‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 122 sur 184 · LIVRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SIXIÈME

public, l’indignation fut aussi grande que l'avait prévu La Gasca. La vanité, l’avarice , la jalousie, l'envie, la honte, la rage et toutes les passions qui agitent les hommes avec le plus de véhémence, l:rsque leur honneur et leur intérêt sont compromis, tout concourut à en augmenter la violence. Elle éclata avec toute la fureur de l’insolence militaire. La Gasca fut ouvertement en butte à la calomnie, aux menaces et aux malédictions. Ou l’accusa d’ingratitude, de partialité et d’injustice. Parmi des soldats toujours prêts à en venir aux armes, ces discours séditieux auraient été bientôt suivis de violences. Déjà ils commençaient à chercher quelque chef mécontent qui se miît à leur tête pour demander le redressement de leurs gricfs. Mais queiques actes de vigueur du gouvernement faits à propos arrêtèrent cet esprit de mutinerie, et la guerre civile fut éloignée pour le moment :. La Gasca cependant, considérant que le feu était plutôt couvert qu’éteint, travailla avec la plus grande assiduité à adoucir les mécontents en donnant aux uns des gratifications considérables, en promettant aux autres des repartimientos lorsqu'il y en aurait de vacants, en les caressant et les flattant tous; mais, afin d'établir la tranquillité publi- (1) Zarate, G6. VIT, cap. 9. Gomara, cap. 187. Vega, p 2, lib.

VII, cap. 1, etc. Fernandez, p. 2, lib. E, cap. 1, ete. Herrera, Decad, VIEIL, lib. IV, cap. 17, etc.

par cette distibution.

Il rétablit l'ordre,

que sur des fondements plus solides que les dispo

sitions passagères qu’il leur inspirait, il travailla

à fortifier l’autorité de ses successeurs daus l'emploi

qu’il occupait, en rétablissant une administration régulière dans toutes les parties de l'empire. 1] in-

troduisit l’ordre et la simplicité dans la perception

des revenus du roi. Il fit des régleménats sur le traicment des Indiens, pour les mettre à l'abri de l'oppression et les faire instruire dans les principes

dela relig'ou, sans priver les Espagnols du bénéfice

qu'on pouvait retirer de leurs travaux. Après avoir

aiusi rempli sa mission, La Gasca, desirant de retour-

1550 ner à la vie privée, commit le gouvernement du Pérou

Et part pour à l’audience royale, et fit voile pour l'Espagne. l'Espagne. Comme , durant l'anarchie et les troubles des

quatre dernières années, il n’avait été fait aucune rernise au trésor du roi, il emportait avec lui treize cent mille pesos épargnés sur le revenu public par son économie et le bon ordre de son administration, après avoir peyé toutes les dépenses de la guerre.

Comment il Il fut reçu dans sa patrie avec l’admiration uni-

est recu, Lotct i Y T4 verselle que méritaient ses talents et des vertus aussi

pures que celles dont il venait de donner des preu-

ves si éclatantes. Sans armée, sans flotte, sans ar-

gent, avec un train si modeste qu’il n’en coûta à

l’état que trois mille ducats pour l’équiper, il (1) Fernaudez, Gb. II, cap. 18.

dispo.

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était parti d'Europe pour calmer une révolte terrible. Par sa sagesse et son habileté il suppléa aux moyens qui lui manquaient, et créa, pour ainsi dire, les instruments propres à exécuter son entreprise. Il acquit une force maritime assez grande pour le rendre maître de la mer. Il leva un corps de troupes capables de se mesurer avec les Vétérans qui régnaient au Pérou. Il triompha de leur chef, dont la victoire avait jusque là suivi les pas, et au lieu de l'anarchie et de l’usurpation , il établit le pouvoir des lois et l'autorité du souverain légitime. Mais les éloges dus à ses talents sont encore au-dessous de ceux que méritent ses vertus. Après avoir résidé dans un pays où l’appât des richesses avait jusqu’alors séduit tous ceux qui y avaient été revêtus de quelque autorité, il quitta ce poste délicat sans qu'on eût pu même soupçonner son intégrité. Il avait partagé à ses compatriotes des possessions d’une étendue et d’un revenu immenses, et il demeurait dans sa première pauvreté; en même temps qu’il rapportait au trésor royal des sommes énormes, il fut obligé de demander à son souverain qu’on payât quelques dettes qu’il avait contractées pendant son expédition *. Tant de mérite et de désintéressement ne furent pas méconnus de Charles. Il donna à La Gasca les témoignages de l'estime la plus distinguée. Il le fit évêque de Palencia, et cet homme

(tr) Manuscrit entre les mains de l'auteur.

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258 HISTOIRE DE L'AMÉRIQUF.

rare passa le reste de sa vie dans la retraite, respecté de ses compatriotes , honoré par son souverain, aimé de tout le monde.

Malgré les sages réglements de La Gasca, la tranquillité du Pérou dura peu de temps. Dans un pays où l’autorité avait été méconnue pendant un si long intervalle d’anarchie et de désordre, où il y avait tant de chefs trompés dans leur espérance et disposés à faire éclater leur mécontentement, ct tant de soldats prêts à les suivre, il n’était pas difficile de rallumer la sédition. Le pays fut cacore troublé par plusieurs révoltes. Mais comme ces orages quoique terribles ne furent que passagers et élevés plutôt par l'ambition et la turbulence de quelques particuliers que par des motifs généraux et pour ainsi dire nationaux, les détails en sont étrangers à l'objet de cette histoire. Ces commotions, comme tout ce qui est violent dans le corps naturel ou politique , ne furent pas de longue durée; et, en emportant les principes vicieux qui les avaient causées, elles rontribuèrent à la fin à fortifier la société qu’elles avaient menacé de détruire. Dans le cours de ces graves querelles, plusieurs des premiers conquérants du Pérou et des aventuriers sans frein que la renommée de leurs succès avait attirés dans le pays, périrent par les mains les uns des autres. Chaque parti triomphant alternativement mettait à mort ou bannissait ses

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