LIVRE SEPTIÈME
trouverait encore quelques restes. Par la manière dont Cortez conduisit le siége de Mexico, nous pouvons croire que tous les monuments un peu considérables de la capitale ont été détruits. Mais, comme il ne s’est écoulé que deux siècles et demi depuis la conquête de la Nouvelle-Espagne, il paraît impossible qu’en un espace de temps si court ces édifices tant vantés aient disparu sans laisser après eux aucun vestige, et que dans aucune des autres villes, et surtout dans celles qui n’ont pas été emportées de vive force, il n’y ait aucune ruine qui atteste leur ancienne magnificence".
Dans les villages des Indiens les plus barbares, il y a des bâtiments d’une plus grande étendue et d’une plus grande élévation que les maisons des particuliers. Ceux où se tient le conseil de la nation, où elle s'assemble dans les fêtes publiques, sont magnifiques, comparés aux autres. La distinction des rangs et l'inégalité des propriétés étant établies parmi les Mexicains , le nombre des grands édifices devait y être aussi plus considérable que dans les autres parties de l'Amérique. Il ne paraît pourtant pas qu’il y en ait eu aucun qui méritât, par sa magnificence ou sa solidité, les pompeuses épithètes que quelques auteurs espagnols leur donnent en les
(x) Ces ruines existent malgré ce que dit Robertson : MM. le ba-
ron de Humboldt et Bulloch en ont vu de très remarquables. Voyez la note 5r. (D. L, R.)
décrivant. Il est probable que, quoique plus ornés et construits sur une plus grande échelle, ces édifices étaient bâtis des mêmes matériaux, légers et peu durables, qu’on employait pour les maisons ordinaires‘, puisqu’en moins de deux cent cinquante années le temps en a emporté jusqu'aux moindres, vestiges *.
Tous ces faits rassemblés prouvent évidemment que la civilisation au Mexique était beaucoup plus avancée que parmi les tribus sauvages que nous avons fait connaître; mais il n’en est pas moins manifeste qu’en beaucoup de choses les historiens espagnols ont exagéré les progrès des Mexicains. Il n’y a point de source plus commune et plus féconde d'erreur, en décrivant les mœurs et les arts des nations sauvages ou demi-civilisées, que d'y appliquer les noms et les expressions dont on se sert pour désigner les institutions et les arts des peuples policés. Lorsqu'on a eu donné le nom de roi ou d’empereur au chef d’une petite peuplade, le lieu de sa résidence a dû s’appeler palais, et son petit cortège a dû prendre le nom de cour. De pareilles dénominations ont donné aux choses une importance qu’elles n'avaient pas; l'illusion se répand, et, chaque partie du récit étant embellie de fausses couleurs, l'imagination est tellement égaréc
(1) Voyez la note 52.
(2) Voyez la note 53 et les explications qui l’accompagnent