LIVRE SIXIÈME
mercenaire. Leurs chefs devaient la plupart leur élé- 41518 vation à leur valeur et à leurs talents, et non à leur naissance, et chacun de leurs compagnons de guerre espérait de s'ouvrir une route à la richesse et au pouvoir par les mêmes moyens".
Mais ces troupes, servant ainsi sans aucune paye futretien des régulière, ne se levaient qu'avec des frais immenses. spi id Parmi des hommes accoutumés à partager les dé- pertieux. pouilles d’un si riche pays, la soif des richesses devenait tous les jours plus ardente, à proportion même de l’espérance du succès. Tous étant entraînés par le même but et dominés par la même passion, il n’y avait qu’un moyen de gagner ces hommes et de se les attacher fortement. Les officiers qui avaient un nom connu et de l'influence, outre la promesse de grands établissements, recevaient encore des sommes considérables du chef avec lequel ils s’engageaient. Il en coûta cinq cent mille pesos à Gonzalez Pizarre pour lever mille hommes *. La Gasca en dépensa neuf cent mille pour former le corps qu’il conduisit contre les rebelles. Les concessions 4° Récompenterres et d’Indiens qu’on accordait au vainqueurs épis comme une récompense après la victoire étaient jiers, encore plus exorbitantes. Cepeda, pour l’rdresse et la perfidie qu’il avait montrées à persuader à la cour
(r) Vega, p. à, Gb. IV, cap. 38, 41.
(2) Fernandez, Gb, IT, cap. 54.
(3) Zarate, Gb. VII, cap. 10. Herrera, Decad. VII, lib. F, cap. 7.
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4548 de l’audience royale de donner sa sanction à l’usurpation de Pizarre, obtint une concession qui lui valait cent cinquante mille pesos de revenu annuel '. Hinojosa , qui se détacha un des premiers de Pizarre et livra à son ennemi la flotte qui décida du destin
du Pérou, obtint en terres un revenu de deux cent
i mille pesos *. Tandis qu’on traitait les principaux of-
ficiers avec une magnificence plus que royale, on récompensait les simples soldats en proportion.
Profusion et Des changements de fortune si rapides produi-
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Es à UE saient les effets qu’on devait en attendre, et doni guolé. naient naissance à de nouveaux besoins et à de nouveaux desirs. Des vétérans accoutumés aux plus grandes fatigues acquéraient tout à coup le goût de la profusion et s’abandonnaient à tous les excès de Ù | la licence militaire. La plus basse crapule occupait : (E | les uns, les autres se livraient au luxe le plus dis- L L ! | pendieux*. Le dernier soldat, au Pérou, se serait 4
cru dégradé en marchant à pied; et, malgré le prix exorbitant des chevaux en Amérique, à cette époque, { chacun voulait en avoir un avant de se mettre en | campagne “#Mais , quoique devenus alors moins capables qu'auparavant de supporter les fatigues du service, ils affrontaient le danger et la mort avec 14 la même intrépidité, et, animés par l'espérance de
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(r) Gomara, cap. 164.
{ (a) Vega, p. 2. lib. VT, cap. 3.
( (3) Herrera, Decad. V,Üib. 1, cap. 3; Decad, VIT, lib. VIE, cap. 10 {hi
4) Voyez la note 34.
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nouvelles récompenses, ils ne manquaient jamais en un jour de bataille de déployer toute leur ancienne valeur.
Avec leur courage ils conservèrent toute leur première férocité. En aucun pays la guerre civile n’a été faite avec plus de fureur qu’au Pérou. L’avarice se joignit aux passions qui rendent les querelles atroces entre des concitoyens, et donnait à leur inimitié plus de violence et de durée. La mort d’un ennemi entraînant la confiscation de ses biens, on ne faisait point de quartier dans les combats. Après la victoire, tout homme opulent était exposé aux accusations ou aux châtiments. Sur les plus légers soupçons, Pizarre condamna à mort plusieurs des plus riches habitants du Pérou. Carvajal en fit mourir un plus grand nombre sans chercher même de prétexte pour justifier sa cruauté. Il périt presque autant d'hommes par la main du bourreau que sur le champ de bataille’, et presque tous furent condamnés sans forme de procès.
La violence avec laquelle les partis opposés se traitaient n’était pas même accompagnée, comme il cst assez ordinaire, de fidélité et d’attachement pour ceux avec lesquels on combattait. Les liens formés par l'honneur, qui sont regardés comme sacrés parmi les soldats, et la droiture qui domine dans le caractère espagnol autant que dans celui