‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 166 sur 184 · LIVRE SEPTIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE SEPTIÈME

du changement de système de la cour d'Espagne, relativement à cette colonie et à l'administration de son commerce.

Tous les autres territoires appartenants à l’Espagne dans le Nouveau-Monde, si l’on excepte les îles, sont compris sous deux grandes divisions. La première porte le nom de royaume de Terre-Ferme, et s'étend le long de l'Océan Atlantique depuis la frontière orientale de la Nouvelle-Espagne jusqu’à l'embouchure de l'Orénoque; la dernière s'appelle nouveau royaume de Grenade, et occupe les parties intérieures. Je terminerai ce livre par une description abrégée de ces deux pays.

A l'est de Veragua, la dernière des provinces comprises, de ce côté, sous la vice-royauté du Mexique, est l’isthme de Darien. Quoique cette partie du continent de l’Amérique eût vu les premiers établissements des Espagnols, la population n’y avait fait aucun progrès. Comme le pays est extrêmement montagueux, que les pluies qui y règnentune grande partie de l’année le rendent très malsain, et qu’il ne contient aucune mine d’un produit considérable, il aurait été probablement abandonné sans la bonté du havre de Porto-Bello sur la mer Atlantique d’un côté, et sans le havre de Panama de l’autre. Ces deux ports ont été appelés les clés de la communication des deux mers, entre l'Espagne et ses plus riches colonies. Cet avantage a rendu Panama une

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Autres territoires appartenants à l'Espagne.

Darien.

ville considérable et opulente. L’insalubrité de l'air a empêché Porto-Bello de s’accroître dans la même proportion. Comme le commerce de l'Espagne avec ses établissements de la mer du Sud est maintenant conduit par un autre canal, il est probable que Porto-Bello et Panama déclineront insensiblement, lorsque le commerce auquel ces deux villes doivent

leur prospérité et même leur existence aura cessé de les alimenter et de les enrichir.

Carthagène Les provinces de Carthagène et de Sainte-Marthe

. Gi sont à l’est de l’isthme de Darien. Le pays continue Niar'he.

à être montagneux; mais les vallées y sont moins resserrées, bien arrosées et très fertiles. Pédro de Heredia le soumit à l'Espagne vers 1532. Ilest mal peuplé et par conséquent malcultivé. Il produitcependant beaucoup de drogues médicinales et quelques ïl pierres précieu:"s, particulièrement des émerau-

des; mais il tire surtout quelque importance de: port | | de Certhagène, le meilleur et le mieux fortifié de pl tous ceux que l'Espagne possède en Amérique. Avec une situation si favorable, le commerce y a pris 4 bientôt un grand accroissement. Dès 1544, Carthagène paraît avoir été une ville considérable. Mais

lorsqu'elle fut choisie pour être le port où les galions abordaient à leur arrivée d'Europe, et le point de rendez-vous pour leur retour en Espagne, le commerce de ses habitants fut tellement favorisé par ces arrangements, qu’elle devint bientôt l’une des

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LIVRE SEPTIÈME. 359 villes les plus belles, les plus peuplées et les plus riches de l'Amérique. Il ya cependant lieu de croire qu’elle est arrivée à son plus haut période, et que le changement de système de la cour d’Espagne pour la conduite du commerce avec l'Amérique, en la privant de la visite des galions, la fera déchoir au moins temporairement. Mais les richesses qui y sont déjà rassemblées pourront trouver quelque nouvelle destination*et prendre une route jusqu'à présent négligée. Son port est si sûr et si bien situé pour recevoir les marchandises d'Europe, ses négociants ont tellement l'habitude de les fournir à toutes les provinces adjacentes, qu’il est probable qu’elle retiendra encore cetie branche de commerce, et qu’elle continuera à être une ville d’une grande importance.

La province contiguë à Sainte-Marthe, en allant à l’est, fut visitée pour la première fois dans l’année 1499 ‘ par Alphonse d’Ojeda. Les Espagnols à leur débarquement , voyant quelques huttes que les Indiens avaient établies sur des pieux pour les élever au-dessus des eaux stagnantes qui couvraient la plaine, donnèrent au pays le nom de Y’enezuela, ou petite Venise, d’après leur penchant ordinaire à trouver des ressemblances entre ce qu'ils découvraient en Amérique et ce qu'ils connaissaient en Europe. Ils firent quelques tentatives pour s’y éta- (1) Tom. E, p. 194.

Veneiucla.

blir, mais sans succès. Ils en devinrent enfin les maîtres par des moyens bien différents de ceux qui les ont mis en possession de leurs autres domaines du Nouveau-Monde. L’ambition de Charles V l’engagea souvent dans des projets si multipliés et si vastes que ses revenus ne suffisaient pas pour les dépenses de l'exécution. Parmi d’autres expédients qu’il employa pour y suppléer, il avait emprunté de grosses sommes des Velsers d’Augsbourg, qui étaient alors les plus riches négociants de l’Europe. Pour leur paiement, et peut-être pour en obtenir de nouveaux secours, il leur concéda la province de Venezuela pour la tenir en fief héréditaire de la couronne de Castille, à la condition qu'ils se rendraient maîtres du pays , et qu’ils y établiraient une colonie. On devait espérer que sous la direction de négociants aussi éclairés, un établissement serait formé sur des principes très différents de ceux qui avaient été adoptés par les Espagnols, qu’on y encouragerait davantage les progrès d’une industrie utile , sources véritables de l’opulence et de la prospérité d’un pays. Mais malheureusement ils confièrent l'exécution de leur plan à quelques-uns des soldats de fortune dont l'Allemagne était remplie au seizième siècle. Ces aventuriers , avides de s’enrichir, afin de pouvoir abandonner promptement un pays dont le séjour leur parut bientôt très désagréable , au lieu d’y établir une colonie pour culti-

ver et améliorer le sol, se répandirent dans tes différents districts, afin d’y chercher des mines, pillant partout les Indiens avec la plus cruelle rapacité, ct les accablant de travaux qu’ils ne pouvaient supporter. En peu d’années leurs exactions, plus atroces que celles des Espagnols eux-mêmes , désolèrent si complètement cette province qu’elle ne put plus leur fournir de subsistance, et que les Velsers furent forcés d'abandonner une propriété qui ne pouvait plus leur offrir aucun avantage ". Lorsque les restes malheureux des Allemands eurent quitté Venezuela, les Espagnols s’en remirent en possession ; mais , malgré plusieurs avantages naturels à ce pays c’est encore un des établissements des Espagnols les plus languissants et les moins utiles à la nation.

Les provinces de Carracas et de Cumana sont les dernières de cette côte qui appartiennent aux Espagnols. J'aurai occasion de décrire leur état et leurs productions lorsque je parlerai de l’établissement et des-opérations ie la compagnie qui a obtenu le privilége exclusif du commerce de ces deux colonies.

Le nouveau royaume de Grenade est un pays tout-à-fait méditerranée , et d’une grande étendue. Les rois d'Espagne en sont devenus maîtres vers Van 1536, par le courage et l’habileté de Sébas-

(1, D. Joseph Oviedoy Basnos, ist, de la Conquistade Venezuela, p. 2, etc.

Carracas et

Cumana.

Nouveau royaume de Grenade,

tien de Benalcazar et de Gonzalez Ximenez de Quesada , deux des meilleurs officiers qui aient déployé leurs talents en Amérique. Le premier, qui commandait alors à Quito, l’attaqua par le sud ; le second y entra par Sainte-Marthe du côté du nord. Comme les Indiens de cette partie étaient plus éclairés qu’aucune des nations de l'Amérique, si l’on excepte les Mexicains et les Péruviens ‘, ils st défendirent avec beaucoup de résolution et de conduite. Mais l’habileté et la constance de Benalcazar et de Quesada surmontèrent tous les obstacles et tous les dangers, et ajoutèrent cette conquête à toutes celles de l'Espagne dans la partie méridionale du Nouveau-Monde.

Le nouveau royaume de Grenade est si éleve au-dessus du niveau de la mer, que, quoiqu'il soit très voisin de la ligne, le climat en est fort tempéré ?. Ses vallées ne le cèdent pas en fertilité aux meilleures terres des autres parties de l’Amérique, et dans les endroits élevés on trouve de l'or et des pierres précieuses de différentes espèces. L’or qu’on y recueille n’est pas enfoncé profondément dans la terre; ilest mêlé avec elle très près de la surface, et on

l’en sépare facilement au moyen de lavages répétés. Cette opération s'exécute par des esclaves nègres ; car, quoique l'expérience ait prouvé quel’air froid des mines profondes leur est funeste, et qu’on ne puisse

(1) Voyez le livie quatrième.

(2° Voyez la note 72.

par cette raison les employer dans les mines d’argent, ils sont plus capables des autres espèces de travaux que les Américains. Les naturels du nouveau royaume de Grenade , se trouvant exempts de ce service pénible, qui a détruit si rapidement leur race dans les autres parties de l'Amérique, se sont fort multipliés. Quelques districts fourmissent

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