‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 147 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

ornement particulier de l’inca régnant , il devenait le maître de la vie et de la fortune de tous les citoyens.

Il faut regarder comme une autre conséquence de cette liaison de la religion avec le gouvernement la peine de mort infligée à tous les crimes. Ce n’étaient plus des désobéissances à des lois humaines, mais des insultes à la divinité. Les fautes les plus légères, comme les crimes les plus atroces, appelaient la même vengeance sur la tête du coupable, et ne pouvaient être expiées que par son sang. La peine suivait la faute inévitablement, parce qu’une offense envers le ciel ne pouvait en aucun cas être pardonnée '. Parmi des nations déjà corrompues, des maximes si sévères, en conduisant les hommes à la férocité et au désespoir, auraient été plus capables de multiplier les crimes que d’en diminuer le nombre. Mais les Péruviens, avec des mœurs sunples et une crédulité aveugle, étaient contenus dans une tellé crainte que le nombre de fautes était extrêmement faible. Leur respect pour des monarques éclairés et guidés par la divinité qu'ils adoraient , les maintenait dans le devoir; et la crainte d’une peine qu’ils étaient accoutumés à regarder comme un châtiment inévitable de l’offense faite au ciel, les éloignait de toute prévarication.

Le système de superstition sur lequel les incas

(1) Vega, Ub, IT, cap. 6.

Tous les crimes y étaient punis de mort.

Douceur de leur religion.

avaient fondé leur autorité était très différent de celui des Mexicains. Manco Capac avait tourné tout le culte religieux vers les objets de la nature. Le soleil, comme la première source de la lumière, de la fécondité de la terre et du bonheur de ses habitants, était le premier et le principal objet de leur hommage. La lune et les étoiles, secondant le soleil dans ses bienfuisantes opérations , obtenaient après. lui les adorations des Péruviens. Partout où le penchant de l’homme à reconnaître et à adorer une puissance supérieure prend cette direction , et se porte à admirer et à contempler l’ordre et la bienfaisance qui existent réellement dans la nature, l'esprit dè superstition est doux ; lorsqu’au contraire des êtres chimériques, ouvrage de l'imagination et de la crainte des hommes, sont supposés conduire l'univers, et deviennent les objets du cultereligieux, la superstition prend des formes bizarres et atroces. La première de ces religions était celle des Péruviens, la dernière celle des Mexicains. Les Péruviens, il est vrai, ne s'étaient pas. élevés jusqu’à des idées justes de la divinité : on ne trouve même dans leur langue aucun terme, aucun nom donné au pouvoir inconnu etsuprême qu'ils adoraient , qui puisse faire conjecturer qu’ils le regardassent comme créateur et gouverneur de lunivers'. Mais les cérémonies du culte décerné à cet

(1) Acosta, lib. W, cap. 3. Voyez la note 58.

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astre brillant, qui, par son énergie universelle et vivifiante , est le plus belemblème de la bienfaisance divine, étaient douces et humaines. Ils offraient au soleil une partie des substances que sa chaleur fait produire à la terre, Ils lui sacrifiaient,entémoignage de leur reconnaissance, quelques-uns des animaux dont ils se nourrissaient, et dont l’existence er la multiplication étaient dues à son influence. Ils lui présentaient des ouvrages choisis et précieux de l’industrie de leurs mains guidées par sa lumière. Jamais les incas ne teignirent ses autels de sang humain; jamais ils n’imaginèrent que le soleil leur père pût se plaire à recevoir de si barbares sacrifices'. Ainsi les Péruviens, éloignés de ce culte sanglant qui éteint la sensibilité , et qui étouffe les mouvements de la compassion à la vue des souffrances de l’homme, devaient à l'esprit même de leur superstition un caractère national, plus doux que celui des autres peuples de l’Amérique.

Cette influence de la religion s’étendait jusqu’à Son influeni ce sur les in-

leurs institutions civiles, et en écartait tout ce qu

était contraire à la douceur des mœurs et du ca- iles.

ractère. Le pouvoir des incas, quoique le plus absolu des despotismes, était mitigé par son alliance avec la religion. L'esprit de leurs sujets n’était pas. humilié et avili par l’idée d’une soumission forcée à la volonté d'un être semblable à eux. L’obéis-

(1) Voyez la note 59,

sance qu’ils rendaient à un souverain revêtu d’une autorité divine était volontaire et ne les dégradait point. Le souverain, convaincu que la soumission respectueuse de ses sujets était l'effet deleur croyance à son origine céleste, avait continuellement sous les yeux des motifs qui le portaient à imiter l'être bienfaisant qu’il était supposé représenter. Aussi trouve-t-on à peine dans l’histoire du Pérou quelques révoltes contre le prince régnant, et aucun de ses douze monarques ne fut un tyran.

Et même Dans les guerres mêmes où furent engagés les

sur leur sys-. : ré : R F tème de guer. CAS » ils se conduisirent avec un esprit très dif-

re. férent de celui des autres nations de l'Amérique. Ils ne combattaient pas, comme les sauvages, pour détruire et pour exterminer, ou, comme les Mexicains , pour rassasier de sang leurs barbares divini-

tés : ils faisaient la guerre pour civiliser les vaincus et pour répandre la connaissance de leurs propres institutions et des arts. Les prisonniers ne paraissent point avoir été exposés aux insultes et aux tourments qu’ils étaient destinés à subir dans toutes les autres parties du Nouveau - Monde. Les incas prenaient sous leur protection les peuples qu’ils avaient soumis, et les faisaient partitiper à tous les avantages dont jouissaient leurs anciens sujets. Cette pratique, si opposée à la férocité ainéricaine, et qui ressemble à l'humanité des nations les plus civilisées, doit être attribuée, comme d’autres circon-

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stances que nous avons observées dans les mœurs des Péruviens, au génie de leur religion. Les incas, considérant comme impie l’hommage rendu à tout autre objet qu'aux puissances célestes qu’ils adoraient, s’efforçaient de faire des prosélytes. Les idoles des peuples conquis étaient portées en triomphe au grand temple de Cusco*, et y étaient placées comme des trophées qui montraient la puissance supérieure de la divinité protectrice de l’empire. Le peuple était traité avec douceur et instruit dans la religion de ses nouveaux maîtres *, afin que le conquérant eût la gloire d’avoir augmentéle nombre des adorateurs du soleil.

La manière dont les terres étaient possédées au Espèce de Pérou par les citoyens n’était pas moins singulière pou se que leur religion, et contribuait également à adoucir Péruviens. le caractère de ce peuple. Toutes les terres propres à la culture étaient divisées en trois portions : l’une était consacrée au soleil, et tout ce qu’elle produisait était employé à la construction des temples et aux dépenses du culte religieux; l’autre appartenait à l’inca comme une allocation faite par la commu-

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