LIVRE SEPTIÈME
étaient si solides que plusieurs subsistent encore aujourd’hui, long-temps après que tous les monuments qui auraient punous donner une idée de l’état civil des autres nations de l'Amérique ont disparu de la surface de la terre. C’est surtout dans les temples consacrés au soleil et dans les palais de leurs monarques, que les Péruviens déployaient toute leur industrie. Les descriptions que nous ont laissées de ces édifices les écrivains espagnols qui les ont vus lorsqu'ils étaient encore presque entiers, pourraient être regardées comme fort exagérées , si les ruines encore subsistantes ne garantissaient la vérité de leurs relations. On trouve dans toutes les provinces de l'empire des restes des édifices sacrés et des palais des incas, et leur nombre seul prouve qu'ils sont l’ouvrage d’une nation puissante , qui doit avoir subsisté pendant un assez long période, dans un état de civilisation assez avancé, Ils sont de différentes grandeurs, quelquesuns d’une étendue médiocre, plusieurs immenses, se ressemblant tous par leur solidité ainsi que par le style de leur architecture. Le temple de Pachacamac, avec le palais de l’incas et une forteresse, formaient ensemble une grande fabrique de plus d’une demi-lieue de circuit. La construction de cet immense édifice est d’un goût singulier , ainsi que tous les autres ouvrages des Péruviens. Comme ils ignoraient l’usage de la poulie et des autres puis-
Chemins.
sances mécaniques , et qu’ils ne pouvaient élever à une grande hauteur les grosses pierres qu'ils employaient, les murailles de cet édifice, qui paraît être le plus grand effort de leur industrie, n’ont pas plus de douze pieds de hauteur au-dessus du sol. Quoiqu’ils n’eussent découvert l'usage ni du mortier ni d'aucune autre espèce de ciment, les briques et les pierres y sont si bien unies qu'à peine peut-on distinguer les jointures' . Les appartements, autant qu’on peut juger de leur distribution par les ruines qui subsistent encore, étaient mal disposés et offraient peu de commodités. Il n’y avait pas une seule fenêtre dans tout l’édifice, et on n’y recevait la lumière que par la porte; de sorte que les plus grandes pièces devaient être absolument obscures, à moins qu’on ne les éclairât par quelque autre moyen. Mais ces imperfections, et d'autres qu’on pourrait indiquer dans les monuments de l’architecture des Péruviens, n’empêchent pas qu’on ne doive les regarder comme des efforts étonnants d'industrie chez un peuple qui ignorait l’usage du fer, et comme une preuve de la puissance de leurs anciens rois.
Ce n’étaient pourtant pas encore les ouvrages les plus beaux et les plus utiles des incas. Les deux grandes routes de Cusco à Quito, qui avaient plus de cinq cents lieuesde long, méritent de plus grands
(1) Voyez les notes 62 et 63.
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