‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 127 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

Les Mexicains eux-mêmes reconnaissaient que leur empire n’était pas ancien. Leur pays était, disaient-ils, originairement possédé plutôt que peuplé par de petites tribus indépendantes, dont les mœurs ressemblaient à celles que nous avons observées chez les peuples les plus sauvages. Mais, à une période qui correspond au commencement du dixième siècle de l'ère chrétienne, plusieurs tribus vinrent successivement de régions inconnues situées au nord et au nord-ouest', et s’établirent dans différentes provinces du pays d’Anahuac, ancien nom de la Nouvelle-Espagne. Ces peuplades nouvelles, moins barbares que les naturels du pays, commencèrent à leur donner quelque goût pour les arts de la vie civile. Vers le commencement du treizième siècle, les Mexicains, nation plus formée qu'aucune de celles qui l’avaient précédée, s’avancèrent des bords du golfe de Californie, et priveat possession des plaines voisines d’un grand lac, à peu près au centre du pays d’Anahuac. Après y avoir résidé environ cinquante ans, ils : fondèrent une ville connue depuis sous le nom de Mexico”, qui devint bientôt la plus considérable du Nouveau-

(x) Voyez la note 38.

(2) «Les Aztèques ou Mexicains, sortis d’Aztlan vers r180, avant d'avoir fondé sur un groupe d’ilots, l'an 1325, la capitale qui subsiste eucore, avaient déjà habité pendant cinquante-deux ans une autre par-

tie du lac qui est plus méridionale. Humboldt, Essai polit. sur la Nouv. Esp. t. 11, p. 115, (D. L.R))

Origine de l'empire du Mexique.

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Monde. Cette nation, depuis son établissement dans ses nouvelles possessions, demeura, comme les autres tribus de l'Amérique, sans rois, gouvernée dans la paix et conduite pendant la guerre par ceux que leur sagesse ou leur valeur faisait préférer. Mais bientôt, comme il est arrivé partout où le pouvoir et le territoire se sont étendus, la suprême autorité se centralisa à la fin entre les mains d’une seule personne, et, lorsque les Espagnols envahirent le nays sous la conduite de Cortez, Montézuma était le neuvième monarque régnant, non par droit héréditaire, mais par élection.

Très récente. Selon cette tradition, conservée parmi les Mexicains, l’origine de leur empire est très récente. Ils ne comptent pas plus de trois cents ans depuis la première migration de leurs ancêtres; et, depuis l'établissement du gouvernement monarchique, environ cent trente ans selon quelques-uns*, et cent quatre-vingt-dix-sept selon d’autres’. Si d’un côté nous supposons l'empire du Mexique plus ancien, et établi depuis assez long-temps pour que nous

, Puissions admettre le degré de civilisation que lui attribuent les historiens espagnols, il est difficile de concevoir comment un peuple qui possédait l’art de conserver par des peintures le souvenir des évé-

(r) Voyez Clavigero, Stor. ant. del Messico, Dissertation II, sur les principales époques de l'histoire du Mexique, et la note 3 déjà citée. (D. L. R.)

(2) Acosta, Hist. Gb, VII, cap. 8, etc.

(3) Purchas, Pilgrim. LI. p. 1068, etc.

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LIVRE SEPZIÈME. 269 nements passés, et qui considérait comme une partie essentielle de l’éducation le soin d’apprendre aux enfants les chansons historiques qui célébraient les exploits de leurs ancêtres, a laissé s’affaiblir ainsi et se perdre presque entièrement la mémoire des anciens événements de son histoire. D’un autre côté, si nous nous en tenons à l'opinion de la nation ellemême sur la nouveauté de son origine, il n’est pas plus aisé de comprendre les progrès qu’elle avait faits vers la civilisation, ni l'étendue de sa domination au temps de l'invasion des Espagnols. L’enfance des nations est si longue, et lors même que toutes les circonstances sont favorables à leurs progrès , il leur faut tant de temps pour acquérir quelque force, et se donner une forme de gouvernement, que, d’après la nouveauté de l’origine de l'empire des Mexicains, on ne peut s'empêcher de soupçonner fortement une grande exagération dans les descriptions avantageuses qu’on nous a données de leur gouvernement et de leurs mœurs.

Mais ce n’est pas d’après la théorie ou de simples conjectures qu’ur historien peut déterminer l’état politique et le caractère d’une nation. Il ne peut fonder que sur des faits les jugements qu’il se hasarde à prononcer, En recueillant ceux qui peuvent nous gu..der dans cette recherche, on en trouve qui semblent indiquer chez les Mexicains de grands

(1) Merrera, Decad, IH, lib. FT, cap. 18.

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Faits qui prouvent les progrès des Mexicains vers la civilisation.

progrès de civilisation, tandis que d’autres pourraient nous faire regarder ces peuples comme n’étant guère plus avancés quelestribus sauvages dont ils étaient environnés. Nous mettrons les uns et les autres sous les yeux de nos lecteurs, afin qu’en les comparant ils puissent former eux-mêmes leur opi-

nion.

Droit de Le droit de propriété privée était parfaitement pop se connu et établi dans toute son étendue chezles Mexi- “exicains, Cains. Nous avons vu que chez plusieurs tribus sauvages cette notion d’un droit exclusif à la possession d’un objet était presque inconnue, et que dans toutes elle était très bornée et très confuse. Mais au Mexique, où l’agriculture et l’industrie avaient fait quelques progrès, la distinction de la propriété foncière et usufruitière, territoriale et mobilière, était établie. Ces diverses espèces de propriétés pouvaient se transporter par l’échange ou la vente, et se transmettre par voie de succession. Tout homme libre avait une propriété en terre, qui pouvait être cependant possédée à différents titres. La possession était quelquefois pleine et entière, et elle se transmettait à des héritiers. Quelquefois elle était attachée à quelque office ou dignité, ei se perdait quand on cessait d’en jouir. Ces deux modes de posséder étaient regerdés comme nobles, et étaient particuliers aux citoyens des plus hautes classes. Le gros de la nation tenait les terres d’une manière très

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