LIVRE SEPTIÈME
venants dans la bouche d’un inférieur s'adressant à L une personne d’un rang plus élevé’, qui les aurait considérés comme des insultes. C’est seulement dans les sociétés auxquelles le temps et les institutions d’un gouvernement régulier ont donné leur forme qu’on peut trouver les hommes distribués 1 ainsi en diverses classes, et qu’on peut mettre tant d'attention à conserver à chacune ses droits res- à pectifs. {| L'esprit des Mexicains , ainsi accoutumé et plié Constitution À à la subordination, était très bien préparé à rece- politique. 4 voir le gouvernement monarchique, mais les des-
criptions de leurs institutions politiques et de leurs 1 lois, transmises par les Espagnols qui ont détruit F les unes et les autres, sont si inexactes et si rem- \ plies de contradictions, qu’il est difficile d’en don- M ner aucune idée précise. Quelquefois ils représentent 4 les souverains du Mexique comme absolus et déci- |
dant à leur gré de toutes les affaires publiques. { Dans d’autres occasions nous découvrons les traces { de coutumes et de lois faites pour circonscrire le ne
pouvoir de la couronne, et des droits, des priviléges de la noblesse, qui semblent avoir été établis comme des barrières contre les usurpations du monarque. Ces contradictions apparentes ont été l’effet du peu d’attention que les Espagnols ont fait aux innovations introduites par Montézuma dans le gou-
(x) Voyez la note 40.
In, 18
vernement du Mexique, Son ambition avait détruit l’ancienne constitution, et introduit à sa place le despotisme pur. Il méprisa les anciennes lois, viola les priviléges les plus sacrés, et réduisit tous ses sujets à la condition d’esclave'. Les chefs ou nobles du premier rang s'étaient soumis au joug avec une telle répugnance , que, dans l'espoir de le secouer et de recouvrer leurs premiers droits, plusieurs d’entre eux recherchèrent la protection de Cortez, et se réunirent à un ennemi étranger contre un oppresseur domestique”. Ce n’est donc pas sous le règne de Montézuma, mais sous celui de ses prédécesseurs , que nous pouvons reconnaître la forme originaire et l'esprit du gouvernement du Mexique, qui paraissent avoir subsisté sans beaucoup d’altération depuis la fondation de l’empire jusqu’à l’élection de Montézuma. Le corps de ‘‘*oyens que nous pouvons appeler les nobles for le premier ordre de l’état, et le plus respectable. Il y avait différentes classes parmi eux, comme nous l’avons déjà fait observer, et ils acquéraient les dignités et les transmettaient de diverses manières. Leur nombre paraît avoir été très grand. Selon un auteur soigneux de bien constater ce qu'il avance, il y avait dans l'empire du Mexique trente nobles du
(1) Herrera, Decad. ZII, lib. IT, cap. 14. Torquemada , lib. HT, cap. 69.
(2) Herrera, Decad. 11, lib. V, cap. 10, 11. Torquemada, Lib. IV, cap. 49.
étruit ace le , Viola us ses nobles ec une ecouer usieurs ortez, un opsous le es préà forme exique ; d’altéu’à l’éens que premier y avait l'avons dignités s. Leur un aunce, il bbles du db. H,
ada, lib.
premier rang, dont chacun avait dans son territoire,
et sous sa dépendance, environ cent mille citoyens,
parmi lesquels on comptait trois cents nobles d’une
classe inférieure, qui lui étaient subordonnés '. Le territoire dépendant des chefs de Tezcuco et de Tacuba n’était guère moins étendu que celui qui formait le district du monarque”. Chacun de ces chefs exerçait une juridiction territoriale complète, et levait des taxes sur ses vassaux; mais tous suivaient l’étendard du monarque à la guerre, y conduisaient un nombre d'hommes proportionné à l’étendue de leur domaine , et plusieurs payaient tribut au roi, comme à leur seigneur suzerain.
Dans cette esquisse de la constitution du Mexique, on trouve les principaux traits du gouverne. ment féodal dans sa forme la plus rigide. On y reconnaît ces trois caractères distinctifs, une noblesse jouissant d’une autorité presque indépendante,un peuple abaissé à la plus abjecte soumission, et un souverain chargé du pouvoir exécutif. L'esprit et les principes de cette espèce de gouvernement semblent avoir produit dans le Nouveau -Monde les mêmes effets que dans l'Ancien. L'autorité du souverain y était extrêmement limitée. Tout le pouvoir réel demeurait entre les mains des seigneurs,
(x) Herrera, Decad. II, lib. VIII, cap. 12.
(2), Torquemada , lib. II, cap. 57. Corita, manuscrit. Clavigero ne partagé pas cette opinion; voye#da note 41. (D. L. R.)
mette,
Re”
qui n’en laissaient au roi que l'ombre. Jaloux à l'excès de leurs droits, ils les défendaient avec la plus grande vigilance contre les entreprises du monarque. C'était une loi fondamentale du royaume que le roi ne pouvait décider sur aucune affaire importante et générale sans l'approbation d’un conseil composé de la première noblesse ". Il ne pouvait ni déclarer la guerre, ni disposer à son gré d’une partie très considérable du revenu public, dont la destination était réglée, et qui ne devait être employée par le roi seul à aucun auvre usage *. Pour assurer l'observation des priviléges de la nation et des leurs, les nobles ne permettaient pas que la couronne se transmît par succession ; elle était élective. Le droit d’élection semble avoir été d’abord entre les mains du corps entier de la noblesse; mais il avait passé ensuite à six électeurs, parmi lesquels étaient toujours les seigneurs de Tezcuco et de Tacuba *. Par respect pour la famille de leurs monarques, le choix tombait communément sur un de ses membres; mais , comme une nation engagée dans des guerres continuelles avait un grand besoin d’un souverain actif et valeureux, on avait plus d’égard dans le choix au mérite et
(x) Herrera, Decad. III, lib. IT, cap. 19. Idem, Decad. LIT, lib. IV, cap. 16. Corita, manuscrit,
(2) Herrera, Decad. IIT, lib. IV, cap. 15.
(3) Acosta, Lib. VI, cap. 24. Herrera, Decad. III, lib. IT, cap. 13. Corita, manuscrit. ;
ux à ec la | moaume ffaire | con- > poun gré ublic, devait sage , la nant pas n ; elle oir été la noteurs, urs de famille munéne naks avait eureux, érite et
cad. IT,
. IT, cap.
LIVRE SEPTIÈME. 281 à la maturité de l’âge qu’à l’ordre de la naissance , et on préférait souvent des collatéraux à des parents plus proches du monarque décédé". C’est à cet usage que les Mexicains durent cette succession de princes habiles et guerriers qui avaient élevé leur empire en si peu de temps à ce kaut point de puissance où le trouva Cortez en débarquant dans la Nouvelle-Espagne.
Tant que l’autorité des monarques demeura limitée, il est probable qu’elle fut exercée sans beaucoup d’ostentation; mais lorsqu'elle s’étendit, ils augmentèrent aussi la magnificence du trône. C'est dans ce dernier état que la cour du Mexique se montra aux yeux des Espagnols, qui en furent frappés , et qui en décrivent la pompe fort au long et avec les expressions de la plus grande admiration. La nombreuse suite de Montézuma,
(r) Le gouvernement du Mexique fut aristocratique jusqu’à l’année 1352 , que pour résister aux attaques de leurs voisins les peuples de ce pays élurent pour roi Acamapitzin. Depuis cette époque la couronne fut élective et décernée d’abord par quatre électeurs choisis dans les rangs de la plus haute noblesse et presque toujours du sang royal. Sous Ltzcoatl, quatrième roi du Mexique, le nombre de ces électeurs fut porté à six par l’adjonction des rois d’Acolhuacan et de Tacuba , quoique le titre de ces derniers fût ç :rement honorifique. Afin de borner l’autorité des électeurs et pour prévenir les troubles , il fut décidé que le choix du monarque devrait être fait dans la famille d’Acamapitzin ; et il fut ensuite étabh par une Toi qu’à la mort d’un roi son successeur serait choisi d’abord parmi.ses frères, à défaut de frères, parmi ses neveux, et à défaut de neveux, parmi ses parens plus éloignés, au choix des électeurs, sans qu’il fussent forcés d’avoir égard à la primogéniture. Clavigero. Stor. antic. del Messico. Liv. LIL et FI. (D. L. R.)
monarques et F:
AI splendeur de à leur cour .
Pouvoir des 4
l’ordre, le silence, le respect avec lesquels il était servi, la vaste étendue de son palais, les logements de ses différents officiers , le faste avec lequel il déployait sa grandeur toutes les fois qu’il daignait se laisser voir à ses sujets, tenaient plus de la magnificence des anciens monarques d'Asie que de la simplicité des états naissants du Nouveau-Monde. Ordre établi Mais ce n’était pas seulement par cette pompe dans le gou- extérieure que les souverains du Mexique dévernement.
ployaient leur pouvoir; ils le manifestaient d’une manière plus bienfaisante par l’ordre et la régularité avec lesquels ils dirigeaient Fadministration intérieure et la police de leurs états. Le roi avait sur ses vassaux immédiats une juridiction entière, tant . civile que criminelle. Chaque département avait ses juges, et, si nous pouvons compter sur ce que les écrivains espagnols nous disent des principes et des lois sur lesquels ils fondaient leurs décisions dans ces deux genres d’affaires, la justice était administrée au Mexiqueavec autant d'ordre et d'équité qu’on en peut trouver dans les sociétés parvenues à la plus haute civilisation.
Dépenses Les moyens de fournir aux dépenses publiques publiques. étaient aussi fort bien entendus. C’étaient des taxes sur la terre, sur les richesses de l’industrie et sur les marchandises de tous les genres mises en vente dans les marchés publics. Ces droits, quoique considérables , n'étaient ni arbitraires, ni inégaux ; ils