LIVRE CINQUIÈME
Pour ne pas laisser le mécontentement fermenter et se nourrir dans l’oisiveté, il se détermina à me
t. Moyens qu'il emploie pour
tre ses troupes en mouvement, Il leur proposa de jes calmer,
punir sur les peuples de Tepeaca' l'audace qu'ils avaient eue d'attaquer et de détruireun détachement espagnol, ainsi qu’on l’a dit plus haut; et comme ce détachement était composé en grande partie des soldats de Narvaez, leurs compagnons s’engagèrent plus volontiers dans cette expédition pour les venger, Il se mit à leur tête accompagné d’un corps nombreux de Tlascalans, et en quelques semaines, après différents combats et un grand carnage des Tepeacans, il les réduisit entièrement. Il employa de même plusieurs mois, pendant lesquels il attendait des îles un secours d'hommes et de munitions, à avancer les préparatifs de la construction de ses brigantins et à faire différentes incursions dans les provinces environnantes, t@ujours avec un succès égal. Par ces moyens, ses gens se familiarisèrent de nouveau avec la victoire et reprirent le sentiment de leur ancienne supériorité. Les Mexicains s’affaiblirent. Les Tlascalans acquirent l’habitude d’agir de concert avec les Espagnols; et les chefs de la république , charmés de votre leur pays s'enrichir des dépouilles des provinces voisines, et étonnés des preuves journalières qu’ils acquéraient de la force
(1) Tepejacac, suivant Clavigero. (D. L. R.)
Auût,
invincible de leurs alliés, se prétèrent à tout ce que Cortez demandait d’eux.
Toutes ces précautions , les plus sages que la situation de Cortez lui permit de prendre, ne lui auraient pas suffi sans un renfort de troupes espagnoles. Il sentait si bien la nécessité absolue de ce secours que c’était là le principal objet de toutes ses pensées et de tous ses desirs, et cependant ses espérances sur le retour de l'officier qu’il avait envoyé dans les îles pour y faire une recrue étaient encore incertaines et éloignées; mais une suite d’événements heureux et imprévus fit pour lui ce que toute sa sagacité et tous ses talents n’auraient pu faire. Le gouverneur de Cuba, qui avait regardé le succès de l’expédition de Narvaez comme infaillible, ayant envoyé après lui deux petits vaisseaux avec de nouvelles instructions, un renfort d'hommes et de munitinus de guerre, l'officier à qui Cortez avait confié le commandement de la côte eut l'adresse de les attirer dans le havre de la Vera-Cruz, se saisit des vaisseaux et persuada aisément aux soldats de sui-
vre les drapeaux d’un chef plus habile que celui au-
quel on les envoyait'. Peu de temps après, trois vaisseaux plus forts entrèrent séparément dans le même havre. Ils faisaient partie d’une escadre armée par François de Garay, gouverneur de la Jamaïque, qui, possédé de la fureur des découvertes
(1) B, Diaz, chap. 131,