LIVRE CINQUIÈME
renversait tout devant elle, et que partout où elle se 1520
portait, elle perçait et dissipait les plus nombreux bataillons. Mais tandis que les uns se dispersaient, d’autres leur succédaient sans relâche , et les Espagnols, quoique victorieux dans chacun de ces petits combats, étaient près de succomber sous la fatigue que leur causaient tant d’efforts répétés sans prévoir la fin de leurs travaux et sans espérer de remporter une victoire générale. Dans cet instant critique, Cortez vit s’avancer le grand étendard de l'empire qu’on portait devant le général mexicain ',et, se souvenant heureusement d’avoir entendu dire que la destinée des batailles chez cette nation dépendait de celle de cet étendard, il assemble un petit nombre de ses plus braves officiers dont les chevaux étaient encore capables de service ; il se met à leur tête et renverse avec impétuosité tout ce qu'il rencontre devant lui. Une troupe choisie de nobles qui gardaient l’étendard fit quelque résistance, mais elle fut bientôt rompue. Cortez, d'en coup de lance, blessa le général mexicain et le renversa par terre; un Espagnol descendant de cheval l’acheva et se saisit de l’étendard impérial”. Dès que le général fut
(x) Get étendard nommé par les Mexicains T/ahuizmatlaxopilli, était porté par le général lui-même. C'était un réseau d’or fixé au bout d’un bâton attaché fortement sur le dos de ce général et s’élevant de dix
palmes au-dessus de sa tête. (Clavigero. Stor. ant. del Mess. liv. IX.) (D. L.R.)
(2) Le nom de cet Espagnol mérite d’être couservé par l’histoire, ils’appelait Juan de Salamanca. Charles-Quintluiaccorda, entre autres fa-
tué et que l’étendard, vers lequel tous les yeux etaient dirigés, cessa de paraître, une terreur panique frappa tous les Mexicains, et, comme si le lien qui les tenait réunis eût été rompu, toutes les enseignes s’abattirent, chaque soldat jeta ses armes et tous s’enfuirent avec précipitation vers les montagnes. Les Espagnols, trop fatigués pour être en état de les poursuivre bien loin, retournèrent pour recueillir les dépouilles sur le champ de bataille. L’armée étant formée des principaux guerriers de la nation qui s'étaient parés de leurs plus riches ornements comme s'ils allaient à une victoire assurée , le butin fut assez considérable pour dédommager en partie Cortez et ses gens de la perte qu’ils avaient faite dans leur retraite de Mexico. Le lendemain, à leur grande satisfaction, ils entrèrent sur le territoire des Tlascalans'.
8 juillet, Mais au milieu de la joie qu’ils ressentaient d’être a Le sortis d’un pays où ils se voyaient environnés d’en- Espagnols nemis, ils n'étaient pas sans inquiétude sur la machez les Tlas- nièredontilsallaient être reçus de leurs anciensalliés calans. ; À : k Eh chez lesquels ils retournaient dans un état bien différent de celui où ils étaient en les quittant peu de temps auparavant. Heureusement pour eux la haine veurs, des armoiries représentant un bouclier surmonté d'une plume, eu mémoire de celle qu'il avait enlevée au général mexicaià Cihuacatzin et préseniée à Cortez. (D. L. R.)
(r) Gortez, Relat. p. a19. B. Diaz, chap. 128. Gomara, Cron. cap. 110. Herrera, Decad, LI, lib. À, cap, 12, 13.