LIVRE SEPTIÈME
conduits à procurer à leur pays un autre avantage également inconnu au reste de l'Amérique. La route des incas, dans sa direction du sud au nord, était coupée par tous les torrents qui sortent des Andes pour se jeter dansl’Océan-Occidental. Leur rapidité, ainsi que la fréquence et la violence des inondations qu’ils occasionnent, en rendaient la navigation impossible, Il fallait donc trouver quelque expédient pour les passer. Les Péruviens, ignorant l’art de faire des voûtes, et ne sachant pas travailler les bois, ne pouvaient construire ni ponts de pierre, ni ponts de bois. La nécessité, mère de l’invention, leur suggéra un moyen de suppléer à ce défaut. Ils faisaient des câbles d’une grande force en entrelaçant ensemble l’osier et les lianes, dont leur pays abonde. On tendait d’un bord à l’autre six de ces câbles parallèles entre eux, et fortement attachés par chaque bout. On'les liait ensemble par d’autres cordages plus petits, assez rapprochés pour former en une seule pièce une sorte de filet qui, étant couvert de branches d'arbre et ensuite de terre, faisait un pont qu’on pouvait passer avec assez de sécurité". Il y avait des personnes établies à chaque pont pour les entretenir et aider les passagers’. Dans les pays plats où les rivières devenaient plus profondes et
(r) Voyez la note 65.
(2) Sancho, ap. Ramus. IIT, 396. B. Zarate, bb. 1, cap. 14. Vega, lib. III, cap. 7 , 8. Herrera , Decad. , lb. IF, cap. 3, 4.
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plus larges, et avaient un cours moins rapide, on les passait dans des ba/zas, espèce de radeaux que les Péruviens construisaient et conduisaient avec une adresse qui prouve encore leur supériorité sur les autres peuples de l'Amérique. Toute l’industrie de ceux-ci se bornait à l’usage de la rame. Les Péruviens avaient osé mâter leurs petits bâtiments, et les conduire à la voile, de sorte que non-seulement ils savaient profiter du vent pour marcher avec plus de vitesse, mais ils pouvaient même virer de bord avec une grande célérité*,
Leur ma- L'industrie des Péruviens n’était pas bornée aux
ee. Wai- objets essentiels d'utilité. Ils avaient fait quelques
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d'argent. progrès dans des arts qu’on peut appeler de luxe. Ils possédaient les métaux précieux en plus grande abondance qu’aucune autre nation de l'Amérique.
Ils recueillaient l’or, comme les Mexicains, dans le
lit des rivières, ou en lavant les terres qui en con-
tenaient des particules; mais pour se procurer l’ar-
gent ils avaient employé une industrie et une adresse
assez remarquables. Ils ne connaissaient pas, il est
vrai, l’art de creuser la terre à de grandes profon- |
deurs pour pénétrer jusqu’aux richesses qu'elle ca-
che dans son sein; mais ils ouvraient des caverues
sur les bords escarpés des rivières et dans les flancs
des montagnes, èt suivaient toutes les veines du
métal qui ne se perdaient pas trop avant dans la
(1) Ulloa, Voyage, I, 167, etc.
ie.