‹ Histoire de l'Amérique [microforme]Chapitre 177 sur 184 · MATE · texte numérisé non relu

MATE

autant que je puis le savoir, se trouve à la Bibliothèque impériale à Vienne. J'en ai obtenu, par ordre de leurs Majestés Impériales, une copie en huit tableaux, si fidèlement imités qu’à peine pouvait-on , à ce qu'on m’a marqué , distinguer les copies des originaux. Suivant une note qui se trouve sur ce Codex mexicanus, il paraît qu'Emmanuel, roi de Portugal, en fit présent au pape Clément VII, qui mourut en 1533. Après avoir passé par les mains de plusieurs possesseurs illustres, cette collection tomba entre celles du cardinal de Saxe-Eisenach, qui la présenta à l'empereur Léopold '. On ne peut douter que ces peintures ne soient l'ouvrage des Mexicains; mais elles sont d’un style tout-à-fait différent de toutes les autres. J'en ai fait graver une pour satisfaire la curiosité des lecteurs qui la croiront digne de ieur attention. Si l’objet était assez important, il serait possible de parvenir,avec quelque attention et avec le secours des planches de Purchas et del’archevèque de Tolède, à former quelques conjectures plausibles touchant le sens de ce tableau. Plusieurs figures sont absolument semblables. 44 sont des boucliers et des dards à peu près de la même forme que ceux qu’on voit dans Purchas, pag. 1070, 1071, etc. BB représentent des temples qui ressemblent beaucoup à ceux de Purchas, pag. 1109 et 1113, et à ceux de la seconde planche de Lorenzana. C est une balle de manteaux ou d’habits de coton, dont la figure se trouve dans presque toutes les planches de Purchas

(1) Voyez la note 73.

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et de Lorenzana. LE E paraissent être des capitaines mexicains en habits de guerre, dont les ornements singuliers ressemblent aux figüres de Purchas, pag. 1110, 1111, 1113. Je suis porté à croire que ce tableau représente un rôle d'imposition , parce que la manière d'exprimer les nombres s’y retrouve souvent. D DD, etc. Boturini dit que la méthode de compter par des nœuds était aussi familière aux Mexicains qu’au peuple du Pérou, pag. 85 ; opinion qui paraît confirmée par la manière dont les unités sont représentées dans les peintures mexicaines que j'ai. Elles ressemblent parfaitement à une suite de nœuds faits à une corde.

Depuis que j'ai publiéla précédente édition de cette histoire d'Amérique, M. Waddilove, qui a toujours continué de me procurer des informations avec un zèle si bienveillant et si actif, a découvert dans la Bibliothèque de l’Escurial un volume in-folio renferman‘ quarante feuilles ( sheets ) d’une espèce de carton, ayant chacune la grandeur d’une feuille de papier à lettre et couvertes d’une grande variété de figures mexicaines peintes d’une manière grossière et bizarre en couleurs très vives, avec une explication en langue espagnole au-dessous de la plupart de ces figures. Les vingt-deux premières feuilles représentent les mois, jours, etc. Vers le milieu de chacune de ces feuilles, il y a deux et quelquefois un plus grand nombre de figures plus grandes pour les mois, entourées par les signes des jours. Les dix-huit dernières feuilles ne contiennent pas autant

de figures; elles paraissent désigner des divinités et des représentations de divers objets. Suivant ce calendrier de l'Escurial, l’année mexicaine renferme deux cent quatre-vingt-six jours divisés en vingt-deux mois de treize jours. Chaque jour est représenté par un signe différent, pris dans la nature ; c'est un serpent, un chien, un lézard, un roseau, une maison, etc. Les signes des jours, dans le calendrier de l’Escurial, sont précisément les mêmes que ceux indiqués par Boturini dans son Z&a, etc. p. 45. Mais si nous en croyons cet auteur, l’année mexicaine renfermait 360 jours divisés en 18 mois de 20 jours chacun. L'ordre des jours dans chaque mois était calculé, suivant lui, d’abord par ce qu'il appelle une progression tridecennaire, de jours d'un à treize, de la même manière que dans le calendrier de l'Escurial; ensuite par une progression septenaire, de jours d'un à sept, faisant en tout vingt. On a marqué dans ce calendriernon-seulement les signes quidistinguent chaque jour, mais encore les qualités qu’on suppose particulières à chaque mois. IL y a toujours une certaine faiblesse qui semble accompagner l'esprit numain dans tous les pas des progrès qu'il fait dans l'observation et les sciences. Les connaissances médiocres des Mexicains en astronomie semblent avoir déjà été liées avec l'astrologie judiciaire. Ils supposaient que la destinée et le caractère des personnes nées dans chaque mois étaient fixés par quelque influence supérieure qui prédominait à l'époque de leur naissance. On prédisait de là dans le calendrier,

ohne à

que toutes les personnes qui naîtraient dans tel mois seraient riches , dans tel autre guerriers ou débauchés, etc., etc. Le carton ou la substance quelle qu'elle soit, sur lequel le calendrier de l’Escurial est peint, paraît ressembler beaucoup, d’après la description qu’en faitM. de Waddilove, à la substance du calendrier qui se trouve dans la bibliothèque impériale de Vienne. Sous quelques rapports, les figures ont quelque ressemblance avec celles qui se trouvent dans la planche que j'ai publiée. M. Waddilove suppose que les figures marquées D , qui m'avaient porté à conjecturer que celie peinture était un rôle d’impositions semblabie à ceux qui ont été publiés par Purchas et par l'archevêque de Tolède, sont les signes des jours ; et comme j'ai la plus grande confiance dans l'exactitude de ses observations, j'en conclus que son opinion est bien fondée. Il parait d'après la forme des caractères dont on s’est servi pour écrire les explications, que ce monumeut curieux des arts du Mexique a été trouvé peu de temps après la conquête de cet Empire. Il est étonnant qu'aucun écrivain espagnol n’eu ait fait mention'.

Note xLvur, page 294.

Le premier était appelé le prince de la lance mor-

(1) D’après les recherches que j’ai faites, dit M. le baron de Humboldt (Vues pittor. des Cordillères, et monuments des peuples indigènes de l'Amérique, t. L. p. 215), il parait qu’il n’existe aujourd’hui en Europe que six collections de peintures mexicaines : celles de l'Escurial, de Bologne, de Veletri, de Rome, de Vienne et de Berlin. Le savant jésuite Fabrega, qui est souvent cité dans les ouvrages de

418 © NOTES telle, le second le partageur d'hommes, le troisième le

verseur de sang, le quatrième le seigneur de la maison noire. Acosta, lb. VI, cap. 25.

Note xu1x, page 297.

Le nom d'AÆnahuac, dit Clavigero ( Stor. ant. del Messico, liv. X'), fut d'abord restreint à la vallée de Mexico, parce que ses principales villes étaient situées dans de petites îles ou sur les bords de deux lacs *. Plus tard on étendit sa signification, et on l'employa pour désigner les pays qui composent aujourd'hui la Nouvelle-Espagne”.

Cette vaste contrée comprenait les royaumes de Mexico, d'Acolhuacan, de Tlacopan et de Michuacan, les républiques de Tlarcallan, de Cholollan et d'Huexol:inco et plusieurs antres petits états.

Le royaume de Mexico , quoique le plusmoderne,

M. Zoega, et dont le chevalier Borgia, neveu du cardinal de ce nom, a bien voulu me communiquer quelques manuscrits relatifs aux antiquités aztèques, suppose que les archives de Simancas, en Espagne, renferment aussi quelques-unes de ces peintures hiéroglyphiques que Robertson désigne si bien par le mot de picture writings (écriture en tableaux). (D. L. R.)

(1) Anahuac signifie prés de l'eau, d'où il parait qu'on a fait dériver le nom d’Anahuatlaca , où Nahuatlaca, par lequel les nations policées qui occupaient les bords du lac mexicain ont été connues.

(2) M. de Humboldt pense qu’om ne doit pas confondre la dénomination d'ÆAnahuae avec celle de Nowvelle-Espagne. Suivant cet illustre écrivain, Essai pol. sur la Nouv.-Esp., 1. I, p. 218 , on désignait, avant la conquête, sous le premier nom tout le pays contenu entre le 14e et le axe degré de latitude , et renfermant seulement les états men-tionnés par Clavigero; d’où il résulterait que ce dernier étend beaucoup trop l’Anahuac, en disant qu’il comprend tous les pays compris aujourd’hui sous le nom de Nouvelle-Espagne.

était plus étendu que tous les autres royaumes, républiques et états dont nous venons de parler pris ensemble. 11 s’étendait au sud-ouest et au sud jusqu'à l'Océan Pacifique ; au sud-est jusqu’au Quauhtemallan ; à l'est, à l'exception des districts des trois républiques et d’une petite partie du royaume d’Acolhuacan, jusqu'au golfe du Mexique; vers le nord il était borné par le pays des Huaxtecas ; au nordouest par les barbares Chichemecas ; les royaumes de Tlacopan et Michuacan lui servaient de frontière à l'est. La totalité du royaume de Mexico était comprise entre le 14° etle 21° de latitude nord, et entre le 271° et le 283° de longitude prise du méridien de l'ile de Fer. (D. L.R. )

Note L, page 302.

Le temple de Cholula, qu'on regardait comme le plus sacré de tous ceux de la Nouvelle-Espagne, en était aussi le plus considérable. Ce n'était cependant qu'une masse de terre solide, dont la base, selon Torquemada, avait plus d’un quart de lieue de circuit, et qui avait quarante brasses de hauteur. Mon. Ind. lib, I, cap. 19.

Suivant les différentes figures des temples qu'on trouve dans les peintures gravées par Purchas, il y a lieu de croire que tous ceux des Mexicaius étaient construits de la même manière. 7’oy. vol. IT, pag. 1109, 1110, 1113.

(r) La description de ces différents temples, faite par Clavigero, de Humboldt et Bulloch, en donne une idée beaucoup plus avantageuse. (D. L. R.)

420 NOTES Note 11, page 303.

Le haut degré de civilisation auquel étaient parvenus les Mexicains est suffisamment prouvé par le témoignage de M. de Humboldt dans ses Vues des Cordillères et monuments dés peuples indigènes de l Amérique, dans son Essai politique sur la Nouvelle-Espagne, et dans la relation historique de son voyage. Il confirme pleinement les assertions de Clavigero, comme les récits des écrivains espagnols.

Les ouvrages de cet excellent observateur , auquel nous avons déjà fait tant d'emprunts, se trouvant entre les mains de tout le monde, nous croyons inutile de répéter ici ce qu’il a dit.

Nous nous bornerons à présenter au lecteur des extraits de l'ouvrage de M. Bulloch, dont il a paru une traduction française sous le titre : Mexique en 1823, pour prouver que les Mexicains ont construit des édifices très remarquables, et que les traces de ces édifices ne sont pas toutes effacées, ainsi que l'a supposé Robertson. Nous n'avons garde de comparer MM. de Humboldt et Bulloch, mais ce dernier, quelque inférieur qu’il soit à son illustre devancier, et quoiqu'il n’ait pu que glaner après lui, nous paraît judicieux et véridique, et il a vu un très grand nombre d’antiquités mexicaines qui avaient échappé aux regards scrutateurs de M. de Humboldt, peut-être par la jalousie des naturels.

« Cholula était fameuse pour ses idoles, sa sainteté et les rites païens qu’on y remplissait. Son Teocalli ou temple est composé de couches alternatives d'ar-

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gile et de briques cuites au soleil, qui forment une grande pyramide divisée en étages réguliers ou plateformes... Mais le temps et la croissance de plusieurs végétaux tels que le nopal et le poirier épine, n’ont laissé que peu de la forme originale ; et ce monument ressemble à présent à une montagne naturelle... Nous montämes par une pente sans chemin tracé, partiellement coupée en degrés, jusqu’à une esplanade de 140 pieds ,sur laquelle est bâtie une église de 90 pieds de longueur, avec deux tours et un dôme... Nous descendimes à regret le long du flanc de cette pyramide , dont la base est égale en largeur à celle de la grande pyramide d'Égypte.

« Avant d'arriver dans le voisinage immédiat de Tezcuco, on s'aperçoit déjà que l’on approche d’un lieu très anciennement habité. On passe devant un grand aquéduc construit jadis pour apporter l’eau à la ville, et servant encore actuellement au même usage, et près des ruines de plusieurs édifices en pierre d’une grande étendue.

Près des portes nous observames les fossés modernes,creusés pour la défense de la ville pendant la révolution; en y travaillant on a découvert plusieurs anciennes structures touiss fort grandes et quelquesunes immenses...

Les fondations et les restes des temples, des forteresses, des palais et autres édifices de grande étendue suffisent pour attester l’ancienne splendeur de Tezcuco; mais il est d’ailleurs assez connu qu’elle fut, dans le temps des Caciques. le siége de la littérature

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