LIVRE CINQUIÈME
et des conquêtes, comme tous les Espagnols alors établis en Amérique, avait cherché long-temps à pénétrer dans quelque partie de la Nouvelle-Espagne et à partager avec Cortez la gloire et les avantages que pouvait attendre celui qui soumettrait cet empire à la couronne de Castille. Ces aventuriers avaient fait imprudemment leur descente dans les provinces septentrionales où le pays était pauvre et le peuple féroce et guerrier; et, après une longue suite de cruels malheurs, la famine les avait forcés à se hasarder d’entrer à la Vera-Cruz et à se mettre à la merci de leurs compatriotes. Leur fidélité ne tint pas contre les espérances flatteuses et les grandes promesses qui avaient séduit d’autres aventuriers avant eux, et, comme si l'esprit de révolte eût été alors contagieux dans la Nouvelle - Espagne, ils quittèrent aussi le service du chef qui les avait engagés et se donnèrent à Cortez '. L'Amérique même ne fut pas la seule partie du monde qui lui fournit des secours inattendus. Un vaisseau frété par quelques négociants toucha à la Nouvelle-Espagne. Ilétait chargé de munitions de guerre qu’ils envoyaient vendre dans l’espérance de faire de grands profits dans un pays dont la richesse commençait à être connue en Europe. Cortez acheta avec beaucoup d’empressement une cargaison qui était pour lui sans
(x) Gortez, Relat. p. 253, F. B. Diaz, chap. 133.
28 octobre,
bo HISTOIRE DE L'AMÉRIQUE.
1520 prix, et l'équipage, suivant l’exemple des autres, alla le joindre à Tlascala '.
Par tous ces événements l’armée de Cortez se trouva augmentée de cent quatre-vingts hommes et de vingt chevaux, forces trop peu considérables pour mériter qu’on en fit mention dans l’histoire d’aucune autre partie du globe; mais dans celle de l'Amérique, où l’on voit constamment de grandes révolutions opérées par des causes qui semblent n'avoir aucune proportion avec les effets qu’elles produisent , ces petites circonstances prennent de l'importance, parce qu’elles décident de la destinée des royaumes. Il est surtout à remarquer que les deux hommes qui ont le plus contribué au succès de Cortez, en lui fournissant si à propos ces secours, étaient l’un son ennemi déclaré qui travaillait de toutes ses forces à le perdre , et l’autre un rival envieux qui cherchait à le supplanter. L'histoire de Cortez ne présente aucun exemple plus frappant du bonheur singulier qui accompagna toutes ses entreprises.
. Etat deses Le premier avantage que tira Cortez de ces ren- Me forts fut de pouvoir renvoyer ceux des soldats de Narvaez qui demeuraient contre leur gré à son service. Après leur départ il se trouva encore à la tête de cinq cent cinquante hommes d'infanterie, dont quatre-vingts étaient armés de mousquets ou d’ar-
(r) Gortez, Relat. p.253. F. B. Diaz, cap. 136.
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quebuses, et de quarante cavaliers. Il avait avec cela aeuf pièces de canon de campagne". A la tête de cette petite armée et de dix mille Tlascalans et autres Indiens , il commença sa marche vers Mexico le vingt-huit décembre, six mois après la fatale retraite à laquelle les Mexicains l’avaient forcé”. L’ennemi se préparait de son côté à le recevoir. Après la mort de Montézuma, les principaux Mexi-