‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 146 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

religion sur le génie et les lois’, Les idées religieuses font si peu d'impression sur l'esprit d’un sauvage, que leur effet sur ses sentiments et sur ses mœurs est à peine sensible. Parmi les Mexicains , la religion, réduite en un système régulier et tenant une grande place parmi leurs institutions publiques, eoncourait avec beaucoup de force à former le caractère national. Mais au Pérou tout le système civil était fondé sur la religion. L’inca n'était pas seulement un législateur, mais un envoyé du ciel. Ses préceptes étaient reçus non pas seulement comme les ordres d’un supérieur, mais comme les oracles de la divinité. Sa famille était sacrée, et, pour la tenir séparée et sans aucun mélange impur d’un sang moins précieux, les enfants de Manco Capac épousaient leurs propres sœurs, et aucun ne pouvait monter sur le trône sans prouver sa descendance des seuls enfants du soleil. C'était là le titre de tous les descendants du premier inca, et le peuple les regardait avec le respect dû à des êtres d’un ordre supérieur. On croyait qu'ils étaient sous la protection immédiate de la divinité qui leur avait donné naissance, et que toutes les volontés de l’inca étaient celles de son père le soleil.

Deux effets résultaient de cette influence de la religion sur le gouvernement. L'autorité de l’inca

(r) N’en est-il pas de même des législations judaïque , musulmane, et peut-être même lamaïque ? (D. L. R.)

Effets remarquables de cette influence de la religion.

était absolue et illimitée dans toute la force de ces termes. Toutes les fois que les décrets d’un souverain sont regardés comme des commandements de la divinité, c’est non-seulement un acte de révolte, mais un acte d’impiété, de les contester ou de s’y opposer. L’obéissance devient un devoir de religion, et, comme ce serait un sacrilége de blâmer l'administration d’un monarque qui est immédiatement sous la direction du ciel, et une audace présomptueuse de lui donner des avis, il ne reste plus qu’à se soumettre avec un respect aveugle. Tel doit être nécessairement le principe de iout gouvernement établi sur la base d’un com nerce avec le ciel. De là aussi la soumission aveus + des Péruviens envers leurs souverains : les plu: puissants et les plus élevés de leurs sujets reconnaissaient en eux des êtres d’une nature supérieure ; admis en leur présence, ils ne se présentaient qu'avec un fardeau sur leurs épaules comme un emblème de la servitude , et une disposition à se soumettre à toutes les volontés de l’inca. Il ne fallait au monarque aucune force coactive pour faire exécuter ses ordres. Tout officier qui en était chargé était l’objet du respect du peuple, et, selon un observateur judicieux des mœurs des Péruviens ‘, il pouvait traverser l'empire d’une extrémité à l'autre sans rencontrer le moindre obstacle; car, en montrant une frange du borla,

(r) Zarate, Ub. 1, cap. 13. :

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