‹ Histoire de l'Allemagne depuis la bataille de SadowaChapitre 5 sur 33 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

L'ALLEMAGNE APRÈS SADOWA. — CARACTÈRE DE L*CÇUVïU5 ENTREPRISE PAR M, DE RISMARCK,

L* Autriche fut écrasée le 3 juillet 1866, à Sadowa^ en une seule bataille. Les autres États allemands, qui s'étaient associés à sa fortune, avaient démontré leur impuissance d'une façon plus lamentable encore. Le 26 du même mois, les préliminaires de Nikolsbourg, bientôt confirmés à Prague le 23 août, avaient déclaré la dissolution de l'ancienne Gonfédéralion germanique, que devait remplacer une confédéuation nouvelle» oîi l'hégémonie était assurée à la Prusse et d'où TAutriche était exclue. Par le môme traité, celle-ci transmettait au roi Guillaume tous ses droits sur les duchés de Schleswig et de Holslein et s'engageait d'avance à reconnaître toutes les modifications constitutionnelles ou territoriales, qu'il plairait au vainqueur d'opérer sur la rive droite du Main.

En fait cette victoire livrait à la Prusse l'Allemagne tout entière. Un revirement subit se produisit dans les esprits. Sauf la Saxe, le Wurtemberg, et Francfort sur le Main, dans le premier moment les États allemands, les populations sinon les gouvernements, se consolé-

rent assez facilement de leur défaite. Quelques-uns même s'en réjouirent. Nous nous contentons pour le moment de constater le fait. Nous en chercherons plus tard les raisons.

L'annexion elle-même ne souleva guère que des protestations très-platoniques, et en somme peu nombreuses. La Hesse électorale, Nassau étaient depuis longtemps fatigués des conflits permanents que soulevaient les prétentions gothiques ou les caprices insensés de leurs petits souverains. La population fut enchantée de se voir débarrassée de fous couronnés avec lesquels il était impossible de s'entendre. Quant aux souverains, la Prusse leur offrit de leur acheter à beaux deniers comptants leur abdication. Après avoir longtemps marchandé, ils signèrent quand ils virent qu*on pourrait bien les mettre à la porte sans attendre leur consentement, et s'en allèrent manger à l'étranger le prix de leur déchéance.

Dans le Hanovre même, où les serviteurs du roi Georges menèrent si grand bruit, les élections du 30 octobre 1866 donnèrent la majorité aux nationaux-libéraux, c'est-à-dire aux partisans de la Prusse.

En Bavière, des assemblées populaires tenues à Lindau, à Kempten, à Memmingen protestèrent contre la ligne du Main imposée par Napoléon. Le gouvernement de son côté s'empressa d'accéder à la proposition d'un traité secret d'alliance offensive et défensive que lui faisait la Prusse, malgré les humiliations personnelles que M. de Bismarck avait infligées à son plénipotentiaire, M. de Pfordten et la rigueur des conditions de paix qu'il imposait au pays.

Les Chambres bavaroises furent réunies le 27 août pour ratifier ce traité de paix. Le ministre fit valoir qu'il avait du moins sauvé l'autonomie et l'indépendance du royaume; que l'idée de l'unité allemande pouvait encore se réaliser et que le Zollverein était maintenu.

Interpellé sur la question de savoir si la Bavière prendrait Hnitiative de la constitution de ITnion du Sud, le ministre de Pfordten déclara devant une commissioh de la Chambre oc que le gouvernement se sentait peu disposé à pousser la chose, que ce projet appartenait à la

France. > Plus tard il répéta que Tidée de TUnion du Sud avait été imposée par la France, que la Bavière ne voulait faire aucune démarche pour la réaliser.

Le traité avec la Prusse fut ratifié à Tunanimité moins une voix.

En même temps, 4*2 membres de la gauche saisirent la Chambre d*une proposition, tendant à c prier le roi de s'unir étroitement avec la Prusse, le centre de gravité de la puissance allemande, cette politique étant la seule qui pût conduire au but final, lequel devait être d'unir toute TAllemagne, en appelant ses représentants dans un parlement commun, librement élu, et muni des pouvoirs nécessaires pour sauvegarder énergiquement les intérêts nationaux et repousser avec succès toute agression extérieure. >

La Chambre des députés tout entière, moins 11 voix, vota cette adresse qui fut repoussée à la Chambre haube par 30 voix contre 4, malgré un discours du prince de Ilohenlohe.

Le roi Guillaume, par sympathie personnelle pour le grand duc de Bade, aurait désiré l'exempter de l'indemnité de guerre. Mais on lui représenta que les Chambres badoises, d'accord avec l'opinion publique, avaient pris parti pour l'Autriche. En conséquence le grand duché de Bade fut frappé d'une contribution de six millions de florins, et il dut en outre renoncer à percevoir les droits de navigation sur le Rhin qui lui rapportaient par an de 70 à 80 000 florins. Mais cela n'empêcha pas l'opinion de se retourner vivement vers la Prusse. Un nouveau ministère fut constitué dans ce sens. Les députés protestèrent énergiquement contre la ligne du Main qui coupait l'Allemagne en deux. Dans les débats qui eurent lieu relativement au traité avec la Prusse, les députés se prononcèrent énergiquement pour le maintien du .Zollverein, et pour un accord aussi étroit que possible avec la Prusse. Le 12 août la Gazette officielle^ répondant aux préoccupations publiques , affirmait que le gouvernement faisait tout son possible pour entrer dans la fédération du Nord K

Page 1