‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 128 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

différente. Dans chaque district, on mesurait et on affectait au peuple une certaine quantité de terres dansla proportion du nombre de famiiles. Ces terres étaient cultivées par le travail de toute la communauté. Leur produit se portait dans un magasin commun, et se partageait entre les familles selon leurs besoins respectifs. Aucun membre de cette espèce de communauté appelée Calpullée, mot indien synonyme d'association, ne pouvait aliéner sa portion, dont la propriété demeurait indivisiblement affectée à l’entretien de sa famille!. Cette distribution du territoire intéressait chaque individu au bien général, et liait son bonheur avec la tranquillité publique*.

Une des circonstances les plus frappantes qui dis- Nombre et , grandeur

tinguent les Mexicains des autres nations de Amérique, c’est le nombre et la grandeur de leurs villes. Tant que la société demeure dans l’état de barbarie, les besoins des hommes sont en si petit nombre, et ils se passent si facilement les uns des autres que les motifs qui les portent à se rapprocher sont extrémement faibles. Leur industrie est en même temps

(x) Herrera, Decud. 111, lib. 1, c@p. 15. Torquemada, Mon. In. üb. XIP, cap. 7. Corita, manuserit,

(a) Les terres de l'empire raexicain étaient partagées suivant Clavigero (Stor. ant. del Messico, lv. 7 sect. xiv.), entre la couronne, la noblesse, les communes et les prêtres ; et il existait des peintures dans lesquelles chacune de ces espèces de propriétés était disuinctement représentée avec une couleur différente, (D. L. R.)

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si imparfaite qu’elle ne peut assurer la subsistance de beaucoup de familles sur un même terrain. Ils vivent dispersés autant par choix que par nécessité, ou tout au plus ils s’assemblent dans de petits hameaux sur les bords des rivières qui leur fournissent une partie de leur nourriture , ou sur des terres que la nature a laissées ouvertes ou qu’ils ont débarrassées des productions sauvages par leurs propres travaux. À leur entrée dans le Mexique, les Espagnols, qui n'avaient vu jusque là en Amérique que des peuplades sauvages, furent extrêmement étonnés d’y trouver les habitants rassemblés dans des villes d’une aussi grande étendue que beaucoup de villes d'Europe. Dans la première chaleur de leur admiration , ils comparèrent Zempoalla, ville du second ou du troisième ordre, aux plus grandes villes d'Espagne. Lorsqu’ensuite ils eurent vu successivement Tlascala, Cholula, Tacuba, Tezcuco et enfin Mexico , leur étonnement augmenta si fort qu’ils se laissèrent aller à une exagération incroyable. Même après avoir eu le loisir de faire des observations plus suivies et sans intérêt de tromper , leurs estimations sur la population des villes furent très peu exactes et leurs calculs communément très enflés. Il ne faut donc pas s’étonner que Cortez et ses compagnons, peu accoutumés à cette sorte de calculs et fortement tentés d’exagérer pour exalter le mérite de leurs découvertes et de leurs

lance conquêtes, sesoien, laissés aller à une erreur si com- 1. Ils mune et à des descriptions si éloignées de la vérité. | | ssité, Cette considération doit faire rabattre beaucoup ; s ha- du nombre d'habitants qu’ils donnent aux villes du ‘4 rnis- Mexique; mais il reste toujours constant qu’on y en 4 ‘ crres trouva d’assez considérables pour ne pouvoir appar- f % ébar- tenir qu’à une nation déjà fort avancée dans la civi- ji | )pres lisation ‘. | ( ispa- La séparation des professions diverses, parmiles Séparation > que Mexicains, est encore une marque de leurs progrès A tu 114 éton- qui n’est pas équivoque. Dans les preiniers temps di s des de la formation de la société, les arts sont en si | | ip de petit nombre et si simples que tout homme est en Bt leur état de les exercer assez bien pour satisfaire des { e du besoins et des desirs aussi bornés que les siens. Le L |! ndes sauvage peut faire son arc, aiguiser ses flèches, à suc- élever sa hutte et creuser son canot sans le secours || cuco | de personne. Les besoins des hommes croissent ‘(1

fort avec le temps, et leur adresse se perfectionne avant 118 oya- que les productions de l’art soient assez compliquées j}l bser- dans leur fabrication pour qu'il faille une éducation ÿ per , particulière à chaque espèce d’ouvrier. A mesure 4 illes que le travail devient plus parfait, la distinction 4 uné- des professions s’étend , et chacune se subdivise da-

que vantage. Chez les Mexicains, cette séparation des

cette arts nécessaires à la vie était portée fort loin. Les

our métiers de maçon, de tisserand , d’orfèvre, de pein-

(tv) Voyez la note 39.

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Distinction des rangs.

tre, et plusieurs autres, étaient exercés par des ouvriers différents. Chacun avait son apprentissage. L’ouvrier se bornait à un seul genre de travail, et, par la patience et l’assiduité particulière aux Américains , l'ouvrage parvenait à un degré de perfection fort au-delà de celui qu’on pouvait natureliement attendre des outils grossiers qu’ils employaient. Les différentes productions étaient mises dans le commerce et portées à des marchés qui se tenaient régulièrement dans les villes; par ce moyen, les citoyens satisfaisaient leurs besoins mutuels ‘ avec la facilité et la régularité qu’on ne voit que dans les sociétés civilisées.

La distinction des rangs établie au Mexique est une autre circonstance qui mérite notre attention. Eu traçant le tableau des tribus sauvages de l'Amérique, nous avons fait observer que, dans l'enfance dela vie civile, l’homme ale sentiment de l'égalité et ne se soumet que difficilement à quelque espèce d’autorité que ce soit. Pendant la paix, les sauvages'connaissent à peine un chef, et l’autorité de celui qui les conduit à la guerre est extrêmement limitée, Comme l'idée de la propriété leur est étrangère, ils ne connaissent point la différence des conditions qui en résulte. Il n’y a point chez eux de prééminence donnée par la naissance et les dignités ; on

(r) Gortès, Relat. ap. Ramus. XIII. 239, etc. Gomara, Cron, cap. 79. Torquemada, 46. X111, cap, 34. Herrera, Decad. II, b. VII, c. 15, etc.

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15,etc.

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