Berlin, Tempereur et son ministre, se faisant justice eux-mêmes, se vengèrent de révoque en le privant jusqu'à nouvel ordre de son traitement, et lui firent savoir que « cette mesure avait été prise à cause de la divergence de ses opinions sur ses devoirs envers l'État et les principes fondamentaux du gouvernement de la Prusse. » C'était un premier avertissement. On voulait bien le laisser en fonctions. L'évêque se contenta de protester contre un châtiment qui frappait c une divergence d'opinion. »
On aurait pu croire que le gouvernement se trouverait désormais suffisamment armé. C'eût été une erreur. Le caractère propre de M. de Bismarck, et c'est là ce qui fait sa supériorité et sa force, c'est de pousser toujours jusqu'au fond, de ne rien laisser en suspens et inachevé. Les gens qui affectent de trembler pour l'avenir de l'Allemagne, compromis par son imprudence, se ,font de singulières illusions. Ils s'imaginent voir recommencer toute la série des échecs de Tancien Empire allemand dans sa lutte contre la papauté. Ils oublient que les papes étaient alors doublement puissants au spirituel et au temporel, tandis qu'aujourd'hui ils ont perdu ces deux puissances, la spirituelle plus encore peut-être que l'autre, depuis qu'ils se sont mis en lutte ouverte et déclarée contre le mouvement naturel et nécessaire
de la civilisation tout entière, et qu'ils ont prétendu opposer à tout Tensembie du développement intellectuel de l'humanité, Tignorance et Tentôteaient d'un «lalheureux vieillard qui se croit devenu Dieu. Non, ce n^est pas pour M. de Bismarck qu'il faut trembler. Tout, au contraire, conspire pour lui, et surtout les folies et le fanatisme sénile de ses adversaires. Le vrai danger pour r Allemagne, c'est que, sous prétexte de protéger la civilisation et le progrès contre des doctrines dont le caractère propre et essentiel est de les nier, il ne veuille confisquer du môme coup les droits mêmes de la liberté intellectuelle qu'il prétend défendre.
Les faits qui se sont produits dans ces deux dernières années ne laissent guère de doute à cet égard. Il est clair que le gouvernement impérial est décidé à ne s'arrêter que quand il n'aura laissé debout aucune possi* bilité de résistance, c'est-à-dire aucune liberté, et qu'il aura établi son omnipotence absolue, non-seulement contre les partisans de l'infaillibilité pontificale, mais contre toutes les manifestations religieuses qui pourraient lui déplaire, de quelque côté qu'elles se produisent.
Le discours du trône prononcé le 12 novembre 1872 à l'ouverture des Chambres prussiennes leur annonçait qu'elles auraient à discuter des projets de loi < destinés à définir nettement dans tous les cas les rapports de l'État avec les sociétés religieuses. »
Quelques jours après, MM. Reichensperger et Mallinkrodt, au nom des catholiques, déposèrent une série de propositions, demandant : l** que l'abbé WoUmann, excommunié par son évêque, fût destitué de ses fonctions de professeur d'instruction religieuse au gymnase de Braunsberg ; 2° que les enfants des parents qui le demanderaient fussent dispensés de suivre ses cours ; 3« que la Chambre déclarât contraire à la Constitution l'arrêté ministériel de M. Falk, qui bannissait de l'enseignement primaire les membres des ordres religieux. La première et la troisième de ces propositions furent écartées par Tordre du jour. Pour la seconde, un arrêté ministériel donna à peu près satisfaction aux catholiques.
L'allocution de Pie IX aux cardinaux, le jour de Noël
1872, fournit au gouvernement une excellente occasion de reprendre énergiquement les hostilités et prépara admirablement les esprits à approuver toutes les mesures de rigueur contre les catholiques. On sait que Pie IX, toujours plein de véhémence et de colère, ne peut se consoler de n'être plus que le représentant de Dieu sur la terre. Il se dédommage de la perte de ses États en déversant quotidiennement des flots d'injures contre Vunivers entier, sans s'apercevoir que cette liberté de langage est la meilleure preuve de la longanimité de ce gouvernement italien qu'il accuse de le tenir dans les fers. Le jour de Noël 1872, c'était le tour de la Prusse. Le sujet inspira au pape une des malédictions les mieux réussies qu'il ait jamais rencontrées. Il ne pouvait rendre de meilleur service à ses ennemis. On commença par donner ordre au chargé d'affaires d'Allemagne auprès du Saint-Siège, de revenir aussitôt à Berlin. On poursuivit rigoureusement les feuilles catholiques qui reproduisirent l'allocution pontificale, ce qui était une faute, rien n'étant plus propre que ces emportements de paroles à faire passer aux yeux de la foule pour de justes représailles les mesures les plus violentes. Mais c'est une des fatalités du pouvoir de ne savoir jamais résister à la tentation de faire de la compression, môme contre ses véritables intérêts.
Le 11 janvier, deux semaines après le discours du pape, M. de Roon et M. Falk déposèrent à la Chambre des députés de Berlin le texte des fameuses lois religieuses, aujourd'hui connues sous le nom de lois de mai.
La première de ces lois Hxait les limites dans lesquelles devrait s'exercer le droit de discipline et de censure ecclésiastiques. Il était interdit à tout ministre du culte de prononcer aucune peine ecclésiastique portant atteinte à l'honneur civil ou pour une action commandée par l'État. Toute excommunication publique, toute promulgation d'une peine ecclésiastique était défendue et l'excommunication majeure était absolument interdite. L'infraction à cette loi entraînait une amende de 100 à 1000 Ihalers, l'incapacité de remplir des emplois publics et la destitution temporaire de 1 à 5 ans.
La seconde réglait les formalités à remplir pour sortir
d'une confession religieuse. La personne intéressée devait faire sa déclaration devant le ministre du culte, qui était tenu de lui délivrer un certificat contre une taxe de 1 fr. 25 c. Quiconque cessait de faire partie d'une con« fession religieuse était par là même exempté de toutes les taxes ecclésiastiques dont le produit est affecté à cette confession. La 3® loi, sur l'éducation des clercs et la nomination aux postes ecclésiastiques, était de beaucoup la plus importante. D'après cette loi un poste ecclésiastique ne peut être donné qu'à un Allemand ayant reçu rinstruction prescrite par la loi et dont la nomination est agréée par le gouvernement. Tout candidat à la prêtrise doit avoir reçu une instruction classique complète, telle qu'elle se donne dans les gymnases, avoir suivi pendant trois ans les cours d'une université allemande et enfin avoir subi un examen scientifique devant les juges désignés par l'État. Outre l'examen spécial portant sur la théologie, ils doivent justifier d'une instruction générale suffisante, en particulier pour ce qui regarde l'a philosophie, l'histoire, la littérature allemande et les langues classiques. Tous les petits et les grands séminaires sont placés sous la surveillance de l'État ; la création de nouveaux petits séminaires est interdite à l'avenir et aucun élève nouveau ne doit être admis dans ceux qui existent. Il est interdit aux évoques de procéder à aucune nomination à une fonction ecclésiastique quelconque sans avoir prévenu le président supérieur de la paroisse, lequel est un fonctionnaire civil, et avoir fait agréer par lui les prêtres qu'ils veulent nommer. Toute infraction à cette loi est punie d'une amende de 200 à lOOO thalers, ou d'un emprisonnement proportionné à l'amende, dans le cas où le condamné ne peut ou ne veut payer.
La ¥ loi crée une nouvelle Cour composée de il membres dont 6 sont des magistrats, pour juger en matières ecclésiastiques. Une de ses attributions consistera à prévenir l'usage abusif du pouvoir disciplinaire de la part des évêques. Ce pouvoir ne pourra être exercé que par des Allemands. — Ce qui supprime la juridiction du pape sur le clergé allemand. — Tout prêtre frappé d'une peine disciplinaire peut en appeler au nouveau tribunal et faire
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réformer ou annuler la sentence qui Ta condamné. Enfin cette Cour peut prononcer la destitution d'un évéque ou d'un prêtre, à la suite de violations répétées des lois religieuses.
Avant même que ces lois vinssent en discussion, l'évêque de Paderborn, M. Conrad Martin, écrivit à M. de Roon pour lui déclarer que son serment et ses devoirs épiscopaux ne lui permettraient pas de se soumettre à ces lois si elles étaient votées. Le grand consistoire évangélique lui-même exprima les inquiétudes qu'elles lui inspiraient. On le rassura en lui faisant savoir confidentiellement que ces lois ne regardaient que l'Église catholique.
Le 30 janvier 4873 les évoques remirent au ministre une protestation collective, où il était dit que les lois projetées niaient tous les droits naturels et acquis de l'Église catholique, qu^elles portaient atteinte à la liberté de conscience et violaient la Constitution prussienne.
Cette violation était manifeste. L'article 15 de la Constitution portait: c L'Église évangélique et l'Église catholique romaine, ainsi que toute autre société religieuse, administrent et règlent leurs affaires en pleine liberté. » On se contenta de modifier cet article par cette addition : a Mais elles restent soumises aux lois et à la surveillance légalement définie de l'État. Sous la même réserve, chaque société religieuse conserve la possession et la jouissance des établissements, fonds et fondations destinés au culte, à l'enseignement et aux œuvres de bienfaisance. >
L'article 18 de la môme Constitution était ainsi rédigé : «Le droit de nomination, de proposition, d'élection et de confirmation aux postes ecclésiastiques est supprimé en tant qu'il n'appartient pas à l'État ou ne repose pas sur le patronage ou un titre légal particulier. » On y ajouta : a Cette disposition ne s'applique pas à la nomination des ecclésiastiques dans l'armée ou dans les établissements publics. En outre la loi règle les attributions de l'État relativement à l'éducation préparatoire, à la nomination et à la destitution des ministres du culte et elle fixe les limites du pouvoir disciplinaire ecclésiastique. »
Gomme on voit, l'exception emportait la règle. On avait conservé le texte des deux articles, en se bornant à ajouter à chacun d'eux quelques lignes qui étaient exactement en contradiction avec les précédentes. Après avoir ainsi mis leur conscience en repos, par 245 voix contre 10 et 93 contre 63, les Chambres prussiennes reprirent leur besogne , sans autre retard que l'intervalle des 21 jours exigés entre chacune des trois lectures pour la discussion des lois qui touchent à la Constitution.
Le 21 janvier 1873 les quatre projets furent renvoyés à une commission de 21 membres. Le 6 février, le président de TAssemblée recevait en même temps que le roi, une adresse collective de Tépiscopat prussien, conçue en termes plus modérés que les protestations précédentes, mais qui n^eurent pas plus de succès.
Au fond, il n'y avait pas à se le dissimuler^ c'était une guerre à mort. Le 11 mars M. de Roon avec une franchise toute militaire disait en pleine Chambre : c Ce qui a provoqué cette lutte, le voulez-vous savoir? C'est tout simplement la prétention d'un homme à rinfaillibilité. » M. Falk de son côté déclarait que « la situation politique religieuse avait cessé d'être tenable. > Le professeur Friedberg, de l'université de Leipzig, qui passait pour le conseiller et l'inspirateur du ministre des cultes, écrivait ces paroles qui expliquent la politique du gouvernement : « Si une société religieuse essayait aujourd'hui de se fonder sur la base des principes proclamés dans le concile du Vatican, ce serait indubitablement le devoir de l'État de l'étouffer, de l'anéantir, de l'écraser par la force. »
Ces quatre lois furent votées à des majorités de plus de cent voix, dans le courant du mois de mars 1873. Le 4 avril elles arrivaient à la Chambre haute, qui les adoptait le 1®' mai; d'où leur vient leur nom.
Cet arsenal a été complété par de nouvelles lois qui ont été votées par le Reichstag dans la première session de l'année 1874. La première concerne les ecclésiastiques révoqués et ceux qui fonctionnent sans autorisation légale.
En voici le texte tel qu'il fut présenté par le gouvernement au commencement du mois de mars :
Art. 1. Les ecclésiastiques qui ont été révoqués eh vertu d'un jugement régulier, peuvent être privés de leurs droits de nationalité par une décision de Tautorité centrale de leur pays respectif. Aussi longtemps que cette décision n'a pas été prise, la police de leur pays peut leur interdire le séjour en certains lieux ou districts, ou leur assigner une résidence ftxe.
Art. 2. Ce qui est prescrit en l'article 1" sur la perte des droits de nationalité, et sur la détermination de séjour s'applique également aux ministres du culte qui auraient rempli des fonctions ecclésiastiques, après avoir été punis en vertu d une loi de TEtat, pour s'être chargés d'un emploi contrairement aux lois. La police peut, dès l'ouverture de l'information judiciaire, interdire à l'inculpé certains lieux, ou lui assigner un séjour forcé.
Art. 3. Les ecclésiastiques, qui auront été déclarés privés de leur nationalité en vertu de celte loi, ne pourront, sans une autorisation du Conseil fédéral, -obtenir des lettres de nationalité dans un autre pays de l'empire. , .
De môme, sans cette autorisation, ils ne pourront être
admis à séjourner en aucun autre pays de l'empire, s'ils ont été expulsés de leur pays natal.
Sur la proposition du comité de Justice, le Conseil fédéral ajouta à la rédaction première que < l'internement et éventuellement la perte de la nationalité et l'expulsion hors du territoire fédéral pourront être infligés, en vertu d'une décision de l'autorité centrale du pays oîi la peine a été prononcée, aux ecclésiastiques qui n'auront pas donné suite à une décision judiciaire les relevant de leurs fonctions. »
Cette loi fut adoptée en troisième lecture le 25 avril par 214 voix contre 108.
Ce serait mal connaître M. de Bismarck que de s'imaginer que ces lois fussent destinées à rester entre ses mains à l'état de simples épouvantails. Il conduit sa guerre contre l'ultramontanisme comme M. de MoUke a conduit la campagne de France, profitant de tous ses avantages, et bien décidé à ne s'arrêter que quand il aura brisé toutes les résistances. Environ quatre cents prêtres, évoques et archevêques ont été déjà frappés, et
il n'est pas douteux que d'autres le seront encore. La lettre imprudente que le pape écrivit à TEmpereur au mois d'août 1873, et où il Taccusait directement de travailler à ranéantissement de l'Église catholique, ne pouvait que l'irriter, et par conséquent le livrer de plus en plus à l'influence de M, de Bismarck. C'était un argument de plus qu'il fournissait à l'ennemi des catholiques. Gomment douter de l'hostilité d'un clergé dont le chef s'exprimait avec cette violence? L'empereur répondit au commencement de septembre en déclarant qu'il poursuivrait et continuerait à poursuivre les ennemis de l'empire, les hommes qui refusaient de se soumettre aux lois, qu'ils fussent prêtres ou laïques ; que l'Église catholique ne devait s'en prendre qu'à elle-même si un grand nombre de ses membres se trouvaient compris dans cette catégorie et que si le pape voulait vraiment la paix, il n'avait qu'à engager les prêtres et les évêques à la mériter par leur soumission aux lois.
La lettre du pape et la réponse de Guillaume furent reproduites et distribuées à des milliers d'exemplaires avec des vignettes explicatives, des dessins allégoriques et des variantes de la déclaration faite un jour par M. de Bismarck : c Nous n'irons pas à Ganossa. >
Gette tactique réussit parmi les populations protestantes dont elle enflamma le fanatisme. On peut dire que les élections générales qui eurent lieu quelques jours après se firent pour ou contre le pape, pour ou contre l'empereur. Par la faute du pape, Guillaume se trouvait personnellement engagé dans la lutte. Une nouvelle occasion se présenta bientôt pour lui d'affirmer hautement ses sentiments. Lord Russel lui avait envoyé une adresse de félicitations votée à Londres dans un grand meeting. L'empereur lui répondit qu'il c pousserait jusqu'au bout la lutte entreprise contre une puissance dont l'autorité s'est montrée partout et toujours incompatible avec la c liberté > des peuples, i
La glace était désormais rompue complètement. Les réticences dont M, de Bismarck lui-môme avait jusqu'alors enveloppé les mesures les plus manifestement dirigées contre l'Église ultramontaine , contre ceux qu'il appelle les dissidents, n'avaient plus de raisons d'être.
Par suite de la condamnation et de la destitution des titulaires, les sièges épiscopaux de Fulda et de Posen se trouvèrent vacants. Il fallut pourvoir par une nouvelle loi à leur administration.
Jusqu^alors TElat avait reconnu, en cas de vacance, le vicaire élu par le Chapitre pour l'administration des droits ecclésiastiques et Téconome chargé de la gestion de la fortune mobilière et immobilière du diocèse. Mais la curie romaine, dans ces dernières années, n'avait tenu aucun compte, pour la nomination des évoques ou des vicaires, des droits de l'État fondés sur les traités et les concordats.
Des faits de cette nature s'étaient produits à Cologne, puis à Fribourg en Brisgau et ailleurs encore. Une autre difficulté consistait en ce qu'aucune loi n'obligeait les vicaires des Chapitres à prêter serment au souverain laïque. L'État n'avait donc aucune garantie Qt la destitution des évêques devenait illusoire. C'est pour obvier à ces difficultés qu'on présenta une loi nouvelle. Aux termes de cette loi, quiconque veut administrer un diocèse vacant doit soumettre au président supérieur de la province ses titres légaux, sa capacité, conformément à la loi du il mai 1873, et il doit se déclarer prêt à jurer € d'être fidèle et obéissant au roi et de se soumettre aux lois de TÉtat. o La violation de ce serment entraine un emprisonnement de six mois à deux ans.
Quiconque se fait autoriser par une personne non compétente et exerce des fonctions ecclésiastiques, est puni d'une amende de 100 thalers ou d'un emprisonnement, pour des fonctions ordinaires, et de la peine d'un emprisonnement de six mois à deux ans pour des fonctions épiscopales.
Il importe peu que le diocèse soit devenu vacant d'une manière normale ou par la destitution judiciaire de l'évêque.
Lorsqu'un diocèse est devenu vacant et qu'une personne non compétente, tel que le vicaire général d'un évoque destitué, se trouve en fonctions et que lélection légale d'un évoque ou vicaire n'a pas été annoncée dans les dix jours au président supérieur, ou que le serment voulu n'a pas été prêté devant qui de droit dans une
quinzaine ultérieure, le ministre des cultes nomme un commissaire qui administre toute la fortune du siège épiscopal. Les comptes sont revisés par la cour des comptes. L'administrateur, au point de vue juridique, a la qualité d'un séquestre.
L'administration se fait également par un commis* saire, si le Chapitre a tardé pendant un an à pourvoir à l'élection d'un nouvel évèque. Le projet de loi avait autorisé le gouvernement à retenir les émoluments des membres des Chapitres, aussi longtemps qu'ils n'auraient pas obéi aux prescriptions de la loi. Mais cette disposition a été edacée par la Chambre, avec le consentement du gouvernement.
Pendant la durée de l'administration du commissaire, le patron, qui en a le droit, peut nommer le fonctionnaire ecclésiastique ou curé, conformément à la loi du 11 mai 1873. ou pourvoir au remplacement du titulaire. S'il n'a pas pourvu à ce remplacement pendant deux mois, ou s'il n'a pas fait une nouvelle nomination dans le courant de Tannée, le droit de procéder au remplacement ou à la nouvelle nomination passe à la commune. Sur la proposition de dix membres mâles et majeurs, le commissaire d'arrondissement ou landrath convoque tous les membres de la commune mâles majeurs et jouissant de leurs droits civils. Ils décident à la majorité des voix. Si le président supérieur n'élève pas d'objections contre l'élu de la commune, celui-ci a les droits d'un curé ou serviteur de l'église légalement élu.
Nous n'entrerons pas dans le détail des luttes, des emprisonnements et des destitutions de prêtres et d'évôques, qui ont précédé ou suivi ces lois, particulièrement en Prusse et en Bavière. Cependant il s'est produit à Munich dans les premiers jours de juin 1874, un fait assez étrange et qui a eu trop de retentissement pour être complètement laissé de côté.
En vertu de la loi contre les jésuites, l'établissement de Ratisbonne a été supprimé. Dans cet établissement se trouvait un jésuite bavarois , le comte de Fugger. Celui-ci refusa d'obéir à la loi d'expulsion, et invoqua la convention du 23 décembre 1870, par laquelle il est stipulé que la Bavière, en faisant accession à l'empire.
conserve cependant le privilège < d'avoir sa législation propre pour^tout ce qui regarde le droit de résidence et de domicile. » Il en concluait avec une certaine apparence de raison qu'il était interdit aux autorités de l'empire de prononcer Texpulsion ou Tinternement d'un sujet bavarois. Il est vrai que cette prétention mettait dans un grand embarras le gouvernement bavarois qui ne se souciait nullement d^un conflit avec Berlin. La question, successivement portée devant le Reichsrath qui, par prudence, Ta tranchée contre le comte de Fugger, et devant la Chambre des députés de Munich qui a admis sa réclamation à une voix de majorité — 77 contre 76, — est en ce moment soumise à la décision de la Chambre haute. Il peut y avoir là Torigine d^un conflit. Il est probable que le gouvernement bavarois trouvera moyen de réviter en faisant comprendre aux membres de la Chambre haute que M. de Bismarck n'est pas homme à s'arrêter devant leur opposition et qu'il pourrait en résulter plus d'un désagrément pour la Bavière ^ Mais alors que deviennent les droits qu'elle s'est réservés en s'unissant à la Prusse? Il y a là un beau sujet de méditations pour les bonnes âmes qui se sont imaginé qu'après l'union de toute l'Allemagne il ne resterait plus rien à désirer et que l'hégémonie de la Prusse assurerait le règne de la liberté. Quant à M. de Bismarck, on peut être sûr que ce cas ne manquera pas de lui suggérer d'utiles réflexions, sur la nécessité de prévenir désormais toute chance de conflit de cette nature, et qu'une fois son attention appelée sur ce point, il saura trouver le remède au mal.
Ce qu'il importe de considérer, c'est le progrès que fait dans l'Allemagne et particulièrement dans la Bavière Torganisation des vieux catholiques. Si les vieux catholiques n*existaient pas, M. de Bismarck les eût inventéS; car, il ne faut pas s y tromper, c'est leur existence qui fait une de ses principales forces dans sa guerre à i'ultramontanisme. Sans eux, cette lutte eût été en quelque sorte purement négative et destructrice.
1. En effet, la Chambre haute vient de se prononcer contre le jésuite Fugger*
Grâce à eux, elle a ou du moins parait avoir un but positif et en tout cas un prétexte plausible. Du moment que les nouveaux catholiques, qui datent du concile de 1870, se sont cru le droit de persécuter et d'excommunier ceux de leurs anciens corréligionnaires qui voulaient rester fidèles à TËglise établie et refusaient de suivre les révolutionnaires du Vatican dans leur croisade contre toutes les institutions et le bon sens modernes, l'État se trouvait du môme coup autorisé à prendre la défense de TÉglise reconnue par lui contre les prétentions autocratiques des novateurs. C'est là le fait qui se dégage logiquement de la situation qu'a faite à une fraction de l'Église catholique le coup d'État du 18 juillet 1870. L'opposition qui s'est manifestée en Suisse, en Autriche, en Prusse, et surtout en Bavière, d'abord individuellement, tend chaque jour davantage à prendre un caractère collectif. Il n'est pas douteux que d'ici à quelques années, sur un certain nombre de points, des groupes nombreux se détacheront successivement du centre romain, pour former des collectivités indépendantes,' qui se trouveront fatalement entraînées à opérer dans la doctrine et dans les pratiques religieuses des réformes plus ou moins considérables.
La première manifestation eut lieu à Nuremberg vers la fin d'août 1870. Un certain nombre de prêtres bavarois se réunirent sous la présidence du chanoine Dœllinger, un des docteurs les plus estimés de l'Allemagne pour son érudition et son caractère, qui, après avoir protesté d'avance contre le dogme de l'infaillibilité, ne crut pas devoir ensuite incliner sa conscience devant la décision d'une majorité obtenue par les procédés les moins avouables. Une seconde réunion eut lieu au commencement de l'été de 1871 . Cette fois des délégués du Nord y parurent, et les vieux catholiques purent constater que l'opposition ne resterait pas confinée dans la Bavière. Pour rendre la résistance plus efficace, ils résolurent de lui donner une organisation régulière et légale. C'est l'œuvre que poursuivirent les dilTérents congrès qui se sont réunis dans les mois d'octobre 1871, 1872 et 1873. £n Prusse le mouvement fut énergiquement soutenu par l'abbé Reinkens et le docteur Frédéric Schulte, qui jouis-
saient tous deax d'une grande autorilé dans le monde religieux. L*abbé Reinkens fut élu en qualité d'évôque par ses corréligionnaires, se fit ordonner par Tévêque séparatiste de Deventa et fixa sa résidence à Bonn. Le gouvernement prussien s'empressa de reconnaître sa juridiction pour toute retendue du royaume. Le roi Guillaume publia une ordonnance par laquelle il enjoignait à tous de le reconnaître comme évoque catholique. Cette ordonnance détermina Tadhésion des Grands-Duchés de Bade et de Hesse, et le nouvel évoque se mit en devoir de fonder des paroisses partout où il trouva des groupes opposés au dogme de Tinfaillibilité. Il en fonda ainsi dans une trentaine de villes prussiennes, telles que Bonn, Breslau, Goblentz, Cologne, Kiefeld, Dermund, Essen, Eœnigsberg, etc. Au commencement de juin 1874 les ennemis mômes des vieux catholiques reconnaissaient qu'ils avaient en Allemagne plus de 60 000 adhérents ; 25 000 en Prusse, 20 000 en Bavière, à peu près autant dans le duché de Bade. L'université de Munich est tout entière hostile au nouveau dogme. Les vieux catholiques ont rétabli dans le culte et la dis cipline les traditions primitives de l'Église. L'élection des curés est rendue aux fidèles, et la langue vulgaire a remplacé l'usage du latin. La doctrine du célibat ecclésiastique est fortement battue en brèche. Le mouvement n*aura certainement pas l'énergie de celui qui a éclaté dans cette même Allemagne au xvi» siècle, parce que les questions religieuses n'ont plus la même prise sur les multitudes, mais il n'en constitue pas moins un danger sérieux pour l'Église romaine. Elle le sent si bien elle-même qu'elle ne se lasse pas de poursuivre de ses calomnies les hommes qui ont eu le courage de se séparer d'elle, sans comprendre que, à une époque de publicité comme la nôtre, où il n'est plus possible d'étouffer la vérité, la calomnie est une arme dangereuse qui se retourne fatalement contre ceux qui s'en servent. Elle n'a pu protéger Rome contre Luther et Calvin. Elle la protégera encore moins efficacement contre les nouveaux réformateurs. Il y a vingt ans, le cardinal Wiseman prédisait que « la grande lutte et le combat décisif entre l'Église et l'hérésie se livreraient sur les
sables de la Marche. » Il se pourrait bien faire que la prédiction du cardinal se trouvât bientôt justifiée par les événements. Malgré le dédain des uUramontains qui affectent de plaindre l'empereur Guillaume de s'être laissé entraîner par M. de Bismarck dans une campagne où il risque sa couronne, nous avons peine à croire que le danger qu'il court soit aussi redoutable que celui qu'ils courent eux-mêmes. A juger les choses au point de vue purement humain, il semble, que dans la lutte engagée en Allemagne, Tultramontanisme est loin d'avoir eu jusqu'à présent l'avantage. S'il a été battu au xvi« siècle, dans des conditions bien autrement favorables pour lui, il parait difficile qu'il ressaisisse la victoire en 1870, quand on considère le point où il en est dans le reste de l'Europe. Après s'être aliéné, il y a deux siècles, TAllemagne, la Suède, la Norwège, l'Angleterre, la Hollande et la Suisse, il lui restait du moins l'Autriche, la France, l'Italie, l'Espagne. Sur qui peut-il s'appuyer maintenant? qu'il regarde autour de lui et qu'il compte ses alliés.
Une autre loi qui se rattache au même ordre d'idées, sur le mariage civil, a été adoptée dans la même session par le Reichstag. Mais elle a été repoussée le 10 juin 1874 par le Conseil fédéral. Il ne faudrait pas cependant considérer ce rejet comme une victoire pour les uUramontains. En fait le Bundesrath a admis le principe du mariage civil obligatoire. S'il a rejeté la loi, c'est uniquement parce qu'elle avait été élaborée sans la participation des gouvernements et qu'elle n'avait pas tenu assez de compte des besoins des différents États. Sur la proposition du Comité de législation, le chancelier.a été invité à s'entendre avec les gouvernements pour préparer un autre projet de loi qui s^accorde mieux avec les diverses législations particulières. La Bavière ellemême s'est associée à cette proposition. 11 est donc certain qu'un nouveau texte de loi sur la question du mariage civil sera présenté en novembre 1874, à la prochaine session du Parlement allemand, en même temps que d'autres projets concernant l'organisation judiciaire^ le code civil et d'instruction criminelle.